PROPORTION POUR
Les exportations d'articles agricoles constituent, naturellement, l'élément le plus irrégulier du commerce américain. Suivant que la récolte de blé, de maïs ou de coton est bonne ou mauvaise aux Etats-Unis et dans l'ensemble du monde, la quantité de ces articles susceptible d'être exportée varie énormément et le prix varie aussi. C'est pourquoi l'on n'observe pas, dans les chiffres absolus des exportations agricoles, la progression à peu près ininterrompue que présentent ceux, relatifs aux autres catégories de marchandises. Cependant, en dépit des fluctuations annuelles, on voit très nettement deux choses. En premier lieu, la valeur des produits agricoles américains exportés a très sensiblement augmenté depuis vingt ans ; cela est d'autant plus remarquable que 1880 fut une très brillante année agricole ; la moyenne des exportations agricoles pendant les cinq années 1879-1883 s'élève à 630 millions de dollars seulement ; celle des cinq années 1899-1903 à 860 millions ; le progrès est donc de 35 p. 100. D'autre part, il est non moins manifeste que ces exportations agricoles ont.
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cependant, moins augmenté que les autres, et, parliculicrement, que les exportations d'articles manufacturés. Ceux-ci ont plus que triplé depuis vingt ans et s'élèvent, maintenant, à 30 p. 100 des exportations totales au lieu de 15 p. 100 ^
Si l'on veut formuler des conclusions exactes pour le présent et le passée et des prévisions sérieuses pour l'avenir, il importe de regarder les choses d'un peu plus près, de voir de quoi se composent ces deux énormes masses de plus de 4 milliards de francs de produits agricoles et de plus de 2 milliards d'articles manufacturés, qu'exportent les États-Unis.
Les principales denrées d'origine agricole exportées sont les suivantes, pour lesquelles nous donnons les chiffres obtenus en 1903 : d'abord les céréales et farines (221 millions de dollars), parmi lesquelles le froment (41 millions d'hectolitres valant 88 millions de dollars), la farine (20 millions de barils valant 74 millions de dollars), le maïs (27 millions d'hectolitres valant 40 millions et demi de dollars), plus un peu d'avoine, de seigle, d'orge et de produits préparés divers ; puis les « provisions et produits de laiterie » (180 millions de dollars, dont un peu moins de 5 millions pour le beurre, le fromage, le lait condensé, et le reste pour les viandes ; nous en avons donné la répartition détaillée dans l'article que nous avons consacré aux industries alimentaires); le coton (6.938.000 balles valant 312 millions de dollars) ; les animaux vivants (35 millions de dollars, dont 400.000 bœufs représentant 30 millionsde dollars) ; le tabac non manufacturé (165 millions de kilogrammes valant 35 millions de dollars). Voici, pour,
1. Les exportations d'objets manufacturés avaient été particulièrement faibles en 1880 ; pour la période 1879-1883, elles attei-n gnont une moyenne annuelle de 120 millions de dollars.
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qu'on puisse juger de la marche générale de ces exportations, la valeur moyenne, par période quinquennale, depuis un quart de siècle, des trois principales catégories, en millions de dollars :
Céréales. ... 226
Coton 200
Viandes et lai-
tage 130
Il est à remarquer que ces trois classes de produits formaient, il y a vingt-cinq ans, à peu près les trois quarts de toutes les exportations américaines (oo6 millions de dollars sur 778 en 1878-82) ; aujourd'hui, ils en forment à peine un peu plus de la moitié (711 surl.34o en 1898-1902 et 713 sur 1.392 en 1903). Gela montre, d'une façon saisissante, le changement qui s'est produit depuis un quart de siècle et qui a amené les États- Unis à vendre, au dehors, des articles de plus en plus variés et une proportion de plus en plus forte d'objets manufacturés.
Revenant à ces trois grandes catégories d'articles agricoles, le quinquennium 1898-1902 présentait une avance considérable, en valeurs, sur le quinquennium 1878-1882, après une stagnation relative et même, pour les céréales et les provisions, une chute durant la période intermédiaire. En 1903, par contre, le coton seul a continué de progresser, tandis qu'un fléchissement s'observait pour les deux autres classes, et surtout pour les céréales. Faut-il en conclure qu'après s'être élevées très haut durant les cinq dernières années, en partie à cause de récoltes exceptionnelles, les exportations de céréales ont atteint leur limite et vont décidément fléchir? Il serait hasardé de le dire : la compa-
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raison des années voisines de 1880, avec celles qui onl suivi, aux environs de 1885 et de 1890, aurait pu entraîner au môme raisonnement, qui se serait trouvé radicalement faux.La chute de l'exportation des céréales, tombée en 1903 à 221 millions au lieu de 334 millions, point maximum en 1898, s'explique en notable partie par une baisse sensible (22 p. 100 h New-York) dans les prix du blé entre ces deux années et par la détestable récolte de maïs de 1901, qui a encore influé sur les premiers mois de l'exercice 1903, et même sur l'exercice entier S par la nécessité de reconstituer les stocks. Si l'on considère non plus les valeurs mais les quantités, on voit que la moyenne des exportations de froment (en réduisant les quantités de farine en quantités de froment équivalentes) atteint 71 millions d'hectolitres en 1898-1902 contre 52 millions en 1878-1882 ; elle est de 73 millions en 1903 ; elle avait atteint, il est vrai, 84 millions en 1898. Quant au maïs, la moyenne des exportations était de 60 millions d'hectolitres en 1898-1902 contre 30 millions en 1878-1882 ; en 1903, on retombe à 27 millions d'hectolitres; en 1898 et en 1900, on était monté à 73; en 1902, on était tombé au-dessous de 10 ; c'est l'influence perturbatrice de la détestable récolte de 1901 qui a déterminé cette chute énorme. Il n'est guère douteux qu'elle soit suivie prochainement d'un relèvement sensible.
