CHAPITRE II
Administration de Thomas JeOeraon (1801-1809) et de James Madison (1809-1817.)
En arrivant au pouvoir, JefTerson relira leurs charges à quelques fédéralistes pour les donner .à des démocrates. Il encourut, pour ce fait, la censure pleine d’amertume de la presse fédérale; il a été, depuis, accusé d’avoir, le premier, mis en pratique cet abusif usage qui consiste cà subordonner lesemployésdu gouvernement aux chances diverses des grands partis politiques.
Pour justifier ses actes, Jefferson prétendit que, pendant l’administration de M. Adams, toutes les charges publiipies avaient été tenues par les fédéralistes, et qu’il n’était pas juste qu’un seul parti fût en possession de la majorité des emplois. 11 n’y avait de vacances que celles provenant du retrait; « la mort n’en fournissait que peu, la démission pas du tout. » Toutefois, les modifications effectuées par Jefferson, pour des raisons politiques, sont en fort petit nombre, et parfaitement justifiables, abstraction faite de tout esprit de parti. Son cabinet se coin posait de James .Madison, de la Virginie (affaires étrangères); Henry Dearborn, du New-Hampshire f^guerre) ; Albert Gallatin, du New-York (financesi; Robert Smith.
du Maryland (marine); Levi Lincoln, du Massachusetts attorney général).
Son administration se distingua, dans presque toutes les circonstances, par son énergie ainsi que par l’ampleur et la netteté de ses tendances; aussi fut-il réélu, pour une seconde pt'riode présidentielle, sans opposition, pour ainsi dire, son compétiteur, G. G. Pinckney, «le la Caroline du Sud, n’ayant obtenu que quatorze suffrages.
Pendant la durée de son premier mandat, l’Ohio fut admis dans la Confératiou (1802) et la Louisiane fut ac- (juise de la France, moyennant 1.5 millions de francs 180.1). En 1804, Jefferson châtia l’insolence des pirates de la côte Barbaresque par le bombardement de Tripoli ; et l’invasion de celte régence par une petite armée américaine partie d’F)gypte, sous les ordres du capitaine Eaton, valut aux États-Unis un traité (1805) donnant à la Confédération toutes les satisfactions désirables.
La seconde présidence de Jefferson commença le 4 mars 1805. L’année suivante, Aaron Burr, qui avait été remplacé dans la vice-présidence par George Clinton, organisa secrètement, principalement dans les États de l’Ouest, une expédition militaire. Celte prise d’armes alluma les soupçons du gouvernement ; Aaron Burr fut arrêté et traduit en jugement, à Richmond, en 1807, sous l’accusation de tentative de démembrement de l’Union et d’établissement d’un État indépendant à l’ouest des .Mleghanies. Heureusement pour lui, il n’avait encore commis ouvertement aucun acte coupable, et, faute de preuves, le jury rendit un verdict d’acquittement.
I^s relations amicales entretenues, depuis quehpies années, par la Grande-Bretagne avec les États-Unis, commencèrent à être ébranlées, en 1806, par suite du tort considérable que fit au commerce américain l’état de blocus infligé à toute la côte d’Europe, depuis l’Elbe
LES ÉTATS-UNIS U’aMÉHHJÜE.
jusqu’à UiTsl, par ordre du gouvernement anglais; aelo auquel Napoléon avait répondu en décrétant, de Berlin ('21 novembre 1806), le blocus de toutes les îles anglaises. Une autre ordonnance du gouvernement britannique, du 7 jauvier 1807, interdit tout commerce de cabotage avec 1a France. En conséquence de ces mesures, nombre de bâtiments américains furent saisis par les croiseurs anglais et français, ce qui cul pour résultat d’annihiler presijue complètement le commerce exotique des États-Unis, que l étal de neutralité conservé par la Confédération avait amené à un degré extraordinaire de prospérité.
