‹ Les Etats-Unis d'Amérique, ou, Tableau de l'agriculture, du commerce, desChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Oommerce del Éuts-ITftifr

Il y a quelques aimées qu'il existait , aux États-Unis , une théorie tendant à établir que ce pays serait plus heureux comme nation , s'il abandonnait pour toujours tout commerce extérieur. Le gouvernement , à la tête duquel était alors M. Jefierson , mit , en conséquence de ce principe , un embargo sur le commerce américain avec tous les autres pays; et cette mesure, prise en décembre 1 807, fut continuée jusqu'au printemps de 1809. Cette énergique répresswe , comme t'appelait M. Jefferson , détruisit non seulement le commeix^e extérieur , mais attaqua sensiblement celui de l'intérieur et des côtes des États-Unis. . La détresse et la misère atteignirent, outre les négocians , Içs fermiers et les agriculteurs y qui virent disparaître les marchés où précédemment ils apportaient les produits de leurs terres ; et cette misère et cette détresse furent

si générales et si déplorables , qu'on fut bientôt obligé de reconnaître la fausseté du principe en vertu duquel on avait agi. Il n'existe pas maintenant un seul Américain qui ne soit pénétré de l'axiome avancé par un des plus grands hommes d'état , que le commerce , protégé par une marine acHife et puissante , et cette marine alimentée par le commerce , sont le système le mieux calculé ^our rendre les États-Unis un puissant empire; ,

Le conhnerce mi monde , en général et pris en masse , est sans doute augmenté depuis 1 8 1 5 ; mais il est vrai de dire que les évéïiemens de t^te époqire ont dû réduire ^ d'une manière sensible y celui de l'Angleterre et de l'Amérique. L'Angleterre a dû cesser le monopole qu'elle exerçait au moyen de la guerre, et l'Amérique n'a plus été le commissionnaire du monde. Ces deux puissances ont été réduites i ce niveau de répartition que la paix rendait inévitable; et chacune d'elles a dû se trouver, dans les marchés de l'Europe, en concurrence avec l'industrie de la France , l'adresse de l'Italie, la persévérance des Pays-Bas , et les efforts laborieux du Danemarck , de la Suède , de l'Allemagne, de la Russie, etc., etc. Aussi s'en est-il suivi d'abord d'énormes pertes p tant en

Angleterre qu'aux États-Unis , parmi les manufacturiers et les fermiers, et conséquemment un grand nombre de banqueroutes. Ces maux se firent ressentir plus péniblement encore en Angleterre , à cause de Fénormité des charges publiques et du peu d'étendue du territoire , comparé à la grande quantité d'habitans , qui , s'ils ne sont pas dirigés vers l'Amérique , le Cap de Bonne-Espérance , ou la nouvelle-Hollande , devront , tôt ou tard, augmenter l'émigration qui se porte vers l'ouest des États-Unis. Néanmoins, les capitaux de l'Angleterre sont si considérables , ses manufactures si par-> faites , son industrie si active , si habile et si persévérante , que son commerce étranger peut trouver des compensations par l'augmentation de son commerce dans la Méditerranée et dans les Indes , et par l'établissement de rapports nouveaux avec le Brésil et toute l'Amérique du sud. Dans les temps les plus prospères, son commerce étranger ne formait pas la onzième partie de son commerce intérieur et colonial. Pour prendre une idée exacte des progrès du commerce britannique dans toutes les parties du monde , depuis le cours d'un siècle , on peut consulter les Ressources de V Empire Britannique.

Dans les Éts^ts-Unis , la paix de i8i5 eut aussi de fâcheux résultats , comme nous l'avons dit. Il y eut beaucoup de faillites parmi les négocians et les manufacturiers ; les fermiers et les cultivateurs eurent beaucoup à souffrir par le manque de débouchés pour leurs denrées ; mais la légèreté des impôts , la faiblesse de la population relativement au territoire , et Texcellence de ce territoire , qui offre à tout homme laborieux les moyens d assurer son existence, et celle de sa famille , ont prévenu bien des maux ou sensiblement adouci ceux qui étaient inévitables. Sans doute le commerce étranger est , dans ce moment , moins important qu'il ne l'était avant \ embargo; mais l'esprit d'entreprise des Américains est tel que ' ce commerce doit rester très-considérable , et même s^accroitre , sans nuire au commerce intérieur , dont les progrès sont assurés par les améliorations de la navigation , et l'augmentation toujours croissante de la population et des produits. Le prix de la main d'œuvre ( nous croyons l'avoir déjà dit ) est , aux États- Unis , double de celui de l'Angleterre , et quadruple de celui de la France ; et les terres , partout productives , y sont à très-bas prix ; de T. I. 4

