‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 31 sur 139 · L EXPOSITION DE SEATTLE · texte numérisé non relu

L EXPOSITION DE SEATTLE

trail d'union entre l'extrême Nord et l'extrême Sud, comme entre l'extrême Orient et l'Occident devenu lui-même oriental par rapporta elle ; le monde n'est plus derrière elle qu'une aurore ; le soleil ne se couche plus, il se lève à Seattle.

Politiquement Seattle, par son Exposition, s'est placée sur le grand chemin de la vie internationale; elle a cessé d'être un point isolé ; elle est devenue un point de jonction, un poste d'honneur, un terminus ouvert sur les quatre points cardinaux; les côtes du Pacifique et do l'Atlantique rapprochées se rejoignent en quoique sorte sur son territoire et ferment le cercle où va s'épanouir l'unité américaine. Mais ce cercle, au fait, pourquoi le fermer à Seattle et non au delà, bien au delà? Pourquoi n'y pas faire entrer des contrées plus nouvelles encore que Seattle, les régions de l'Yukon et de l'Alaska? Cela fait, Seattle devient, à son tour, une aînée, une initiatrice de peuples naissants ; la colonie s'élève au rang de métropole, elle s'annexe des marchés, des horizons, une clientèle qui lui donne une voix plus influente dans l'ensemble des États-Unis, où les nou- ' veaux territoires, généralement les mieux outillés et les plus avancés, sont naturellement les plus écoutés. Préparons-nous donc à voir un jour changés en États, avec des Capitoles, des Parlements, des gouverneurs, des Cours Suprêmes, les territoires de l'Alaska. Hien de plus vraisemblable : c'est en 1867 seulement que le gouvernement des Etats-Unis a acheté à la Russie cette péninsule cinq ou six fois grande comme la France, au prix de o~ paillions de francs, le tiers h peine de ce que rapportent chaque année aujourd'hui les seules mines d'or du pays. En moins de

dix ans, la production générale de l'Alaska a atteint un total de un milliard cinq cents millions de francs. Le commerce, auparavant limité aux. produits des fourrures et de la pèche des phoques, s'est élevé, de presque rien, avec les Etats-Unis, à 7o0 millions de francs par an en 1909. L'or a cessé, dans l'Alaska, comme en Californie, d'être la principale richesse; les métaux de toutes sortes y abondent avec le charbon, le bois de construction et les céréales, sous ce climat déconcertant où la neige semble à jamais ensevelir le pays chaque année, mais où les longues journées de l'été, avec leurs dix-huit heures de soleil, précipitent la maturité des récoltes ; c'est une nouvelle fontaine de Jouvence pour l'humanité. Et dire qu'on nous parle de l'épuisement de la terre et de la décadence de notre temps ! Je comprends mieux, après la surprise de cet horizon de l'Alaska, l'énergie des habitants de Seattle; elle est en eux, c'est évident, mais elle est multipliée par l'entraînement des entreprises ouvertes à l'émulation des activités supérieures dans ces contrées vierges, sources de santé physique et morale où se décuple la vigueur humaine; le meilleur est sûr d'y réussir; ici, plus que partout ailleurs, volonté signifie succès ; rien n'est plus naturel, par conséquent, que de voir ces volontés qui ont triomphé devant elles de tant d'obstacles, dominer derrière elles les résistances et les routines du reste du pays. New-York a subi ainsi l'influence de Chicago qui subit celle de Seattle qui en subira une autre, à son tour, quand elle vieillira. C'est dans l'ordre. Les entreprises coloniales de notre temps auront été rénovatrices pour le monde contemporain, y compris les Etats-Unis, comme le

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