CHAPITRE IV
Monnaies et banques.
La plus ancienne pièce de monnaie à l’usage des États- Unis a, dil-on, été frappée en 1612, pour la compagnie de la Virginie, aux îles Sommers, appelées aujourd’hui Bermudes. \jsl pièce était en bronze, avec la légende « Iles Sommers, « et portait, à la face, un porc, en mémoire des nombreux animaux de cette espèce que trouvèrent les colons, lors de leur arrivée, et, au revers, un navire sous voiles faisant feu d’un canon.
La plus ancienne pièce coloniale fut frappée dans le Massachusetts, en 1G52. Le Connecticut, le Vermont et le New-Jersey établirent des Hotels des Monnaies et émirent quelques pièces au commencement de l’ère républicaine; ils continuèrent à exercer ce privilège, concurremment avec le gouvernement fédéral, de 1778 à 1787.
En 1 785, le Congrès approuva le plan d’un monnayage national présenté par Thomas Jefferson, alors représentant. L’étalon sterling anglais fut abandonné, et les types et dénominations suivantes furent adoptés: Aigle, contenant 246 grains d’or pur, et représentant 10 dollars 50 fr.J; demi-aigle, proportionné, comme
alliage et comme valeur, à l’aigle; dollar, 375 d’argent fin (5 fr.); demi-dollar, double dîme et dîme, en proportion (2 fr. 50 c., 1 fr., 0 fr. 50 c.); cent et demi-cent (0 fr. 05 c., 0 fr. 025.) en cuivre.
Le 2 avril 1792, des lois furent passées pour constituer et régler le monnayage. Ces lois restèrent en vigueur pendant quarante-deux ans. Elles établissaient ainsi qu’il suit la dénomination et la valeur des diverses pièces.
Or : Aigle de 10 dollars; poids, 270 grains, titre, 22 carats ou 2 huitièmes; demi-aigle et quart d’aigle en proportion.
Argent : Dollar de 100 cents; poids 416 grains, titre, 1485 parties d’argent sur 1664, ou 4 dixièmes; demi-dollar, quart de dollar, dîme de 10 cents, et demidîme, en proportion.
Cuivre : Cent; poids, 264 grains; demi-cent, en proportion.
Le même acte décida que le dollar serait l’étalon de la monnaie fédérale, et que tous les comptes publics seraient dressés conformément au système décimal cidessus décrit.
Depuis la loi de 1 792 , diverses modifications ont été introduites dans le système monétaire :
Ije 4 janvier 1793, le poids du cent fut abaissé à 208 grains, et celui du demi-ceni, en proportion.
28 juin 1834, le poids de l’aigle fut réduit à 258 grains, et celui des fractions de l’aigle, en proportion; sur ces 258 grains, 232 devaient être d’or pur, ce qui équivalait à un titre de 899 soit une augmenta-
tion de 6 pour cent sur l’ancienne valeur des pièces d’or, comparée à celle des pièces d’argent qui ne furent pas modifias.
Les désavantages du titre complexe des monnaies d’or et d’argent déterminèrent le directeur de la .Monnaie (le
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J)' R. M. Patterson) à tenter une amélioration. Il prépara une loi bien digérée qui fut votée par le Congrès le 1 8 janvier 1837, et qui adoptait, pour l'or et pour l’argent, le titre de l’étalon français, Le poids des pièces
d’or ne fut pas altéré, mais celui du dollar fut réduit à 412 grains et demi; les fractions du dollar subirent une réduction proportionnée.
l>a loi du 3 mars 1 849 ajouta à la série des monnaies d’or le double aigle et le dollar, et celle du 21 février 1 853 y ajouta encore la pièce de 3 dollars ; celle du 3 mars 1851 créa les pièces d’argent de 3 cents au titre de et du poids de 12 grains |. Le titre de cette dernière pièce fut élevé à 900 par la loi du 1" avril 1853, et son poids fut réduit aux « ^ du demi-dollar, » soit 1 1 grains
A la même date, et en exécution de la loi de février 1853, une modification importante fut introduite dans les monnaies d’argent. Les lois antérieures avaient fait de l’or et de l’argent une monnaie légale pour toute espèce de payement. Par suite du rapport de l’argent à l’or, 16 pour 1, l’argent américain subit, relativement aux pièces européennes, une certaine dépréciation aux États-Unis, ce qui en entraîna l’exportation. Pour porter remède à cette inquiétante tendance, une prime fut établie sur les pièces d’argent, et l’or devint la seule monnaie légale. Le poids du demi-dollar fut réduit de 206 grains 1 quart à 192 grains; les pièces fractionnaires subirent une réduction proportionnelle. La Monnaie cessa de frapper des pièces d’argent pour les particuliers; elle acheta l’argent au cours et ne fabriqua que pour le compte du gouvernement, mesure qui avait été adoptée, dans le même but, en Angleterre, dès 1817. Par suite de cette modification, l’argent atteignit, au delà du cours, une valeur courante suffisante pour en arrêter l’exportation, et pour le replacer, comme monnaie, sur
le même rang que l’or. L’argent n’est actuellement une monnaie légale que jusqu’à concurrence de 5 dollars.
