CHAPITRE III
Administration de James Monroe (1817-1825) cl de John Quincey Adams (1825-1829).
Aux approches de l’élection présidentielle de 1816, on comprit que M. Madison ne se présenterait pas à la réélection, et les niernhres du congrès appartenant au parti démocratique se réunirent afin de lui choisir un successeur. Pour comhattre rinfluence croissante de la Virginie dans le gouvernement, cet Ktat ayant obtenu l’avantage dans six élections présidentielles sur les sept qui avaient déjà eu lieu, une portion de ce parti porta comme candidat William H. Crawford, de la Géorgie; ce qui n’empècha pas la nomination de James Monroe. de la Virginie, ministre des affaires étrangères de Madison, par 183 votes contre 34 donnés à Rufus-King par les états fédéraux du Massachusetts, du Connecticut et du Delaware. Daniel D. Tompkins, de l’Ktat de New- V'ork, fut élu vice-président.
Le président Monroe nomma : aux affaires étrangères, J. Q. Adams, du Massachusetts; aux finances, IV. H. Crawford, de la Géorgie; à la guerre. John C. Calhonn, de la Caroline du Sud; à la marine. Benjamin W. Crowninshield, du Massachusetts; à la justice ,atlnrney général) William Wirt. du Maryland.
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Son administration débuta sous les auspices les plus l'avoral)les. Les distinctions de parti avaient presque disparu; démocrates et fédéralistes s’accordèrent pour soutenir le gouvernement, et, pendant un long voyage que fit le president dans les États du Centre et de l’Ouest, peu de temps après son installation, il fut partout admirablement accueilli, la gracieuse expression de ses traits et l’affabilité de ses manières l’ayant promptement rendu populaire. Aussi, aux termes de son mandat, en 1820, fut-il réélu par tous les votes, sauf un.
L’événement principal de son administration fut le différend du Missouri, lequel, pour la première fois, divisa sérieusement le pays sur la question de l’eselavage. Les États du Nord, où l’esclavage, qui n’y avait jamais pris, d’ailleurs, de racines profondes, était éteint ou sur le point de s’éteindre, s’unirent contre les États du Sud. Les accessions à l’Union avaient, Jusqu’alors, eu lieu alternativement par État esclavagiste et État mm esclavagiste. Le Verinontetle Kentucky, le’Tennessee et l’Obio, la Louisiane et l’indiana, s’étaient mutuellement comjænsés, et l’admission (1818) de l’État non esclavagiste de l’Illinois suivit immédiatement celle du Mississipi, État esclavagiste (181 7). Dans la session de 1818-19, le congrès autorisa l’AIabama, où se concentrait rapidement une population esclavagiste, à se dresser une constitution ne renfermant aucune prohibition relativement à l’esclavage. Un bill semblable ayant été proposé en faveur du Missouri, James Tallmadge, de l’État de New-York, présenta à la chambre des représentants un amendement interdisant toute nouvelle introduction d'esclaves et affranchissant, dès qu’ils auraient atteint l’âge de vingt-cinq ans, les enfants des esclaves actuels ; cet amendement fut adopté par 87 voix e.ontre 76. Quelques jours après, John W. Taylor, de l’Étal de New-York, présenta, à propos du bill relatifà l’or-
ganisalion de l’Arkansas, un amendement stipulant que dorénavant l’esclavage ne serait admis dans aucune partie du territoire des États-Unis au nord du 36* 30' de latitude. Cette proposition avait pour objet un compromis; mais elle rencontra une chaude opposition, un grand nombre de membres, tant du Nord que du Sud, s’étant déclarés hostiles à tout compromis, quel qu’il fût, ce qui obligea M. Taylor à retirer son amendement. Les esclavagistes prétendaient que la prohibition de l’esclavage par le congrès serait une violation du droit constitutionnel que possédait tout citoyen de jouir de sa propriété en quelque lieu que ce fût sous la juridiction des États-Unis. Les partisans de la restriction, au contraire, niaient que l’homme fût une propriété sous la juridiction des États-Unis, quand bien même il en serait décidé autrement par la législation des États particuliers; ils maintenaient que la question constitutionnelle avait été tranchée par le congrès, au moment même de la formation de la constitution, dans l’acte passé en 1787, pour le gouvernement du territoire au nord-ouest de la rivière Ohio, et renfermant cette clause u qu’il n’y aurait jamais, dans ledit territoire, ni esclavage ni servitude involontaire, sauf dans le cas de punition des criminels. »
Cette clause ayant joué un grand rôle aux États-Unis, il est indispensable d’en retracer sommairement l’histoire.
