CHAPITRE XXVIII
Caractère général du pays. — La Louisiane fut d'abord colonisée par les Français, et elle est maintenant renommée pour sa production sucriére.
24 Q ÉTATS DU SJjp.
pièces et rivfért». — Le Mmûsipi traverse cet État du nord au sud, et se rend à la mer p^r plusieurs bouches où passent les navires de toutes dimensions, La rivière fiouge (fted river), qui prend sa source dans les montagnes Rocheuses au nord des États mexicains, pénétre dans l'angle nord-ouest de la Louisiane et se jette dans le fyississipi, à 350 milles au-dessus de la Nouvelle-Orléans, après un cours de 2,0QQ milles. La quantité de ses eaux ne répond pas à la longueur de son cours. C'est, comme YArkansas, une rivière du désert. Peu après son entrée dans la Louisiane, elle se divise en plusieurs lits dans un terrain d'alluvion de 70 milles de longueur sur 8 ou 4 de largeur, et forme un labyrinthe d'eaux courant en divers sens, et séparées par des lies recouvertes d'épais fourrés. Le lit de la rivière est ensuite engorgé, l'espace de 1 50 milles, par des troncs d'arbres renversés et fixés dans l'eau, qui forment ce qu'on appelle un radeau (rafl); mais une partie de ces arbres a été enlevée depuis quelques années. A 1 ,000 milles au-dessous de ce point la rivière est navigable pour les bateaux à vapeur pendant certaines saisons. Le Washita prend sa source dans les monts Ozark (Àrkansas), et se jette .dans la rivière Rouge, près de son confluent. VAtchafalaya reçoit plusieurs dérivations de la rivière Rouge et du Mississipi, et se jette dans la baie du même nom. De granQes masses d'arbres qui se sont mêlés à la boue de ce fleuve en obstruent la navigation. Le Teche, qui prend sa source dans les prairies d'Opelousas, se jette dans l'Atchafalaya à l'ouest. Les navires de 7 feet de tirant le remontent jusqu'à New-Iberia, à 1 00 milles au-dessous. Le Plaquemine, ou rivière des Plaqueminiers, et la Fourche, sont des bras du Mississipi. Ulberville, le bras le plus éloigné à gauche, joint YAmite à Galveston, et devient alors ^yigafoje pour les sloops. La Sabine prend sa source dans les provinces du tyexique, et formait la frontière des États-Unis avant l'annexion du Texas.
ÉTAT DE LA LOUISIANE. 31 f
— La partie nord-ouest de l'État est semée de lacs formés par le superflu des eaux de la rivière Rouge. Lorsque l'eau est haute, elle recule et va remplir des réservoirs épars dans la vallée, qui se dessèchent presque complètement pendant Tété. Le même fait se produit sur les bords du Mississipi et de ses diverses branches. Les lacs Maurepas et Pontchartrain sont des nappes d'eau peu profondes, reliées Tune à l'autre et au lac Borgne par d'étroits canaux. Le lac Pontchartrain a une longueur moyenne de 45 milles sur une largeur moyenne de 1 2. Les lacs Sabine, Cakasin et Mermentau sont des nappes d'eau du même genre, formées par des expansions des cours d'eau du même nom. Le mot lagune donne une idée plus exacte de ces eaux.
Rivages, embouchures, etc. — Les rivages du golfe du Mexique sont généralement bas et bordés de marécages: Toute la côte est découpée par une suite de baies et d'embouchures que relient entre elles de tortueux canaux généralement peu profonds et de navigation difficile. Les baies Vermillon, Côte blanche, Barrataria et Atchafalaya sont les plus considérables , mais elles rendent peu de services à la navigation. Le lac Borgne luimême est proprement une baie qui communique avec le lac Pontchartrain par les détroits ou passes des Rigolets et du Chef menteur. Ce lac est fort utile à la navigation intérieure de la Nouvelle-Orléans.
