VI
A peine mon ouvrage eût- il paru , que je me vis accusé de fanatisme et d ignorance : de profonds politiques allèiTnt jusqu'à me refuser le sens commun , et prophétisèrent que la France étendrait bientôt son sceptre sur lEurope entière , placerait le drapeau tricolore sur la tour de Londres , et choisirait un vice-roi pour ha'biter le palais Saint- James. Les évéhemens de i8ia %L i8i5 , et Vexil du grand !ErQj>ereur, que ces hommes d'tine si grande sagacité adoraient conmie une iàblfe., otit dû shigulièrement modifier ^eur opinion.
Dans lavèrtissemenl de mon ouvrage , j'avais dit que les lois , la religion, les mœurs, la littérature et lés sciences des Etats-Unis d'Àmériqiïe étaient inconnus aux lEuro^éeûs ; que j'avais recueilli par moi-même, et à Taide de plusieurs Américains di^ingués , des documens et des matériaux
(vn) sur cet im{K>rtant siîqct ; et que je les jj^ublierais , afin de faire connsdtre tm peuple très-remai^uable et par sa poskioa et par ses iastitutioAs admirableÀ.
Plusieurs ^îMiées se sont ëcoulëes^ depuis que j'ai pris cette espèce d'engà^meht , pendatit les<pielles je n'ai rien n^^gligé pour améliorer Tonvrage qpie je présente au public.
Ge li'^St point une statistique des Etats - Unis que j'ai l'intention de mettre sous les yeux èe ïnea lecteurs :
M. Pitkin a rempli cette tâche difficile avec un grand succès. Membre du côttgrès américain , il a été à portée de doilttél* fes détails lès plus èircohit^fttiéà sur râgriculture , le comiMerce, les nttaufàfctures , la dette publique , lès **èventfà et les dépenses de cette Yiastè répiibliqùè. J'ai dû puiser beau- Gdiip de documens ^ns cet intéres* sàAt eiïyk^ef et je sai^s avec ern^t^*
( Vllj )
sèment cette occasion de remercier son auteur, de l'obligeance qu'il a mise k m 'aider de ses lumiè'res,
L'objet unique que je me suis proposé, a été de donner une idée des moyens physiques et moraux et des ressourcés des Etats-Unis. Je tiendrai un juste milieu entre toutes les opinions des partis qui divisent et agitent le gouvernement américain. Etranger aux uns et aux autres , n*espétant rien de leur triomphe ou de leur défaite , j'ai le droit de dire :
Trozg Tyriusque mihi nullo discrimine agetur.
Après quelques remarques que je crois utiles , afin de rectifier diverses, opinions erronées qui paraissent établies en Europe sur le compte du peuple américain , je traiterai , dans le chapitre premier , du territoire , de la population , de l'agriculture , et de la navigation des États-Unis ; le second
sera consacré au commerce extérieur et intérieur ; le troisième, aux manufactures ; le quatrième, aux finances ; le cinquième, au gouvernement et aux lois ; le sixième, à la littérature , aux sciences et aux arts ; le septième, à la religion , aux usages , aux habitudes et au caractère national ; et Touvrage sera terminé par un aperçu de la situation de l'Europe, où je considérerai quelle influence peut avoir , sur les Etats-Unis , la politique des principales puissances de l'ancien monde-
mmMuy^vtMmiyti^y*ifi¥tiy yv tiy*Myyy*iyy¥*'*M*i*'*^i*>*i*^t*f*i*^i»f¥tiyittt*i*i^^
INTQieOl^ÇGVIQN
£T REMARQtJES.
Les ressources des États-Unis , leur p,u^ çanc^ Ojctuelle., celle à venir,, sont , en gpéja^ra^ , de3 ol^jets m^ connus^, ma,l appréciés, che;^ les, diverses oatipns, àfd i^'Eu^ope. Un, auJteui;. distingué en An^çl^re a^ été j}isqu,'à dirc^ quj& l^s AoAéricains euxrniemes; a'^v^ei^^t p^i encore écrit leur prcjure histoiçe^ et qu'ils^ o^'ayaie^t, que d;^ i^otipiij^ (^n^s^ s^ç lei^l propre p^s-
M étajt 4\gnf 4^. ç?liK qjii ^Int^iBS^. 9tfk l^nbe^r. çlq ce pejigl^ nwv^« , tfewtypr de le £stire cofl^naatre;. Rî^. ift'^t p{u$.d|gne dj*çafa«^, ipe^i qjift k^ prpgre^ ^çel ét^ n^^iispant , qifl s'avance dans la carrière de la dv^isation^ a;y^ ui^e rapidité qv^ n'a jazoaiis eu d'e^çniple.
