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III. — LA NOUVELLE-ORLEANS

Je suis passé d'un froid intense à une température tropicale. Quelle surprise que celle verdure toute fraîche en m'éveillant, et ce ciel bleu! Quelle surprise surtout que l'accueil cordial de nos vieux Français, les Forticr, les Roaldès, les Ghassaignac, qui m'attendaient à la gare.

Quelle souffrance aussi de constater une fois de plus tout ce que l'initiative française ;i l'ul de grand, de magnifique. -■( tout ce que la France a répudié ! Les souvenir- de La Salle, de Champlain, île Marquette et de tant d'autres son! i'-i partout. Les noms d'Orléans, Pontchartrain, Chantilly. Paul Tulanë vous arrêtent à chaque pas, comme ceux de La Fayette etde Kochambeau a Washington.

L'initiative française est venue créer la vie dans cet immense continent nouveau, depuis le Canada jusqu'au golfe du Mexique; elle avait fait sienne cette admirable vallée du Mississipi toute parsemée de noms français, Saint-Paul, Saint-Louis, jusqu'au petit village du « Chef menteur ». Un tel empire ne pouvait certes être conservé politiquement, mais comme il a été abandonné par l'indifférence gouvernementale et méconnu par l'opinion !

Par quelle fatalité le Français se donne-t-il aux entreprises les plus nobles, les plus ingrates, les plus utiles, sans que la France le soutienne? Il y a là sans doute je ne sais quelle loi de nature qui ne laisse pas tout au môme et qui limite notre part d'action, comme celle de l'inventeur. Aux uns la joie d'ouvrir la route, aux autres la satisfaction d'arriver au but. C'est une question aussi de tempérament. Les vrais inventeurs sont comme les cuisiniers, qui ne mangent pas de leur cuisine, et comme les vrais artistes, qui peignent pour peindre et non pour vendre leurs tableaux.

Nos vieilles familles de planteurs français ont payé cher, elles aussi, ces abandons de la France, mais il n'y paraît guère à les voir ; elles lui sont restées fidèles malgré tout. C'est une grande joie de retrouver ici les différents parlers de nos provinces et tant de noms coutumiers. Paul Tulane, le fondateur de la grande université dont je suis l'hùte, et que préside mon ami, le D1' Craighead, est un nom des plus répandus dans notre vieux pays du Maine.

Les populations du Midi de l'Union souffrent plus que les autres, — depuis l'abolition de l'esclavage — de la grande faiblesse des États-Unis, le manque de

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Ijras. Vous traversez à perte de vue des plan talions d'arbres fruitiers, pêchers, pruniers, amandiers, en Géorgie, et plus au sud, les cultures de coton, de riz, de tabac, de sucre de canne ; mais chaque année se pose la question de savoir comment se fera la récolte. Je me demande plus que jamais où le Gouvernement, qui cherche aux extrémités du monde des colons et des ouvriers, pourra jamais recruter, chaque année, des marins et des soldais.

Une surprise et une émotion m'attendaient à la grande fête annuelle de Tulane. L'orchestre a salué mon entrée de nouveau docteur de l'université par une joyeuse série de vieux chants français populaires ou héroïques, depuis le Chant du Dépari jusqu'à J'ai du bon tabac dans ma tabatière, C'est le roi Dagobert, J'aime bien les bons gâteaux et les confitures, pour finir par une Marseillaise endiablée.

Les étudiants soulignaient ces chants de leurs cris de chefs indiens ; les jeunes filles, joliment vêtues de la toge noire ou de la toge mauve, coiffées de la cape assortie, agitaient gaiement leurs bannières et battaient des bans frénétiques. Chacun voulait fêter la France « la belle France », comme on dit partout, sauf chez nous...

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