LES TREIZE COLONIES
Les Espagnols, au seizième siècle, emportés par !a soif d'aventures lucratives qui leur faisait chercher au delà des mers le Paradis Terrestre, la Fontaine de Jouvence, et surtout l'Eldorado, avaient fondé leur grand empire dans l'Amérique centrale et méridionale. Les Anglais, venus plus lard, établirent, au dix-septième siùcle, dans l'Amérique septentrionale, les colonies d'où est sortie la Confédération des États-Unis.
Le premier qui conduisit des vaisseaux partis d'Angleterre sur la cûte atlantique de l'Amérique du Nord, était le beau-frère de Baleigh, sir Humphrey Gilbert; il y périt. Elisabeth régnait en Angleterre ; Raletgh, au plus haut point de la faveur et de la fortune, rêvait toujours quelque chose de
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grand. Il voulait non-seulement chercher cet or qui avait mis la puissance au commencement du siècle entre les mains des Espagnols, mais encore fonder des colonies dans ces terres nouvelles de rOuest, et donner à TAngleterre un empire à côté de celui d^ successeurs de Charles-Quint.
Raleigh a été le promoteur de tout ce qui fut fait pour cette grande œuvre. Pendant le règne d'Elisabeth il y dépensa huit millions ; et pourtant telle était alors Tinexpérience des nations de l'Europe, telles étaient les difficultés, qu'en 1603, lorsqu'il fut emprisonné par Jacques P', tant d'efibrts et de dépenses n'avaient abouti qu'à prendre possession de la côte et à lui donner le nom de Virginie, en souvenir de la virginité douteuse de « cette belle Vestale assise sur le trône d'Occident. »
Il suffit souvent d'un premier succès, bien modeste, pour décider du sort d'une grande œuvre. Lorsque, en 1606, le capitaine Newport eut fondé Jamestown, la Virginie fut une colonie véritable, et désormais put vivre et prospérer. Pauvre cité, cependant, que cette t ville du roi Jacques » : douze laboureurs, quatre charpentiers et quarante-huit gentilshommes en faisaient la population !
Cependant, sous l'administration du capitaine Smith, puis d'hommes comme lord Delaware et sir Thomas Dale, la Virginie ne tarda pas à grandir. Il y eut des années où plus de mille personnes passèrent l'Océan pour s'y établir ; le sol [est bon, le
fc:.
DE L'HISTOIRE DES ÉTATS-liNIS climat magnifique, et rien n'y gênait dans 1 libre expansion ies efforts des travailleurs. Lorsc en 1648, la Royauté tomba en Angleterre, la Vi nie, débarrassée depuis 1621 de la Compagnie l'avait i'ondée, avait néanmoins conservé la coi tution qu'elle en avait reçue en l'année 1619. Di nue province royale, elle reproduisait dans S8 intérieure le jeu des institutions de l'Angletei un gouverneur y représentait le Roi, un Coi d'État la Chambre haute, et une Cliambre des di tés était élue par les hommes libres et les fra tenanciers. L'agriculture était prospère, et le ti virginien était payé cher en Europe. La*gn propriété féodale et la petite culture du paysan ] existaient simultanément. Le jeu des institut était régulier. Et, en 164S, le gouverneur, sir ' liam Berkeley, avait conclu avec les Indiens traité qui devait donner la sécurité & la co!( Cet État de vingt mille fîmes avait eu déji agitations intérieures, et déjà sa diplomatie faillit même avoir sa guerre, car il avait d( quelque temps un voisin.
George Calvert, lord Baltimore, obtint du R concession des payscompris entre l'Océan, le 40 gré de latitude nord et le cours du Potomac, source à son embouchure. Il lui donna le noi Maryland, en l'honneur d'Henriette- Marie, fe de Charles I" ; et, en novembre 1 633, son tiis c Léonard Calvert, partit pour en prendre po
APERÇL GÉNÉRAL e avec habileté et prddence, cette colosit Irès-bieo : oa s'eatendit avec les tira des secours de la Virginie, et en itat nouveau était créé et fanctionmême ses droits politiques. Le lord confirma solennellement, en 1639, itants dans les droits essentiels du is ; il y ajouta, ce qui n'esislait pas ^e, la liberté entière pour toutes les unes : lord Baltimore était cathdiqne.