telte iorte qne tous ceuic qtii éprouvent de la gêne dans les villes, ou dont les professions n'y assurent pas suffisamment les moyens de vivre , n'ont qu'à Se retirer dans les campagnes pour voir leur sort et celui de leur famille parfaitement assurés.

^Le lecteur peut consulter là Statistique de M. Pitkin ; il y trouvera le détail des exportations et dé| importations , Tétat exact du côihmèrce extérieur et intérieur déis États-tJnîs , et la proportion de àés rapports avec celui dès autres nations depuis plus de lao ans. La table suivante inontre les progrès de ce coàimerce , depufe 170O.

TBRMB M OTBir.

BXPOKTATIOW.

IKPOaTATIOV.

de 1700 à 1710

de 1710 à 1710

i,55o,ooo

de i79ioà 1780

a,66o,ooo

Tj98o,ooo

de 1780 à 1740

a,90oi,obo

de 1740 à 1750

3,63o,ooo

de 175© à 1760

de 1760 à 1770

'de 17^ à 1780

en 1784

en 1790

IZPOBTATIOIfS DB PBQD. MOM.

en i8o3 en 1807 en 1808 (t) en 181 o (9) en 181 4. (3) ,^n 181 5 en i8i5

.dollars, 4a9$o5,96i 48,699.593

■ZPOBTATlOlfS VM PB. iTBAAO.

dollars,

iai997»4if 34,391,395

TOTAL OIS " BXrOBTAXIOlIf.

dollars, 55,8oo,o33 108,343,145 »3,43o 9«o 66,757,970 6,937,441 53,557,753 81,930,451

^'r€9;portation indigène des jÉtats-Unis se (divine £MJPjii proportionnelle^lent :

Le produit zde rAgricult^i^y trc^is f^uarts de «a ya-

leur.

ihe produit.des ForèU , un neuTième.

Xe produit des Pêcbes, un quinzième,

le produit des Manufactures , un yingtième.

( I ) Année ^eVefeàm^, ^ ( a ) Lerée de l*ei^bargo.

(3) Guerre a^ec l'Angleterre.

^^Les tables de M. Pitkin établissent, et il est „ généralement reconnu, que le commerce de»

Etats-Unis avec FAngleterre est à lui seul plus considérable que celui des États-Unis avec tout le reste du monde. Il est donc du plu»

grand intérêt , pour les deux nations , de maintenir entre elles des relations amicales.

L'embargo de M. JefFerson fit perdre aux Élats - Unis im commerce avec les nations étrangères, d'environ 25o millions de dollars par an , sans compter les richesses qu'il versait dans le pays , et toute l'industrie productive qu'il mettait en mouvement. Cette immense ressource n'est pas entièrement rétablie, à cause de la guerre avec l'Angleterre , et par l'effet de la paix générale de 181 5.

M. Pitkin donne un aperçu du commerce des États-Unis avec chaque pays. Depuis l'établissement du gouvernement actuel , depuis surtout la révolution de 1789 jusqu'à l'époque des restrictions commerciales en 1 807 , et la guerre avec l'Angleterre en 1812 , ils avaient vu s'accroître leurs richesses et leur population avec une rapidité incroyable , comme on peut s'en assurer par le détail des exportations et importations , par l'aisance générale répandue

(57) dans les campagnes et dans les yilles f par Tinstitution de nouvelles banques et de nouvelles monnaies ; par la plus value des terres , et par les nombreuses améliorations intérieures ^ comme routes , ponts et canaux , aussi bien que par la consommation annuelle.

Le terme moyen de cette consommation a été, de 1790a 1792, de 19,310,801 dollars , de 1793 à 1798, de a7,o5i,44o, et de i8o5 à 1807, de 38,549,966.