La disposition et l’administration des territoires non peuplés, appartenant aux treize colonies confédérées par la suite, comme États indépendants, devinrent bientôt un sujet de sollicitude et de débats à la fois dans les États et au congrès. Aux termes de leurs chartes, quelques-unes des colonies avaient le droit de s’étendre indéfiniment à l’ouest et n’étaient limitées que par la volonté <lu cédant. Beaucoup de ces chartes se trouvaient en désac-
cord flagrant, le même territoire étant compris parfois dans le territoire de deux ou plusieurs colonies distinctes. Ix)rsque les dépenses de la guerre de la Révolution commencèrent à affecter sérieusement les ressources des États, quelques-uns en vinrent à penser que leur part dans les avantages du triomphe serait inférieure à celle de certains autres. Le Massachusetts, le Connecticut, le •New-York, la Virginie, la Caroline du Nord et la Géorgie élevèrent des prétentions sur de spacieux territoires situés en dehors de leurs propres limites ; tandis que le New-Hampshire non compris le Vermont', le Rhode- Island, le New-Jersey, le Maryland, le Delaware et la Caroline du Sud ne possédaient pas ces ressources si vantées pour faire face aux dettes de guerre sans cesse croissantes. Ces États demandèrent donc, et, en cela, ils restaient dans le droit strict, que cette inégalité fût détruite, etque tous les territoires compris dans les bornes del’Union, mais en dehors des limites territoriales et naturelles des divers États, fussent respectivement cédés et retenus par le congrès, en ûdéicommis, au bénéfice commun de tous les États, et que les produits en fussent affectés au payement des dettes et des engagements de la confédération. Cette réclamation si raisonnable finit par être accueillie, mais avec quelques restrictions. La Virginie se réserva, au delà de l’Ohio, un territoire suffisant pour subvenir aux primes promises à ses officiers et soldats révolutionnaires. Le Connecticut s’attribua un terrain à l’ouest, terrain colonisé depuis par des citoyens de l’État. Massachusetts garda cinq millions d’acres, situés dans la partie occidentale de l'État de New-York, qu’il prétendait lui avoir été concédés par sa charte. Dans tous ces cas, les produits seuls étaient réservés, la propriété absolue restait à l’État.
Les cessions furent effectuées séparément, soit pendant la guerre de la Révolution, soit immédiatement après la
cessation des lioslililés; et l’un des devoirs les plus ardus qu’eut à accomplir le congrès continental, qui tint ses sessions à Philadelphie, tout de suite après la conclusion de cette guerre ruineuse, fut de régler, par une loi ou une ordonnance, l’administration des vastes domaines abandonnés à ses soins et à sa libre disposition.
La responsabilité de ce règlement fut remise par le congrès à un comité composé de Jefferson, de la Virginie, président; Chase, du Maryland, et Ilowell, du Rbode-Island. A l’expiration du délai qui lui avait été laissé pour son travail, ce comité présenta un plan pour le gouvernement du territoire occidental, comprenant toute la région l’enfermée dans les limites des Etats-Unis, à l’ouest des treize colonies primitives, et s’étendant, au sud, aussi loin que le 31' degré de latitude nord; ce territoire n’était alors que partiellement abandonné aux Etats-Unis, maison en attendait la cession complète, et il embrasse actuellement plusieurs États à esclaves. Ce plan prévoyait la division ultérieure de ce territoire en dix-sept Etats, huit situés au-dessous de la parallèle des chutes de l’Ohio (maintenant Louisville), et neuf audessus. Parmi les articles exposés, au nom du comité, par M. Jefferson (élu, par la suite, deux fois président, et fondateur du parti démocratique républicain), se trouvait le suivant :
« A partir de l’année 1800 de l’ère chrétienne, il n’y aura plus, dans lesdits États, ni esclavage, ni servitude involontaire, sauf dans le cas de punition pour des crimes dont les accusés seront reconnus personnellement coupables, »
Lors de la discussion ouverte au congrès sur le rapport du comité, le 19 avril 1784, M. Spaigbt, de la Caroline du Nord, demanda le rejet du paragraphe reproduit ci-dessus, et sa motion fut appuyée par M. Read, de la (iaroline du Sud. Le scrutin nominal ayant été demandé
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par M. Howell, on vota sur une question ainsi posée : I^s mots dont la suppression est demandée seront-ils conservés? La réponse fut négative, et on passa à l’ordre du jour, quoique six États eussent volé pour l’affirmative, et trois seulement pour la négative ; quoique seize des membres présents eussent approuvé, et sept seulement rejeté la proposition de M. Jefferson. Mais, d’après la constitution, il fallait, pour emporter un vote, une majorité de neuf lîUits; et, faute de ce chiffre organique, l’exclusion radicale de l’esclavage des territoires fédéraux resta en question.