U’irritation contre la Grande-Bretagne, produite [lar ces actes de déprédation , trouva un aliment nouveau dans la jiersistance avec laquelle r.Vngleterre inainlenait le droit de visiter les navires américains pour y chercher ses déserteurs; ce droit, les croiseurs anglais l’exerçaient toujours de la façon la plus offensante et ne se gênaient nullement pour enlever les inarinsaniéricains et les enrôler de force dans la marine britanniifue. U’outrecuidance des capitaines anglais atteignit, à la fln, de telles proportions, qu’en juin 1807, la frégate des Etats- Unis Chrsupeake fut arrêtée, prés de l’entrée de la baie de Cliesaj)eake, par le vaisseau de ligne anglais Léopard; et, sur le refus du capitaine américain do se soumettre au droit de visite, le Léopard ouvrit son feu contre la frégate et tua ou blessa vingt et un hommes de l’équipage. Il lui enleva ensuite quatre soi-disant déserteurs, trois des- (jucls, après investigation , furent reconnus pour être
eitovens américains.
Ue président demanda immédiatement réparation de cette insulte; mais satisfaction ne fut donnée que quatre ans plus lard , et même alors le gouvernement anglais continua à maintenir le droit de visite, droit qui devint éventuellement uu cas de guerre.
Une nouvelle ordonnance, rendue le 11 novembre 1807, défendit aux bâtiments neutres d’entrer dans les ports français avant d'avoir, au préalable, fait escale dans un port anglais et acquitté un droit. Napoléon, de son côté, rendit aussitôt le décret de Milan , ordonnant la confiscation de tout bâtiment qui se soumettrait au droit de visite anglais ou payerait des droits, de quelque nature qu’ils fussent, à la Grande-Bretagne. Dans le même mois, à la recommandation du président, le congrès mit un embargo sur tous les navires, étrangers ou nationaux, qui se trouvaient dans les ports des États- Unis, et ordonna à tous les bâtiments américains de revenir immédiatement à leurs points d'attache resjx'ctifs. Cette mesure, qui , pendant un temps, porta une grave atteinte à la navigation et aux intérêts commerciaux des États-Unis, violemment attaquée par le |)arti fédéral, fut rapportée en février 1801), précisément au moment de l’expiration du second mandat du président.
Jefferson repoussa les sollicitations des législateurs de divers États l’engageant à se présenter une troisième fois à l’élection, et le parti républicain, ou démocratique, comme on l’appelait souvent dès lors, présenta pour la présidence James Madison de la Virginie, cl pour la vice-présidence George Clinton, du New-York. Ils furent tous deux élus, le premier par cent vingtdeux suffrages, le second par cent treize, tandis que C. C. Pinckiiey et Uufus King, candidats fédéralistes, n’en obtinrent chacun que quarante-sept. Iaîs États qui jirésentèrent des candidats fédéralistes furent le New- Hampshire , le Massachusetts, le Bhode-lsland, le Connecticut et le Delaware, ainsi que deux districts du .Maryland et trois de la Caroline du Nord,
Les effets ruineux de la loi d’embargo avaient considérablement affaibli le parti démocratique, particulièrement dans les États commerciaux du centre et de l’Ouest,
et M. JefTerson,en quittant le pouvoir, fut suivi, à la fois, par les accusations amères d’une partie de la population, et par les éloges passionnés de l’autre partie, la plus nombreuse. Ses amis proclamaient que son administration avait rendu à la nation un service signalé en effectuant l’acquisition de la Louisiane, c’est-à-dire d’un territoire de plus d’un million de milles carrés, mis fin, ainsi, à un conllit importun avec l’Espagne et affranchi les États-Unis du dangereux voisinage de la France; <|u’clle avait porté haut la dignité de la République dans les débats avec l’Angleterre et obligé les États barbaresques à s’incliner devant le drajM*au des Etats-Unis. Les arguments mis en avant par les ennemis de Jefferson, pour justifier leur antagonisme, ressortent de la peinture suivante de l’état du pays retracée, en janvier 1809, par une commission de la législature du Massachusetts : Il L’agriculture est complètement décourag('“e; les pêcheries sont abandonnées; la navigation est entravée, le commerce intérieur restreint, sinon 'annihilé; le commerce extérieur n’existe plus; les bâtiments de guerre, vendus ou désarmés, sont honteusement réduits au service de cutters ou de canonnières; le revenu public est éteint, le cours de la justice interrompu, et la nation affaiblie par des haines et des dissensions intestines, au moment même où elle se trouve, sans nécessité et imprudemment, exposée à la guerre avec la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne. »
M. Madison composa son ministère avec Robert Smith, du Maryland (affaires étrangères) ; William Eustis, Massachusetts ^guerre); Paul Hamilton (marine ; Albert Gallatin , du New-York ^finances); et César Rodney,du Delaware (attorney général).
