‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 16 sur 139 · IV. L ELDORADO. LE TOURISME · texte numérisé non relu

IV. L ELDORADO. LE TOURISME

La Californie est, comme notre Afrique du nord, un Eldorado qui s'épanouit en dépit des circonstances défavorables, en dépit des tremblements de terre, déjà oubliés depuis quatre ans, mais qui n'ont que trop fait connaître leur fureur de destruction et

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dont nul ne peut affirmer que, suivant leur itinéraire

presque invariable., ici comme ailleurs, ils ne se reproduiront pas. C'est unjardin, et quel jardin ! Je pensais qu'on exagérait ; mais le sol étale tout de suite sa fécondité; il en donne la mesure par la magnificence de ses arbres : chênes, cèdres, sapins, hêtres, séquoias ou bois rouge, ce qui reste de ces forêts légendaires de la Californie, ce qui n'a pas été brûlé ou défriché, donne une idée de l'étonnante richesse de ce pays. De Los Angeles à San-Francisco, le chemin de fer longe le Pacifique au pied d'ondulations puissantes, collines énormes qui ne sont pourtant pas des montagnes et dont les larges croupes verdoyantes semblent d'immenses et paisibles prés soulevés comme les nappes de l'Océan. Quand les grands mouvements de forets et de prés verts s'apaisent et que le chemin de fer entre dans la plaine, alors les plantations se succèdent à l'infini. Nous sommes au printemps; les cultures d'orangers alternent avec celles de la vigne, du prunier, de l'abricotier, du cerisier, de l'amandier, du figuier; des centaines d'hectares de tapis bien brossés, fleuris et rectilignes étalés sur des kilomètres de pays. Tout cela est cueilli, le moment venu, trié mécaniquement le plus souvent; des machines enlèvent les pépins pour la vente et l'exportation des raisins secs; d'autres machines mettent les pruneaux dans des boites, les plus beaux dessus, les autres dessous; on fait des marmelades, des gelées, des confitures; on fait du vin; on prétend même que lea Bordelais font venir des bordeaux de Californie, niais nos Btatistiques officielles le contestent, par la bonne raison que, sur place même, le vin de Californie es!

très cher: il revient à plus d'un franc la bouteille au propriétaire, et à un dollar, bien entendu, au restaurant. Les bordeaux, de la Californie n'en sont pas moins bons, quoique bien plus gros que les nôtres ; ils ont enrichi des Italiens, des Californiens dont j'ai vu les palais, et qui, de simples marmitons qu'ils étaient il y a vingt ans, sont aujourd'hui de très importants et très estimés millionnaires. Quand on pense que ce pays a été connu par l'exploitation de ses mines d'or et qu'en somme toute cette culture florissante est venue par surcroit, remplaçant la forêt, ou, par l'irrigation, le désert, il faut reconnaître que l'effort de l'homme et de la civilisation mérite mieux que le dédain des sceptiques.

Et je n'ai rien dit des légumes, du maïs, du riz, de la pomme de terre, des artichauts, des endives, des olives, de la betterave ; j'ai besoin de me rappeler qu'il y a ici tous les climats, y compris les brumes de la nuit, qui conservent pendant les chaleurs de l'été la fraîcheur des prairies, les pâtures où paissent ces innombrables vaches dont je parlais, mais dont je n'ai pas assez vanté le lait. Les Californiens en font une crème célèbre dans toute l'Amérique, et un beurre de San-Franscico qui est certainement le meilleur que j'aie goûté depuis mon départ de France ; il est l'égal des bons beurres danois et normands. J'en dirai autant de la viande, et des volailles, et du poisson. La cuisine de la Californie, pour un Français, si exigeant qu'il soit et qu'il ait le droit d'être, est une surprise et un régal. Les Californiens sont raffinés comme les Français ; ils ont le goût de la bonne chère, des plats appétissants ; on peut manger à leur table les yeux fermés. II ne leur

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manque, là comme ailleurs, que la main d'œuvre. Que ne feraient pas ici nos cordons bleus ? Si j'étais l'Etat de Californie, je fonderais à San-Francisco une école française de cuisine ; ce serait le complément de la culture californienne.

