II. — 1. EXPOSITION DE SEATTLE
L'Université de l'Etat de Washington s'honore de donner des leçons de choses et sa collaboration pratique à la ville de Seattle. Chacun aide l'autre. Je n'ai pas pu causer assez, à mon gré, avec les inspirateurs de cette université, à commencer par le ebancelier et le professeur Edmond S. Meany, l'un des bons génies qui ne cessent d'exalter et d'éclairer l'esprit de Seattle, cet esprit qu'il a défini : « une A coopération civique désintéressée. » Il m'eût fallu rester des mois dans chacune des villes où j'ai séjourné, mais je m'en voudrais de partir sans avoir parlé de cette Exposition de 1909 dont j'ai trouvé vivants Ifs souvenirs et les traces; elle a été organisée par l'Université, dans l'Université, sur le plus magnifique emplacement qu'il soit possible d'imaginer, dominant le panorama de la ville, de ses collines, de ses vallées, de ses lac-. unltVs et bassins ; c'est en voyanteet emplacement et en écoutant les organisateurs que j'ai compris pourquoi
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l'exposition a réussi. C'était pourtant un paradoxe, pour ne pas dire une folie. A cette extrémité des États-Unis, dans cette région si éloignée de tout et relativement encore à peine peuplée, entreprendre une exposition internationale, quel défi au sens commun ! quel fiasco, quelle faillite certaine ! Mais non ; ce fut une excellente opération, à tous les points de vue, un coup de maître ; ce fut le moyen de faire de cette extrémité du monde un centre et voici comment : un centre d'abord entre l'avenir et le passé, ce qui est toujours ici la grande préoccupation; Née d'hier, Seattle tient d'autant plus à remonter à ses origines ; l'Exposition fut un hommage rendu aux explorateurs et aux navigateurs de tous les pays, àCook, à Drake, aux grands jours de l'Espagne de Charles-Quint et de Philippe II, de l'Angleterre d'Elisabeth, de la Russie de Pierre le Grand,, sans oublier ceux de la France que rappellent le mont La Pérouse, le mont Grillon et lajeune ville de Juneau construite en 1880 par un neveu du fonda- J teur de Milwaukee; voilà les quartiers de noblesse* de Seattle établis dans le passé. Mais Seattle doit être un centre, non pas dans le temps seulement, dans l'espace surtout, dans l'espace vivant ; un centre d'action économique, politique, intellectuelle et sociale. Aussi a-t-elle eu soin de ne pas donner son nom à l'exposition ; c'eut été la limiter à des proportions trop minimes ; elle l'a décorée d'un titre autrement ambitieux que celui d'une ville même immense, autrement significatif, celui-ci : « Alaska- Yukon-Pacific Exposition ». Voici donc Seattle capitale de la côte du Pacifique, depuis les cercles polaires jusqu'aux régions tropicales; voilà Seattle