Des. — Les %le» de la Chandeleur sont situées prés de la côte orientale. Ce ne sont guère que des buttes de sable couvertes de forêts de pins avec quelques parties cultivées. Il y a Jteaucoup d'autres lies à l'ouest du Mississipi qui sont éparses sur la côte. Là aussi on trouve l'île de Barataria, connue autrefois pour avoir servi de retraite aux pirates. Elle est située dans une baie qui reçoit les eaux d'un lac du même nom. Le sol eu est généralement riche. Elles sont couvertes d'épais bou-
quels de chênes verts et d'autres arbres, et abritent des multitudes de bêtes fauves, de dindons et de gibier sauvage. La plupari de ces lies sont basses et planes , mais quelques unes élèvent au-dessus de la plaine d'abruptes éminences de 400 feet de hauteur. Le Mississipi forme quelques lies d'une grande fertilité.
WrmêmAim végétaux. — Le pin , le chêne vert, le coton en arbre, le noyer hickory et le chêne croissent dans les forêts. Sur quelques joints, le bois de construction est très difficile à abattre, entouré qu'il est d'impénétrables halliers de roseaux et d'arbustes. Le coton en herbe y atteint 6 feet de haut, et pousse des tiges grosses comme le bras d'un homme. Il porte de grandes fleurs jaunâtres du plus bel aspect. Le coton se forme dans le calice de la fleur : c'est le duvet qui enveloppe la semence.
ABlauun. — L'alligator pullule dans les lacs et dans les marécages. Les bêtes fauves, les panthères, les dindons sauvages, d'immenses quantités d'oiseaux de mer errent dans les bois et sur les rivages. Des perroquets, des oiseaux-mouches et divers autres oiseaux du plus riche plumage voltigent dans les arbres. C'est à peine si l'on rencontre un buisson où l'on n'entende la joyeuse chanson du moqueur.
Climat. — Ce qui a été dit du climat du Mississipi est généralement applicable à la Louisiane. Les districts bas et humides sont malsains en été, et souvent visités par la fièvre jaune. Au nord, les hivers sont plus rudes que sur les côtes de l'Atlantique sous les mêmes parallèles; les rivières et les étangs y gèlent quelquefois* Mais le climat est très doux dans le midi.
8*1. — Une grande partie de la surface de cet État est périodiquement recouverte par les eaux du Mississipi. Cet immense terrain renferme un sol de diverse nature qui peut être réparti en quatre classes. La première, qui en comprend les deux tiers, est couverte d'excellent bois de construction, entouré d'une vé-
gétation presque impénétrable de roseaux et d'arbustes. Cette portion est promptement desséchée aussitôt que le fleuve se retire dans ses lits naturels. Ce sol est de la plus grande ferti» H té. La seconde classe se compose de marais couverts de Cyprès ( cypress stcamps ). Ce sont des bassins ou dépressions de terrain qui, n'ayant pas d'issues, restent inondées jusqu'à ce que l'eau soit évaporée ou absorbée par la terre. Desséchés, ces bassins deviennent d'excellentes terres pour la culture du riz. La troisième classe comprend les marais maritimes ; \§ zone de terre partiellement couverte par les marées ordinaires est sujette aux inondations des hautes eaux du golfe pendant les vents d'équinoxe. Elle ne contient pas ordinairement de grands arbres. Le sol est en quelques parties argileux, et dans d'autres aussi noir que l'encre, et quand le soleil le frappe, il s'y forme des fissures assez grandes pour qu'un homme puisse y enfoncer le bras. La quatrième classe consiste en petites étendues de prairies éparses en divers points des terres d'alluvion. Ces terrains sont élevés, sans arbres, mais d'une grande fécondité. Les bois de pins croissent généralement sur un sol pauvre. Les terrains compris entre les cours d'eau, ou bottoms, comme on les appelle ordinairement dans les États de l'ouest, sont presque toujours fertiles. Sur les bords de la rivière Rouge, le sol contient du sel ; il est coloré en rouge parce qu'il renferme de l'oxyde de fer. Une partie des plus grandes prairies passent au rang de terres de seconde valeur, et sont quelquefois stériles. Le terrain le plus riche de l'État est celui qui forme l'étroite zone appelée la Côte (Coast) y sur les deux rives du Mississipi, en dehors du niveau des inondations ordinaires du fleuve, et s'étendant de 4 50 milles au-dessus de la Nouvelle-Orléans à 40 milles au-dessous, sur une largeur de 4 à 2 milles. Il est protégé contre le fleuve par une digue ou levée de 6 ou 8 pieds de haut, et suffisamment large pour qu'on y puisse passer. Tout ce terrain est cultivé, et pro-
duit les plus riches moissons de sucre. La levée est quelquefois exposée a se rompre et à laisser les eaux inonder le pays. U en est parfois résulté de grands dommages. Les ruptures de la levée portent le nom de crevasses.
