‹ Les États-Unis au XXe [i.e. vingtième] siècleChapitre 25 sur 94 · Non compris Hawai cl l'Alaska · texte numérisé non relu

Non compris Hawai cl l'Alaska

l/ACCnOISSEMENT DE LA POPULATION AMÉRICAINE 57

que Ift coefficient calculé de la natalité, 27,1p. 1.000, est trop faible.

En réalité, pour expliquer le chiffre de la population américaine en 1900, il faut admettre que le croît naturel a été non pas de 6.300.000 âmes, mais de près de 10 millions au cours des dix dernières années. Ceci résulte avec évidence des données que voici :

Population au Ccusus de 1900 76.08-i.794

— — de 1890 62.947.714

Augmentation globale 13.138.080

Individus arrivés aux États-Unis depuis 1890. . 2.C00.173

Enfants de ces individus (au maximum). . . . 650.000

Croît naturel de la population résidente en 1890. 9.878.907

Total ésal à l'augmentation clobale 13.138.080

Da chiffre que nous venons de calculer ainsi pour le croît naturel en dix ans, et qui est un minimum, il est facile de déduire que ce croît naturel atteint 15,7 p. 100 de la population existante en 1890, ce qui correspond à un accroissement annuel, par excédent des naissances, sur les décès, de 14,7 p. 1.000. Si la mortalité est bien de 17.4 p. 1.000, il en résulte que la natalité est de 32,1 p. 1 .000. Si d'autre part, nous admettionspour les 2.600.000 nouveaux immigrés une natalité moitié moins forte, si nous leur supposions seulement 325.000 enfants vivants en 1890, nous tomberions certainement au-dessous de la vérité et nous devrions en conclure que le croît naturel durant la décade a été de 10.203.207, ce qui, cette fois, serait trop fort. Il en résulterait un taux d'accroissement de 16,2 p. 100 en dix ans ou 15.2 p. 1.000 par an et par suite, un taux de natalité de 32.6 p. 1.000. Nous pourrions donc affirmer, avec bien peu de chances

de nous tromper que la natalité américaine se trouve comprise entre 32,1 p. 1,000 et 32,6 p. 1.000.

Il n'est qu'un élément dont nous ne tenions pas compte dans ce calcul, c'est le nombre des personnes résidant aux Etats-Unis en 1890 et qui ont émigré depuis. Pour compenser la diminution qui en résulte, il faudrait admettre encore un chiffre un peu plus élevé pour le croît naturel. Mais ces émigrants sont certainement peu nombreux. Presque tous sont des étrangers débarqués depuis peu et qui, ne trouvant pas à se caser repartent, dans un intervalle généralement assez court après leur arrivée. Nous manquons évidemment de bases pour apprécier ce mouvement avec quelque précision. Tout ce que nous savons, c'est qu'en 1900 il y avait aux États-Unis 7.732.103 étrangers établis dans le pays depuis plus de dix ans et représentant par conséquent ce qui subsistait des 9.249.560 étrangers qui s'y trouvaient en 1890. Ceux-ci avaient donc subi un déchet de 1.479.930 unités, soit 16 p. 100 en dix ans. C'est à peu près ce qu'ils auraient perdu par la mortalité, si leur mortalité avait été égale à celle de l'ensemble des Américains, ce qui semble conforme aux faits observés. D'autre part, les Américains de naissance émigrent très peu. Un chiffre de 300 à 350.000 émigrants provenant de la population résidant aux États-Unis en 1899 conduirait à relever d'un demi pour mille le croît naturel, et par suite la natalité de cette population; or, il n'est pas même vraisemblable qu'en réalité ce chiffre ait été atteint. Somme toute, et en élargissant un peu nos limites, pour rester plus certainement dans la vérité, la natalité de l'ensemble de la population américaine doit être comprise entre 32 et 33 p. 1.000.

C'est là un taux très respectable, inférieur à celui de la Russie, de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie, de

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rilalic, mais égal à celui de la Hollande, supérieur à celui de la Grande-Bretagne, des Pays Scandinaves, de la Belgique, de la Suisse et — cela va malheureusement sans «lire — de la France, qui, de 1890 à 1900, à eu h peine 23 naissances par mille habitants. Mais ce taux: global dit peu de chose et les éléments constitutifs de la population américaine sont trop différents pour qu'il ne soit pas, surtout, intéressant et instructif d'étudier la natalité de chacun d'eux.