44^çm p9^vplF bpw?in qçpeut nniMintens^t iH*];é(9r la^ t^sg^chç d'tyie ^^ion 4^tînée à 113^ûu^ firW, h Bftopdp y ^ pQulrQtrç à lei dqmu]^.
Par sa situation géographique^ elle est à Fabri de tout voisin dangereux; son territoire est compact et fertile ^ riche de productions diverses , arrosé par un grand nombre de rivières , qui se croisent et se lient dans leurs cours , et qui , toutes , débouchant^ dans le même océan , présentent des moyens de transport £siciles pour les produits territoriaux ou manufacturés.
Outre l'avantage d'une étendue de côtes de près de 2000 milles sur TAtlantique , avec des ports , des rades et des baies sans nombre , les États-Unis ont vu s'élever, dans leur sein , un nouvel empire , comme une exhalaison de la terre. Je veux parler des pays à l'ouest, bot'dés au nord par les lacs Érié , Huron et le lac Supérieur ; à l'ouest , par les montagnes ; au' and, par le golfe du Mexique j et à Feit , par les monts AUeghanî, renfermant i,5oo,ooo milles quarrés, avec un grand nombre de rivières favorables aux transports et à toutes les communications.
Tout cet immense territoire est habité par une population , libre contïme l'air qu'elle ' respire , puissante de force et d*activité , dure au travail , brave, intelligente , d'une persévé-
( '3) rance à toute épreuve , et qui renferme tous les élémens d'une rapide prospérité.
IHusîeurs raisons è^opposent à ce que rËu*rope connaisse bien cette puissante république , dont les institutions sociales et politiques n'ont point eu de modèle dans le monde entier. Les voyageurs sont toujours dans l'exagération , soit en bien , soit en mal.
Des hommes, que leur conduite ou des malheurs ont placés dans la dure nécessité d'abandonner leur propre pays , ou que les loi« de leur patrie ont condamnés à Vexil , ont représenté rAmérique comme le ^our de la bonne £cH et du bonheur. Dans leurs descriptions , le sol est partout généreux ; l'air sain et embaume ; un jétemel printemps forme cet heureux climat ; son gouvernement , tel qu'it est écrit, est le modèle de toutes les perfections humaines ; les gouvernans y sont nécessairement la vertu, la sagesse et la force personnifiées; et le peuplé , qui les choisit , est aussi intègre qu'incorruptible , aussi pur dans sa C€uaduite que simple et délicat dans ses manières 5 le vice n'a jamais pénétré dans cette heureuse contrée ; et le paradis y est rétabU , tel qu'il était avant la chute du premier homme. • . * ■
lances qu'ils avaiçot {((mdéeSf jugeant dos.
cWes qu'ils Q'enjbeQdaieot pas , guidés, pçutétre par des motifs d'envie, ont inconsidéré mçut rapporté ce qu'ils voyaient à ce quji existe dans leur propre pays , ojubliant le^^ différences nécessaires^ qui. doivent se trou^YCr entre une nation con&tituéei depuis. des sièctea» et un peuple naissant , incertain encore dans ses institutions politiques comme dcins aa condition, sociale ; et ils ont représenté l'Amérique^ comme un sol inhospitalier , désert , aifide i son climat ^ comme désastreux. Ik n'y ont vu qu'un gouvernement §aiki>h j repos^at suc la. fraude et la violence ; et une population turbulente en politique , sauvage dsma ses. ma^. nières » 1^ rebut y en un mot, des natian& euror péeanes..
