DEVELOPPEMENT DE L INDUSTRIE AMÉUICAINE
très varices et à très bon marché. Ainsi pour la plus importante des matières premières appartenant au règne végétal, le coton, les États-Unis fournissent les quatre cinquièmes de la production du globe. Ils ne sont pas moins favorisés à l'égard des matières premières d'origine minérale, grâce à la richesse de leur sous-sol : ils se trouvent à la tête de tous les pays du monde pour le charbon de terre, qui est la grande source de force de l'industrie moderne et dont ils produisaient (1899) 230 millions de tonnes sur 720 millions qu'on extrait dans le monde entier, pour le minerai de fer dont ils produisent 25 millions de tonnes sur 79 millions, pour lecuivre, dontils produisent257. 000 tonnes sur 470. 000^ Ils sont encore assez favorisés à l'égard des métaux plus secondaires, n'étant dépassés que par l'Allemagne pour le zinc et venant au premier rang pour le plomb ; parmi les métaux usuels, l'étain seul leur manque comme à presque tous les grands pays civilisés ^ ; ils ont le nickel, sinon chez eux, du moins à leurs portes, au Canada. Ils partagent avec la Russie le monopole du pétrole, qui prend de jour en jour une plus grande importance; ils possèdent, avec la France, les plus vastes gisements de bauxite, d'où l'on extrait l'aluminium, auquel on prédit un si grand avenir et pour la production duquel ils ont déjà pris la tête de toutes les nations. Voilà leurs avantages naturels ; on ne saurait trop y insister, surtout en ce qui a trait aux mines. C'est l'infériorité de ses ressources minérales qui a nui à la France plus que toute autre chose pendant le
i. En 1902, les États-Unis ont produit 272 millions de tonnes de houille et d'anthracite sur un total de 800 millions, 35 millions de tonnes de minerai de fer et 277.000 tonnes dejguivre sur 533.000.
2. L'Angleterre seule, parmi ces pays civilisée, en m^<!^À^Jl l'importance de ses mines est secondaire aujourd'bfô^.-—*.^^^
xix" siècle ; c'est la richesse des leurs qui a le plus servi l'Angleterre et l'Allemagne ; mais elles ont trouvé plus riche qu'elles dans les États-Unis. Peut-être le xx® siècle prépare-t-il à la France, dans une certaine mesure, une revanche, avec la houille blanche, la force des chutes d'eau, dont nous avons plus que l'Allemagne et dont l'Angleterre n'a presque pas; mais ici encore, les États-Unis paraissent être au premier rang. Combien de chutes des Alpes ne faut-il pas pour égaler le seul Niagara? Et les Montagnes Rocheuses, les Alleghanys même récèlent bien d'autres forces prêtes à être utilisées. Ce n'est certes pas la nature qui mettra obstacle dans l'avenir au développement industriel des Étals - Unis.
Elle ne leur a pas seulement donné les produits les plus précieux, agricoles et minéraux, mais de non moins précieux moyens de les transporter. Leurs 18.000 milles de rivières navigables servent directement à beaucoup de transports et forcent, en outre, les chemins de fer à abaisser leurs tarifs pour soutenir la concurrence. Puis, surtout, ils ont la magnifique voie des Grands Lacs, qui n'a pas malheureusement de bonne issue vers l'Océan, mais qui forme une ligne de transports intérieurs sans pareille, ayant à l'une de ses extrémités les plus riches mines de fer et de cuivre, les plus belles futaies, et à l'autre les plus vastes gisements de houille : le prix moyen du fret sur ces Grands Lacs est aujourd'hui d'un cinquième de centime par tonne kilométrique, et, par les canaux du Sault-Sainte-Marie, entre le Lac Supérieur et le Lac Huron, il passe cinq fois plus de navires que par le canal de Suez. Quant aux chemins de fer, ils ont été faciles à construire, et les Américains ont montré la plus grande ingéniosité et le plus remarquable esprit d'organisation
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(i;ms la iiianicre do les agencer. Ils sont parvenus à n'duirc le tarif moyen à 2 centimes la tonne kilométrique, ce qu'on ne trouve en aucun pays d'Europe. C'est le tiers de ce qu'il était aux États-Unis mêmes il y a trente ans.
Il est assez curieux de voir les Américains, si protectionnistes, insister sur les avantages que leur a procure le libie-écliange entre les États de l'Union. Mais de fait, ceux-ci forment sur le globe le plus vaste territoire où règne l'absolue liberté commerciale. Gomme l'écrit, dans ses Vingt ans de Congrès, l'ancien secrétaire d'État Blaine, ils jouissent à la fois du libre-échange et de la protection et c'est ce qui a déterminé leur développement sans pareil et leur merveilleuse prospérité. Grâce à leur marché si vaste et à leur population rapidement croissante, ils peuvent éviter, en effet, les écueils ordinaires de la protection, et notamment l'arrêt du progrès, qu'entraînent l'absence de concurrence et l'étroitesse des débouchés.
Enfin, on ne saurait nier que c'a été un avantage pour les États-Unis d'édifier leur .grande industrie sur une table presque rase. En Europe les anciennes organisations de métier, les artisans qui se transmettaient héréditairement leurs vieilles méthodes de travail, résistaient, instinctivement et fort naturellement, à rintroduction des machines, comme y résistent encore aujourd'hui parfois certaines catégories d'ouvriers. Pareils faits sont infiniment plus rares en Amérique, où ( bacun vit, pour ainsi dire, dans une atmosphère de modifications perpétuelles, et 'est habitué à l'idée de quitter un métier pour un autre, où les hommes qui ont eu l'énergie nécessaire pour émigrer loin de leur foyer, pour affronter une nouvelle existence dans un monde nouveau, ni les fils de ces hommes ne craignent plus
aucun changement. Et c'est ici qu'intervient le facteur humain, qui est, après tout, le facteur le plus essentiel de la grandeur d'une nation pourvu que la nature lui fournisse de quoi s'exercer. Partie parce qu'il est le produit d'une sélection parmi les plus hardis des fils de l'Ancien -Monde, partie par suite des influences de milieu, l'Américain est particulièrement énergique, entreprenant, progressif, ingénieux à combiner des machines et à s'en servir. C'est dans ces remarquables qualités, aussi bien que dans l'admirable richesse de son pays que réside la cause de ses succès.