‹ Les Etats-Unis d'Amérique, ou, Tableau de l'agriculture, du commerce, desChapitre 5 sur 14 · CHAPITRE F · texte numérisé non relu

CHAPITRE F

Territoi^re. — Â^cnlture. — Population. — Narigition des

États-Unis.

Des détails minutieux sur Fagriculture , le commerce , les finances , la politique , la religion y les usages et les moeurs des États-Unis , ne sauraient entrer dans cet ouvrage , où j'ai prétendu seulement faire connaître les ressources et les moyens de puissance de cet état , tels que j'ai pu les juger après un examen approfondi. Si le lecteur voulait avoir, sur ces divers objets, des notions précises et étendues, il pourrait consulter le livre de M. Pitkin que j'ai déjà, cité, ou celui de M. Tench Coxe qui présente le progrès actuel de l'état civil et religieux de ce pays , et qui traite de sa popu- T. j. ' a

latîon , de ses diverses cultures , de ses exportations et importations , de ses manufactures , du produit de ses pèches, et de toutes les améliorations qui y ont eu lieu. Le Manuel statis" tique dés États-Unis de M. Blodjet , les Notes sur la Virginie de M. Jefferson , la Gazette de V Ouest ou le Guide des Émigrans^ et sui* tout la Géographie unii^erselle de V /Amérique du docteur MorsC; peuvent être lus avec fruit. On trouvera, dans ce dernier ouvrage, tout ce qui a rapport aux États-Unis en général, et à chaque état en particulier.

Qîtte république possède des moyens puissans de grandeur et de prospérité , dans l'étendue d'un territoire favorable bux productions de tous les genres, dans un grand nombre de rivières navigables, et dans des ports qui facilitent ses commjunication^ avec toutes les parties de l'ancien monde. Ces précieux avantages, mis à la disposition d'un peuple actif et intelligent, lui stssurent, dans l'avenir, une prospérité et une force toujours croissantes. L'aspect de la nature en Amérique, suffît pour émouvoir l'âme de tout homme susceptible de nobles sensations. Il serait bien "k plaindre , celui qui pourrait voir , sans en

être ému, avec quelle profusion de bonté l'être suprême a traité cette portion du globe ! La bienfaisance de celui qui a tout créé , semble y avoir disposé les montagnes , les plaines , les fleuves et les forêts, de la manière la plus favorable au succès de l'industrie humaine.

Des philosophes à imagination prétendent que les grandes beautés de (a nature pénètrent rame de ceux qui en sont les témoins habituels , et leur communiquent une magnanimité de pensées qu'on ne rencontre pas chez les autres hommes , et que c'est là une des causes du grand caractère des montagnards Écossais et des habitans de la Suisse. Plusieurs individus sont assurément susceptibles de ces nobles impressions ; mais il convient pourtant d'en réduire singulièrement le nombre. L'expérience démontre que la généralité des hommes se montre peu sensible aux grands effets de la création. La plupart se trouvent dans la nécessité de se procurer chaque jour les moyens d'exister ; d'autres courent après la fortune ou après les jouissances qu'elle procure ,* et sont peu disposés à admirer les beautés calmes ou les agitations de la nature. Les aisances et les commodités de la vie sont ce

que les hommes recherchent en général ; et ils ne mettent un véritable prix qu'à ce qui peut y contribuer. Ce serait une illusion que de vouloir faire dépendre le caractère moral et politique des Américains, des formes et des accidens du territoire qu'ils habitent.

Montesquieu et d'autres philosophes , sans aller aussi , loin que Brissot de Warville et Gilbert, attribuent au climat, au sol et aux circonstances physiques d'un pays, une grande influence sur le caractère de ses habitans. Mais serait-il vrai de dire que les Romains d'aujourd'hui ressemblent aux Romains d'autrefois?

Retrouve-t-on , en Italie, quelques traces de la grandeur d'âme de Caton ou de Cincinnatus?