. Virginie essaya de fdre valoir ses
terres données à lord Baltimore; en i, Claybomei ^^ envahit les armes & [aryland subsista et grandit, avec ses i peu près semblables à celtes de sa 1 que le propriétaire y remplaçait le s catholiques y avaient pris des pré-
prolégep leur liberté religieuse.
es troDbles religieux de l'Angleterre rent le plus, au dix-septième siècle, à s colonies en Amérique. La Réforme, , n'avait pas été un mouvement spondu libre examen ou do la passion naivait été un acte du pouvoir, et d'un les plus absolus et les plus tyranniques nais existé. Henri VllI avait voulu lUglais du Pape, mais c'était pour les I main. Chef de la religion et maître un roi d'Angleterre n'est pas plus
DE L'HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS ennemi des catholiques qui regardent vers î que des presbytériens qui ne veulent pas rege vers lui.
Vers la fin du règne d'Elisabeth, de malheu puritains du NottÎDgbam et du Lincoln avaient : persécution eu Hollande. Ne trouvant point vivre, ils demandèrent une concussion de terri nord de la Virginie, et ils l'obtinrent en 1619, marchands de Londres leur fournirent des fc et ils partirent sur deux petits navires, le Spee et le May-Flotoer. Quand ils furent en vue des c ils se lièrent les uns aux autres par un contra devait êti-e la charte de leur État futur; pui débarquèrent, au nombre d'une centaine, et fc rent New-Plymouth.
A partir de cette époque, un groupe nouves colonies anglaises se créa au nord du Marylanc Compagnie de Londres, qui jusqu'alors avait : conduit le mouvement colonial, se démembn d'elle sortit la Compagnie de Plymouth (1620) favorisée par une charte obtenue de Charles colonisa rapidement.
La Charte est de 1629, La môme année parti organisés en congrégation étroitement discipl pieuse, laborieuse, intolérante et fanatique, en' trois cents puritains. Ils étaient depuis ui à Salem lorsque le reste de leur communauté, ( avaient laissé en Angleterre, vint les rejoindre John Winthrop : à côté de Charlestovra, Bc
commença à s'élever. Ce que ces pauvres colons eurent à souffrir, ce qu'il leur fallut d'énergie, de foi, de courage, de travail pour résister à la famine, aux Indiens et aux exactions de la Compagnie fondatrice, peut à peine être imaginé. C'est là, dans cette colonie du Massachmsetts, que se forma le caractère Yankee, si énergique et si résolu.
On se tromperait étrangement si l'on se figurait que les puritains allaient chercher en Amérique ce que nous appelons la liberté religieuse, Il allaient seulement y chercher une sorte de terre promise où Dieu permît le règne de ses saints : leur constitution républicaine était étroitement théocratique ; elle proscrivait tout ce qui sortait de l'orthodoxie presbytérienne la plus stricte, et leurs « anciens » frappaient durement.
C'est pour les fuir que Roger Williams, jeune homme aux larges idées qui demandait la liberté « pour le Juif comme pour le Gentil, » condamné et banni en 1635, alla fonder la Providence sur les domaines de Canonicus, le grand sachem des Narragansetts (1636).
Bientôt, autour de lui et avec son aide, se créèrent de nouveaux établissements : Mode-hland en 1036, NeW'ffaoen en 1637, New-Hampshire et i1/aeW (1636- 1638), Warwkk en 1642.
Mais la plus singulière de ces colonies fut certainement le Connecticut. Fondé en 1636 par des émigrés sortis volontairement du Massachussetts, il
semble destiné à donner le type d'un État organisé
suivant la discipline puritaine. Là, les « Blue Laws » ont transformé en lois de l'État les prescriptions de Moïse. Le Deutéronome est le code ; les sentences semées dans FExode, la Genèse ou le Lévitique sont la jurisprudence ; les jugements d'Aaron et de Salomon sont les précédents. Cette législation n'était pas tendre I La mort pour l'idolâtre, le sorcier, le blasphémateur, l'adultère, le ibrnicateur, l'enfant rebelle ; l'amende à l'ivrogne, au joueur, au menteur ; le fouet en cas de récidive. Le ministre, du haut de sa chaire, réprimande publiquement le coupable assis sur la chaise de repentance avec un écriteau pendu à son cou. Le paresseux est puni ; l'impudique, mis au pilori ; le bavard, bâillonné. Défense d'avoir plus d'un crevé à une manche, de porter des collerettes, des ceintures argentées, des chapeaux de castor. Le vrai puritain coupe ses cheveux : en Amérique comme en** Angleterre, les Têtes-Rondes seuls sont les vrais saints!.. Quand on songe que cette tyrannie fut volontairement acceptée par des hommes qui fuyaient comme oppressives les lois d'un pays civilisé, on comprend quelle force de volonté pouvaient déployer dans le travail, dans la lutte contre la nature et les hommes, les communautés puritaines du Massachussetts et du Cônnêcticut.