Le congrès se réunit en session extranrdinaii*e, en mai 1809; il prorogea, avec quelques modifications, l'acte relatif à I iuterniption des relations avec la Grandc-
r.ES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIOUE. 77
BreU'jgne el la France. De nouvelles modificaliuns y furent introduites l’année suivante. Une longue négociation entamée avec l’Angleterre relativement à cet acte, aux ordonnances du gouvernement et au droit de visite, n’eut d’autre résultat que d’aigrir davantage les sentiments hostiles des deux nations. Le gouvernement britannique ne voulait, sous aucun prétexte, consentir à se départir de sa politique touchant les neutres ; les croiseurs anglais continuèrent donc à saisir les bâtiments américains et leurs cargaisons , et les cours de l’amirauté à les confisquer. Les États-Unis n’avaient plus d’autre alternative que la guerre; et quoique le président fût l’antagoniste décidé de toutes mesures coercitives, la pression de l’opinion publique, ainsi que l’influence de Clay, Caliioun, Lowndes et d’autres chefs du parti de la guerre, l’obligèrent, bien malgni lui, à acquiescer à une déclaration d’hostilités. Le 1" juin 1812, il adressa au congrès un message relatif aux agressions de- la Grande-Bretagne; le comité des affaires étrangères, auquel ce message fut renvoyé, présenta, le .‘1 juin, un manifeste produisant, comme bases d’une déclaration de guerre, les motifs suivants :
Presse des marins américains, par les commandants des navires de guerre anglais ;
Doctrine et système de l’Angleterre relativement au blocus;
Ordonnances du gouvernement anglais ;
Enfin , déprédations commises par des sujets anglais au préjudice du commerce des États-Unis.
La chambre des représentants et le sénat approuvèrent la mesure, la première, par 79 voix contre 49, le second, par 19 voix contre 13, et, le 18 juin, le président signa l’acte de déclaration de guerre. Cinq jours plus tard, le gouvernement britannique révoqua scs ordonnances, fait qui, s’il avait eu lieu un peu plus
tôt, aurait certainement jirévenu l’explosion des hostilités.
A cette époque, toutes les ressources de la Grande- Bretagne étaient absorhé-es par son duel gigantesque avec Napoléon ; elle ne se préoccupait qu’incidemment de ses démêlés avec les États-Unis. Pendant les premiers mois qui suivirent la déclaration de guerre, elle répondit mollement aux hostilités. Le blocus de la Chesapeake et de la Delaware ne fut pas dénoncé avant le 26 décembre 1812, et les flottes britajiniques ne parurent en force sur les côtes américaines que dans le mms de février 1813. Le 20 mars 1813, toute la côte des Etats-Unis fut déclarée en état de blocus, à l’exception de celles de la Noiivelle-.Vngleterre, distinction qui avait évidemment pour but de fomenter les dissensions entre le parti fédéral et le parti démocratique. Mais, quoique les Etats-Unis eussent cet avantage, que les forces principales de leurs ennemis étaient engagées dans la grande lutte européenne, les préparatifs militaires qu’ils avaient pu faire restaient dans une proportion marquée d’inégalité. Le trésor était vide, pour ainsi dire, les embargos et les lois contre l’importation ayant réduit le budget presejue à néant ; l’armée ne comprenait que 10 000 hommes, dont 5000 recrues, et elle manquait d’officiers expérimentés ; la marine comptait seulement huit frégates, deux sloops et cinq bricks. 1^ congrès, toutefois, auUirisa le président à lever 25 000 réguliers et 5tt000 volontaires. Henri Dcarborn, qui avait honorablement servi pendant la guerre de la révolution, fut nommé major giméral et commandant en chef; James Wilkinson, Wade Hampton, William llull et Joseph Bloomlield reçurent des brevets de brigadiers généraux.