, Hapnrt ém pays. — Cet État n'a pas de montagnes. Le terrain en est bas et généralement uni , avec quelques chaînes de collines peu élevées à l'ouest , et de nombreux bassins ou dépressions du sol. Le grand delta du Mississipi, qui forme le quart de l'État, ne s'élève pas en général plus de i feet au-, dessus du golfe, et il est inondé tout le printemps. Une grande partie de ce delta forme un marais maritime, ainsi que le reste de la côte, jusqu'à la Sabine , sujet aux inondations des hautes marées. Au nord de ce marais s'étend la vaste plaine des prairies , qui est légèrement élevée au-dessus de la première. La rive occidentale du Mississipi , jusqu'à la frontière nord de l'État, est une terre basse coupée par les nombreuses branches des rivières, et ensevelie tous les ans sous les inondations printanières. A l'ouest de cette zone, et au nord des prairies, s'étend une vaste région , k peu près la moitié de la surface de l'État, qui est fort accidentée, mais dent les plus grandes hauteurs n'excèdent pas 200 feeL La section au nord de l'iberville et du lac Pontchartrain, à l'est du Mississipi , est semblable à la région septentrionale , et , comme eUe , couverte en grande partie par des pins.
DMaloaa. — r La Louisiane est divisée en 40 comtés environ, qui, dans cet État, se nomment paroisses.
Agriculture. — Le sucre et le coton sont les production» principales du pays. La canne à sucre est cultivée spécialement dans la terre d'alluvion appelée la Côte, sur les rivages du golfe, et sur les rives de quelques bayous. Elle est semée ou plantée de boutures, et cultivée à peu près de la même manière que le maïs. On laisse 6 feet entre chaque rang. Le sol doit être de la
plui riche qualité et profond de 4 pied au moins. Il y a quatre variétés do cannes : l'africaine, Yotahitierme, celle des ÀJiHlUt et la rubanéê. La dernière est une variété nouvelle dont les tiges sont sillonnées de cannelures parallèles. Elle mûrit quelques semaines plus tôt que les autres, et fleurit plus au nord. Lorsque 'la canne est coupée, on la laisse fermenter quelques jours, puis on la fait passer sous des rouleaux de fer qui en expriment le jus ; on fait bouillir ce jus, la partie aqueuse s'évapore et le sucre se cristallise. Le ris et le sucre prospèrent seulement dans le sud de l'État; mais le coton, le maïs, le tabac et l'indigo réussissent partout. Les arbres à fruit le plus généralement cultivés sont le pêcher, le figuier et l'oranger, mais le dernier est souvent tué par la gelée. On élève beaucoup de bêtes à cornes et de mulets dans les prairies. Comme science, l'agriculture y est encore dans l'enfance, et le labour est fait entièrement par les esclaves.
Cmumnc. — Tout le commerce de l'État est centralisé à la Nouvelle-Orléans, et complètement exercé par des navires appartenant aux autres parties des États-Unis. Les exportations de produits domestiques comprennent toutes les productions agricoles et manufacturières de la vallée du Mississipi ; mais le sucre et le coton sont les plus importantes. Cet État possède 6 banques, au capital de 4 6,600,000 dollars.
Mjurafactvre*. — Elles ont très peu d'extension.
Cjuumee et chemin* éto fer. — Ils ne sont considérables ni pour leur étendue, ni pour le prix qu'ils ont coûté ; mais ils tirent leur importance de leur utilité. La longueur des chemins de fer n'est que de 63 milles.
Statlatl«iie» diverses. — Cet État renferme 49,4 00 maisons; 54,4 42 familles; 4 44,059 hommes, et 4 4 4,357 femmes de race blanche; 7,598 hommes, et 9,939 femmes de couleur, bores; 4 3,422 fermes cultivées; 4,024 manufactures produisant plus de 500 dollars par an.
