II. — LES COLONIES
Mais nous avons des colonies, m'objectent les amiraux et les généraux! Précisément ; et nous voici en plein cercle vicieux de l'impérialisme naissant. C'est à partir du jour où les Américains, répudiant leur doctrine de Monroe, sont sortis de leur continent pour aller porter chez les autres là politique d'intervention qu'ils proscrivent chez eux ; c'est à partir «lu jour où, chassant les Espagnols d'Amérique, ils sont allés prendre leur place en Asie ; c'esl à partir île cette première faute qu'ils ont invoqué la nécessité d'une plus grande marine pour défendre leurs nouvelles possessions. Mais aujourd'hui ce prétexte est devenu sans valeur: aucune grande puissance, môme l'Angleterre, ne peut avoir assez de Hottes pour les envoyer au secours de ses colonies, pour dominer le commerce maritime, pour s'assurer partout l'Empire de la mer. Je me suis expliqué maintes fois sur ce sujet. Ce n'est pas avec des Hottes que les Etats-Unis,
pas plus que la France, conserveront leurs colonies: c'est par la paix. Le généra! "Wood l'a démontré à < luba, tout en se faisant, par ailleurs, de grandes illusions sur le rôle des cuirassés; sa vraie conquête a été celle de la confiance des indigènes, celle des âmes et non des corps ; c'est la seule qui soit sans représailles. Qui donc, au reste, se risquerait à venir attaquer Cuba, avec ou sans le port de Guantanamo, après l'expérience déjà risquée des États Unis contre l'Espagne qui s'est à peine défendue? Et que faire militairement de cette île magnifique mais impénétrable pour les Américains eux-mêmes, à plus forte raison pour des envahisseurs moins voisins ? Pourquoi ne pas défendre aussi Porto Rico ? Craint-on pour l'archipel des îles Hawaï? L'émigration japonaise l'a envahi ; on ne supprimera pas par la force cette pomme de discorde; la force au contraire en fait un danger; là le port militaire d'Oahu, Pearl Ilarbour. occupé par 4000 hommes de troupes américaines, en attendant d'autres renforts, est un abri pour une escadre et en réalité l'amorce d'une grande bataille navale inutile, un prétexte pour négliger la garde des côtes métropolitaines et pour s'en remettre à la flotte. La question des îles est partout un problème, dans le Pacifique comme dans la Mer Egée ; le Pacifique est constellé d'archipels appartenant aux Américains, aux Japonais, aux Anglais, aux Allemands, aux Hollandais, aux Français, aux Espagnols, et qu'on pourrait soustraire aux risques d'une attaque ; toutes ces îles, depuis les Galapagos jusqu'à la Nouvelle Guinée, des Aléoutiennes aux îles Carolines ou auxMariannes, devraient faire l'objet d'un accord général dont les États-Unis prendraient l'initiative,