Longtemps avant la déclaration de guerre, des émissaires anglais avaient été chargés de soulever contre
les Américains les Indiens dn nord-onest ; et, dans l’été de 1811, les tribus fixées au nord du fleuve Ohio commencèrent les hostilités, sous la conduite de Tecumseh, chef Shawnee d’une grande habileté. William Henry liarrison, gouverneur du territoire d’Indiana, les attaqua, avec une armée considérable, sur les bords de la rivière Tippecanoe, le 7 novembre 181 1 , et remporta sur eux l’une des batailles les plus sanglantes et les plus chaudement disputées qui aient jamais été livrées entre les Indiens et les blancs. Cette victoire n’eut pas cependant le résultat désiré, la soumission des tribus, et, lorsque commença la guerre de 1812, le général Hull, alors gouverneur du Michigan, s’avancait contre elles à la tète de 2000 hommes. Arrêté dans sa marche par l’ordre d’envahir le Canada par Détroit, Hull obéit aussitôt. .Mais l'armée dont il disposait était hors de proportion avec l’entreprise. Kcrasé par des forces supérieures, il fut obligé de reculer, et, bientôt après (IG août), il rendit au général anglais Brock son armée, réduite à 800 hommes par des circonstances diverses, la ville de Détroit et tout le Micliigan.
Une invasion du Canada jiar la frontière du Niagara ne fut pas plus heureuse. Cet échec termina la campagne de 1812. Les Américains avaient été peu fovorisés sur le continent; mais sur l’Océan, leur marine, toute faible qu’elle était, avait remporté une série de brillantes victoires. Le 10 août, la frégate Constitution, caj>itaine Isaac Hull, captura la frégate anglaise Guerrière ,• le 1 8 octobre, le sloop de guerre Wasp, capitaine Jones, prit le brick Vrolic; le25 octobre, la frègate Etats-Unis, capitaine Decatur, prit la frégate Macédonienne , et le 29 décembre, la frégate Constitution, avec son nouveau capitaine Bainbridge, captura la frégate Java. Dans tous ces combats, les pertes des Anglais, en tués et en blessés, comparées à celles des Américains, furent presque dans la
proportion de huit à un. Ce résultat exalta l’opinion publique, jusque-là peu favorable à la marine. D’innombrables corsaires sillonnèrent l’Océan, courant sus aux bâtiments de commerce, dont ils firent une véritable moisson ; dans cette année seulement, plus de trois cents navires tombèrent entre leurs mains.
Pour la campagne de 1813, trois armées furent mises sur pied : l’armée de l’Ouest, à la tète du lac Erie, sous les ordres du général llarrison ; celle du Centre, entre les lacs Érie et Ontario, sous le général Dearborn; et celle du Nord, près du lac Cbamplain, sous le général Wade Hampton. Des alternatives de succès et de revers signalèrent cette campagne.
En janvier, un détachement de l’armée de l’Ouest, l’oi t de 800 bommes commandés par le général Winchester, fut battu et pris sur les bords de la rivière Uaisin, et presque tous les prisonniers tombèrent sous le tomahawk des Indiens alliés des Anglais. En avril, le général Pike, avec 1700 bommes, s’empara de York (près de Toronto i; maislui-mème fut tué par l’explosion d’une mine préparée en vue des opérations du siège. Dans cette occasion, les .Anglais perdirent environ 700 hommes. A peu près dans le même temps, le colonel Dudley, avec 800 bommes, fut cruellement battu par les Indiens de Tecumseh. En mai, le général Brown repoussa une attaque faite contre le havre deSackett par le général anglais Prévost, et le fort George, dans le Canada, fut pris par les Amérieains, sous la conduite du général Boyd et du colonel Miller. Dans cette dernière affaire, les pertes des Anglais s’élevèrent à près de mille hommes. En octobre, le général llarrison remporta une victoire complète auprès de la rivière Tamise, dans le Canada; les Anglais y perdirent beaucoup de monde, et le chef indien Tecumseh resta parmi les morts.