Le prix auquel la Monnaie achète l’argent est fixé de temps en temps d’après le cours. Avec une once (28 gr. 33 milligrammes) d’argent au titre du prix de 1 dollar 21 cents (6 fr. 05 c.), la Monnaie fabrique pour 1 dollar 25 cents (6 fr. 25 c.) de pièces, c’est-à-dire des demidollars et d’autres petites pièees. Celte prime de 3 pour cent constitue, en tant qu’elle dépasse les frais de fabrication, un bénéfice net pour le gouvernement.
Le dollar d’argent ne fut pas compris dans celte modification. Son poids est toujours le même, 412 grains et demi, tandis que celui de deux demi-dollars, représentant une valeur égale, en pièces fraetionnaires, n’est que de 384 grains. Comme valeur intrinsèque, le dollar dépasse donc la somme des pièces fractionnaires qui le représentent, de 7 pour cent, et seulement de 4 et demi pour eent, comme valeur courante. Le dollar est toujours coté suivant sa prime proportionnelle; mais il n’entre pas dans la circulation du pays, et il est assez difficile de comprendre pourquoi il a été laissé ainsi en dehors de la modification indiquée plus haut.
seule altération monétaire qu’il reste encore à signaler fut le résultat de la loi du 21 février 1857; le cent et le demi-cent de cuivre furent retirés de la circulation, et on leur substitua un nouveau cent composé de 88 parties de cuivre et 12 parties de nickel et pesant 72 grains.
Monnaie nationale comprend l’hôtel principal de Philadelphie et cinq succursales , celles de la Nouvelle- Orléans (Louisiane), Charlotte (Caroline du Nord), Dahlonega (Géorgie), San-Francisco ((Californie) et New-York. Ce dernier est désigné sous le nom de Bureau d’essai. La Monnaie fut établie, j>ar la loi du 2 avril 1792, à Philadelphie qui étgit, à cette époque, le siège du gouver-
nement et la métropole commerciale du pays. Elle ne commença véritablement ses opérations qu’en novembre 1795. Les succursales de la Nouvelle-Orléans, Charlotte et Dahlonega, constituées par acte du 3 mars 1835, commencèrent à frapper en 1838, celle de la Nouvelle- Orléans, des pièces d’or et d’argent, les deux dernières, des pièces d’or seulement. La succursale de San-Francisco, pour le monnayage de l’or et de l’argent, établie par acte du 3 mars 1852, fabriqua dès 1854. Le Bureau d’essai de New-York, créé par la loi du 4 mars 1853, commença ses opérations en 1 854.
A l’exception du monnayage, les fonctions du Bureau d’essai sont les mêmes que celles des succursales. Les lingots d’or et d’argent y sont reçus en dépôt, pesés, fondus, essayés et aflinés, précisément de la même manière qu’à la Monnaie de Philadelphie; les restitutions au dépositaire ont lieu, soit en pièces, soit en lingots poinçonnés, à son choix. Toutefois, la portion des lingots qui est remboursée en espèces, ou en une valeur équivalente, doit, de toute nécessité, être adressée, pour être frappée, à la Monnaie de Philadelphie, qui renvoie ensuite les espèces au Bureau d’essai.
Les succursales sont administrées par des Directeurs que nomme le Président des États-Unis. Le Directeur général de la Monnaie de Philadelphie concentre tout le service, sous le contrôle d’un Bureau spécial organisé, à cet effet, au Ministère des finances. Les opérations de la Monnaie et des succursales sont annuellement communiquées au Congrès par le Ministre des finances et consignées dans un rapport qui est rendu public.
