LE DROIT DE VOTE S I
(( Dans près de la moitié des États-Unis nous avons conquis le droit de vote en matière scolaire, c'est-àdire que les mères, aussi bien que les pères, élisent les fonctionnaires de l'enseignement, les membres des comités, des bibliothèques, etc. ; personne ne s'en plaint, au contraire; vous verrez dans certains Ktats une femme élue pour remplir les fonctions de superintendant des études, et même une jeune femme. Nous avons conquis le droit de voter, en matière budgétaire, pour ou contre certaines dépenses, pour ou contre certains travaux publics, de façon que l'utilité de la dépense soit bien réelle il non pas au bénéfice seulement des entrepreneurs et de leurs amis.
« Il ne faut pas d'ailleurs évaluer le progrès de notre cause uniquement d'après ces résultats, si brillants soient-ils, il faut voir nos moyens d'action, nos ressources, notre nombre, notre organisation, les hommes et les femmes d'élite qui nous soutiennent et nous dirigent; il faut connaître aussi notre histoire. Ce n'est pas d'hier que nous protestons contre l'étroite interprétation île votre Déclaration des Droits de l'homme et que nous voulons qu'elle s'applique, non pas selon sa lettre mais dans son esprit totalement humain, et à la femme et à l'enfant. C'est par l'émancipation des Nègres que nous avons essayé nos forces; notre succès a mis en lumière le paradoxe inadmissible de notre infériorité légale; on avait accepté notre concours, mais, la guerre finie, on nous refusait le droit de vote; on avait émancipé les esclaves mais non les femmes : on nous reléguait avec les criminels el les fous; on nous obligeait à promener partout ces pancartes que vous
avez vues : Criminals, insanes and women do nol vote. Les criminels, les fous, les femmes ne votent pas. »
« Nous avons admirablement réussi en matière municipale, (et je ne parle pas du rôle actif que les femmes jouent dans les Chambres de commerce et d'agriculture) ; pourquoi et de quel droit nous en tiendrions-nous là?
« Si vous admettez que l'intérêt des citoyens et des citoyennes d'une ville est de s'unir pour empêcher par exemple la falsification matérielle du lait, du sucre, des aliments qui nourrissent nos enfants, comment nous empêcher, une fois mobilisées comme nous le serons bientôt, de nous unir pour empêcher la falsification morale de l'éducation, de la vérité nationale? Gomment nous empêcher de nous unir pour lutter contre les mensonges, les abus, les corruptions que les hommes supportent ou encouragent parce qu'ils en profitent ou parce qu'ils ont peur de les démasquer? Nous sommes le nombre, nous sommes une force dont maintes fois on s'est servi ; il ne nous suffit pas d'exercer une influence, nous devons exercer notre action.
« Nous vous avons laissé faire trop longtemps, par timidité, convaincues de notre incapacité et de votre prétendue supériorité dans tout le domaine de l'action publique ; maintenant, nous sommes éveillées de ce trop long rêve, sans orgueil et sans ambition, par la réalité des faits. Dans l'intérêt même de l'homme, il est temps de lui enlever une direction exclusive tout aussi mauvaise pour lui que pour nous et pour la civilisation ; les hommes les meilleurs sont en réalité plus timides que les femmes ; ils ont peur de