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Sur la frontière du Niagara, où le gouvernement avait concentré les préparatifs d’invasion du Canada, un dissentiment entre les généraux Wilkinson et Hampton empêcha les armées américaines d’entreprendre rien d’efficace.
Comme d’habitude, la marine fut plus heureuse que l’armée de terre. Le rude combat du lac Éric (10 septembre), où le commodore O. H. Perry captura la flotte anglaise, composée de six bâtiments, rendit les .Américains maîtres du lac. Sur l’Océan, le Hornef, capitaine Lawrence, prit le Peacock ('24 février) ; et l’Entreprise, commandé par le lieutenant Burrows, prit le Boxer (ô septembre). D'un autre coté, la frégate des Ktats- Lnis Chesapeake, capitaine Lawrence, fut capturée, le I'”' juin, par la frégate anglaise Shannon , capitaine Broke, exploit que célébrèrent les canons de la Tour de Londres et qui valut au capitaine Broke des lettres de noblesse.
I.a campagne de 1814 fut, des deux côtés, conduite avec plus de vigueur et fut signalée, sur la frontière du Canada, par des combats sanglants et obstinément disputés. Le 5 Juillet, les Anglais perdirent, contre le général Brown, la bataille de Cbippewa, et furent encore battus, le 25, à Bridgewater ou Lundy’s-Lane, par les généraux Brown et Winfield Scott; ce dernier s’était déjà distingué à Cbippewa.
I.a guerre ayant pris fin en Europe, des renforts considérables, composés des troupes qui avaient combattu en Espagne, sous Wellington, furent envoyés au Canada. Sir George Prévost, à la tête de 14000 hommes, envahit l’État de New- York par la frontière septentrionale, et vint mettre le siège devant Plattsburg. Il était soutenu, sur le lac Champlain, par une flotte nombreuse sous les ordres du commodore Downie. Cette flotte fut complètement défaite, le 3 septembre, par la flotte des États-
Unis, coiiiinandée par le cuinmodore Macdonough, et, le même jour, le général Macomb battit l’armée de terre qui rentra en désordre dans le Canada, après avoir perdu 2500 hommes.
En avril, une flotte anglaise amena dans la Chesapeake le général Ross avec 5000 hommes. Cette armée, débarquée à Patuxent, marcha sur Washington, rencontra, sur sa route, les milices de Bladcnsburg, qu’elle mit en déroute, s’empara de la capitale fédérale et brûla le Capitole, ainsi que le palais du président et d’autres édifices publics. Le jour qui suivit ce sauvage exploit, les Anglais regagnèrent leurs vaisseaux et firent voile vers Baltimore, qu’ils attaquèrent (12-13 septembre). Rudement accueillis et repoussés deux fois par les citoyens de la ville, ils durent renoncer à leur entreprise, après avoir perdu leur général, sir G. Ross, tué dans le combat.
Sur l’Océan, pendant la même année, les navires de guerre anglais Kpervier, Avon, Rcindeer, Levant, Penyuin et Cyane, furent capturés parles Américains, qui, de leur côté, j)erdirent les frégates Essex et President, prises toutes deux par des forces bien sujiérieures.
Ije rétablissement de la paix en Europe conduisit les États-Unis et la Grande-Bretagne à désirer la fin d’une guerre qui, par le fait, n’avait pas d’autre principe que des contestations nées du grand conflit armé d’outre- .Atlantique. Après de longues négociations, un traité de paix fut enfin signé à Gand, le 24 décembre 1814, par Henry Clay, John Quincy Adams, Jonathan Russell, James A. Bayard et Albert Gallatin, pour les États-Unis. Le traité stipulait la restitution mutuelle de tout le territoire occupé pendant la guerre, et la nomination de commissaires respectifs chargés de déterminer les limites septetitrionales de la (Confédération. Il n’y fut
aucunement question de la presse exercée sur les marins américains, l’une des principales causes de la guerre; mais cette pratique fut abandonnée par les commandants anglais.