Les plus grandes difficultés qu'elles rencontrèrent vinrent d'abord de la Métropole. Tantôt c'était une
compagnie fondatrice, tantôt un lord antérieurement concessionnaire du pays maintenant colonisé, qui, par leurs exactions ou leurs rigueurs, ruinaient ou gênaient les colons. Mais surtout le gouvernement des Stuarts ne pouvait voir d'un bon œil les progrès de ces établissements fondés suivant des principes qui étaient la négation de ceux qu'il défendait lui-môme. Il se préoccupait aussi du grand nombre d'habitants que l'émigration enlevait à TAngleterre : de 1620 à.l640, quatre mille familles étaient parties. Charles P' ne comprenait pas qu'il valait mieux laisser partir cet élément presbytérien, insupportable en Angleterre, mais qui ajoutait pardelà les mers de nouveaux États à sa couronne. En 1637, il défendit l'émigration : les vaisseaux prêts à partir furent retenus. On a longtemps cru à une légende qui plaçait sur l'un d'eux Hampden, Pym et Cromwell I
La Révolution qui commença en 1642 pour aboutir en 1648 à la mort de Charles I", fut diversement accueillie dans les colonies. Les descendants des a Pilgrim Fathers » qui peuplaient les colonies du Nord, ne pouvaient qu'applaudir à ses premières victoires ; mais les gentilshommes de la Virginie et les catholiques du Maryland ne la voyaient pas d'un bon œil. Longtemps la Virginie resta royaliste, et môme formellement rebelle ; mais elle dut céder en 1631. Quant au Maryland, le gouvernement républicain y favorisa le triomphe des puritains ;
DE L'HISTOIKE DES ÉTATS-UNIS ^i
admis par la tolérance des catholiques, ils se gardèrent de l'imiter, et, sans la prudente intervention de Cromwel, ils fussent devenus persécuteurs (\ 654). Quant aux colonies presbytériennes du Nord, elles se confédérèrent en 16^3 sous le nom de Aowvelle- Angleterre f laissant en dehors leRhode-Island, la Providence, œuvre de Williams, et les établissements fondés par Ferdinand George, gentilhomme et royaliste, qui vers ce temps créait le il/otn^. Cette union resserra encore Tétroitesse de l'orthodoxie puritaine : quakers, épiscopaux, catholiques, tout ce qui n'était pas Tête-Ronde fut persécuté. Mais au même temps elle rendit plus féconds les efforts de ces vaillants pionniers, de cette rude race agricole, aussi dure à elle-même qu'aux autres, et qui a vraiment créé les États-Unis.
Cromwell aimait beaucoup ses frères presbytériens de TAmérique. Mais il atteignit durement leur commerce et sembla asservir à jamais les colonies quïuid il mit dans VActe de Navigation de 1651, qu'elles ne pourraient comm^cer qu'avec l'Angleterre, sur des vaisseaux construits, .possédés, montés par des Anglais. Cet acte a fait pendant bien longtemps la puissance de l'Angleterre ; mais la Virginie, alors plus commerçante que les colonies puritaines du Nord, n'avait pas eu tort de redouter Tavénement du régime nouveau !
Les règnes de Charles II et de Jacques II furent pour les colonies une époque, sinon de paix, au moins
d'exteDsion. La Restauration cependant maintint la. clause de Tacte de navigation si préjudiciable aux colonies, et l'aggrava encore en la précisant. Les Stuarts respectèrent peu les libertés des colonies ; ils tinrent peu de compte des droits politiques et des droits territoriaux ; la fidèle Virginie elle-même fut poussée à la révolte, et le Massachussetts perdit sa charte. Mais du moins ils n'empêchèrent pas d'émigrer ceux qui craignaient le retour du despotisme et rinfluence catholique ; ils trouvèrent même commode d'éloigner les dissidents religieux et politiques ; ils accueillirent dans leurs possessions américaines les protestants chassés de France par la révocation de Tédit de Nantes ; ils récompensèrent leurs partisans par de larges concessions dans le nouveau monde.