Il en est un pour lequel cela est relativement facile, car il n'augmente guère que par l'excédent des naissances sur les décès : c'est l'élément noir. En 1890, il comprenait 7.488.788 individus; en 1900, il en comptait 8.840.789, soit une augmentation de 1.352.001 ou de 135.200, par an, pour une population moyenne de 8.165.000, ce qui fait ressortir une augmentation annuelle de 16,5 p. 1.000 environ. Si la mortalité des noirs était, comme celle des blancs, de 17,4 p. 1.000 leur natalité devrait donc être de 33,9 p. 1.000, supérieure par conséquent de 1 à 2 p. 1.000 à celle de l'ensemble des Américains. Mais la mortalité des noirs, gens moins civilisés que les blancs, est certainement plus forte. Diverses considérations permettent de conclure que la mortalité de la race noire n'est pas inférieureà20 p. 1 .000 et qu'elle est même peut-être plus élevée encore ^ La

1. Dans l'ensemble des localités où sont tonus dos registres do l'état civil, la mortalité des blancs s'élevait à 17,3 p. 1.000, ot celle des noirs à 30,2 p. 1.000, en 1900 ; mais ces localités ont une population de 27.r)5o.000 blancs et do 1.180.000 noirs, moins du septième de l'ensemble do ces derniers ; elles ne comprennent que des villes, sauf dans neuf Etats du Nord, où elles englobent aussi les campagnes. Or, dans ces neuf Etats : New-York, New- Jersey, Massachusetts, Gonnecticut, Rhode-Island, New-Hampshire, Vermont, Maine et Michigan, les noirs sont en fort petit nombre et l'on sait, d'autre part, que leur mortalité dans les villes est très forte, beaucoup plus élevée que dans les cam-

natalité de la population noire s'élèverait donc au moins, à 36,o p. 1.000.

Pour un autre élément de la population nous pouvons encore facilement calculer la natalité. Il s'agit, cette fois, de la population étrangère. Le nombre des enfants âgés de moins de dix ans nés aux États-Unis de parents étrangers était de 4.719.710 au 1" juin 1900. Mais, d'après les résultats d'ensemble du recensement, sur 100 personnes qualifiées de : « nées aux États-Unis de parents étrangers », 68 seulement ont leurs deux parents étrangers, tandis que 32 ont un parent étranger et l'autre indigène. En admettant que cette proportion se maintienne pour les enfants' au-dessous de dix ans, ce qui n'a rien que de vraisemblable, on voit que

pagnes. Aussi, ne peut-on guère, des données de l'Jtat civil, conclure à la mortalité de l'ensemble des noirs, si ce n'est pour dire qu'elle est sûrement supérieure à celle des blancs. — 11 semble qu'on puisse arriver à une certaine approximation par une autre voie : le total des décès relevés d'après les déclarations portées sur les feuilles de recensement est de 1.039. 09 i, ce qui donnerait une mortalité générale de 13,6 p. 1.000. Or, en combinant ces renseignements avec ceux fournis par l'état civil là où il existe, on a été conduit à admettre que la mortalité générale a été réellement, en 1900, de 16,3 p. 1.000 (17,4 p. 1.000 pour la décade 1890-1900). Il faut donc relever de 20 p. 100 la mortalité résultant des feuilles de recensement pour avoir la mortalité véritable. En ce qui concerne les noirs, le recensement donnait 140.931 décès, soit une proportion de 16 p. 1.000; en appliquant la même règle on aurait, pour la mortalité réelle en 1900, 19, p. 1.000. La mortalité des noirs a-t-elle aussi diminué depuis dix ans? On peut se le demander; mais, d'autre part, il est très probable que les relevés du recensement doivent encore plus pécher par omission pour les noirs que pour les blancs. Aussi, le taux moyen de mortalité de 20 p. 1.000 pendant la décade 1890-1900 paraît-il bien un minimum. Nous ne nous dissimulons pas le caractère approximatif do toutes ces déductions ; et peutêtre la mortalité dos noirs est-elle beaucoup plus élevée. Il n'y a, évidcminent, de tout à fait certain que le chiffre de leur croit naturel : 16.5 p. 1.000.