Il y a au moins 70 millions pesant de sucre consommé jdans les États-Unis. En 18 10, le territoire d'Orléans , maintenant l'état de Louisiane , en a fait plus de i o millions de livres , et environ autant a été tiré de l'érable dans tous les Etats-Unis. Les plantations de cannes à sucre augmentent dans toute la Louisiane ; et on établit qu'il y a eu , en 1 8 1 7 , environ ao millions de livres de sucre de fabriquées ; dans la Géorgie , cette plante se cultive avec succès. Cette culture n'est pas plus pénible que celle du coton , et moins sujette aux accidens. L'accroissement des droits de douane , en Amérique , est sans exemple dans le monde entier.

Ces droits étaient de 1 793 à 1 80 1 , de 358,8 1 5

(ôhii^ , Èfàiït cfn^iron doublé dàn^ Fé^p.'tËë âe 8 an^; de 1801 à 1810 , de 6i6,535 tonnée. L*état de Massachusset a plusieurs centaines de milles de côtes , de baies et de ports ; aussi ion droit de tonilagë est plus grand i\ué dati» aucun autre état de TAniérique. Là répartition de ce droit , dauà les principaux ports , était, en i8io , âiàisi qu'il suit :

de Boston, 14^9 1^1 tonnes;

de New-York > 968,548 ( 1 )(

de Philndelphiv^ i!i^5a58;

de Baltimore, io5,444 > de Charlestown , 5a,88S.

Maintenant ce droit produit moins qu'en léio , tant a été réduit le commerce des ÉtatstJnis par la paix du moncïe.

Néanmoins le commerce y rtprend de Taccroissement; la pèche surtout , en augmentant faisance générale, pr cure d*excellens marins pour la marine militaire , autrefois une véritable charge pour la nation , et maintenant devenue respectable pour toutes les nations.

• I I II ■ ■ I ■■-■! Il ■ — — ^— — M— i.^— —

( 1 ) £f al à celui de Londres»

( 59 ) Sa conduite , pendant la darnière guerre avec l'Angleterre , et la position qu'elle tien t. en Europe dans la Méditerranée , sont des titres de gloire qui ne s'effaceront pas. Elle consiste en cent vaisseaux , tant bricks que sloops , çuV ters , batteries flottantes , frégates ou vaisse^uip de ligne, dont douze au moips sont de 74 à 90 canons. Le Congrès a fait et continue à faire d'immenses approvisionnemens ; et il est présumable que, dans peu d'années, les États-Unis pourront équiper des flottes capables de se mesurer avec celles des premières puissances de ^Europe. ]L>e nombre des officiers augmente dans les mêmes proportions ; et ils ne le pèdent, ni pour l'instruction , ni pour la pratique , à ceux d'aucune autre nation.

On pense généraleinent que le commerce des États - Unis recevra de grands accroisseinens par l'émancipation des colonies espa* gnôles ; inais cette questioii reste encore un problème, parce que ces immenses région^ ont , sous le rapport des productions naturelles, les mêmes avantages que les États Unis, et trouveront , dans la liberté dont elles jouissent , un marché plus profitable en Angleterre que dans le nord de l'Amérique. D'autre part ,

rAngIcterre peut , de son coté , le» approvisionner de tous les objets manufacturés , en meilleure qualité , en plus grande quantité , et à des prix plus bas qu'aucun autre pays ne peut le faire. Pour preuve, je citerai l'effet qu'ont produit aux États-Unis d'Amérique les marchandises anglaises , depuis la paix de 18 1 5 : nombre de nos manufactures, ont été obligées de suspendre leurs travaux.

Les avantages de l'émancipation de l'Amérique espagnole se feront sentir dans le monde entier , mais c'est surtout l'Angleterre qui en profitera d'abord. La libération de ces immenses contrées a été l'objet de la sérieuse atten^ tion de tous les hommes d'état , tant en Amérique qu'en Europe. On peut croire qu'un des premiers résultats de cette révolution sera la formation d'un passage navigable à travers l'isthme de Panama^ qui formerait l'union des mers Atlantique et Pacifique. Cette entreprise , si vaste en apparence , ne coûterait pas au-delà de trois à quatre millions sterlings , et jamais l'Angleterre ne trouverait une plus heureuse occasion d'employer vingt ou trente raille de ses prolétaires désœuvrés, sous la surveillance et la direction des gens de l'art. Cette opéra-

tion confirmerait son ascendant commercial dans le monde , et la dédommagerait amplement des sacrifices qu'elle a faits dans une guerre sans exemple, afin d'assurer la délivrance de l'Europe opprimée.