Avant le règne de l'empereur Charles-Quint, l'Espagne était la plus libre des nations de l'Europe ; le pouvoir des rois y était sagement limité ; la représentation nationale y était composée de tous les ordres de l'état ; sa politique était entièrement indépendante de l'église romaine 3 les arts et les sciences y florissaient ; toutes les puissances ^e l'Europe enfin éprouvaient son influence. Maintenant , esclave de rautorité papale, victime de l'inquisition ou d'un pouvoir qui lui ressemble, dans l'igno-

rance et la turpitude , elle est la proie de la plus honteuse servitude civile et religieuse. Cependant les plaines de la Castille et de l'Arragon sont restées ce qu'elles étaient il y a trois siècles ; les Pyrénées , la Sierra-Morena , les montagnes des Asturies, élèvent encore vers le cieMeurs têtes superbes , comme aux temps de l'héroïsme chevaleresque du peuple espagnol , comme dans les beaux jours de ses libertés civiles et religieuses. Le caractère des nations n'est donc pas seulement formé par des causes physiques; le gouvernement, la religion, les lois, l'éducation, exercent sur. les hommes une bien plus puissante influence.

liCS Etats-Unis sont situés entre le 25° 5o' et 49" 1 7' de latitude nord , et entre le i o" de longitude est , et le 48"* ao' de longitude ouest de Washington. L'extrémité la plus au nord est entourée par une ligne qui part de l'ouest , au coin nord-ouest du lac des Bois; l'extrémité sud-est , l'extrémité de Rio del Norte ; l'extrémité à l'est est l'île du grand Menan , sur la côte du Maine ; et l'extrémité ouest est le cap Flattery , au nord de la rivière de Colombie , dans l'océan Pacifique. L'étendue, du nord au midi, est de 1700 milles, et de l'est à l'ouest de

. (»6) S 700. La population est de plus de dix millions d'habitans , ce qui donne à peu près quatre individus par mille quarré.

La table suivante de la population des principales nations du monde, servira à établir la proportion de territoire et d'habitans , entre les États-Unis et les autres états.

Toutes les Russies.

Lltalie.

La France.

L'Autriche.

La Turquie.

Les Iles Britanniques.

L'Espagne.

La Prusse.

La Suède et la Norwège.

Le Danemarck.

Les Pays-Bas.

La Suisse.

Le Portugal

La Chine.

Les États-Unis de l'Amérique.

Total.

POriTI.ATIO]l.

4,5oo,ooo 9) 5oo,ooo 6,ooo,o«o 9,900,000 9,3oo,ooo 900,000,000 10,000,000

Milles cajrrés.

On voit qu'après la Russie, la nation américaine a le territoire le plus étendu. La Cliine doit être mise hors de tous les calculs ; sa religion, ses lois et ses mœurs^ en font un peuple isolé, qui jamais probablement n'acquerra d'influence sur les autres nations du globe. La suprématie dans l'univers civilisé sera un jour décidée entre les États-Unis et les premières puissances de l'Europe. L'Angleterre possède, il est vrai, cent cinquante millions de sujets dans son vaste empire colonial ; son territoire, considéré sous ce rapport, est à peu près du cinquième de la surface de la terre ; mais quelquétendue que soit sa puissance, sa force principale est uniquement dans les ressources , fintelligence et le caractère de sa population d'Europe. Que les causes intérieures de prospérité qui Font portée à un si haut degré de gloire et de richesses , vinssent un moment à perdre de leur intensité, on verrait s'écrouler rapidement ce colosse immense.

Pour donner une idée exacte de la croissance prodigieuse de la population des Etats- Unis , il suffira de faire remarquer qu'en 1 760 ,^ eUe n'excédait pas i,o5o,ooo âmes ; qu'en i790t elle était de 3,929,000 âmes; que dix

ans plus tard ( 1800), elle était de 5,3o3,666 habitans, et que le dénombrement de 181 7 la

porte à 10,405,547.