En 1787, le dernier congrès continental siégeant à New-York, simultanément avec la convention de Philadelphie qui dressa la constitution fédérale, reprit la question du gouvernement du territoire occidental, et en confia l'examen à un comité présidé par Nathan Dane, du Massachusetts. Ce comité présenta, le 11 juillet, K une ordonnance pour le gouvernement des États- Jnis O l'ouest de l’Ohio^ » la vaste région qu’embrassr.it le hill de M. Jefferson n’ayant pas été cédée par les Etats du Sud qui en réclamaient la propriété. Cette ordonnance reproduisait, avec (juelques modifications, presque toutes les clauses dressées par M. Jefferson, et se terminait par une stipulation de pacte inaltérable et perpétuel défini d.ans six articles, dont le dernier est ainsi conçu :
» Il n’y aura ni esclavage ni servitude involontaire dans ledit territoire, excepté pour punir les crimes dont les coupables seront dûment convaincus. »
A cet article on ajouUi, avant le vote, la clause relative à l’extradition des fugitifs, clause introduite, peu après, dans la constitution fédérale. L’ensemble île rordonnance fut adopté, le 13 juillet, à l unanimilé, la Géorgie et la (iarolinedu Sud ayant participé au scrutin.
D’après cct exposé, ilesl facile de comprendre pourquoi.
en i8l8-l9, les partisans de la restriction appiiyèrenl leurs raisonnements sur l’autorité du plus grand homme d’État du Sud, Thomas Jefferson, et rappelèrent ce qu’il avait fait, en 1784, pour la prohibition de l’esclavage, non-seulement sur tout le territoire possédé alors par les États-Unis, mais sur celui qu’ils pourraient acquérir dans la suite.
Le débat fut long et animé. Les orateurs du Sud déclarèrent que si l’on persistait dans la restriction, le Sud se retirerait, ce ejui amènerait la dissolution de l’Union. .M. Cohb, de la Géorgie, s’écria, en jetant un regard significatif sur M. Tallmadge :« On a allumé un incendie contre lequel toutes les eaux de l’Océan ne pourront pas prévaloir; une mer de sang suffira seule à l’éteindre. » M. Tallmadge répliqua aussitôt avec une chaleur égale :
Il On nous menace d’une dissolution de TUnion, d une guerre civile ! Ehbien,soit! Monexistence n’est probablement pas plus assurée que celle d’aucun des citoyens qui m’écoutent; mais tant que je vivrai, chacun de mes jours sera consacré à la liberté de l’homme. S’il faut du sang pour éteindre l’incendie que j’aurai, bien à contre-cœur, contribué à allumer, sans hésitation aucune je donnerai tout le mien ! »
Ije sénat refusa son approbation à la restriction imposée par la chambre, et le compromis du Missouri échoua à la session de 1818-19. Pendîint la prorogation des chambres, l’opinion publique se prononça vivement contre l’esclavage, dans les États du centre, et l’agitation se propagea jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, fomentée qu’elle était à la fois par les démocrates et les fédéralistes. Le Sud, touU'fois, obtint, dans le débat, un avantage accidentel par l’érection du Maine en État, avec le consentement du Massachusetts, ce qui ajouta un nouvel État à la liste des Étals libres et servit de contre-poids à l’accession de l’.Vlabama, lequel fut
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admis dans l’Union au commencement de la session de 1819-20.
