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où tomberait la lie de toute la population. Ce sérail l'opposé et la fin du régime démocratique aux États- Unis, l'organisation pour ainsi dire automatique de la dictature, de la décomposition et de l'anarchie. 11 a été question plus d'une fuis d'ailleurs d'importer même en Europe la main-d'œuvre jaune ; rien n'eût été plus facile que de concevoir une usine fonctionnant avec un état major européen et des ouvriers importés ; personne n'a osé et n'osera essayer cette révolution. Les Japonais sont les premiers à ne pas désirer l'ouverture trop large des États-Unis pour la main-d'œuvre jaune, notamment parce qu'ils n'ont pas intérêt non plus à favoriser la concurrence américaine, enfin parce qu'ils ne veulent pas ouvrir une source de désordres et de conflits quotidien-. aussi funestes pour les uns que pour les autres, avec l'Amérique.
Faut-il donc empêcher totalement l'immigration des Jaunes aux États-Unis '.' Là comme ailleurs, c'est une question de mesure et de convenance : c'est en somme par des moyens termes et par de mutuels égards que le problème se résoudra et se résout.
I. es intellectuels japonais sont admis dans les universités américaines; j'en ai vu un bon nombre h Stanford I mversity. Ils vivent comme des camarades avec les jeunes étudiants du pays. Nombreux sonl également les serviteurs cbinois etjaponais qui sont restés ou revenus en Californie après les mesures qui leur en avaient fermé' l'entrée il y a peu d'années. Les îles Hawai", peuplées de Japonais, mais devenues américaines, ont servi de terrain de naturalisation pour beaucoup d'entre eux, à tel point que le gouvernement japonais lui-même a spontanément
pris des précautions pour empêcher cet abus de l'émigration.
En droit, le gouvernement des Etats-Unis n'applique pas à l'immigration de la main-d'œuvre jaune d'autres conditions que celles qu'il impose à l'immigration étrangère en général; mais, en fait, la législature, et encore plus l'opinion publique, la presse des Etats intéressés sont plus ou moins maîtresses de s'opposer à l'immigration des coolies. Il est clair que quelques milliers de Japonais peuvent toujours être boycottés ou simplement inquiétés à San-Francisco ; c'est une question locale, intérieure, que le gouvernement fédéral, pas plus que le gouvernement japonais, n'est maître de régler absolument à sa guise. Il faut tenir compte de l'état d'esprit de la population ouvrière, de l'état d'esprit de la presse. Cet état d'esprit se modifie par l'éducation, par le raisonnement, par l'expérience ; mais il faut du temps. Par exemple, dans l'Etat de Washington, à Seattle, les serviteurs japonais sont beaucoup mieux vus qu'à San-Francisco. Pourquoi ? On m'assure qu'il existe en Californie une sorte de Ligue des patriotes qui monte les têtes faibles et les excite contre le Japon continuellement. En ce moment ces excitations n'ont d'ailleurs pas grand effet. En tout cas, à Seattle, aucune ligue semblable n'existe ; on regrette même que le gouvernement japonais retienne ses nationaux; on voudrait les voir plus nombreux; on se moque des romans colportés partout sur l'espionnage des Japonais. « Ce sont des jeunes gens presque tous instruits, me dit-on, et qui veulent s'instruire. Ils apprennent l'anglais ; on les voit noter consciencieusement sur leur calepin tous les mots qu'ils veu-
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lent retenir, et on les dénonce aussitôt. Nous en rions. Que pourraient-ils espionner ? Qu'avons-nous à cacher? Tout cela est absurde, mais cela suffit pour arrêter, bien plus que des lois, l'immigration dont nous aurions besoin. A San-Francisco on ne compte que 3000 Japonais ; plus du triple, 10 000, à Seattle, et pourtant c'est de San-Francisco que vient tout le bruit. C'est une organisation politique antijaponaise entretenue par quelques exaltés, soutenue par des ignorants. Si vous additionnez tout ce qu'il y a de Japonais en Californie, vous n'arrivez pas à 40000; ajoutez la moitié dans l'État de Washington, et pas même autant pour tout le reste des Etats, vous n'arrivez pas à 100 000 Japonais sur toute l'étendue du territoire de l'Union. C'est faire bien du bruit pour peu de monde. »
Il faut pourtant voir en face la vérité. Les missions européennes et américaines se sont multipliées depuis près d'un demi-siècle en Chine et au Japon; bon gré mal gré nous avons voulu instruire la race jaune, et nous nous étonnons qu'instruite par nous, elle voyage et complète son éducation ! Il y a de jeunes Chinois pourvus de bourses qui séjournent dans toute l'Europe. Qui donc les invite, sinon les gouvernements eux-mêmes, d'accord avec nos propres industries en quête de clients?Je vois chaque année, dans mon pays natal, à La Flèche, la classe des élèves chinois de notre Pryjanée militaire. Us étaient environ quarante, il y a quelques années, très intelligents, très sérieux, s'intéressanl a loul : à la guerre, que nous leur montrons, comme à l'agriculture, qu'ils connaissent. Une fois sortis du Pryta-
née, ils font un stage dans nos régiments, à Saint- Cyr, h Saumur; il y en a dans toute la France, dans toute l'Europe. Comment s'étonner que d'autres Chinois traversent le Pacifique pour aller apprendre l'anglais, visiter l'Amérique ? Les missions chinoises sont partout, comme les missions japonaises. En quoi sont-elles une menace spéciale pour 1 Amérique?
Quoi qu'il en soit, l'infiltration, aux Etats Unis, par un moyen ou par un autre, se fait quand même, grâce à un accord plus ou moins tacite entre les gouvernements, mais ce n'est pas l'inondation : et cette infiltration est loin d'assurer à la Californie la main-d'œuvre dont elle a besoin pour se développer comme l'Orégon, comme les autres Etats de l'Ouest. Et vraiment il faut admirer que dans des conditions si ingrates les Américains aient déjà fait de leur côte occidentale ce qu'elle est, et surtout ce qu'elle promet. En somme nous avons vu dans nos colonies les mêmes problèmes se poser. Que ferionsnous dans l'Afrique du Nord, avec notre faillie natalité, sans le concours des Arabes, des Marocains et des Kabyles ; des Tunisiens, des Militais, des Siciliens et des Espagnols?