Le progrès de la population dans les Etats* Unis n'est pas uniforme pour chacim de ces états, quoiqu'il soit vrai de dire qu'elle est croissante chez tous. L'état de New- York , par exemple, dont le territoire est de dix mille plus étendu que celui de l'Angleterre et du pays de Galles réunis^ n'fl^vait pas, en 1783 , à la fin de la révolution , une population égale à la moitié de celle du Massachusset , de Mary* land et de la Virginie ; et , au dénombrement de 1817, sa population a surpassé celle de tous les autres états réunis. En 1 783 , la ville de New- York n'avait pas plus de a6,ooo habir tans; en 1790^ New- York en comptait 33,ooo ; en I 8qo , plus de. 60,000 ; et dans le dénom* brement de 1817, elle a été reconnue de 1 23,000, se quintuplant ainsi dans le court espace de trente-quatre années^ Son port „ formé par l'union du détroit d'Hudson avec celui de Sound, nomipé la. rivière de l'Est, présente ime rade capable de contenir toutes les marines du monde. Son commerce sur-* passe celui de toutes les autres villes de l'A->

(>9) mérique, et n'aura bientôt pour rjival qi^e celui de la ville de Londres. Il reçoit toutes les denrées qui se consomment dans le Raritan et le Connecticut , dans l'espace de 1 3o milles de côtes , et entre l'océan et les lacs , dans une étendue intérieure d'environ 4oo milles.

En 1816, les importations de l'étranger ont dépassé , dans ce port , la somme énorme de 56,000^000 de dollars.

Il y a cinquante ans , que le nom de Baltimore était inconnu ; et maintenant , c'est une ville florissante en commerce, en richesses, en magnificence^ dont la population s'élève à plus de 60,000 âmes.

En 1770 j il n'existait pas un habitant blanc dans le Kentucky ; en 1 790 , on en comptait 73,677 ; en 1800 , 1^21,000^ et en 1817, ^ï^viron 700,000^

En 1783, la ville de la Nouvelle-Orlé^s n'était habitée que par quelques misérables Espagne^, qui y faisaient un petit trafic de contrebande. On y compte aujourd'hui 4o,ooo habitans; et ses exportations, pendant la dernière guerre, ont surpassé celles de tous les États-Unis ensemble. Les bateaux à vapeur pnt été inventés pour remonter le Mississipi ;

et désormais, la concurrence, pour fournir tous les états de Fouest de marchandises étrangères , existera entre la Nouvelle - Orléans , Ntw-York, Montréal et Philadelphie. Avant cette heureuse invention des bateaux à vapeur , Fapprovisionnement de Touest présentait de grandes difficultés. Les marchandises étaient achetées à New- York et à Philadelphie ; on les transportait par terre à Pittsburgh , au confluent des rivières de Monongahela et d'Alléghany, et de là, par TOhio, aux divers établissemens formés sur ses bords.

Aujourd'hui, Montréal parait avoir l'avantage , parce qu'il peut fournir les objets étranr gers à meilleur compte; et cette différence dans les prix a pour cause des moyens plus parfaite de transport, la navigation n'éprouvant aucun obstacle pour les vaisseaux, de cette ville jusqu'au lac Erié ; et il en doit être ainsi jusqu'à ce qu'un canal ait été ouvert entre ce lac et le lac Hudson : ce qui devra nécessaire» ment enlever le commerce de l'ouest à Montréal , pour le donner à New- York.

La population de la Nouvelle -Orléans s*est considérablement augmentée par l'émigration des autres états de l'Amérique , et de presque

toxi& les pays de l'Europe. Les exportations de la Louisiane excèdent déjà celles des c tatsde la Nouvelle- Angleterre. Plus de quatre cents vaisseaux en partent ou y arrivent annuellement.

Plus de cent . de différentes dimensions , sont partis, en i8f6, d(^ Bayou-Saint-John, port du district de Mississipi , chargés des produits de la Floride, appartenant aux États-Unis. Les produits des états de l'ouest ont été apportés par des barges et des bateaux à la Nouvelle- Orléans. Le Mississipi fait, à lui seul , dix mil* lions de livres de sucre , et à peu près vingt mille bajles de coton.

Si la population des États-Unis de TAméri* que augmente encore pendant vingt cinq années , dans des proportions égales à son accroissement pendant les vingW-cinq ."nuée# qui viennent de s'écouler (et tout porte à croire qu'il en sera ainsi ), quelle est la puissance qui pourra nuire à leur prépondé<»

rance ? Quelle nation de l'Europe sera en mesure de conserver des colonies? Or, il serait bien difficile de prouver que cet accroisse* ment doit s'arrêter , quand on considère qu'il a lieu sur un territoire immense et fertile ; dans un pays où chacun trouve l'emploi de son

(30 industrie en toute liberté; que le prix de la main-d'œuvre y est double de celui de l'Angleterre, et quadruple de celui de la France, à cause des besoins multipliés et des demandes de tous les genres ; que les terres y sont en quantité et à bas prix ; que le gouvernement y est doux , et que les charges publiques y sont nulles ou légères.