Code* — La loi anglaise forme la base des lois de tous les États, à l'exception de la Louisiane , qui a ses lois modelées sur le code Napoléon. Les lois de succession, d'administration des testaments, mariages, etc., y sont donc presque les mêmes qu'en France.
Bdhsrsjftoa. — IL y a un collège catholique romain et un collége médical à la Nouvelle-Orléans. Les principaux établissements d'instruction supérieure sont le collège de la Louisiane, à Jackson , et le collège Franklin, à Opelousas. Il y a encore des collèges au Grand-Coteau, à Baton-Rouge, etc., et de nombreuses académies dans plusieurs villes. Les écoles élémentaires sont favorisées par le gouvernement.
Bette. — La dette absolue de cet État s'élève à 94 5,566 dollars, et sa dette contingente ou éventuelle à 4 0,577,000. Il possède pour 2,44 6,938 dollars de propriétés non productives. Les dépenses annuelles du gouvernement se montent à 500,000 dollars»
Villes principales. — La Nouvelle-Orléans est située sur la rive gauche du Mississipi, à 4 05 milles de son embouchure. On la nomme quelquefois la cité du Croissant, à cause de sa forme sur le bord du fleuve. Lorsque les eaux sont hautes, le fleuve est 3 ou 4 feet au-dessus des rues ; les basses eaux seulement sont un peu au-dessous du niveau de la ville, mais elles sont encore au-dessus des marais qui l'entourent. Pour prévenir les inondations, une levée ou digue a été construite le long du fleuve. La ville est régulièrement alignée, et toutes les rues se coupent à angles droits. Au-dessus de la cité proprement dite, sont les faubourgs de Sainte-Marie et de l'Annonciation , et audessous, ceux de Marigny, de Franklin et de Washington. Une série de travaux ont été entrepris pour dessécher, élever et assainir la ville , qui aujourd'hui est beaucoup moins insalubre qu'elle ne l'était autrefois. Les édifices publics n'ont rien de
remarquable pour leur situation ni leur architecture; mais un grand nombre de beaux magasins et d'élégantes maisons ont été dernièrement construits. L'hôtel de Saint-Charles est très beau. Le point sur lequel la cité est bâtie, bien qu'il soit le plus convenable des environs, offre de grands désavantages. Le terrain est tellement mou et marécageux , qu'il n'y a de caves dans aucune des maisons. Mais comme place de commerce, la Nouvelle- Orléans est heureusement située; elle est pour ainsi dire, la passe de tous les produits et marchandises qui descendent le long du Mississipi et de ses affluents. Accessible pour les navires de toutes dimensions, son port est constamment rempli de vaisseaux de mer et d'eau douce de toutes les formes. Dans la saison du coton, les balles barricadent ses rues. Des centaines de navires de tout genre y arrivent ou en partent à chaque instant cUijour, et remontent ou descendent le fleuve sans interruption. La levée, ou quai, qui s'étend sur un espace de 4 milles au bord de la rivière, présente une activité sans exemple. Les marchandises exportées de cette ville ne s'élèvent pas à moins de 4 00 millions de dollars par an. On peut voir à la fois dans son port deux mille bateaux plats et une centaine de steamers, outre les trois-mâts et autres navires. Cette cité a appartenu aux Espagnols et aux Français avant de faire partie des États-Unis, et maintenant elle offre un étonnant mélange de mœurs, de langages et de tempéraments. Il y a beaucoup de noirs, de mulâtres et presque autant de Français que d'Américains. La Nouvelle-Orléans était autrefois une ville très dissolue ; on y a autorisé des maisons de jeux, et des essaims de repris de justice s'y étaient donné rendez-vous de toutes parts. Il faut ajouter que la partie stalionnaire de la population était tout à fait en dehors de ces accusations. A présent la police s'y fait énergiquement, la justice y est promptement administrée, et la ville va s'améliorant sous tous les rapports. Elle a d'excellentes écoles,
