Voir liTre XII, chapitre I, et appendice B
INTRODUCTION
de la représentation politique du pays, ne peut vivre en paix avec une population deux fois au moins plus nombreuse, habitant des États distincts et plus ou moins éloignés, où presque tout individu possédant le droit de suffrage jouit, devant la loi, de l’égalité politique, où aucune espèce de travail honnête ne dégrade et ne ferm» l’accès des e nplois et des dignités.
On devait logiquement s’attendre à échouer dans toute tentative formée pour concilier ces inconciliables intérêts. Les privilèges accordés aux propriétaires d’esclaves constituaient, dans le corps politique, autant de superfétations anormales, qui devaient être extir(iées à tout prix, ainsi que la nature expulse d’elle-mêmc les corps étrangers qui viennent accidentellement troubler notre économie physique. Il eût fallu se débarrasser au plus vite de l’élément de discorde auquel j’ai fait allusion : on le laissa subsister, on le favorisa. Temporisation funeste, due à la découverte de la machine à nettoyer le coton, découverte qui augmenta si rapidement dans les États cotonniers la valeur du travail servile, que les planteurs fermèrent désormais l’oreille à toutes les considérations présentées jadis avec quelque chance de succès, en faveur d’une extinction de l’esclavage aussi rapide que possible, mais équitable!
Ainsi, dès les premiers temps de son existence, la jeune république portait dans son sein un ferment de discorde. Les deux partis se surveillaient mutuellement avec une jalousie pleine de méfiance ;le Sud, pour empêcher que son influence politique ne diminuât en proportion de l’industrie, de la puissance croissante du Nord et de l’immigration qui s’accumulait sur ses frontières; le Nord, pour arrêter l’extension des privilèges exagérés que la constitution avait accordés seulement aux treize Étals originels.
Il en résultait que, lorsqu'un État à esclaves demandait son admission dans l’Union, un État libre se présentait aussitêt réclamant la même faveur. C’est ainsi que l’admission du Kentucky fut équilibrée par celle du Vermont; l’admission
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du Tennessee par celle de l’Ohio; l'admission de la Louisiane, du Mississipi et de l’Alabama, par celle de l'Indiana, de l’Illinois et du Maine.
En 1819, on proposa de recevoir dans l’Union l’Arkansas et le Missouri, États esclavagistes. Le Nord y répondit en proposant, à son tour, de prohiber l’introductien d’esclaves nouveaux dans l’État du Missouri, et d’affranchir graduellement les descendants des esclaves qui s’y trouvaient déjà.
Telle fut l’origine de la première lutte sérieuse entre les États libres et les États esclavagistes; c’était une conséquence logique du privilège introduit dans la Constitution.
Le débat fut violent, désespéré même de la part du Sud, qui menaça d’une dissolution de l’Union et dit que > des flots de sang pourraient seuls éteindre l’incendie qui venait d’être allumé. < Malheureusement, et comme toujours jusqu’alors, la lutte se termina par un compromis, que l’on respecta aussi longtemps qu’il servit les intérêts de l’esclavage, et que l’on se hâta de violer dès qu’il cessa de les favoriser. L'État actuel du Missouri fut admis avec l’esclavage, mais à la condition que le territoire situé au nord de cet État serait libre à jamais'.
Si, dès cette époque, on avait franchement envisagé la difficulté, pour la combattre avec vigueur et la terminer, en vertu des principes sur lesquels reposait le gouvernement; si l’on avait enlevé à la propriété esclavagiste tout droit à la représentation, et qu’on l’eôt, politiquement, placée sur le même pied que toute autre propriété, on ne saurait dou ter que la nation eût échappé aux horreurs d’une guerre fratricide.
La récolte du coton n’atteignait pas alors la troisième partie de la récolte de 1860, et le nombre des esclaves était à peine le tiers de ce qu’il est aujourd’hui; la doctrine de la sécession n’avait pas encore fait école, et des membres du cabinet ne s’en étaient pas faits les apêtres. Le gouvernement fédéral était entre les mains d’hommes peu enclins à