‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 118 sur 139 · I.1A1S-UNIS d'aMI. I · texte numérisé non relu

I.1A1S-UNIS d'aMI. I

il faut compter avec le tempérament du pays. Le grand amiral Paul Jones, au lendemain de la guerre de l'Indépendance, quand le maintien de la paix était son premier devoir, ne craignait pas d'aller jusqu'où? Dans la Méditerranée, à Tripoli, donner le signal de l'attaque des corsaires barbaresques plus ou moins soutenus par les Anglais contre la France. Est-ce un roman ? Non, c'est un chapitre peu connu de la jeune histoire des États-Unis. Avec quelle hauteur le vaillant amiral Georges Dewey, pendant la guerre hispano:américaine, adressait ses remontrances au commandant d'un cuirassé allemand ! Et si ce dernier avait répondu sur le même ton ? On oublie quelle était, il y a douze ou quinze ans seulement, la violence des jour-

ricains que l'organisation de leur jeune marine et attestent mieux la puissance de leur volonté contre les circonstances les plus ingrates. Grâce à cet ctïorl, moral plus encore que militaire, les officiers ont réussi à renouveler complètement le recrutement de leurs équipages choisis actuellement, non plus au hasard, dans les ports, mais à bon escient, dans l'intérieur des Etats-Unis. Il y a vingt ans, ces équipages se composaient comme on pouvait, — tant bien que mal ou tant mal que bien, — de 90 p. 100 d'étrangers ; aujourd'hui la proportion est renversée ; on compte !I5 à 'J7 p. 100 d'Américains et 4 à .") p. 100 non pas d'étrangers (on n'en accepte plus), mais de rengagés étrangers, éprouvés. Tout est mis en œuvre pour l'aire à ces équipages une vie heureuse et saine pendant leurs quatre années de service ; pour les mettre à l'abri des contagions mauvaises dont souffre l'armée, pour éveiller leur émulation d'homme à homme, de bateau à bateau, dans leurs exercices en mer ou à terre, comme dans les jeux qu'on leur organise. Les officiers sont habitués à s'imposer par leur autorité personnelle plus que par la force de la hiérarchie ;les précautions qu'ils prennent pour préserver la santé physique et morale de leurs hommes sont d'une minutieuse et rigoureuse sollicitude ; et ils sont les premiers à profiter de l'édueation dont ils ont la charge. Le progrès de la marine américaine mériterait une étude approfondie qui viendrait à l'appui de tout ce que j'ai constaté sur les ressources des Etats-Unis.

naux américains, agressifs contre tout le monde, particulièrement contre la France, accusée de favoriser l'Espagne, d'outrager en plein Paris les citoyens américains! Commander au loin une escadre américaine dans les jours de fièvre nationale, ce sera pour un amiral une épreuve d'autant plus redoutable que, le plus souvent, cet amiral ne parlant aucune langue étrangère, isolé à son bord, pourra être, de très bonne foi, le jouet des malentendus que multipliera son ignorance des choses et des hommes de l'étranger. S'il s'exalte, s'il s'emporte, voilà l'honneur, le drapeau national engagé. Le danger n'est pas imaginaire, il existe pour un amiral européen, rompu par des siècles d'expérience à la nécessité de ménager les susceptibilités d'autrui ; mais il sera plus grand pour un « loup de mer » américain, lequel pourra être excellent amiral et pas du tout homme du monde. Tous les jours j'entends les Américains se plaindre, — à mon sens trop vivement, car c'est un défaut de jeunesse, — se plaindre des mauvaises manières, « bad manners » de leurs compatriotes. « Bad manners » disent-ils d'eux-mêmes, comme ils se plaindraient des jeunes gens qui marchent sur 1rs robes des dames ; mais les « bad manners » d'un cuirassé... c'est une autre affaire, et c'est tout d'abord une calamité pour le commerce ; nous l'avons vu quand la marine de guérie italienne s'est mise à tirer à blanc sur nos paquebots français, le Carthage et le Manouba; on se rappelle encore les visites à bord, les saisies, l'irritation de l'opinion, les séances sensationnelles «les Parlements... Si le gouvernemenl de M. Poincaré avait montré muins de sang-froid, l'Italie greffait sur sa guerre avec la Turquie une ou plu-

sieurs guerres européennes. L'Angleterre a donné un exemple de modération plus remarquable encore, lors du conflit de Dogger-Bank ; le sang versé criait vengeance; la nation anglaise tout entière allait se lever; son escadre, prête, entraînée, était sûre de la victoire; la sagesse seule la retint... Est-il certain qu'en pareil cas l'opinion des États-Unis aurait résisté à la tentation? Elle y a cédé, on sait à quel point, en 1898! Les Américains n'ont rien à craindre de leur armée, trop éparpillée pour qu'un « sauveur » puisse la pousser à des aventures : il n'en est pas de même de leur marine, si parfaite soit-elle, et en raison même de ses grandes qualités, parce qu'elle est faite pour les combats de haute mer, parce qu'inutile à la défense du pays elle n'est conçue que pour l'attaque, pour aller, au-delà des océans, porter la guerre et non pour la repousser. Elle est l'aboutissement fatal des erreurs que G. Washington redoutait, l'aboutissement d'une politique qui a peu à peu dévié de ses origines, politique d'intervention diamétralement opposée à l'intérêt comme à la tradition des États- Unis. Une puissante marine de guerre américaine ne pourra pas vivre sans rien faire; l'attente perpétuelle d'une guerre toujours à éviter la mettra hors d'elle ; elle ne supportera pas des conditions d'existence contre nature qui répugneront plus qu'à tout autre au tempérament américain. On ne saurait la comparer à la marine des vieux pays. Qu'advient-il de celle des États plus jeunes, en cas de crise? Se souvient on de cette odyssée récente de la marine russe dans la Mer Noire, après Tsoushima et Moukden, ses vaisseaux fantômes révoltés, terrorisant les ports...? Et des cuirassés brésiliens tirant leurs

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