CHAPITRE VII
Révolte des colons. — Deuxième congrès continental. — Bataille de Bunker’s-Hill.— Déclaration de l’indépendance.
« Avant le 19 avril 1775, raconte Jefferson, je n’avais pas entendu le moindre murmure annonçant une disposition à la séparation d’avec la Grande-Bretagne. » Six mois auparavant, en octobre 1774, Washington écrivait : « Tout homme intelligent en Amérique ne désire rien moins que l’indépend.ance. » Un peu moins d’un mois avant le combat, John Adams avait publiquement déclaré, à Boston, « que c’est calomnier la province de dire qu’il s’y rencontre quelqu’un qui soupire après l’indépendance. »
La nouvelle du combat se répandit avec une rapidité prodigieuse, dans le moment même où il se livrait, et dans toute la Nouvelle- Angle terre le peuple courut aux armes. La nuit qui précéda l’outrage accompli à Lexington , il n’y avait pas, dans la colonie entière, cin- ({uante personnes qui crussent que le conflit coûterait une seule goutte de sang; la nuit qui le suivit, le gouverneur du roi et l’armée royale se trouvèrent bloqués dans Boston. Le 22 avril, le congrès provincial du Massachusetts décida à l’unanimité qu’il serait levé une
LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRlyUE.
armée néo-anglaise de 30 000 hommes, et que le Massachusetts fournirait à lui seul 13 600 hommes à ce contingent. Avant la fin du mois, 20 000 étaient campés autour de Boston.
Au fur et à mesure que le Sud et l’Ouest apprenaient les événements de Concord et de Lexington, les citoyens s’armaient en toute hâte, et, à la fin de l’été, la puissance de tous les gouverneurs royaux, du Massachusetts à la Géorgie, n’existait plus.
Les Néo-Anglais agirent avec autant de courage que d’énergie, non-seulement devant Boston, mais encore sur les extrêmes frontières. Des expéditions de volontaires du Connecticut et du Vermont , conduites j)ar Benedict .Arnold et Etlian .Allen, s’emparèrent des importantes forteresses de Ticonderoga et de Crown- Point, dont l’artillerie et les approvisionnements devinrent d’une grande ressource pour l’armée américaine, si pauvrement équipée. Des mesures tout aussi énergiques furent prises en Airginie, dans la Caroline du Sud, en Géorgie. Dans la Caroline du Nord, une convention siégeant à Charlotte, comté de Mecklenhourg, en mai 1775, dégagea les citoyens de la province de toute allégeance à la couronne britannique, organisa un gouvernement local et ordonna des préparatifs de défense.
Le second congrès continental se réunit à Philadelphie, le 10 mai. Parmi les membres du congrès, on remarque Franklin, Hancock, Samuel Adams, John Adams, Washington, Richard Henry T^ee, Patrick Henry, Jay, George Clinton et Robert R. JJvingston. Hancock qui, avec Samuel Adams, avait été proscrit comme rebelle, fut élu président. Conservateur et modéré jusqu’à la fin, le congrès adressa au roi une nouvelle pétition, l'epoussant toute idée de séparation d'avec l’.Angleterre, et demandant seulement justice pour les griefs dont se
plaignaient les colonies; mais, en même temps, il constitua une union fédérale et assuma l’autorité centrale de la nation. Il prit des mesures pour lever une armée, équiper une flotte et acheter des armes et des munitions. Du papier-monnaie fut créé pour une somme de deux millions de dollars (un peu plus de dix millions de francs); les « colonies unies » en garantirent sur leur honneur l’amortissement. Les forces campées devant Boston devinrent l’armée continentale, et, sur la proposition des représentants de la Nouvelle-Angleterre, Washington fut, à l’unanimité, nommé général en chef.
Avant son arrivée au siège de la guerre, des événements importants s’accomplirent. L’armée anglaise occupant Boston avait reçu des renforts considérables, amenés par les généraux Howe, Burgoyne et Henri Clinton, qui résolurent d’occuper et de fortifier Bunker’sllill, à Charlestown . Les généraux américains, informés de ce projet, y envoyèrent des troupes sous les ordres du colonel William Prescott. Une redoute élevée à la hâte frappa, à l’aube du 17 juin, les yeux des Anglais qui ne s’attendaient pas à tant d’audace et se préparèrent immédiatement à l’assaut. Trois mille vétérans furent débarqués et attaquèrent la redoute. Deux fois repoussés, ils n’emportèrent l’ouvrage que lorsque les 1 500 .Américains qui le défendaient eurent épuisé toutes leurs munitions. I^s Anglais, suivant leur propre aveu, perdirent 1054 hommes tués et blessés. La perte des Américains s’éleva à 449 hommes tués, blessés et prisonniers. Parmi les morts se trouva le général Joseph Warren, de Boston, l’un des plus habiles, des plus éloquents et des plus populaires parmi les chefs patriotes.