Pour conclure, il semble qu'en faisant abstraction des fluctuations annuelles, dues aux plus ou moins bonnes
1. Ainsi quo nous l'avons déjà dit, l'exercice 1903 s'entend de l'année tiscale qui a commencé le l""' juillet 1902 pour finir le 30 juin 1903, et ainsi des autres exercices. C'est ce qui explique qu'une recuite faite à l'automne de 1901 puisse encore exercer son iiillucnce sur la première partie de cet exercice 1903, c'est-à-dire sur les six derruers mois de 1902.
récoltes, les États-Unis doivent maintenir, pendant d'assez longues années, au niveau actuel, leurs expéditions de blé; il nous paraîtrait plus hasardé de dire qu'ils puissent encore les développer beaucoup, en présence de l'accroissement de leur population. En ce qui concerne les viandes, l'exportation est très prospère ; le léger fléchissement de 1903 est dû aussi à la mauvaise récolte, en 1901, du maïs, principale nourriture des animaux, et il y a lieu de penser que cette exportation pourra se maintenir et même augmenter.
Quant au coton, l'accroissement des exportations est constant et considérable, aussi bien en ce qui concerne les quantités que les valeurs. De 1878 à 1882, on a exporté, en moyenne, 1.800 millions de livres-poids (de 453 grammes) annuellement; de 1898 à 1902, la moyenne des envois au dehors atteint 3 milliards 500 millions de livres; c'est presque le double. Pour l'exercice 1903 on compte 3 milliards 522 millions de livres. C'est la hausse des prix qui a amené l'augmentation de la valeur exportée en cette dernière année. La proportion des exportations à la récolte a peu varié durant un quart de siècle : elle a été, au maximum, de 71,2 en 1878 et 1894, au minimum, de 62,9 en 1901 ; pour 1878-1882, la moyenne est de 68 p. 100; pour 1898-1902, de 65 p. 100. On voit que la tendance à la baisse est très légère. Néanmoins, la consommation universelle du coton augmente si vite qu'on se demande, un peu de tous côtés, non peut-être sans raison, si les États-Unis pourront suffire à approvisionner encore longtemps le monde presque entier. Quoi qu'il en soit, cet accroissement même de la consommation générale fait que l'Amérique ne paraît rien avoir à craindre de la concurrence des nouvelles plantations qui pourront s'établir dans la zone tropicale; si grande que soit sa production^ elle trouvera toujours
aisément un débouché, et il est incontestable qu'elle peut l'augmenter encore dans une assez large mesure. Cette branche de l'exportation des États-Unis promet donc de rester florissante.
Parmi les autres exportations agricoles, celle des animaux vivants s'est fort développée, puisqu'elle s'élevait à peine à 16 millions de dollars en 1880 et à 15 millions en 1885, et qu'on la voit atteindre près de 34 millions en 1890, de 36 millions en 1895, 43 millions et demi en 1900, 52 millions en 1901, pour retomber, il est vrai, h 45 millions en 1902 et 35 millions en 1903; la principale cause de cette chute paraît être encore la mauvaise récolte de maïs de 1901. Il semble qu'on doive s'attendre à un relèvement prochain. Quant à une très grande expansion ultérieure, il est difficile de se prononcer. Le troupeau des Etats-Unis ne paraît pas se développer beaucoup; en outre le perfectionnement des procédés de conservation par le froid et autres devrait plutôt nuire à l'exportation du bétail sur pied, toujours assez aléatoire, en raison des fatigues de la traversée et du déchet qui en peut résulter si cette traversée est trop mauvaise.
L'exportation du tabac en feuilles a eu, depuis vingtcinq ans, une expansion relativement médiocre : de
25 millions de dollars en 1875, elle était tombée exceptionnellement à 16 millions en 1 880, pour se relever à 22 millions en 1885, à 21 millions et demi en 1890, h
26 millions en 1895; elle atteignit 29 millions et demi de dollars en 1900, fléchit un peu à 27 millions les deux années suivantes et s'est relevée brusquement à 35 millions en 1903. Le sol d'une grande partie des États-Unis se prête très bien à cette culture et il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'exportation s'accrût.
Pour résumer ce que nous venons de dire des exportations américaines de produits agricoles, tout donne