VI. — LA BBLIGION
Les Américains ont la foi. Qu'est-ce que cela veut dire :' Est-ce la dévotion ? Non. encore moins le renoncement. C'est la foi de la jeunesse qui résoud
ÉTAT*l MS D'AMER! - '•
les pires problèmes avec de l'enthousiasme, avec un bon sommeil suivi d'un grand effort de croissance et de bonne volonté. C'est l'énergie physique et morale stimulée par les obstacles et trouvant dans les contradictions mêmes de la nature des raisons d'agir ; c'est le printemps né de l'hiver ; c'est la foi dans la destinée humaine inséparable de l'ensemble de la création.
Cette foi est-elle religieuse ? on peut s'y tromper. Les Américains parlent peu de religion, surtout avec un Français ; ils ont horreur des controverses et plus encore des sarcasmes voltairiens ; la religion est un de ces terrains réservés qu'un étranger peut croire délaissés et où ils n'aiment pas qu'on s'aventure avec des passions d'outre-mer ou d'outre-tombe. Pratiquée ou non, la religion est, à leurs yeux, deux fois respectable dans sa tendance moralisatrice et dans son passé ; quelles qu'aient pu être ses fautes, elle est mêlée à l'histoire des États-Unis ; elle y a été, elle y est encore un élément de civilisation ; cela suffirait déjà pour qu'on n'en parle pas à la légère. L'Église a été la source première et le moyen des associations humaines ; elle est née de ce besoin que les hommes sentent plus que jamais, — et les Américains plus peut-être que tous les autres hommes, — celui de se grouper dans les jours de joie et dans les jours de douleur, pour le bien et contre le mal, pour élever leurs âmes, chanter, pleurer, espérer quand même et se fortifier mutuellement. On a vite fait de dire : la religion disparaît aux États-Unis ; je n'en suis pas sûr. Je laisse de côté les apparences ; le nombre et la richesse de certaines églises, tout au moins dans les grandes villes, le respect des cultes, les habitudes