La culture de Ions ces produits du sol exige non seulement des bras, mais des soins, de la science, de l'éducation ; les universités y consacrent une partie de leur enseignement.

Le sol ne se borne pas à produire de l'or et des comestibles : n'oublions pas le pétrole qu'on voit surgir sur tant de point-; , el même du rivage de la mer; le pétrole, qui lui aussi, comme la vigne, a créé de nombreuses fortunes. On me cite cet exemple d'un expert-géomètre de Los Angeles, qui, peu payé par ses clients, acceptai! d'eux comme rémunération de ses s'Tviees quelques lopins de terre, quelques fausses coupes des domaines qu'il délimitait. Vainement essaya-t-il, avanl sa mort, de réaliser ces acquisitions morcelées, >•! de même, après lui sa veuve, quand un beau jour on découvrit des sources de pétrole dans quelques-uns des terrains voisins de ces parcelles, puis dans ces parcelles elles-mêmes, en sorte qu'aujourd'hui la propriétaire a non seulement cessé d'être embarrassée, mai- joignant le produit du sous-sol à celui de la surface, ne compte pas moins de mille dollars de revenu par jour, soil environ deux millions de francs par an. Le pétrole remplace ici le charbon pour chauffer les locomotives, les fourneaux d'usines, même la o achinerie des grands magasins de San-Francisco. J'ai visite1 ces dernières installations -, par un mélange de pétrole, de vapeur et d'air, on développe une température très élevée et

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très égale, sans odeur, sans accident. C'est un grand progrès.

Les industries agricoles et minières sont peu de chose, me disent mes amis de Los Angeles, auprès de la nouvelle grande ressource du pays : le tourisme.

Le climat, la beauté et la variété des sites, l'excellence des produits ont attiré en Californie une clientèle toujours croissante de voyageurs : c'est la Côte d'Azur des Etats-Unis.

Il faut avoir vu les environs de Los Angeles, Pasadena, par exemple, ou les plages déjà renommées de la côte, Sauta-Barbara, Del Monte, pour se rendre compte de ce qu'est déjà, de ce que sera de plus en plus cette région privilégiée. Je ne dis pas qu'elle fait concurrence à notre Cùte d'Azur; je crois que le Pacifique n'égalera pas l'éclat, la mesure incomparable et majestueuse de la Méditerranée, — ■ si nous ne gâtons pas toutefois la nature, de nos propres mains ; — la Méditerranée restera le berceau sans pareil de notre civilisation ; mais qui n'a vu la Cùte d'Azur californienne ne peut vraiment pas soupçonner ce que la civilisation américaine a déjà réalisé.

J'ai vécu, heureusement, dans notre France, je connais l'Angleterre, les ombrages d'Oxford, de Cambridge, j'ai salué le printemps dans nos oasis d'Algérie; je me croyais blasé; je constate que les Américains ont saturé de gazons, de fleurs et de fruits les plus belles vallées de Californie et qu'ils y ont créé à leur tour, avec leurs cottages empruntés à l'architecture domestique anglaise la plus raffinée, avec leurs pluies artificielles, avec leurs écoles de

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paysage et d'horticulture, de véritables succursales du paradis terrestre.

Chaque villa de Pasadena pose sur le tapis de ses pelouses, à L'ombre de ses toits ; chaque cottage, différent de son voisin, se blottit sous le feuillage et la floraison des roses et des géraniums grimpants ; c'est un épanouissement de palmes, de mimosas, de chênes verts, de caroubiers, de magnolias. Dans l'ombre épaisse le soleil laisse percer, par-ci, par-là, les corbeilles étincelantes, gonfle de sève les fleurs odorantes : le chèvrefeuille, la giroflée, l'héliotrope ou la glycine ; c'est la flore de tous les jardins du monde réunie.

Sur ces jardins créés par l'Américain règne et domine l'inspiration, l'inspiratrice, l'Américaine.

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