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LE DROIT L»K VOTE

la presse jaune, peur du scandale, peur du chantage, peur des nouveautés, peur de la vérité; cl finalement leur faiblesse assure la prédominance des pires coteries; ce trio., la presse, les politiciens et les hommes d'affaires, finirait, sans nous, par dominer les honnêtes gens. Sous prétexte de ne pas vouloir quitter notre foyer, nous l'abandonnerions finalement à ceux-là mêmes qui vont le détruire. Non ! c'est par amour de notre foyer que nous sommes entrées en campagne et que nous vaincrons.

« Or nous ne pouvons vaincre autrement que par la conquête du droit de vole ; ce sera beaucoup plus vite fait que de convertir les politiciens. Une fois maîtresses des élections, nous forcerons les hommes à faire, pour le pays comme pour la cité, ce qu'ils ne font pas.

« Quant à noire foyer, encore une fois, soyez tranquille ; il sera d'autant mieux gardé que nous le garderons et au dedans et au dehors. A force d'y rester sans défense, on nous y a pris tant de choses qu'il faut bien que nous en sortions pour les reprendre! Noire devoir d'épouses et de mères est menacé s'il n'a pas pour sanction un devoir de contrôle, et ce devoir de contrôle n'esl rien sans notredroil d'intervention. »

En résumé, ce mouvemenl en faveur du vole des femmes est une protestation de Lassitude et de moralité contre les empiétements masculins de la politique sur la vie privée, sur la Conscience, sur la Liberté individuelle. Tantôt négative, celle protestation s'exerce avec une violence incroyable contre l'alcoolisme par exemple, tantôl positive, en laveur de la santé publique, des espaces libres, des jeux et de

l'éducation des enfants, de la réglementation du travail, de la protection de l'enfance ; il n'est plus possible aujourd'hui de la traiter par le mépris. Les gouvernements doivent en tenir compte, même en Europe. Je ne m'attendais certes pas à collaborer a la campagne des dames de San-Francisco. Je prends avec joie ma part de responsabilité dans leur triomphe ; car on sait qu'elles ont fini par l'emporter. Elles ont aujourd'hui le droit de voter et le droit d'être élues, comme les hommes, aux élections parlementaires de l'Etat de Californie. Voilà onze Etats dont la Constitution, amendée par le vote populaire, est féministe. L'Etat de Washington avait été un moment dépossédé, par un coup de surprise, de ce nouveau droit, mais il n'a pas tardé à le ressaisir. L'Etal même de New-York est très ébranlé. — En 191:2, six États étaient déjà acquis au suffrage des femmes, savoir, avec la Californie, l'Utah, le Wyoming, l'idaho, le Colorado et le Washington. Ces derniers étant, parmi les moins peuplés des États- Unis, l'accession de la Californie, dont la population dépasse à elle seule celle des autres réunis, a constitué un résultat dont les conséquences furent, l'année suivante, la conquête de cinq nouveaux Etals, le Montana, le Kansas, l'Arizona, l'Oregon, le Michigan, soit onze Etats, au lotal plus d'un cinquième du pays.

Autre constatation frappante. Les villes « où l'on s'amuse », comme on sait, et particulièrement les grands ports de mer, sont naturellement hostiles à toute réforme tendant à défendre la femme; la clientèle des bars, des saloons et des maisons closes ne tombe pas dans ces rêveries ; San-Francisco a donc

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