Voir livre III, chap. iv et v
4. Voir livre 111, chap. iv et v; et livre VI, chap. m. Esclavage.
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eu pour conséquences finales le défi ouvertenaent porté à l’autorité fédérale et la guerre civile ; résultat logique et inévitable de toute tentative ayant pour objet d’asseoir un gouvernement sur deux principes absolument incompatibles.
Si l’on n’avait pas accordé aux États esclavagistes le privilège de la représentation calculée d’après la propriété; ou bien, si, lors de la première discussion sérieuse née de ce privilège, on avait résolu le différend en plaçant les deux espèces de propriétés sur un pied d’égalité parfaite; alors on n’aurait eu aucun motif pour restreindre l’esclavage à ses limites géographiques. Comme puissance politique, l’esclavage serait, depuis longtemps, assez faible pour ne plus inspirer d’alarmes ; toute discussion sur ce sujet se serait éteinte, faute d’aliments, dans le Congrès, les divers États ayant un intérêt immédiat à entretenir la cordialité de leurs relations; ou, s’il y avait eu discussion, la majorité aurait promptement prévalu sans au>tres armes que celles que la légalité et la Constitution met* taient entre ses mains.
Mais il en fut ordonné autrement; et Celui qui sait faire jaillir le bien du mal , qui veut que les misères de ses créatures soient autant de témoignages de sa bonté et de sa sagesse, décida que les hommes d’Ëtat des générations américaines précédentes fermeraient les yeux sur les dangers de la voie qu’il leur avait plu de choisir.
Ce n’est pas ici le lieu de reprocher à leur mémoire des actes qui, grâce aux leçons de notre triste expérience, nous semblent aujourd’hui d’une imprévoyance et d'une imprudence extraordinaires. Dans tous les cas, ce n’est pas moi qui me ferai jamais leur accusateur. L’histoire est trop féconde en erreurs semblables pour qu’il soit permis de jeter on blâme irréfléchi sur les auteurs des compromis esclavagistes. Ils ont agi suivant leurs convictions. Ceux qui ont l’habitude de reconnaître, dans les vicissitudes des nations, la main de la Providence, comprendront que celte faiblesse apparente, reprochée aux créateurs de la Constitution fédérale, ne provient, après tout, que d’une de ces influences mystérieuses
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dont le monde tient ordinairement peu de compte, et qui hâteront l’extinction radicale de l’esclavage dans l’Amérique du Nord.
Dans les pays et les colonies où les propriétaires d’esclaves ne sont investis d’aucun privilège particulier, comme dans les Antilles espagnoles et au Brésil, par exemple, jamais il n’a existé, contre l’esclavage, une hostilité aussi violente que celle qui s’est graduellement développée aux États-Unis depuis quarante ans. Et cependant il n’y a pas de pays au monde où une telle masse de capitaux soit engagée dans le travail servile, et où, par conséquent, on ait, à un même degré, le désir de jouir tranquillement des fruits de ce travail. Ces capitaux sont dis- ‘ tribués sur toutes les parties de l’Cnion, et toutes les classes commerciales et industrielles des États libres ont, directement ou indirectement, dans le travail servile, un intérêt pécuniaire qui ne le cède en rien à celui des États esclavagistes.
C’est de la tentative inconsidérément laite, dès le principe, par les propriétaires d’esclaves, pour se saisir d’un privilège politique dont ils n’avaient pas besoin, auquel ils n’avaient nul droit, et qui, par conséquent, ne pouvait leur procurer que des avantages apparents, en raison de la loi morale qui régit les nations comme, les partis politiques et les individus; c’est de cette tentative, dis-je, que découlent tous les abus, tous les excès dont le Nord et le Sud ont eu à se plaindre ; c’est elle qui a engendré ce que M. Seward a si justement qualifié de « conflit irréconciliable > entre le travail libre et le travail servile aux États-Unis.