Les convulsions récentes de l'Europe ont amené une grande quantité d'émigrés aux États-Unis ; mais l'accroissement de la population se doit moins à cett^ cause qu'on ne l'imagine en général. Le nombre des émigrans n'a jamais été, terme moyen , de plus de cinq mille, pendant les vingt-cinq dernières années; et, pendant le même temps, plus de la moitié de ce nombre a quitté les États-Unis pour se rendre dans le haut-Canada , ou pour tenter la fortune dans d'autres parties du monde. La preuve que cette augmentation de population est due à des causes qui sont propres à la situation intérieure du pays , c'est la proportion des naissances et des mortalités qui sont comme cent est à quarante-huit ; et même , dans les parties les plus saines , telles que la Nouvelle - Angleterre et

les états du centre, comme cent est à quarante>^ quatre. Le terme moyen de la mortalité est ^ aux États-Unis, d'un sur quarante ; dans les grandes cités de l'Europe, le terme moyen est d'un sur vingt-huit.

En général , le climat est plus sain aux États-Unis qu'en Europe. Les hommes y sont actifs, robustes, et capables de grandes Êitiques ; les femmes y sont grandes et belles. Les deux sexes y ont le teint moins rude qu'en Angleterre , en Hollande , en Danemarck , en Suède, en Russie et dans le reste du nord de TEurope. La vie, quoiqu'on en ait pu dire, «st plus longue aux États-Unis que dans l'ancien monde. On ne compte , en Europe , que trois individus par mille qui arrivent à quatrevingt-dix ans, tandis qu'aux États-Unis, la proportion est de cinq sur mille.

La population des États-Unis a doublé depuis vingt-cinq ans ; mais les états de la Nouvelle-Angleterre ne conservent pas cette proportion , parce qu'un grand nombre de leurs habitans vont s'établir annuellement dans les états de l'ouest : fe qui fait que ceux-ci augmentent dans une plus grande proportion que les états situés sur les bords de l'océan. Par

exemple , le Kentucky a augmenté de 80 p. y« dans dix ans , le Ténessé de 90 p: V^^ , la Louisianc de 160 p. o/©, l'Ohio de 180 p. V«, etc. Néanmoins , Fémigration des états atlantiques vers l'ouest y et principalement de la Nouvelle- Angleterre , n'est pas telle que ces états s'aperçoivent d'un déficit , parce que la portion qui émigré chaque année, est moin* dre que l'accroissement de leur population.

Le Massachusset , le Gjnnecticut, sont spécialement dans celte position. Plus le pacte fédérardurera,et plus l'importance de la Nouvelle- Angleterre tendra à diminuer, parce que sa population et ses ressources n'augmentent pas dans les proportions de celles des états d^ l'ouest • dont la prépondérance dans les con- •eils du gouvernement commence déjà à se faire sentir. Mais si l'on admet (ce qui est probable ) que ces conseils soient uniquement dirigés dans Tliitérét de la confédération en général , et non en faveur de quelques états en^articulier, il ne peut en résulter aucun inconvénient pour les états anciens. Car les -progrès et les richesses de quelques-uns des états, s'ils continuent à faire partie intégrante de l'Union , sans nuire aux avantages des autres ,

iie peuvent ^'accroître la forcé et la prépondérance de tous. S'ib en devait être autrement Mais n'anticipons pas , et gardonsnous dé prévoir un malheur improbable , ou du moins fort éloigné.

L'émigration actuelle vers l'ouest peut être évaluée au tiers de l'augmentation annuelle de la population des anciens ^ts ; à quoi il convient d'ajouter , pour apprécier convenable* ment l'augmentation de la population de ces états de l'ouest , le grand nombre d'étrangers qui vont s'y établir , et l'accroissement notable et certain de la population locale dans un pays très-fertile et sous un ciel heureux. On peut, sans de grands calculs , prévoir l'époque certaine où les états de l'ouest doivent dominer dans le gouvernement général , par la seule force du nombre de leurs habitans.