M. de Crévecœur , auteur du Fermier ornénùcain et d'un Voyage en Benâyjvanie et dansà l'état de Neisi-york y a exagéré considérables »ent les boi^ne& qualiléa des Amérijcain;^, et ks. a pré6«ntés comme de^ modèles drinno*.
oence ^ de per&ctj on ; vaptant , au-rdessua de tout, leur sagesse, Içius instruction et lciu?& connaissances. Dlautrea écrivains, aucontJiaire, ont dégradé le caractère de ce peuple , en le
ql^rge^jfkt d^atFQce^ i^lomvè^ ; M. ParkinM» , ^mi|çr apgl^s, et ^. Asl^, ^i-disMt mili-r.
lialre , se wn% part^çp^çement readus coupa^ bles de ce gepre d'i^îustiçe, Hioa , de l^ir propre aveu , ces djdiu^ auteurs m'ont fréquenté que h^ liasse c^^e 4? la société , les aubergistes 9 \^ |]|atelÎQrs , lesi charretiers : c'est une ^qgulière pré^jtijpn que de vouloir que c^ile ^pçoç d^ g^QS ait, w Amérique, d^a Vjertni»
et des qualités qu'elle u'a point ailleurs;
IXa^tres yoyageurs WXA arrivés. ibv«o des l^ll*^ de reçfxn^mand^^JI poiur quekpies peivsp^^es établies amf :^|at^^Unis i ils ont été reçm 4a¥ts Fint^rieuir des fisuQi];lies , en qntî vu les. dé-n tjûls , et , çonuapt^e par-^touS , y oiigit découveiD des Êiutes et des erreurs. De retour en Europe,
iht Qpx publié ce dpnir ii^ ayaîenjt éné les té-
nc^qins^; et sa^is égar^ fQW h CQ^fiance qu'on ]fa^ ava^t mwtfé^ ^ ils ^s^ a^ ^^t: pas fait scnu*. ji^ile. d/8 djiyulgueir dej ces ^n^. intérieureft , 4^ ç^, \njçidf!B^ 4fi>»e^ijîi^^* d^J* le récit ne pçut i^r^ ^ to/rt ^\ çj^a^i (f^ les. rendent pi*» }jf]f(^ Il e§t çQASl^a^Jti qm h ço^dwte piivéo d§, ^îççiplçs pafftipylBWs , \mnti dgns la retraite ^t l|'i§plfiîffipnt;, s^j^ peçU etiî^ u» Wj«t faûportant ^ dwwfe,^ à pr«4)pç 4^% «^(Sum «t <te5 usagea
(te)
d'une nation chez laquelle on voyage. Il en est de cela comme de beaucoup d'autres choses : le ridicule frappe , la méchanceté s'en empare , et Ton a bientôt lieu de s'étonner de l'égarement où l'on s'est laissé entraîner.
Le poète J'homas Moore publia, dans sa jeunesse^ un ouvrage gn prose et en vers, où il traitait fort mal les habitans des États-Unis. Quelque temps après, néanmoins, il adressa une lettre à M. John E.Hall^ éditeur du Portefeuille, à Philadelphie , dans laquelle il exprimait tout son regrpt de s'être livré à un écart semblable snr le caractère des Américains. Se laissant aller à l'exagération contrajr'e , il déclare que Ce pays est la^véritabile' terre de la liberté , du bonheur et de la perfection.