et une grande partie des habitants qui sont venus du nord' sont très intelligents et d'excellentes mœurs. Malgré l'insalubrité des lieux , elle a vu s'accroître rapidement sa population, sa richesse et son commerce. Elle compte aujourd'hui 449,285 habitants. «— Lafayette , ville contiguë à la Nouvelle-Orléans , renferme 4 4,24 4 habitants. — Baton-Rùuge, à 50 milles au-dessus de la Nouvelle-Orléans, sur le dernier morne que Ton rencontre en descendant le fleuve, joli village avec maisons françaises et espagnoles ; il renferme un poste militaire et l'un des arsenaux des États-Unis. Baton-Rouge est la capitale de l'État depuis 4848. — Alexandria, sur la rivière Rouge, à 450 milles du Mississipi en suivant les détours de la rivière, village agréable dans le centre d'un district riche en coton. — Natckitoches, a 80 milles au-dessus, au point où s'arrête la navigation & vapeur, fut longtemps une ville frontière des États-Unis du côté du Mexique ; elle a plus d'un siècle d'existence. Sa population est un mélange d'Indiens, d'Espagnols, de Français et d'Américains, parce qu'elle a obéi tour à tour à ces diverses nations, et a vu régner successivement la danse de guerre des sauvages, le fandango, la danse française et les gaillardises des trappeurs et hommes des bois. À quelques milles à l'ouest de Natchkoches est l'ancienne cité é'Adaves fondée par les Espagnols, et offrant le plus complet spécimen d'une ancienne ville espagnole. Elle se composé de maisons vieilles d'un siècle et d'une vieille petite église décorée de peintures grossières. Tous les habitants sont Espagnols. Elle est à environ vingt-cinq milles de la frontière du Texas*. — Madisonville, près du rivage septentrional du lacPontehartrain, dans une situation saine, résidence d'été des habitants de la Nouvelle-Orléans. — Opetowas et Saint-MarttnsmUê, établissements prospères à l'ouest du Mississipi, entourés d une fertile vallée et dans un district bien cultivé. — Schrevreport, Donaldsonvillt, PlaquemtnêetSamt^FrancisDille sont en voie d'accroissement.
— La Louisiane ayant d'abord été colonisée par les Français, la population française y est nombreuse ; mais on y rencontre aussi beaucoup d'Espagnols. Un quartier de la Nouvelle-Orléans est habité par les Français et un autre par les Espagnols. Les uns et les autres refusaient d'abord de se mêler à la population américaine ; ces dispositions ont changé avec le temps. Les lois de l'État sont publiées à la fois en français et en anglais. On y publie aussi des journaux français. Près de la moitié delà population de la Louisiane se compose de nègres esclaves;
■istoire. -, — Narvaes. — La Louisiane fut d'abord découverte par quelques uns des compagnons de l'aventurier espagnol; Narvaez. Il débarqua dans la Floride en 4 528 avec 300 hommes ; mais tous périrent , à- l'exception de quatre , qui errèrent à travers la Louisiane et le Texas, et parvinrent enfin à Mexico. Aucun renseignement n'a été conservé sur les contrées que ces hommes ont dû traverser; il est probable qu'ils passèrent le Mississipi près de son embouchure.