La bataille de Bunker’s-Hill fut le premier grand conflit de la révolution; et quoique ce fût en réalité une défaite, elle fut bienUjt universellement considérée par les Américains comme une victoire; en donnant à ces der-
niers la conscience de leur solidité devant les soldats anglais, elle eut une influence favorable sur toute la guerre. Quatre jours après la bataille, Washington, accompagné de Charles Lee, fait major général, quitta Philadelphie pour se rendre au quartier général et fut reçu par l’armée avec un enthousiasme immense. En même temps que Lee, on avait fait trois autres majors généraux : Philippe Schuyler, de New-York, Arteinas Ward, du Massachusetts, et Israël Putnam, du Connecticut. Horatio Gates , Seth Pomeroy , Richard Montgomery , David Wooster, William Heath, Joseph Spencer, John Thomas, John Sullivan et Nathaniel Greene, avaient été créés brigadiers généraux. L’armée était mal oiganisée, indisciplinée, pauvrement vêtue, imparfaitement armée, et manquait presque complètement de poudre. Avec l'assistance de Gates, le seul, pour ainsi dire, de tous les généraux, qui eùtquelque expérience militaire, Washington réussit à mettre son armée sur un assez bon pied. Il continua régulièrement le blocus de Boston jusqu’au 1 7 mars 1 776, jour .auquel les Anglais évacuèrent la ville et se retirèrent à Halifax, en emmenant avec eux un grand nombre de citoyens restés loyaux (loyalists).
En même temps, une invasion du Canada, dont les habitants passaient pour impatients du joug britannique, fut résolue parle congrès. Le général Montgomery l’entreprit avec des forces insuffisantes. 11 prit Montréal et, le 31 décembre 1775, attaqua Québec en tête, avec une partie de son armée, Uindis que l’autre partie, sous les ordres d’Arnold, l’assaillait par la basse ville. Malgré leur courage et leur opiniâtreté, les soldats américains furent repoussés. Montgomery fut tué et Arnold grièvement blessé. Le blocus de la ville dura quelques mois; mais les Américains, dont le nombre et les approvisionnements en armes, munitions et vêtements, n’étaient pas proportionnés au but de l’entre-
prise, durent se retirer, en juin 1776, devant les puissants renforts amenés aux Anglais.
Pendant cette période, les croiseurs anglais avaient attaqué divers points des côtes , entre autres Falmouth (actuellement Portland, Maine) qu’ils brûlèrent, et Charleston, Caroline du Sud, où ils furent repoussés avec perte par la petite garnison du fort Sullivan, que commandait le colonel MouLlrie. Partout les Américains se trouvèrent énormément gênés dans leurs opérations par le manque de poudre et autres munitions de guerre. Toutefois, le congrès et quelques ‘colonies parvinrent à armer des bâtiments qui capturèrent quelques transports anglais chargés d’approvisionnements. Le congrès ordonna également à un comité secret de faire venir des approvisionnements des Indes occidentales, et prit des mesures relatives à la création de moulins à poudre et de fonderies de canons. 11 institua également une commission navale avec autorisation d’ordonner la construction de treize frégates ; on peut considérer cette institution comme le germe du département de la marine des Etats-Unis. Déjà fonctionnaient un comité des finances et un comité de la guerre; et ainsi se trouvèrent en exercice les difi'érenls rouages du gouvernement des colonies unies.
Le succès des armées coloniales à Boston et à Charleston, ainsi que les outrages commis sur la côte et en Virginie par la marine anglaise, dirigèrent forcément les aspirations du peuple vers cette indépendance que Samuel Adams et quelques autres désiraient depuis le commencement de la lutte. Ce sentiment reçut une impulsion puissante d’une feuille publiée vers le commencement de 1776, et largement répandue : le Sens Commun, de Thomas Payne.
Le 7 juin, Richard Henry I>ee proposa au congrès une résolution déclarant que les colonies unies sont et doi-
îj8 ].ES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.
vont t'tre des Étals libres et indéjiendanls, et que leur connexion avec la Grande-Bretagne est et doit ftre dissoute. Après des débats animes, la résolution fut adoptée par le vote de neuf colonies. La Pennsylvanie et la Caroline du Sud votèrent contre; les voix du Delaware furent partagées, et le New-York s’abstint. Une commission composée de Franklin, Jefferson, Jolin Adams, Roger Sherman et Robert R. Livingston, fut chargée de dresser une déclaration d’indépendance, laquelle fut rédigée par Jefferson, etadoptée, le 4 juillet, par les treize colonies, qui constituèrehtainsi les États-Unis d’Amérique'.
« La déclaration, dit Bancroft, ne fut pas seulement l’annonce de la nais.sance d’un peuj le, mais l’étîddissement d’un gouvernement national; gouvernement imparfait, il est vrai, mais enfin gouvernement réel, en rapport avec les pouvoirs constituants limités que cha- (pie colonie avait conférés à ses délégués au congrès. Dès lors, la guerre ne fut plus une guerre civile; la (Jrande-Bretagne était devenue pour les États-Unis une nation étrangère. Chacun des anciens sujets du roi d’Angleterre dans les treize colonies devait maintenant son serment de fidélité à la dynastie du peuple et devenait citoyen de la nouvelle république; à cette exception près, toute chose demeura dans lemêmeétat que devant; chaque individu garda ses droits; la dissolution des colonies n’eut pas pour objet le retour à l’état de nature, et le peuple nouveau n’accomplit pas une révolution sociale. Les affaires concernant la police et le gouvernement intérieur furent soigneusement retenues par chaque État, qui pouvait individuellement entrer dans la carrière des réformes domestiques. Mais les États, désormais affranchis de la souveraineté de la Grande- Bretagne, ne devenaient pas, jmr ce fait, indépendants