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CH. IX. LA PRESSE

le parti qui est au pouvoir les attribue exclusivement à ses organes et arrive ainsi à faire disparaître les journaux hostiles qui contrôleraient utilement ses actes *. De plus en plus, on regarde une presse officieuse comme une nécessité gouvernementale, et le président Grant en a fait un usage inconnu avant lui.

Au-dessus de cette presse de second ordre et plus ou moins enrégimentée, il existe dans les grandes villes un certain nombre de journaux qui puisent de larges ressources dans les annonces commerciales et trouvent leur intérêt à rester indépendants des organisations de parti et des monopoles financiers. Tels sont le Herald et la Tri* bune à New- York, la Tribune à Chicago. Quand ces feuilles sont dirigées avec habileté, elles exercent une influence réelle sur l'opinion, et l'on voit leurs éditeurs entrer en négociations avec les organisations de parti etfaire ensemble des campagnes électorales. Le fameux Greeley, le fondateur de la Tribune de New- York, a inauguré sous ce rapport une ère nouvelle et a été, comme on le sait, l'adversaire de Grant aux élections de 1872.

La presse tend actuellement à sortir du rôle subordonné d'écho de l'opinion qu'elle avait jusqu'ici et à prendre dans la direction de l'esprit public la place qu'avaient au temps

*Voir M. Seaman, Système du gouvernement américain, p. 147. Voir divers faits relatés dans V Abeille de la Nouvelle-Orléans n°« des 24 janvier et 14 mars 1874, et dans YAtlantic-Monthly de mars 1872, art. : Officiai journalism and other journalism , et dans la North American Review de janvier 1875 de longs détails sur la façon dont le fameux Ring de New- York était parvenu à acheter presque tous les journaux de cette grande ville.

de Washington et de Jefferson les hommes d'État, et celle que remplirent plus tard les organisations départi. La République se trou vera-t- elle mieux de cet accroissement d'influence des journaux et du jeu de leurs compétitions? Il est permis d'en douter; on peut craindre plutôt que, par suite de l'inexpérience de la vie pratique et des tendances généralisatrices qu'ont les journalistes, le terrain des luttes politiques ne s'élargisse dangereusement.

Du reste, même ces grands journaux sont rédigés avec une grande pauvreté au point de vue philosophique et littéraire. Leur succès tient surtout à l'habileté avec laquelle leurs éditeurs se procurent des sources d'information et savent tenir en haleine la curiosité publique.

La presse ne retrouve quelque valeur que dans les revues, les publications hebdomadaires destinées aux familles, dans les feuilles religieuses surtout. Cette catégorie de publications est bien supérieure aux publications françaises correspondantes, et elle contribue beaucoup à maintenir les principes de religion et de moralité dans le pays. Mais cette presse-là ne vit qu'à la condition de se cantonner dans un objet spécial, et parla même son influence est limitée. Elle n'atteint que des publics restreints. Le grand public et la politique générale restent en dehors de son action.

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Heureuse encore serait l'Amérique, si la presse se bornait à ne pas faire de bien ! Elle fait du mal et beaucoup. Les luttes politiques sont pour chaque journal et chaque parti une occasion de vilipender dans leur vie privée tous les candidats et tous les hommes marquants du parti opposé. Aucune réputation d'intégrité, si bien établie qu'elle

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