De Solo. — Ferdinand de Soto, sans être découragé par le triste sort de Narvaez, demanda à l'empereur d'Espagne la permission d'entreprendre la conquête de la Floride. Cette permission lui fut accordée ; et en 4 539, il jeta l'ancre dans la baie de Tampa avec 600 hommes bien armés ; 900 étaient à cheval. Us avaient d'abondantes provisions de nourriture et un troupeau de trois cents porcs qu'ils chassaient devant eux pendant leurs excursions. Us se dirigèrent d'abord au nord et à l'ouest à travers la partie septentrionale de la Géorgie actueUe, qui alors était habitée par les Cherekees. Us s'avancèrent ensuite dans le territoire actuel de l'Alabama, et livrèrent aux Indiens un combat terrible dans lequel périrent plusieurs milliers de Peaux-Rouges ; puis, continuant vers l'ouest, ils parvinrent au pays des Chickasaws, sur les rives de l'Yazoo. Là ils furent attaqués par les
Indiens au milieu de la nuit et plusieurs Espagnols périrent. Il sera intéressant de raconter en détail quelques uns des incidents qui accompagnèrent cette mémorable expédition. A l'époque où ils souffraient le plus de 1» faim et de la fatigue, ils arrivèrent au territoire d'une reine nommée Cofachiqui. Avertie de l'approche des étrangers, elle vint à leur rencontre en compagnie de huit nobles dames et d'un grand cortège de fonctionnaires et suivants. La reine et sa suite traversèrent la rivière sur deux canots, et s'approchèrent des Espagnols qui furent reçus en grande pompe sur l'autre rive. Elle prit un cordon de perles roulé trois fois autour de son corps, et le présenta à Soto. Fuis elle fit construire un radeau sur lequel les Espagnols furent conduits à travers la rivière jusqu'à la ville qui était sur la rive opposée. Là ils furent fêtés sous de grands berceaux de rameaux verts , et on leur donna 600 bushels de mais. Ce pays leur parut extrêmement riche. De tombes qui étaient placées sous un temple dans le voisinage, ils retirèrent 44 bushels de perles. Les temples étaient nombreux, et quelques uns très vastes : l'un d'eux, entre autres, avait 300 feet de long sur 4 910 de large. La voûte en était fort élevée et garnie de nattes du tissu le plus serré. Au-dessus s'étendait une espèce de toit construit de coquilles brillantes qui éclataient de mille feux au lever du soleil. L'entrée du temple était gardée par douze statues colossales d'hommes armés , de contenance expressive et d'attitude imposante. Ces statues étaient de bois. A l'intérieur, les murs étaient ornés de statues d'hommes et de femmes ; les hommes portaient aussi des armes. Au-dessous de l'édifice étaient ces tombes où les Espagnols trouvèrent une immense quantité de perles. Huit édifices plus petits, placés des deux côtés du temple, contenaient des arcs, des flèches, des lances et d'autres armes. Ces édifices appartenaient à une ville nommée Tolomeco, qui avait été dépeuplée par la peste et abandonnée. Après être resté quelque
temps avec Copachiqui, dont il reçut l'hospitalité la plus cordiale, Soto en vint à une rupture avec les Indiens, et s'étant emparé de la reine et de ses femmes, il la força de faire à pied avec son armée un voyage de 300 milles. Mais elle parvint à lui échapper, et tous les efforts des Espagnols pour la reprendre devinrent mutiles. Les envahisseurs parvinrent ensuite à une ville indienne, Mauvila, qui contenait 80 maisons pouvant loger chacune 4,000 hommes. Le chef du pays était un géant nommé Tascaluza. Il reçut les Espagnols avec une apparente politesse, fit donner aux chevaux des écuries en dehors des murs, et amusa les aventuriers par des fêtes et les danses de jeunes et belles femmes. Mais une querelle s'éleva bientôt entre eux , et il s'ensuivit la bataille la plus sanglante qui , de mémoire d'Indiens, se soit jamais livrée sur le territoire des États-Unis. Elle dura neuf heures, et l'historien espagnol Vega évalue à 4 0,000 le nombre des Indiens qui y périrent, évaluation évidemment fort exagérée. Du côté des Espagnols, \ 8 furent tués et \ 50 blessés. On suppose que Tascaluza périt dans la bataille ; mais sa renommée est parvenue jusqu'à nous, et l'on prétend que la ville actuelle de Tuscaloosa marque l'emplacement de sa capitale.
Les Espagnols , quoique fort découragés , continuèrent leur marche en avant, et parvinrent aux domaines d'un chef nommé Vitachuco, dans la Floride occidentale. Ce roi parut d'abord vouloir résister courageusement aux étrangers, et finit cependant par les recevoir avec toutes les apparences de l'hospitalité ; mais il rassembla secrètement 40,000 guerriers qui attaquèrent les Espagnols avec l'énergie du désespoir. 900 sauvages furent jetés dans le lac où ils nagèrent pendant quatorze heures ; ceux qui n'étaient pas noyés se rendirent à la fin , le chef fut pris et toute son armée dispersée. Il fut cependant relâché, et de nouvelles guerres éclatèrent entre lui et les envahisseurs.