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3.i200.000 d'entre eux environ avaient leurs deux pa^ rents étrangers et qu'un peu plus de 1.500 000 n'en avaient qu'un. Pour avoir la part véritable qui revient à la population étrangère dans la procréation des enfants entre 1890 et 1900, on doit lui attribuer la moitié de CCS 1.500.000, ce qui porte sa part à 3.9o0.C00. Encore ne s'agib-il que des enfants nés entre 1890 et 1900 et vivant à cette dernière date. Le nombre des naissances est naturellement supérieur; prenons, cependant, ce chiffre de 3 millions 950.000 ou 395.000 par an comme base de nos évaluations. La population étrangère était de 9.136.079 dmes en 1890; elle montait à 10.250.063 en 1900, ce qui fait une moyenne de 9.743.071. A 395.000 naissances par an, ceci donne une natalité de 40 p. 1.000 : encore n'est-ce là qu'un minimum inférieur à la réalité qui doit être très supérieure ; en effet pour qu'au bout de 10 ans il survive 3.950.000 enfants, il a fallu qu'il en naisse chaque année bien plus de 395.000, étant donné le chiffre élevé de la mortalité infantile. Cette énorme natalité s'explique, la population étrangère ne contenant que peu d'enfants, par conséquent une proportion plus forte de gens en âge de reproduire, provenant en majorité de pays prolifiques : Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie, Canada, Italie.

Il nous reste maintenant à rechercher la natalité de l'élément blanc indigène et c'est le plus intéressant. Les blancs nés aux États-Unis (Alaska et Hawaï toujours •laissés de côté) étaient, en 1890, au nombre de45. 979. 391. En 1900, il s'en trouvait 56.595.379, augmentation de 10 615.988; mais cet excédent ne représente pas seulement le croît naturel des blancs indigènes, il comprend aussi les enfants nés depuis 1890 de parents étrangers. Or, nous venons de voir que le nombre des enfants âgés de moins de dix ans et qualifiés « nés de parents étrar-

gers » était, en 1900, de 4,719.616 ; mais, nous l'avons déjà fait remarquer, 32 p. 100 de ceux-ci, soit 1.510 217, n'ont qu'un de leurs parents étranger, et 68 p. 100, soit 3.209.329, ont leurs deux parents étrangers. Il faut retrancher ce dernier nombre de l'excédent constaté plus haut, et il en faut retrancheraussi la moitié de 1 .510.287, soit 755.143. Faisant cette opération, ce qui élimine la part des étrangers dans l'accroissement de la population née auxÉtats-Unis, celui-ci se trouve réduit delO. 615. 988 à 6.651.516. Le croît naturel s'élève donc en dix ans à 14,4 p. 100, ce qui représente un accroissement annuel de 13,5 p. 1.000. Tel est donc le taux de l'excédent des naissances sur les décès dans la population blanche indigène des États-Unis. En supposant que sa mortalité soit égale à la mortalité générale, soit 17,4 p. 1.000 on arrive à cette conclusion que sa natalité aurait été en moyenne de 30,9 p. 1.000. En réalité, la mortalité des blancs indigènes paraît devoir être un peu plus faible aussi que le chiffre ci-dessus, et la natalité doit ainsi se trouver aux environs de 30 à 30,5 p. 1 .000.

C'est h peu près exactement la moyenne de la natalité en Grande-Bretagne pendant la même période ; mais c'est sensiblement moins que toutes les autres contrées dont l'Amérique tire un fort contingent d'immigrants, les Pays Scandinaves exceptés^ On est donc fondé à conclure que, somme toute, les divers éléments de race blanche qui constituent la population indigène des États-Unis sont moins prolifiques dans leur nouvelle patrie que dans leur ancienne. Et cependant les

1. En Norvège et au Danemark, la natalité est peu éloignée do la natalité des blancs Américains indigènes (30 p. l.OOOi, en Suéde, elle tombe à 27 p. 1.000, mais elle est de 36 p. 1.000 en Allemagne et en Italie, de 37 p. 1.000 en Autricbc, de 39 p. 1.000 en Hongrie, etc.

l'accroissement de la population américaine 03

ïCtals-Unis sont un pays neuf, où s'ouvrent devant l'homme, pour lui et sa famille, de plus larges horizons où il devrait scmble-t-il, ne pas hésiter à procréer. On observe, en effet, généralement, que, toutes choses égales d'ailleurs, un groupe humain donné est plus fécond dans un pays neuf que dans un vieux pays. Si ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, cela vient confirmer la théorie qu'une civilisation très avancée, et surtout la civilisation démocratique moderne tend à réduire la natalité.

L'examen des variations de la natalité à l'intérieur môme des États-Unis suivant les diverses régions, pour autant qu'il peut être fait avec les incomplètes données dont on dispose, confirme tout à fait cette loi. C'est aiïisi que dans la région de l'Atlantique-Sud le nombre des blancs nés aux États-Unis s'est accru, dans l'intervalle des deux derniers recensements, de 19,6 p. 100 (en éliminant toujours les enfants d'étrangers au-dessous de dix ans), ce qui est une proportion très supérieure à la moyenne générale de 14,4 p. 100.

