CHAPITRE III
Coton.
Cette plante a, pendant quelques années, fourni aux États-Unis un de leurs principaux articles d’exportation, et elle a offert un emploi des plus avantageux à une masse énorme de capitaux.
Purchas, dans ses « Pèlerins, « dit que des graines de coton furent d’abord « semées comme essai, en 1621 , et que les magniBques plantes qu’elles produisirent furent, dès cette époque reculée, l’objet d’un grand intérêt en Amérique et en Angleterre. »
Dans la province de Caroline, la culture du cotonnier est signalée dans un document portant la date de 1666 et reproduit dans les Collections historiques de la Caroline du Sud, de Carroll. En 1736, la plante était cultivée dans quelques jardins, sous le 39* de latitude nord, sur la côte orientale du Maryland, et quarante ans après, on la cultivait dans le comté du cap May, dans le New-Jersey. Jusqu’à l’époque de la Révolution, toutefois, elle ne fut appréciée que comme plante d’agrément.
On rapporte qu’au commencement de la guerre de l’Indépendance, le général Delagall avait ensemencé 30 acres de terre, près de Savannah, en coton à graines
vertes; et qu’en 1748, parmi les exportations de Charleston (Caroline du Sud) se trouvaient 7 balles de bourre de coton, évaluées à 3 livres 1 1 shellings 5 pence (89 fr. 25 cent.) par sac.
Un autre petit chargement fut effectué en 1754 ; et en 1770, on expédia à Liverpool 10 balles en trois chargements. En 1784 (de Bow, tome I, page 119), 8 balles expédiées en Angleterre furent saisies, sous le prétexte qu’une telle quantité de coton ne pouvait avoir été produite aux États-Unis. Les exportations des six années suivantes s’élevèrent successivement à 14 balles, 6 balles, 109 balles, 389 balles, 842 balles, et, en 1790, à 81 balles.
En 1786 eut lieu, sur la côte de Géorgie, la première récolte de coton Sea-Island, et Alexandre Bissel, de l’île Saint-Simon, en commença l’exportation, en 1788. Les graines provenaient des îles Bahamas, où la plante avait été importée d’Anguilla, l’une des îles du Vent. Cette plante, de l’esj)èee arborescente, ne se plaît que sur une étroite bande de terre le long de la côte de la Caroline du Sud, au sud de la rivière Santee, cl sur les îles basses et sablonneuses situées près de l’embouchure de la Savannah. La première récolte couronnée de succès dans cet ÉUU fut produite en 1790, sur une île nommée Hilton-IIead, par William Elliott.
L’excellente qualité de la soie, en attirant, en 1805, sur ce coton une attention spéciale, et en le faisant distinguer de tous les autres cotons, lui assura dès lors une supériorité marquée sur le marché. En 1806, il se vendait 30 cents (1 fr. 50 c.) la livre, quand les autres cotons ne valaient que 22 cents (1 fr. 10 c.).
En 1816, son prix était de 47 cents (2 fr. 35 c.), et celui des autres de 27 cents (1 fr. 35 c.). La soie était d’une longueur sans pareille, elles fabricants anglais crurent, dans le principe, devoir la couper avant de la filer.
Le succès de ces premières tentatives engagea de nombreux planteurs à se consacrer à la culture du cotonnier ; ce fut l’origine de quelques-unes des grandes fortunes de la Caroline du Sud. Mais le terrain approprié à cette culture était peu étendu ; la production se trouvait donc forcément limitée, et la récolte de 1832 (8 millions de balles) ne dépassa pas celle de 1805. Dans les dernières années, les bénéfices s’étant réduits de beaucoup^ la récolte a suivi la même progression.
En 1805, Kinsey Burden, de Saint-Jeau, dans le comté de Colleton (Caroline du Sud), fut à même, grâce à un choix raisonné de graines, de livrer son coton à 25 cents (1 fr. 25 c.) meilleur marché que tous ses voisins. On mit vingt années à découvrir le secret de ce planteur. En 1826, sa récolte (60 balles) fut vendue au prix élevé de 1 dollar 10 cents (5 fr. 50 c.) la livre ; et celle de l’année suivante à 1 dollar 25 cents (6 fr. 25 c.). En 1828, deux balles furent vendues à 2 dollars (10 fr.) la livre, le plus haut prix qui ait jamais été payé pour du coton marchand. En 1857, une balle expédiée d’Édisto (Caroline du Sud), et qui renfermait, disait-on, le plus beau coton qui eût jamais traversé l’Atlantique, fut vendue 1 dollar 35 cents (5 fr. 75 c.) la livre. On le considérait comme supérieur au coton qui donna le fameux 61 n° 900, si admiré à l’Exposition universelle de 1851.
La culture des autres variétés, le cotonnier herbacé et le cotonnier arbuste (hirsutim), qui se distinguent par leurs graines vertes du cotonnier Sea-Island à graines noires, prit un rapide développement dans les États du Sud pendant les dix dernières années du dix-huitième siècle; ce produit était désigné sous le nom de coton courte soie ou des hautes terres. -
La récolte de coton nettoyé s’éleva, pour tous les Etats-Unis, à 2 445 793 balles de 400 livres chacune,
en 1849; en 1859, à4G75 770 balles, soit bien près de cent pour cent d’augmentation. Celle de 1860-61 a été estimée à 3656086 balles.
La totalité de la récolte est fournie par treize États; mais elle provient surtout de huit d’entre eux. Avant que cette production eût atteint cet énorme développement, on cultivait le coton sur une assez grande échelle, pour la consommation domestique, dans la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland, le Delaware et l’Illinois méridional.
Le tableau suivant fait connaître la récolte, la consommation intérieure, l’exportation et le prix du coton pendant les dix dernières années.
ANNEES
H^COLTE
tuUle.
CORSOMIIA-