La mesure d'une population quelconque est toujours en raison de l'état de civilisation et de prospérité d'un pays. Chez les peuples barbares, tels que sont encore les Indiens dans quelques parties du continent américain , utf mille quarré suffit à peine à l'homme qui ne vit que de la chasse. Quand le nombre des habitans excède cette proportion , les peuples

barbares ou demi-sauvages reconnaissent la nécessité de la guerre p#ur prévenir la famine. De là, ces combats , qui sont de véritables bou-« chéries , et l'extermination après la victoire. Dans un état un peu plus avancé , trois ou quatre individus peuvent vivre sur un mille carré : telle est l'Arabie , une grande partie de l'Afrique et de l'Asie. Mais lorsque l'agriculture , le commerce , les arts , ont atteint un grand degré de perfection , la population n'a , pour ainsi dire, aucune limite fixe. £n Chine, le nombre des habitans est de 3oo au moins par mille carré ; en Angleterre , en Irlande , dans les Pays-Bas et en Italie, le terme moyen est de aoo ; en France, de 1 5o ; en Ecosse, de 70 ; dans le Massachusset , Rhode-Island et Connecticut , de 5a ; en Virginie , de 1 5 ; et dans les États-Unis pris ensemble , de 4-

Un fait particulier très-remarquable, c'est que, dansTétat de Virginie, on trouve trois races d'hommes très-distinctes : l'une , près des bords de la mer , indolente et faible ; dans l'intérieur, vme autre, robuste , athlétique ; et près des montagnes , la troisième est de petite taille, mais hardie, active, entreprenante.

L'augmentation rapide d'une population

(3;) saine et vigoureuse, prouve toujours un état ti'agriculture très-florissant. Aussi y depuis plus de vingt- cinq ans , les États-Unis ont constamment exporté le quart au moins de leurs produits agricoles. On trouve, dans l'ouvrage de M. Pitkin , une table qui donne à ce sujet tous les éclaircissemens qu'on peut désirer.

L'agriculture , considérée comme science , Êdt aussi , dans tout le continent américain , d'immenses propres. Il existe des sociétés d'agriculture à New- York , en Pensylvanie et dans presque tous les états.

Les principaux articles qui composent les exportations, sont le blé, la Êirine, le riz, les pois , les fèves , les pommes de terre , le bœuf, la graisse , les peaux, le beurre , le fromage , les porcs^ les chevaux , les mulefs, les moutons, le tabac , le coton, l'indigo, etc, etc. Ces exportations nront toujours en augmentant; et, dès 1 816, elles s'élevaient à i3,2oo,ooo dollars.

L'Amérique a de grands avantages sur l'Europe pour ses moyens de communication intérieure. Ses rivières sont plus nombreuses, plus grandes, plus navigables, et à de bien plus grandes distances. Celle d'Hudson ou

Korth-Rîver qui comihuDÎqne à Ïfew-York, et qui n'est pas la plus importante , permet cependant à de petits bâtimens de rçmontèr Tocéan Atlantique, à son emboudiiure , jusqu'à deux cents milles dans l'intérieur des terres. On peut avoir une idée des Lcilités de cette navigation intérieure , en jetant lés yeuk sur une carte et en suivant le cours de ces rivières. On y verra le MiNSourî , PÂrkansais , la rivière Rouge , la Plate , l'Ohîo , le Tennessee, et par dessus tout leMississipi ^ dont l'extrémité est est en Pensylvanie, à 200 milles de Philadelphie, et l'extrémité ouest à 55o milles de l'océan Pacifique, ce qui fait une distance de 1 700 milles en ligne droite. Son extrémité nord est une branche du Missouri , à 570 milles environ du lac des Bois , et celle sUd est la passe sud du golfe du Mexique, joo milles plus bas que la Nouvelle-Orléans : ce qui fait , entre le nord et le sud , une distance en ligne droite de 1680 milles; de telle sorte que cette rivière arrose une surfiice d'environ i ,5oo,ooo milles carrés , en traversant les états du ftlississipi, du Missouri, Indiens, de FOhio, de New- York, de Pensylvanie, de Maryland, de Virginie , les deux Carolines , la Géorgie p

le Rentucky, le Tennessee, et la Louisiane.

