CONCLUSION
dément de la première déjà très influencée; et il faut compter avec les croisements.
Quoi qu'il en soit, on comprend que les États-Unis, jugés du dehors par des étrangers qui soutirent de leurs défauts sans connaître leur qualités et qui ne leur font pas le crédit qu'on doit à la jeunesse, inspirent des inquiétudes, mais cette impression disparait à mesure qu'on les voit de plus près, qu'on parle leur langui', qu'on vit avec, eux. C'est ce que j'ai voulu démontrer.
Ma conclusion est très nette. <>n l'a pressentie; j'en ai eu la vision déjà, en revenant à Washington, après mon voyage dans l'intérieur et suc la côte du Pacifique, quand j'ai trouvé la capitale fédérale si belle, mais si loin de l'ensemble du pays, si près de l'Europe..., quand j'ai mesuré1 toute la dislance qui sépare les États-Unis de leur gouvernement! J'ai laissé parler les faits; je ne finirai ni sur un doute. ni sur de vagues espérances.
La différence est bien tranchée entre les faiblesses gouvernementales et les aspirations du pays :
Où que je regarde, à l'Est, à l'Ouest, au Nord, au Sud, le pays n'a qu'une ambition : consolider l'œuvre du passé, « développer sa propriété intérieure à la laveur de ses bonnes relation- extérieures » : travailler dans la stabilité, dans l'union, dans la tradition de Mont- Vernon. Telle est la politique de tous ces Américains dont les pères ont quitté L'Europe pour vivre libres
Ee Gouvernement, au contraire, s'est écarté de
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cette politique. Je n'ai pas me'connu ses difficultés, ses efforts, ses mérites, mais, cela dit, le protectionnisme a outrance, la guerre d'Espagne, les colonies, lesarmementsont été les grandes étapes de sa marche en sens inverse de la marche à l'Étoile, en sens inverse des aspirations du pays. Le Gouvernement américain s'est trompé, et, comme tous les Gouvernements, au lieu de reconnaître à temps son erreur, il s'y est obstiné, enfoncé. Tandis que le pays maintient son ambition à la hauteur de l'idéalisme que l'énergie de ses fondateurs avait atteint, le Gouvernement s'est laissé aller à la tentation de descendre ; il a cru à tort que le niveau le moins élevé devait être le plus populaire. Il s'est trompé d'ambition. Il a rougi de la mission bienfaisante qui lui incombait, comme un jeune homme craint de se singulariser par une bonne action dans un milieu sceptique ; il a eu peur de n*être pas un Gouvernement comme tous les autres, un Gouvernement aussi grand que les plus grands Gouvernements. 11 a mis sa fierté, un orgueil puéril, à copier les erreurs qu'il avait charge d'éviter; en d'autres termes, il est tombé dans l'Impérialisme.
Impérialisme naissant, séduisant, inconscient peut-être, impérialisme en fleurs, sous le président Roosevelt, impérialisme en fruits sous son successeur qui ne pouvait ni en approuver, ni en modérer les envahissements. Une élite de républicains s'en est effrayée ; j'ai souligné leurs vigoureuses protestations, et c'est à cette élite que je pensais en disant qu'elle a été plus d'accord avec les démocrates qu'avec son propre parti ; mais cette élite a été impuissante. Le dénouement n'en est pas moins clair; il est dans
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l'élection présidentielle de 1912. Les républicains se sont divisés en deux camps, condamnés d'avance à la défaite, l'un suivant, avec des sentiments très complexes, le président Koosevelt, l'autre, sans conviction, M. Taft ; et le pays a porté en masse au pouvoir les démocrates qui personnifiaient la protestation.
L'élection de 1912 a été une explosion de lassitude et de révolte ; cela est si vrai que le premier acte du nouveau Président fut de proposer au Congrès la révision des tarifs douaniers, et qu'il a choisi pour secrétaire d'État VV.-J. Bryan, l'adversaire déclaré des armements. Mais cette révolte de l'opinion n'a rien d'une révolution, c'est tout le contraire ; la politique qu'elle impose n'a rien d'une menace démagogique, rien de nouveau, rien qui ne soit normal et rassurant; c'est la condamnation des erreurs que Georges Washington avait tenté de prévenir en les qualifiant par avance « d'apostasie » ; c'est la protestation d'un pays qui se ressaisit, qui refuse de se laisser égarer plus longtemps hors de son immense champ d'action naturel, qui refuse de se jeter tête baissée dans des aventures exotiques ; c'est le retour enfin à l'esprit de Mont-Vernon ; le retour h la politique de sécurité, sans laquelle les États-Unis, mentant à leur origine, à leur nom, à leur destinée, seraient la caricature éphémère des Empires dont les ruines ne se comptent plus.
J'ai dit que le succès de cette politique intéressait l'Europe au plus haut degré. Il importe que la grande République transatlantique fasse contraste, par sa conduite, avec les faiblesses du vieux monde ; il importe qu'elle donne l'exemple de la liberté fédérant des Etats nombreux et divers; qu'elle affirme ainsi
olO LE DEVOIR AMÉRICAIN
la réalisation possible d'un progrès auquel notre vieux inonde ne peut croire ; qu'elle complète enfin notre déclaration des Droits de l'homme par celle du Droit des Peuples. Les Américains ne sont pas quittes envers l'Europe ; qu'ils appliquent à la vie internationale leur enthousiasme national ; c'est aux enfants qu'ils font appel pour régénérer les parents; qu'ils soient, eus aussi, de bons fils pour les pays de leur origine, et que la rénovation de l'Europe soit leur œuvre! Toutes leurs initiatives, toutes leurs bonnes volontés, toutes leurs religions associées ne seront pas de trop pour venir à bout de nos égoïsmes et de nos routines ; qu'ils soient fidèles à leurs ancêtres et à nos ancêtres ; qu'ils mettent leur gloire à devenir des guides et non des maîtres; la est l'intérêt, le devoir des Etats-Unis.