11 est évident que les deux systèmes n’auraient jamais pu s’harmoniser ni prospérer simultanément. L’esclavage est une révolte contre les décrets de la Providence; comme tel il est frappé, tôt ou tard, de stérilité ; et l’on ne peut supposer qu’avec les leçons périodiques dn recensmcnt et une presse libre, cette institution eût gagné dans la faveur du peuple. Sans les privilèges spéciaux qui lui étaient attribués, l’esclavage aurait subi le sort de tous les abus politiques et sociaux; il se serait graduellement et pacifiquement éteint sous l’in-
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fluence de la discussion publique et des combinaisons politiques.
De tout ce qui précède, il ressort évidemment que le principe de la souveraineté du peuple ne pourrait être atteint , comme on le suppose généralement, par les calamités possibles de la république américaine, puisque les désordres qui affligent actuellement les États-Unis proviennent précisément de ce que cette souveraineté a été violée dans la Constitution organique. Si le gouvernement fédéral n’a pu rétablir l’harmonie entre les États, avec toute la promptitude nécessaire, ce n’est pas parce qu’il est un gouvernement démocratique, mais plutôt parce qu’il n’est pas un gouvernement vraiment démocratique; ce n’est pas parce que le peuple est investi d'un ' pouvoir trop grand, mais parce que ce pouvoir ne se trouve pas équitablement distribué, parce qu’une classe de propriétaires a été privilégiée par la Constitution et que, avec le temps, et outre la part qui lui est propre, cette classe a été investie des droits politiques et personnels appartenant, en toute justice, aux quatre millions de travailleurs noirs qui font valoir ses propriétés.
Il est maintenant trop tard pour appliquer le remède qui, d’abord et pendant quelques-unes des années qui ont suivi 1819, aurait pu prévenir l'appel aux armes. Il était même trop tard en 1860, après que le recensement eut constaté ce fait saisissant que la moyenne de la représentation esclavagiste serait, à l’avenir, réduite à moins d’un tiers — si rapide avait été l’accroissement relatif de la population libre — et que l’on ne pouvait plus compter désormais sur l’équilibre politique entre les États à esclaves et les États libres. 11 était évident que la suprématie passait irrévocablement du côté de ces derniers, et toute transaction sur les bases de la Constitution avec ceux qui préféraient l’esclavage à l’Union devenait dès lors impossible.
L’esclavage, retranché derrière une classe privilégiée et soutenu par cette classe unique, étant la cause effective de la rébellion, son abolition, entraînant avec elle les privilèges
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dont il est la source, ferait disparaître l’unique dissonance de la Constitution, et, par suite, selon toute probabilité, le seul élément susceptible de résister à l'opinion publique constitutionnellement exprimée.
Si la proclamation récente du président Lâncoln*, proclamation qui, au préalable, a reçu la sanction du Congrès, a pour résultat l’émancipation absolue de plus de trois millions d’esclaves auxquels il promet la liberté, les autres esclaves, au nombre de neuf cent mille environ, ne suffiraient plus pour étayer une puissance politique de quelque importance, quand bien même les États qui les possèdent se refuseraient à accepter l’indemnité offerte par le gouvernement fédéral. Ils ne tarderaient pas à partager la destinée des autres esclaves des États cotonniers; et si ces derniers devenaient libres, ils le seraient également.
Ce résultat si désirable sera-t-il atteint? Quand le sera-t-il, et par quels moyens? Les événements seuls pourront résoudre ces questions. Nous connaissons quelque peu le passé; mais, par bonheur, l’avenir nous reste voilé. C’est pour cette raison que les nations sont susceptibles de se préparer des destinées assez glorieuses pour dépasser les espérances, même les plus ambitieuses, de leurs citoyens : ce qui serait impraticable, si l’on savait d’avance au prix de quelles tribulations, de quelles misères, ces grandeurs doivent être obtenues. Les pages qui vont suivre retracent un développement national merveilleux, et qui, sur beaucoup de points, -est sans précédent dans l’histoire. Si .Moïse ne voulut pas croire que Dieu eût conduit dans le désert les enfants d’Israèl pour les y laisser mourir de faim, je ne puis, moi, quand je considère les actes de notre grande république, et la façon presque miraculeuse dont elle s’est constituée et maintenue, je ne puis supposer qu’elle soit destinée à s’éteindre.
And Uave the uorld no copy*.
1 . Voir la conclusion du cbapiire ui, livre VI. "i. Sans laisser au monde sa copie.
