‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 19 sur 139 · DANS LES UNIVERSITÉS · texte numérisé non relu

DANS LES UNIVERSITÉS

preuve entre mille. Revenu à Paris, je sortais un jour de chez moi pour me rendre au Sénat : c'était la veille de la Fête nationale, le 13 juillet; j'étais en retard, comme d'habitude, quand je me heurte, en descendant mon escalier, à deux grands jeunes gens vêtus de flanelle grise et si manifestement Américains que je m'arrête en même temps qu'eux; c'étaient deux étudiants de Stanford qui venaient me saluer à leur passage. .Mais ils ne voulaient pas me déranger : ils voyageaienl très simplement, à bicyclette, et touchaient au terme de leurs vacances. Horriblement pressé entre les impatiences qui m'attendaient et les sympathies que j'aurais voulu manifester à celte jeunesse. je dus me bornera leur griffonner un mol sur ma carte pour tâcher de leur permettre de voir la revue, puis un autre mot leur donnant mon adresse dans la Sarthe, avec quelques indications sommaires sur l'itinéraire à suivre pour faire le voyage.

Trois jours après, nous les voyions arriver de La Flèche à Créans, comme des voisins de campagne ; et notez qu'ils ne parlaient pas le français. A force de simplicité, de bonne éducation, ils avaient trouvé partout assistance; bien plus, ils avaient réussi à traverser la foule, les haies de sergents de ville et à se faire placer, sans billets, en très bon rang, à la revue ; ils avaient vu le Président de la République, 1rs ministres, a-sisté à la remise des drapeaux, des décorations, palpité aux accents de la Marseillaise et de Sambre-et-Meuse, salué les dirigeables : tout le monde leur avait fait passage; ils avaient trouvé le cœur de la France.

Aussitôt à Créans, les voilà au tennis, en pleine eau, en périssoire, absolument comme chez eux. à

la grande joie de Lout le monde, a tel point que nous ne voulions plus les laisser partir. Bien plus, un banquet populaire m'appelant le lendemain dans un village des environs, ils m'accompagnèrent et, toujours sans parler français, par le seul rayonnement de leur vitalité, ils se firent si bien apprécier, que l'un deux dut porter un toast, que je traduisis, aux deux Républiques sœurs, à Washington et à La Fayette; ce fut une journée charmante pour tous, et qui permit de constater que les produits de l'éducation américaine supportent avantageusement l'exportation.

J'endirai autant d'unejeune fille de Pittsburg qui, m'accompagnant avec mes enfants dans les visites que j'avais à faire en automobile dans plusieurs communes de mon département, et parlant, il est vrai, le français, trouva le moyen, toujours par sa bonne grâce, sa simplicité, de plaire à lout le monde, aux paysans comme aux ouvriers, à tel point que la fanfare du village fît le cercle autour d'elle pour lui jouer une aubade, et lui demanda, comme souvenir, une épreuve des photographies qu'elle avait prises de la fête.

Il est vrai que les jeunes Américains qui se décident à voyager en Europe sont parmi les plus sociables; ils commencent à se reprocher leur ignorance des langues étrangères ; ils peuvent constater, en tout cas, que leur éducation indépendante, loin de les séparer, les rapproche du reste du munde; et il en est ainsi de beaucoup d'autres différences, lesquelles, pour des regards superficiels, devraient être autant de causes d'incompatibilité, alors qu'elles sont des traits d'union ou des sources d'influence

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