Avant que la nouvelle de la conclusion de la paix eût pu traverser l’Atlantique, une armée anglaise de 1 2 000 hommes, sous les ordres des généraux Pakenham, Gibbs, Keane et I.ambert, débarqua sur la côte de la Louisiane et s’avança contre la Nouvelle-Orléans que défendait le général Andrew Jackson, avec 5000 hommes, pour la plupart milices du Tennessee et du Kentucky. L’attaque fut repoussée, le 8 janvier 1815; les Anglais jwrdirenl 2000 hommes tués, blessés et prisonniers, et les Américains seulement 71.
La guerre avait, dès le commencement, rencontré l>eu de sympathie dans la Nouvelle-Angleterre , dont la population, presque exclusivement composée de fédéralistes, l’avait considérée non-seulement comme inutile et impolitique, mais encore comme engagée surtout pour satisfaire aux préjugés des démocrates contre l’Angleterre et à leur partialité pour la France. Elle lui avait causé d’immenses dommages par la ruine de son commerce et de ses pêcheries, et le gouvernement fédéral s’était peu ou point préoccupé de la protéger contre rcnnemi. C’est pour porter remède à ces maux que fut convoquée la fameuse convention de Hartford, laquelle n’eut d’autre résultat qu’un rapport aux législatures ([u’elle représentait, réclamant certains amendements à la constitution et la définition du pouvoir du gouvernement fédéral sur les troupes locales des États. Le congrès s’empressa de donner, sur ce dernier point, satisfaction aux réclamants, et la nouvelle du traité de Gand vint mettre fin aux discussions soulevées par la convention. Pendant de longues années, toutefois, les démocrates ne cessèrent d’accuser de trahison la con-
venlion d’Hartford, ce qui contribua surtout à la décadence et à l’extinction finale du parti fédéral.
Pendant la guerre, les Algériens, reprenant leurs anciennes pratiques de piraterie, avaient saisi plusieurs navires américains, insulté le consul des Etats-Unis et pillé le consulat. Aussitôt après la conclusion de la paix avec la Grande-Bretagne, une flotte fut envoyée dans la Méditerranée, sous les ordres de Decatur et de Bainbridge, qui prirent plusieurs corsaires, et, en quelques semaines, contraignirent les régences d’Alger, de Tunis et de Tripoli à payer de fortes indemnités et à s’engager, pour l’avenir, à renoncer à leurs déprédations, en ce qui concernait le commerce américain.
A la fin des hostilités, les finances se trouvaient dans un état déplorable. La conduite de la guerre avait nécessité divers emprunts s’élevant ensemble à 80 millions de dollars (400 millions de francs). Toutes les banques, à l'exception de celles de la Nouvelle- Angleterre, avaient suspendu leurs payements en espèces. Il devenait urgent de créer une monnaie solvable et uniforme. Pour y arriver, le congrès, dans la session de 1816-17, autorisa l’établissement à Philadelphie d’une banque nationale, avec un privilège de vingt années, et un capital de 35 millions de dollars (185 millions de francs), à la formation duquel les États-Unis devaient contribuer pour 7 millions de dollars (35 millions de francs), et les particuliers pour le reste.
L’élection présidentielle de 1812 avait eu pour résultat de prolonger pendant quatre années le mandat de Madison, par 128 votes, contre 89 donnés à de Witt Clinton, de l’État de New-York, candidat des fédéralistes. Elbridge Gerry fut nommé vice-président; il avait pour compétiteur Jared Ingersoll. Ce second mandat expira le 4 mars 1817. Son principal trait fut la
puene avec la Grande-Bretagne ; mais d'autres événements importants s'accomplirent, entre autres l’admission dans l'Union de la Louisiane (1812) et de l’indiana (1816), et la fondation de la Société américaine de colonisation (1817).