Le tableau suivant donne l’ensemble des opérations de la Monnaie et de ses succursales, depuis leur création jusqu’en 1861 :
Le Rapport du Directeur général de la Monnaie, pour 1862, constate que le total net des matières reçues s’éleva à 45423231 dollars 1 cent, et qu’il fut frappé, en pièces d’or, pour 45 532386 dollars 50 cents; en pièces d’argent, pour 2812401 dollars 50 cents; en pièces de 1 cent, pour 116000 dollars; en lingots d’or, pour 16144190 dollars 5 cents; et en lingots d’argent, pour 418680 dollars 1 cent; soit, ensemble, pour 65023658 dollars 6 cents.
Sur les matières déposées, le Bureau d’essai de New- York en reçut pour 26 1 88 863 dollars 87 cents. Le même établissement poinçonna des lingots d’or pour une valeur de 16094768 dollars 44 cents, et des lingots d’argent pour 61 5633 dollars 57 cents.
Les dépôts d’or à la succursale de San-Francisco s’élevèrent à 16136 622 dollars 96 cents ; les dépôts et achats d’argent, à 749,114 dollars 14 cents. La valeur de l’or monnayé fut de 15 545000 dollars; de l’argent monnayé, 641 700 dollars; et des lingots d’argent, 1 278 dollars 65 cents.
Dès que l’autorité de l’Union fut rétablie à la Nouvelle- Orléans, on chargea un agent spécial de vérifier la condition de la succursale et de son matériel. Ce dernier avait beaucoup souffert; un grand nombre d’instruments avaient été enlevés et cachés dans diverses parties de la ville. Ils furent tous retrouvés et réinstallés; et, à l’heure qu’il est, on s’occupe activement à les mettre en état de service. Au 1" janvier 1863, cependant, la succursale n'avait pu encore reprendre ses travaux.
Une loi du 24 avril 1862 a ordonné l’établissement d’une succursale à Denver, dans le territoire de Colorado, et une somme de 75000 dollars, applicable à cet objet, a été portée au budget. En outi-e, dans son rapport au Congrès (2 décembre 1862), le Ministre des finances a demandé la création d’une nouvelle succur-
sale dans quelque localité convenable du territoire de Nevada.
Les banques des États-Unis, dont le nombre, en 1861 , s’élevait à mille six cent une, tiennent toutes leur privilège des autorités locales des États où elles existent. En 1 838, la législature de l’État de New-York adopta une loi, désignée sous le nom de • Loi de banque libre, » qui décidait que tout individu , ou toute Société, pourrait entreprendre les affaires de banque, en déposant, entre les mains du controleur de l’État, des rentes 5 pour cent des États-Unis ou d’un État quelconque, ainsi que des obligations et des hypothèques sur biens immeubles portant un intérêt de 6 pour cent. En échange de ces cautionnements, les contractants devaient recevoir une somme égale en bons négociables.
Des difficultés s’étant produites relativement à la conversion de ces cautionnements en numéraire, et le rachat des lions ne paraissant pas pouvoir s’opérer, par ce moyen, la législature se vit, en 1840, dans la nécessité de reviser la loi et de décider qu’on n’accepterait comme cautionnements que des rentes ou obligations des États-Unis ou de l’État de New-York, ou des hypothèques, les valeurs des autres États ne s’étant pas trouvées négociables.
Ce système est encore en vigueur dans l’État de New- York ; il a été adopté par les États de New-Jersey, Virginie, Indiana, Illinois, Wisconsin, Tennessee, Louisiane et Alabama. Dans les autres États, excepté dans la Californie et l’Arkansas, où il n’existe pas de banques, les établissements de cette nature sont institués par des actes spéciaux de la législature.
Les banques de l’État de New-York sont tenues de publier, toutes les semaines, leur état de situation, dans les journaux.
\ la fin de 1857, presque toutes les banques du pays
suspendirent leurs payements en espèces; elles les reprirent, pour la plus grande partie, au moins, au bout de quelques mois. Les pertes résultant de cette crise financière furent insignifiantes. Une seule banque, celle de Pennsylvanie, dont le capital était de 1 875 000 dollars, fut forcée de se constituer en faillite.
Le tableau suivant présente le nombre et la condition des banques des Etats-Unis pendant les années 1858, 1859, 1860 et 1861.
DÉSIGNATION