Plusieurs tentatives ont été faites, et de nou- Telles sont projetées pour rendre la navigation intérieure plus complète, par le moyen des canaux. M. Galatin, secrétaire de la trésorerie, a lu , il y a déjà long-temps , un rapport de la plus haute importance sur les canaux et les chemins à créer. Il serait assurément superflu de s'étendre sur les avantages de ces commu* nications, soit pour la paix, soit pour la guerre. L'inconvénient , le danger même ^ on peut le dire , d'une trop grande étendue de territoire , ne peut être atténué que par la &cilité des communications dans l'intérieur du pays. Elles ne sont pas seulement utiles au commerce , mais à la réunion des intérêts des difFérens états, qui composent la fédération. Elles doivent nécessairement contribuer à la^, durée et à la force du pacte fédéral qui as« sure l'indépendance , la paix domestique et la liberté de tant de millions d'individus répan« dus sur un territoire plus grand que toute la surface de 1 Europe.

C'est par ces hautes considérations que le sénat et la chambre des représentans, assemblés en Congrès , passèrent un biU , en 1817,

pour affecter des fonds à cet emploi. Cependant le président y refusa sa sanction , sur le motif que la constitution n'avait pas donné au Congrès le pouvoir de Ëdre aucun changement intérieur aux divers états de l'Union.

Toutefois le comité de la chambre des représentans déclara que le Congrès avait le pouvoir : lo de fiûre construire ou améliorer les chemins dans tous les états , sauf le consentement desdits états ; i"" de Ëdre construire ou améliorer les routes militaires; 3*" de faire creuser des canaux^ partout où ils seraient jugés nécessaires , toujours avec l'assentiment des états, afin d'augmenter les Êicilités du commerce intérieur , ou de rendre plus prompts et plus sûrs les transports militaires en temps de guerre, et en laissant toutefois la direction et la juridiction des travaux à chaque état respectif*

Si le gouvernement général n'a pas le droit de prescrire ce qui peut être utile sous ce rapport, il est certainement au pouvoir des états particuliers d'accomphr ce que réclament les besoins publics , et à moins de frais. Cependant , en examinant avec attention la situation du pays , on sera conduit à recon-

naître qull existe des obstacles presque insurmontables à la canalisation générale. De hautes chaînes de montagnes existent sur divers points. Le canal élevé le plus haut par le moyen des écluses , est celui du Languedoc ; Feau y est portée à 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. En Angleterre , on n'a jamais pu parvenir à en élever un à plus de 5oo pieds au-dessus de ce niveau ; et les montagnes d'Alleghany , en Amérique, sont d'une élévation six fois plus considérable. Le système des écluses nécessite un réservoir; qui soit en proportion de la hauteur à franchir ; il n'existe, dans ces montagnes , ni lacs , ni étangs , ni réservoirs naturels. Il y a donc lieu , pour faciliter les communications depuis les cotes jusques dans Touest , d'établir des chemins artificiels ; et ce moyen n'est pas impraticable. Il suffirait d'en construire quatre, partant des quatre grandes rivières de l'ouest , l'Alleghany ^ le Monongehela, la Kanhawa et la Tennessee , aux rivières correspondantes de l'Atlantique , en

perfectiohj^t la navigation de ces dernières,

et en établissant un canal à la chute de TOhio.

Le pays entre les sources des rivières Çha-

tahouchée et Mobile et le golfe du Mexique

est tout entier d'un plan incliné régulièrement vers la mer , et ne présente aucun obstacle à Fouverture tf un canal fourni par les rivières Chatahouchée et Mobile. La distance n'est pas en ligne droite de plus de 55o milles. Parce projet, le Mississipi se déchargerait dans la mer Atlantique. H existe déjà une navigation intérieure de la Nouvelle-Orléans au lac Pont- Chartrain par le canal Carondelet; et delà, entre les cotes et les Ues adjacentes, par la rivière Mobile et par les deux rivières d'Alabama et de Tombigbée aux frontières des États-Unis.