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Pendant les soixante-dix années qui se sont écoulées depuis leur organisation, les quinze États primitifs en ont vu se grouper dix-neuf autres autour d’eux ; la population générale du pays a presque décuplé, et celle de la grande métropole s’est multipliée trente fois. La marine commerciale qui, en .1792, ne comprenait que b64,437 tonnes, en représentait, en 1861, 5,539,813; les importations, pendant la même période, s’élevèrent de 157,500,000 fr. à 1,810,819,705 fr.; et les exportations, de 103,765,490 fr. à plus de 1250 millions de fr. En 1792, la terre était encore vierge à l’ouest des États riverains de l’Atlantique; actuellement, l’agriculture nationale est représentée par plus d’un million et demi de fermes d’an moins 200 acres en moyenne, répandues sur toute l’étendue du continent, et dont la valeur, en y comprenant les instruments aratoires, est supérieure à 35 milliards de francs. Les manufactures, au commencement de ce siècle, n’avaient qu’un développement tout à fait insignifiant ; maintenant, leur produit annuel dépasse 9 milliards 500 millions de francs.
En 1 792, le service postal des États-Unis ne parcourait que 9,070 kilomètres; en 1861, il s’étendait sur 225,000 kilom. dont 35,426 kilom. de chemins de fer. Sa première voie ferrée destinée au public fut ouverte en 1825; en 1860, il y avait aux États-Unis 49,222 kilomètres en exploitation, ayant coûté 5,672,264,545 francs.
Le système de télégraphie électrique le plus simple et le plus efGcace fut inventé par un Américain, et le pays est maintenant couvert d’un réseau de lignes télégraphiques formant un ensemble d’environ 96,540 kilomètres.
L’armée qui, en 1793, ne s’élevait qu’à 5,120 hommes, comprend aujourd’hui plus de 800,000 soldats en activité. La marine, dont l’existence, en 1793, était plus que problématique, avait, au 1" janvier 1863, 60 bâtiments de plus qu’aucune autre nation du globe.
Le peuple américain croit avoir définitivement résolu le grand problème de la liberté religieuse; il élève des temples pour tous les fidèles, quelle que soit leur confession, sans in-
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tenrention de la part du gouvemeraent. Il a nris à la portée de toutes les classes les bienfkits de l’instruction élémentaire, et, de plus, il a consacré, h la fondation et k l’entretien d'écoles gratuites plus de 50 millions d’acres (20,000,000 d’hectares) de terres domaniales. 11 imprime et livre h la circulation des journaux en nombre plus considérable que toute auti e nation, et l’on pourrait presque dire que toutes les nations réunies.
n a donné un asile et un domicile à plus de sept millions d’émigrants étrangers, y compris leurs descendants ; et, ce qui est sans exemple dans l’histoire, mettant en pratique le principe auguste de fraternité universelle, il a offert une concession à prendre sur les meilleures terres libres encore du domaine public, et sans distinction de nationalité ou d’opinion politique et religieuse, à tous ceux qui consentiraient à partager les destinées de la république.
Il a enseigné au monde la direction des courants de l’Océan et les voies de l’électricité dans l’espace ; les produits de son génie inventif se rencontrent dans toutes les parties du monde ; ses diplomates ont contribué , dans une grande mesure, à l’application libérale des lois maritimes et à l’affirmation des droits des neutres; ses institutions politiques et sociales, au moins dans les États libres, ont ennobli le travail ; il a placé l’égalité politique de tout Américain, indigène ou naturalisé, sous l’égide des garanties constitutionnelles; il a rendu accessible à toutes les classes, sans distinction, les dignités publiques et les emplois salariés par l’État.
EnOn, ce peuple vient d’accepter de propos délibéré tous les risques d’une désastreuse guerre civile, plutôt que de changer en symbole de propagande esclavagiste ce drapeau consacré par tant de luttes en faveur de la liberté.
Voilà ce que la république américaine a su faire pendant sa courte carrière. Quelle que soit l’opinion de celui qui lira ces pages, quant au résultat Gnal de la révolution actuelle, il devra au moins reconnaître qu’une nation qui a accompli tant