En 1790, le projet de l'émancipation de l'Amérique espagnole fut présenté à M. Ktt par le général Miranda , et ce ministre parut alors l'accueillir ; mais le rétablissement des relations amicales entre l'Espagne et l'Angleterre , qui eut lieu bientôt après , empêcha qu'il y fût donné aucune suite. Mais en 1 797 , Miranda reçut à Paris des députés du Mexique et des autres colonies espagnoles , envoyés auprès de lui pour se concerter sur ce grand objet. Il fut décidé que Miranda se rendrait en Angleterre , pour communiquer au gouvernement anglais les propositions de ces députés. Il s'agissait de joindre l'Atlantique à la mer Pacifique aux frais des colonies espagnoles, de céder la Floride aux Etats-Unis , et de prendre le Mississipi pour limite des deux nations ; toutes les îles devaient être rendues aux Espa- • gnols , hors Cuba , dont la possession devenait nécessaire > à cause de la Havane , qui commande le passage du golfe du Mexique.

M. Pitt accorda au général Miranda une entrevue ; et il y fut décidé qu'il serait proposé aux États-Unis de fournir dix mille hommes pour assurer le succès de l'entreprise , pen iant que l'Angleterre s'occuperait du soin de procurer l'argent nécessaire et le^ moyens de transport. M- Adams, alors président des États-Unis, ajourna sa décision ; et plus tard, M. Jefferson , $on successeur , refusa de concourir au succè» de l'expédition de Miranda , et fit même tra^ duire devant les tribunaux , des négocians de lïew-York qui avaient a&sisté ce général dan» wn entreprise.

Dans l'état actuel des choses , il est naturel que l'Angleterre tente tous les moyens de rele-?versa puissance, et d'échapper aux circonstances peu favorables qui la pressent. Depuis vmgt-cinq ans , son gouvernement a dirigé , d'une main habile et hardie, toutes les ressources d'un vaste empire contre l'ennemi commun du genre humain ; la providence lui a donné le pouvoir de soutenir le faible et d'arrêter l'ambition exagérée du puissant ; sans elle , l'Europe déchirée eût été étouffée sous la puissance colossale de Napoléon ; die seule a £ait pâlir son étoile. Mais ce triomj^

Fâ placée dâiià la ïiécessîté d'être tout ou rien. Dès Hnstant qu^elle paraîtra à'a'Tablîr, d'autres nations se hâteront de s'emparer de l'ascendant qu'elle aura perdu ; le long et glorieux combat qu'elle a soutenu Ta ébranlée dans tout son être; ses finances sont en souffrance; Son agriculture, ses manufactures languis^ setit; sa population s'apauvrit; et, pour reprendre cette attitude qui la rendait l'arbitre de l'Europe, l'appui des libertés religieuses , l'ange tutélaire des nations , elle doit se hâter de favoriser l'émancipation des colonies espagnoleS) et joindre au plutôt la mer Atlantique à la mer Pacifique. Sans cette mesure positive, qui peut seule secourir sa population indigente , elle est menacée d'une émigration plus considérable qu'on ne peut le supposer , et qui se dirigera nécessairement vers l'Amérique du nord ( I ).

( 1 ) Le chapitre qu'on vient de lire, était écrit ayant la reconnaissance des nouvelles républiques d'Amérique par le gouvernement anglais On peut juger maintenant du grand intérêt de ce gouvernement dans une mesure qui a surpris toute la vieille diplomatie. Celte question de rétablissement de nouveaux états indépen*

dans sur k grand continent américain était , pour l'Angleterre , une question de saint public : il s'agissait pour elle d'être ou de n'être pas. Si toutes ces vastes régions qui composent l'empire du Brésil , les républiques de Colombie 9 du Mexique » etc., etc., étaient rentrées sous le joug de leurs métropoles, l'Angleterre Toyait son commerce borné, et perdait, peut-être pour toujours, cette haute influence qu'elle exerce sur le continent de l'Europe et sur les points les plus éloignés du ^obe.

{Note du Traducteur. )

vv»iykmiii w imMm/yttii¥m^0mi¥mtmimm0yim0m0mtmmimMmt m» it/»ikym0mMt0tiiMiMtimm

Page 1