Après ces aventures , ils marchèrent au nord-ouest et dééou-
vrillent le Mississipi, qu'ils traversèrent probablement près du eoofluentdu Saint-François .Ils s'avancèrent même jusqu'au Missouri, mais ils ne tardèrent pas à revenir sur leurs pas. Us passèrent l'hiver sur les bords du Washita, dans la Louisiane, et au prin* temps ils descendirent le Mississipi. C'est là , près de son embouchure, que Soto tomba malade et mourut. Son corps mt enveloppé dans un manteau et jeté au milieu du fleuve pendant le calme de la nuit. Les aventuriers, fort réduits pour le nombre, errèrent pendant longtemps, et enûn, demi-nus et affamés, ils parvinrent à Mexico. Jamais expédition ne commença avec plus d'ambitieuses espérances et ne fut traversée d'autant de désastres. Les aventuriers errèrent pendant quatre années à travers des pays sauvages , franchirent de nombreuses rivières , eurent à combattre des armées d'indigènes décuples de leur petite troupe, et se virent décimés tour à tour par les accidents, la maladie et les batailles. Leur hardi conducteur fut enseveli dans la profondeur du fleuve qu'il avait découvert, et il ne survécut d'entre eux que ce qu'il en fallait pour témoigner des souffrances, des désastres et du désarroi de leur expédition.
La Salle. — Le Mississipi fut découvert en 4 678 par deux missionnaires français nommés Marquette et Juliette ; ils s'avancèrent de Québec par la voie des lacs vers le fleuve, qu'ils descendirent jusqu'à son confluent avec l'Arkansas. En 4 679, la Salle, commandant français du fort de Frontignac, sur le lac Ontario, explora, en compagnie du franciscain Hennipen , tout le territoire du haut Mississipi, auquel il donna le nom de Louisiane en l'honneur de Louis XIV. En \ 684, il fit un voyagé de France au golfe du Mexique dans le but de découvrir l'embouchure de ce grand fleuve. Mais cette tentative fut infructueuse ; il fut tué par ses propres compagnons près de la baie de Matagorda, dans les limites actuelles du Texas.
Établissements. — Le premier établissement permanent
de la Louisiane française fut fondé en 4698, à Biloxi, dans l'État actuel du Mississipi. L'année suivante, M. Iberville bâtit un fort et fonda une colonie à 50 milles au-dessus de l'embouchure du fleuve. Il fut suivi par un nommé Crozat, qui fit exclusivement le commerce du pays pendant un certain nombre d'années. Vers l'an 4747, il transféra ses intérêts dans la province à une compagnie armée d'une charte, à la tête de laquelle était le fameux John Law, dont la banque nationale du Mississipi ruina la moitié de la noblesse de France. La Nouvelle-Orléans fut fondée en 4 722 par Bienville, commandant de la colonie. Deux ans après, 500 esclaves nègres y furent apportés de Guinée. Lors du traité de paix de 4763, la Louisiane fut cédée à l'Espagne, et cette puissance en prit possession en 4769. Elle fut rendue à la France en 4 800 ; mais en 4 803 les États-Unis la lui achetèrent 4 5 millions de dollars. Le territoire ainsi acquis s'étendait du Mississipi à l'océan Pacifique, et renfermait les États actuels de la Louisiane, de l'Arkansas, du Missouri, de l'Iowa, les territoires du Minesota, du Nebraska, et le territoire indien. L'Orégon y était aussi supposé inclus ; mais les titres des États-Unis à cet égard reposent davantage sur le droit moins douteux de découverte et de première occupation.
Bataille dm I* NouveUe-Orléams. — L'événement le plus remarquable de l'histoire de la Louisiane, c'est la défaite de l'armée anglaise commandée par le général Packenham> le 8 janvier 4 845. Il s'était avancé avec 42,000 hommes pour attaquer la Nouvelle-Orléans. Il fut attendu par le général Jackson à la tête de 6,000 Américains. Abrités derrière leurs remparts 4e balles de coton , ils lancèrent leurs volées destructives contre l'ennemi, qui se retira avec son général de moins et 4,700 hommes tués ou blessés. Il n'y eut du côté des Américains que 7 morts et 6 blessés.
Étendue, environ de 300,000 milles carrés.
Population, 187,403 habitants.
Population par mille carré, i.