Lors de la réunion annuelle des législatures des États libres, en 1820, les représentants durent nécessairement se faire respectivement les organes du sentiment populaire relativement à l’esclavage. La Pennsylvanie prit la tête du mouvement en lançant aux États un appel solennel, dans lequel elle les conjurait ode refuser au crime leur concours, n et en déclarant, par un vote unanime, que c’était, pour le congrès, un droit et un devoir de prohiber l’esclavage dans les territoires. Tous les autres États du Centre adoptèrent des résolutions identiques. L’Ohio et rindiana prirent la même attitude, et malgré le silence gardé par les législatures de la Nouvelle-.Vngleterre, de nombreux mémoires en faveur de la liberté, émanant des villes et des assemblées publiques de cette partie de la confédération , furent adressés au congrès.
Les li^islatures des États à esclaves se prononcèrent, tout aussi catégoriquement, contre la restriction. Dans le congrès, le débat fut long et acerbe. Le sénat envoya à la chambre des représentants le bill du Missouri, après en avoir retranché l’article comportant la prohibition de l’esclavage dans cet État , mais avec cette clause que l’esclavage ne serait pas toléré, à l’avenir, au nord du 36° 30' de latitude. La chambre approuva, non sans répugnance (90 voix contre 87), la suppression de l’article restrictif, très-peu de membres du Nord ayant voté pour. Eniln, le compromis établissant que l’esclavage serait à Jamais proscrit au nord du 36° 3(y de latitude, fut adopté par 132 voix contre 42. I.es États du Nord acceptèrent ce compromis comme une nécessité politique et pour terminer un conflit qui, en se prolongeant, aurait pu compromettre la paix et lastabilitéde l’Union. F.’agitation esclavagiste se trouva ainsi apaisée, au moins pour un temps.
La question des républiques hispano-américaines fut le second événement important de radminislralion de M. Monroe. Depuis plusieurs années ces républiques avaient secoué le joug de la mère patrie, et combattaient {M)ur leur liberté. Leur indépendance fut reconnue en 1822; et, l’année suivante, le président déclara, dans sou message annuel, qiie « en principe, le continent américain, par suite de l’attitude libre et indépendante que le peuple a prise et qu’il entend conserver, ne doit pas être considéré comme soumis, dans l’avenir, à la colonisation , par quebjue puissance européenne que ce soit » ; déclaration devenue célèbre par la suite, sous le nom de « doctrine Monroe. »
M. Monroe refusa de se présenter une troisième fois à l’élection, et, en 1824, l’état de confusion des partis amena la nomination de quatre candidats dont aucun ne réunit la majorité des votes électoraux. Andrew Jackson obtint 99 suffrages; John Quincy Adams, 84; William H. Crawford, 41, et Henry Clay, 37. L’élection était remise, dès lors, à la chambre des repnisentants, et M. Adams, ayant obtenu les votes de treize États, fut proclamé président. Iaîs collèges électoraux avaient nommé John G. Calhoun vice-président.
I.CS vues politiques de IM. Adams ne différaient pas de celles de son prédécesseur, et la politique fut à peu près la meme, à l’extérieur et à l’intérieur. 11 plaça Henry Clay, du Kentucky, aux affaires étrangères; Richard Rush, de la Pennsylvanie, aux finances; James Rarbour, de la Virginie, à la guerre; Samuel L. Soutbard, du New-Jersey, à la marine, et William Wirl, du Maryland, à la justice. Son administration se lit remarquer par l’ordre, la méthode et l’économie, quoique l'esprit de parti , par suite des débats engendrés par l’élection, fût plus enflammé et plus turbulent que jamais. Le plus important, peut-être, de tous les actes
de celte administration fut l’adoption de ce qu’on appela le « système américain » pour la protection des manufactures indigènes, au moyen de droits élevés frappés sur les productions étrangères de même nature; ce système, très-goiité parmi la population industrielle du Nord, rencontra une vive opposition dans une partie du Sud producteur. Une loi de tarifs rendue, en 1828, sur le principe de la protection, eut, quelques années après, pour résultat, des complications politiques de la nature la plus sérieuse.
Des tentatives infructueuses pour l’acquisition de Cuba furent faites, sous l’administration de M. .\dams, par le ministre des affaires étrangères, Henry Clay.