DANS LES UNIVERSITÉS
lent, jouent au grand air, s'exercent aux sports athlétiques, dorment, par tous les temps, à la belle étoile, et, le soir, ils se réunissent au salon, toujours dans les courants d'air, font de la musique, chantent et s'amusent. D'autres mènent exactement la même existence dans un bâtiment plus vaste, un collège, où ils sonl plusieurs centaines, mais tout aussi libres.
De même les jeunes filles ; elles ont leurs maisons avec leurs*jardins, par groupes, ou bien leur dor mitory indépendant. Les maisons des jeunes gens et celles des jeuno filles sont voisines, entremêlées, et jamais on n'entend parler d'un scandale; les jeunes filles se répandent tous les jours, et le soir même, dans les jardins, dans les rues, sur les terrains de jeux ; elles jouent, elles montent à cheval, toujours à califourchon, et galopent, tête nue, comme elles marchent, sans rien craindre, ni l'air, ni le froid, ni le chaud, ni les regards.
Apres ma promenade en automobile aux environs de l'université, et mes trois ou quatre conférences une fois faites, ces jeunes filles m'avaient invité à dîner dans un de leurs pavillons. Elles avaient fait grande toilette, claire, rose ou blanche, et c'était une joie de lés voir :-i fraîches, avec leurs cheveux blonds ou bruns, leurs yeux bleu- ou noirs, riants et confiants.
Chose extraordinaire, à côté de- deux étudiants japonais qui faisaient fonction de maîtres d'hôtel autour de cette table fleurie de jeunesse, un grand jeune homme très doux, très simple . Américain, vait lui aussi : c'était un étudiant, serviteur volontaire, comme il en existe partout aux États-Unis, dans les universités, parmi les jeunes gens qui n'ont pas
les moyens de payer les frais de leurs études. Tout cela si simplement, si naturellement, qu'il eût fallu être une brute pour risquer, dans ce milieu, une plaisanterie et se demander comment de tels paradoxes étaient possibles. Pendant le dîner, de temps à autre, les jeunes filles interrompaient, sur un signe imperceptible de l'une d'elles, la conversation et, toutes ensemble, sans se lever, chantaient un chœur, puis un autre, tantôt gai, tantôt sentimental ou spirituel, mais surtout gai ; puis elles cessaient, causaient, riaient, reprenaient. Ce dîner m'a paru bien court..
Je suis allé ensuite voir les jeunes gens qui m'attendaient au nombre de plusieurs centaines et je leur ai parlé, dans des courants d'air formidables ; leurs bonnes et fraîches figures faisaient plaisir à voir. Tout ce jeune monde ne pense pas à mal. Mais comme ce jeune monde peut être d'autant mieux trompé, entraîné ! comme il est nécessaire qu'il soit mis en garde aussi bien contre ses erreurs individuelles que contre celles des gouvernements ! Telle était la crainte que j'ai souvent exprimée en quittant ces jeunes gens et ces jeunes filles, pour ainsi dire abandonnés à leurs seuls instincts. A la longue, pourtant, j'en suis arrivé à me demander si cette éducation n'est pas la plus sûre des sauvegardes et si l'usage de la liberté n'est pas la meilleure des précautions et des disciplines. Nos jeunes Français auraient tort de croire que l'éducation américaine n'est bonne que pour les muscles et pour les nerfs, et que, pour le reste, elle forme des naïfs incapables de se débrouiller hors de leurs pays ; non, elle forme des hommes qui sont partout à leur place. En voici une