lie courant de ces deux rivières étant moins rapide que celui du Mississipi, on les a longtemps considérées, particulièrement le Tom* bigbée, comme pouvant procurer une communication plus facile au commerce de la Nouvelle-Orléans jusqu'au Tenessée. La navigation de la Kanhawa, et des bras est du Tennessee , du Monongahela et de l'AlIeghany , à travers les montagnes, peut être aisément amé« liorée. Du pied des montagnes ^incipaiement, TOhio coule moins rapidement que les rivières de TAtlantique. Elles s'élèvent, toutes, après le» lontes de neige, à plus de

çaarante pie<is, offrant, depuis le point le plus reculé où elles sont navigables , toute es* pèce de séeurité aux navires qui peuvent passer la barre à l'embouchure du Mississipi* Nombre de navires de 3 et 4oa tonneaux sont maintenant construits sur divers points dç l'Ohio, jusqu'à la hauteur de Pittsburgfaf, portant à la Nouvelle -Orléans, dans tous les ports des États-Unis et en Europe ^ les divers produits , les sucres y les cotons et le tabac de la Xx>uisiaiie , du Tennessee ,. du K<entucky , du Mississipi ,. çt des territoires d^ Missouri e%

4'Àlabaina*

Jusqu'à ce moment j Tes e:iportatîons de la N ouvelle-Odéans ont dépassé les importations: tant il était difficile et dispendieux de remon* ter le courant rapide du IMississipi, dont les bords sont exposés d'ailleurs à de fréquentes mondations. De sorte que, tandis que les produits des immenses contrées que ce fleuve arrose , étaient exportés par la. Nouvelle- Orléans y l'importation y était £ute par le$ ports de l'Atlantique et par la voie de terre- Maintenant les bateaux à vapeur transportent et les hommes et les marchandises , depuis la KouvelleOrléans j^usqu'à Louis ville sur l'Ohio,

c'est-à-dire , à une distance de 1 700 milles. Là f il cpnviendrait d'établir un canal qui pourrait coûter un demi-million de dollars. Néanmoins, dans ce moment-d, on peut aller jusqu'à deux milles de la chute de FOhio , d'où les bateaux à vapeur vont régulièrement jusqu'à Pittsburgh , environ 700 milles. De telle sorte que les pays de l'ouest et la Nouvelle - Orléans jouissent de tous les moyens de prospérité et de richesse', à un degré inconnu jusqu'à présent dans l'histoire du monde ; et cependant il est nécessaire de faire observer que la navigation des bateaux à vapeur est dix fois plus coûteuse que la navigation ordinaire.

Relativement à la communication des rivières de l'Atlantique avec le fleuve Saint- Laurent et les grands lacs , les vaisseaux remontent de la mer jusqu'à Montréal. La rivière Sorrel reçoit les eaux des lacs Georges et Chamf^ain, qui pénètrent dans le sud des Etats-Unis. De Montréal au lac Ontario, la différence de niveau est de 200 pieds; de l'extrémité du lac Ontario , la navigation intérieure existe pour des vaisseaux de cent tonneaux , dans im espace d'un millier de milles , à travers les lacs Erié , Saint-Clair et Huron ,

jusqu'aux extrémités est et sud du lac Michigan 9 sans autre interruption que le saut rapide du Niagara , entre Icfs lacs £rié et Ontario. Le lac Supérieur, le plus considérable de tous, communique avec le nord du lac Huron, par la rivière de Saint-Mary. Qnq rivières de l'Atlantique approchent des eaux du fleuve Saint- Laurent, savoir : le Penebscot , le Kennebeck , le Connecticut, la rivière du Nord ou d'Hudson, et la Tioga, qui n'est qu'une branche du Susquebanûah. Cette dernière ofîre une communication utile avec les rivières de Seneca et de Genessée, qui se déchargent dans le lac Ontario. Le Susquehannah est la seule rivière de l'Atlantique , dont la source soit voisine du fleuve Saint-Laurent.