Or, ceci ne tient pas à une forte immigration dans cette région d'Américains venant des autres parties de l'Union; il y a, au contraire, excédent d'émigration. D'autre part, la mortalité des blancs dans ce pays semitropical et à population en grande partie arriérée, est certainement au moins égale, sinon même supérieure, à celle des blancs du Nord; c'est bien, d'ailleurs, ce que tendent à montrer les statistiques des villes qui tiennent un état civil à peu près régulier. Il en résulte donc que la natalité des blancs du Sud est beaucoup plus forte que celle des blancs du Nord. En admettant, faute de mieux, le coefficient général de 17,4 pour leur mortalité on peut évaluer la natalité à 37 p. 1.000, taux très élevé en lui-môme.

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Or, les blancs du Sud, les rudes paysans des monts Appalaches, comme les planteurs et les petits blancs des plaines, conservent encore en grande partie des mœurs patriarcales. Ils mènent une vie moins agitée, sont beaucoup moins modernes que ceux du Nord, môme que maintes populations européennes. Disons le mot, ils sont « arriérés » ; beaucoup ne savent môme pas lire et écrire. Il y a, parmi eux, 11,4 p. 100 d'illettrés au lieu de 4,6 p. 100 dans l'ensemble des États-Unis, et de 1,6 p. 100 dans les États du Nord-Est qui, eux, sont certainement, au contraire, d'après les registres de leur état civil, et d'après divers autres indices, la partie de l'Union où la natalité est la plus basse.

La région de l'Atlantiquc-Sud, où les mouvements de la population blanche sont relativement faibles, est' la seule où l'on puisse conclure approximativement de l'accroissement des blancs indigènes au croît naturel de ces blancs. Dans toutes les autres régions il y a de grands déplacements de la population indigène ellemême : immigration dans le Centre-Sud et l'Ouest, émigration dans le Nord-Est, courants divers dans le Centre-Nord. Mais l'exemple de l'Atlantique-Sud est suffisamment topique. Si l'on considère en outre certains États du Centre-Sud où les mouvements d'immigration et d'émigration sont peu considérables : l'Alabama, le Mississipi, le Tennessee, l'Arkansas, on voit de môme que l'accroissement de la population blanche indigène est respectivement de 20,1, 17,7, 15,2 et 15,4 p. 100 en dix ans, tous chiffres supérieurs à la moyenne générale de 14,4 p. 100.

Si, au lieu d'examiner les variations de la natalité dans l'espace, nous les considérons dans le temps, nous voyons que la natalité des États-Unis est en diminution marquée, comparée à ce qu'elle était au commencement

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et au milieu du siècle. De 1820 à 1830, alors qu'il n'y avait qu'une centaine de mille d'immigrants, la population blanche américaine s'élevait de 7.862.000 h 10.537.000 personnes, soit de 34 p. 100. En 1840, n'ayant reçu depuis 1830 que 599.000 immigrants, elle montait à 14.195.000, augmentant de 35 p. 100; en défalquant l'accroissement dû aux immigrants et h. leurs enfants, il est impossible d'estimer le croît naturel à moins de 31 ou 32 p. 1 00 de 1820 à 1830, et de 27 p. 100 de 1830 à 1840.

Au contraire, de 1880 à 1890, la population blanche passe seulement de 43.575.000 à 55.166.000 habitants, augmentation brute de 27 p. 100, et il était venu, pendant ces dix ans, 5.246.000 immigrants; en 1900, les blancs atteignent 66.990.000, progrès brut de 21,5 p. 100 seulement, avec moins d'immigrants, il est vrai, 3.687.000. Si l'on prélève la part des immigrants et de leurs enfants, l'accroissement tombe aux environs de 16 p. 100. Le contraste est frappant, [en tout cas, avec les deux décades 1820-1830 et 1830-1840, et il paraît probable, même, qu'en comparant les deux dernières décades, 1880-1890 et 1890-1900, si on pouvait le faire avec quelque exactitude, on ferait ressortir une légère diminution du croît naturel et, par conséquent, de la natalité durant la dernière.

Ainsi le mouvement de la natalité aux États-Unis vient corroborer les enseignements qui se dégagent de l'étude de ce phénomène dans tous les autres pays ; la plus forte natalité de la race noire, des blancs du Sud et des immigrants nouvellement arrivés de pays européens, pour la plupart assez primitifs, de même que la chute certaine et très sensible de la proportion des naissances depuis quatre-vingts ans, mettent en évidence l'influence de la civilisation démocratique moderne, qui tend h diminuer le nombre des enfants.

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