Les observations de M. Brissot de Warville^ membre de la faction des Girondins en France, sont de nature à ne pouvoir être passées sous silence. Il vante beaucoup , dans son livre , le caractère des Américains, et se qualifie du titre de quaker, Brissot a mené une vie très-péu régulière; il a écrit un nombre considérable d'ouvrages sur la politique, mais aucun d'un mérite très-distingué. Il était attaché à la police avant la révolution, et fut envoyé à Londres en
(17) * cette qualité. La *► révolution le plaç^ sur un théâtre plus élevé ; et il eut l'entreprise d'un journal , objet d'une haute importance dans le temps des sociétés révolutionnaires. H a toujours été plutôt un désorganisateur qu'un véritable philosophe; car, dans un de ses ouvrages, qui est maintenant en manuscrit dans les mains de quelques quakers de ses amis, à Philadelphie, il dit formellement que le caractère du peuple américain ressemble au cours des rivières du pays ; et , afin d'expliquer cette étrange idée , il dit , par exemple : « Dans les » états du nord et de l'est , les rivières sont » violentes et irrégulières , et il en est ainsi du » caractère et des dispositions du peuple de » ces états. » (Observation étrange pour un peuple conune celui de la Nouvelle- Angleterre , qui , jusqu'ici , a été reconnu le plus sobre , le plus tranquille , le plus réglé et le plus persévérant dans ses goûts comme dans ses manières.) «Dans les états du centre, continue » Brissot, les rivières sont fortes et imposantes, D et c'est le portrait de ses h^itans. Enfin , » dans les états du midi , les rivières sont tran* » quilles , presque dormantes , et coulant irré- » gulièrement selon les lieux où elles passent ;
J^ et , de ttiètee , lé pèfttplè y bit tt-iite, ti-àtii^ K^tâlle /et changeatit paHbis. »
Jamais encoi^ cette Cautère Ûé p^ihdré le cd!r^ctète d'tine tiàtion li'àvàit été eiûployée , si ce û'ést dans txn oiiVràge écrit par ùh fou ^ hotntné Gtlbefrt. Soti YiVre fut pttbKé à Lôùare5,en 1797. L'atrtëfur cherche à établir là idoctrnie ^ue tous tes pays ont uti espr'it particttHèr et dès prindipes ^Ui tèUt ^olit prùpres , ^t qu'il existe utae ahàlogië ehti*è les disposition^ uatiônales et la nature dés productions 1:ét-i*estrès de ces pays, d Aih^ /dît-il, la forcé , » avec tous ses attributs , est Tapànàge du peu- » ^îe anglais. Aussi voit-on le chêne , l'érable , t> 'et autres arbres de cette natiiire y croître mér- » vteiîleusement ; « et ainsfi de suite des autres J)ûys. Mais nous ne suivrons pas tin égarement d'imagination aussi étrange , car les coriséqtiences nous eti paraissent trop eîctravagântéS ^ attendu que , des pays , i I pas.se aux divisions dû glx)be , et termitre dé forts Icngs ârguiiietfs pat établir que , de même que f Europe est parveùué à là perfection par ses Rapports aveè l'Afrique et TAsie; de même aujourd'hui VÀmérique , prenant le mféme a'scendant , et par tes taémes causes , arrivé à cette grande
l ^9 ) iiiflàëàce stEri'Etrrdpe. « Enfin , dit-H, l'Awé- » ri([ùe a été déf)fëtif>)ée ^r VZmôpe^ cV&t à » son tdtir à Ik'dépetipter. h
tJnotïVfage iiui toérttèd'éti*e dté , est celui Ae'm. Beaiujôur , Consul de France à Ptnlàdell^e : ses vues "^r le cammefcê , lés màiritriBsi^ ttè^, les ifinafncês et îagrictiltûre dés £t»tslfnis,^dftl:^Uscéptibïes d'en donner tftfé îdéé juste ; -ëtï y trouvé beaucoup d'éspHt , tfé conhaiâ^ÈfCés ^ d-insti^udtidn.
M. Btfrbé dé Màfrbèis avarié àils^ du peupfe ^êél& États-Unis àvéq un ^ràrid enthousiasme , dans le discours préliminaire de son 'rapport sur la conspiration d'Arnold.
II existç encore beaucoup d'autres ouvrages sur l'Amérique, tels que ceux de M. Volney, de M. Schultz et de M. Melish. Mais , toutefois , qu'il soit bien entendu qu'en censurant , comme je Fai iaàt , *^élques-uns de ces ouvrages , je ne veux pas pour cela recommander à l'opinion celui que je publie : mon seul but est de prouver que le peuple des États- Unis a été faussement représenté dans la plupart des rapports qu'on en a faits. Je n'ai que le désir de prouver qu'il est arrivé en cela ce qui arrive ordinairement. On se porte à l'exagéra -
( ^o) tion dans un sens ou dans un autre. L'Amérique n^est ni le jardin d'Eden , ni la vallée de Tophet; les Américains ne sont ni des anges , ni des monstres, mais des hommes comme tous les autres , soumis aux vicissitudes de la nature humaine, à ses iinperfections , à ses passions , à ses vices , comme aussi capables d'en développer les perfections. J'ai voulu enfin donner un portrait vivant d'un peuple intelligent, actif , persévérant, qui aurait dû depuis long-temps être miçux connu des puissances de l'Europe , et qui finira par l'être un jour comme il le mérite.
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