Les trois rivières de l'est offrent des communications faciles avec les provinces du C^anada, mais non pas avec l'intérieur des États- Unis. La rivière du Nord est étroite ; elle tourne toutes les montagnes , depuis le port de New-York jusqu'à Albany et Troy , ce qui fait environ deux cents milles. Les vaisseaux de 80 tonneaux peuvent y naviguer. Elle diffère des autres rivières , en ce que , dans cellesci , la marée ne se fait pas sentir au-delà de

3o milles de la chaîne des montagnes de Tesr; tandis que , dans celle du nord , elle se Eût sentir jusqu'à Catskill ou les montagnes d% rOuest. La rivière d'Hudson approche , dans son cours , du lac Champlain , et la rivière Mohawk du lac Ontario. Une navigation éta* blie dans Tintérieur au moyen de canaux^ apporterait dans la ville de New- York, tous les produits des états de Vermont et de New- York^ qui maintenant sont transportés par la province du Canada. Tous les travaux né* cessaires pour établir des communications entre la rivière du Nord et les lacs , excepté le lac Supérieur , ne coûteraient pas plus de cinq millions de dollars.

Le principal des canaux déjà terminés aux Etats-Unis , est celui de Midlessex , qui unit les eaux de la rivière de Merrimack avec la port de Boston , et le canal Carondelet , qui s'étend depuis Bayou jusqu'aux fortifications de la Nouvelle-Orléans , établissant ainsi une communication avec le lac Pontchartrain. £ii unissant ce canal par des éckises avec le Mis* sissipi , il en résulterait , entre autres avah* tages y que le gouvernement pourrait tranSf porter ses forces navales , pour la dé&nse^ de

ces deuis points , qui sont les niDjens de corn* munication entre la Nouvelle -Orléans et la mer.

£a 1816 et 1817, la législature de New* York alloua des fonds pour Fouverture d'un canal de communication entre les lacs Érié et Champlain et la mer Atlantique , par le moyen de la rivière d'Hudson. Cette belle entreprise offre déjà des résultats satisfaisans, sous les auspices du gouverneur Gin ton qui la dirige. Si jamais elle se termine , l'état de New-York deviendra , lui seul , un puissant empire.

Cet état ne doit rien négliger pour arriver à ce point de prospérité, qui doit tellement accroître les produits de son agriculture et sa population. Son territoire renferme une abondance considérable de sel , de gypse ^ de fer et d'autres objets indispensables aux manufactures. Une rivière navigable , qui se prolonge deux cents milles sans interruption , et se termine par un port magnifique , d'un accès fa* cile dans toutes les saisons de Tannée; cette ligne , traversant les lacs Érié , Ontario , Champlain et tous les autres lacs naviga];>les , ofire les moyens de commerce les plus étendus. Les Américains ont senti , depuis long*

temps , les avantages de cette heureuse position.

La construction de ces canaux , outre qu'elle amènerait à New-York tous les produits de son territoire , qui se dirigent maintenant vers le Canada, y conduirait nécessairement le commerce des parties ouest deTétat de Vermont j d'ime grande partie du Canada , et de la moitié de toutes les vastes régions qui se trouvent à l'ouest des montagnes AUeghany.

Lesprovinces qui sontau midi des grands laCs, forment une étendue de terrain aussi considérable que la surface des premières puissances de l'Europe , et sont peut-être le point le plus fertile du monde entier. L'ouverture de ces canaux doit nécessairement , et dans un court espace de temps , rendre la ville de New-York la première dans le commerce du monde.

C'est ainsi que les Etats-Unis , qui ont à peine quarante ans d'existence , se présentent déjà comme un empire puissant, formé de vingt états divers et souverains, unis entre eux par une puissance executive , législative et judiqaire, qui surveille tous les intérêts locaux avec bienveillance, et dirige avec sagesse tous les rapports extérieurs et commer-

ciaux. Le territoire de ce peuple nouveau, plus étendu que toute l'Europe , riche de toutes les productions qui satisfont aux besoins de la vie et aux désirs du luxe , est susceptible de nourrir cinq cents millions d'individus ; et il est devenu , pour les malheureux de toutes les nations y un lieu d'asyle où ils [trouvent Findépendance , le repos , et les moyens de vivre qui ne manquent jamais à la bonne conduite , à rindustrie et au travail.

$M^mwA¥*»i*M^ M 0mtwt/t/y y yy*yttmitnf¥ ^ mimitMM¥fiiiti¥i0tt9m/mMMiM*mi0mmi0iiti¥i0<i¥tt¥tt^\9t0tm

Page 1