FIN DE LA TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
Le système de gouvernement représentatif subit depuis deux ans, en Amérique, l’épreuve la plus difficile qu’il ait jamais eu à surmonter.
Dans la première période de son histoire, la république américaine a fait voir qu’elle était assez forte pour lutter contre l’adversité et tenir tête aux ennemis du dehors, avec un trésor épuisé, une constitution non encore éprouvée et uite administration peu expérimentée. Mais elle n’avait pas encore montré si elle était capable de lutter contre le plus formidable ennemi des nations aussi bien que des particuliers, une prospérité sans exemple dans l’histoire.
Elle a surabondamment prouvé qu’elle savait cultiver les arts de la paix, et s’est acquis le respect des puissances étrangères. Saura-t-elle avec autant de bonheur se vaincre soimême?
Si la rébellion qui désole actuellement les États-Unis devait aboutir à une séparation définitive, ce résultat serait considéré avec raison comme un symptôme de la faiblesse inhérente aux gouvernements représentatifs. Le monde entier serait alors en droit de déclarer que notre pays a bien tort de s’offrir aux nations comme un modèle de salut, lui qui n’a pas su se sauver lui-même.
INTRODUCTION
Si, au contraire, la paix se rétablit sans qu’il soit nécessaire de sacrifier définitivement ITnion, ou, du moins, quelqu’un de ces grands privilèges populaires qui ont fait, jusqu’ici, la gloire et l’orgueil des États américains, il faudra bien reconnaître que leur système de gouvernement a fait preuve d’une force et d’une vitalité incomparables.
Il y aurait cependant encore une grave question à résoudre. Comment une atteinte aussi sérieuse a-t-elle pu être portée à la Constitution américaine sans que rien ait donné l'alarme, sans qu’aucune précaution ait été prise? Est ce un sy.stème digne de confiance que celui sous lequel une vaste conspiration, dont le but est de renverser le gouvernement, peut se tramer dans l’enceinte même du Capitole, prendre des proportions suffisantes pour défier l’autorité souveraine et soutenir, pendant des années, une lutte aussi ruineuse que sanglante?
X cette question, il faudrait bien répondre négativement, si l’on ne pouvait démontrer que la rébellion actuelle est d’un caractère tout à fait exceptionnel et qu’elle est due à des causes essentiellement temporaires.
Que la rébellion ait pour origine la question de l’esclavage, le contact et le conflit naturel de deux sy.stèmes de travail distincts et inconciliables, c’est ce que l’on admet généralement ; mais ce n’est pas là une explication suffisante. S’il n’y avait eu, pour détruire l’harmonie entre les États, d’autre motif déterminant qu’une divergence d.ans les systèmes de travail, on peut donner, sinon comme certain, du moins comme tout à fait probable, que la conciliation de leurs différends n’aurait pas coûté une seule goutte de sang.
Malheureusement, à l’origine même de la carrière de la jeune république, comme aux débuts de la race humaine dans le jardin du paradis, une concession imprudente fut faite qui, de même que toutes les transactions avec l’esprit du mal, devait produire la violence et nécessairement la discorde.
Cette concession était comprise dans l’urlicle de la Constitution qui confère au propriétaire d’esclaves certains privilèges
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exclusifs d’une grande importance. Aux termes de cet article, pour déterminer le chiffre des représentants que chaque État aurait le droit d'envoyer au Congrès, les trois cinquièmes de la totalité des esclaves étaient comptés comme l’équivalent du même nombre de blancs. De sorte que, antérieurement au Congrès actuel, les États esclavagistes possédaient trente représentants de plus qu’il n’en était accordé à un nombre correspondant de citoyens libres, dans les États du Nord. Chaque siège ainsi obtenu constituait, on le comprend, une dérogation flagrante aux droits des États libres qui, n’ayant pas d’esclaves, n’étaient pas représentés dans une juste proportion '.
Celte distinction entre les possesseurs d’esclaves et les possesseurs de biens d’uiie nature toute différente était inconciliable avec les principes fondamentaux de la souveraineté populaire sur lesquels repose le gouvernement, et affectait plus gi ièvement, de jour en jour, les intérêts des États non esclavagistes.
Le fait que cinq nègres conféraient à un État la même prérogative politique que trois blancs, porta les propriétaires non-seulement à désirer l’augmentation du nombre de leurs esclaves, mais encore à considérer comme une offense politique toute tentative faite pour discréditer un genre de propriété qui leur procurait de si grands avantages. C'est à ce sentiment qu’il faut attribuer, en partie, les abominables atrocités qui , depuis trente ans, se sont reproduites, presque chaque jour, dans les Liais esclavagistes. La profession de foi abolitioniste est le seulcrime pour la punition duquel la justice du Sud n’a jamais pu se résoudre à attendre les lentes décisions des tribunaux constitutionnels.
Il était impossible, aussi bien en théorie qu’en pratique, que ces deux systèmes sociaux et politiques subsistassent conjointement. Une société, fondée sur l’avilissement des classes ouvrières, où, par conséquent, tout travail manuel dégrade le citoyen, mais qui, en même temps, possède près de la moitié