En 1663^ Charles II concéda à huit lords de son parti, sans s'inquiéter des droits de la Virginie, le pays au sud de cette colonie, qui prit le nom de Caroline. Bientôt, d'immenses plantations, cultivées par des esclaves, couvrirent ce fertile pays* Locke avait rédigé une constitution pour la Caroline; mais les colons n'en voulurent point ; le- a Grand*Modèle »> comme les Anglais l'appelaient dans leur enthousiasme, fut rejeté parmi les utopies par le simple bon sens de quelques paysans : ce n'est point avec des idées que se conduisent les affaires humaines*
Depuis Tannée d608, les Hollandais s'étaient établis sur les bords de la rivière Hudson ; et depuis
DE L'HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS J639, les Nouveaux-Pays-Bas aM&ienipris une e sioa considérable. lis avaient conquis i'étabi ment rival de la i\'ouveUe-Suéde, ils prospéraiei Nouvelle- Amsterdam rivalisait presque avec Bo Charles II, en guerre avec la Hollande, donni territoires à son frère, Jacques, duc d'York Nouveaux-Pays-Bas, la Nouvelle-Belgique fi conquis en 1661, cédés par la paix de Bréda en ' pois de nouveau et pour toujours, en 1674.
ainsi que fut fondée la colonie anglaise du Newà laquelle vint bientôt s'ajouter celle du New-Jt C'est le 27 octobre 1682 que, d'accord avec . Charles, ayant traité avec le duc d'York et i obtenu pour lui la concession d'immenses dôme William Penn, le * Quaker King », débarqua s côte d'Amérique. Il venait pour faire à ses frèn sort meilleur dans les colonies, et pour oréei établissements oii ils vivraient en sécurité. ] créa dans la belle contrée qui s'étend entre le î land et le New-York. Là, il fonda Philadelphie sous un large bêlre, i! reçut les chefs Indiens, fit avec eux ce traité célèbre qui, sans être ji ni signé ni écrit, fut observé de part et d'autre la confiance la plus parfaite, tandis que la Yir était ravagée par' les Indiens et que la Nou' Angleterre ne pouvait défendre sa vie qu'en e minant ses yoisins. Penn quitta la Pemyi en 1684, quand elle se fut donné ses institut) institutions toutes démocratiques, empreinte
iii APERÇU GÉNÉRAL
Tesprit austère qui dirigeait la secte des « Amis », mais où rien du moins ne restreignait la liberté religieuse, où rien n'écartait Thonnête homme des emplois, où personne n'était ni méprisé ni opprimé à cause de sa foi ou de sa race.
Ainsi les colonies anglaises de TAmérique septentrionale se complétaient rapidement. Entre les Espagnols de la Floride et les Français de TAcadie, il n'y avait plus un pouclB de côte qui ne fut occupé par elles, si ce n'est pourtant la partie la plus n^ridionale des Carolines, qui devait attendre jusqu'en 1732 pour devenir la Géorgie. Charles II, pour donner plus d'importance à certaines colonies, teur en adjoignit de petites, tantôt avec leur assentiment, tantôt sans s'inquiéter de leurs plaintes. C'est ainsi que la Providence et Warwick furent fondues dans le Rhode-Island, et New-Haven dans le Connecticut, en 1662.
Mais le fait le plus important de l'histoire des colonies "à celte époque est qu'elles passent presque toutes sous l'autorité directe du roi. Les unes le font volontairement, heureuses d'échapper aux Compa* gnies suzeraines ou à des lords propriétaires ; les autres sont absorbées malgré elles, après avoir résisté plus ou moins. La révolution de 1688 trouva les colonies se défendant péniblement contre le despotisme de Jacques II, les libertés. municipales détruites en Virginie, les réunions électorales supprimées dans le Massachusetts, la charte de Rhodo-
ïd
Island et celle du Connecticut conflsquées. La chute des Stuarts fut accueillie avec enthousiasme partout.
C'est un fait singulier que la situation des colonies d'Amérique après chaque révolution qui renverse en Angleterre un pouvoir dont elles ont eu à se plaindre. D'abord, c'est une grande joie ; puis vient la défiance, puis la colère, et en peu de temps les colonies sont avec le nouveau gouvernement aussi mal qu'avec Tancien. C'est qu'à côté des sympathies que peut inspirer à un pouvoir libéral l'esprit libéral des colonies, il y a l'orgueil de la métropole, il y a ses intérêts égoïstes : il faut qu'elle soit maîtresse des colonies, qu'elle les gouverne, qu'elle les exploite, qu'elle en tire ce qu'elles peuvent donner. La jalousie et la méfiance éclatent dans tous ses rapports avec elles.
Les colonies n'eurent pas lieu d'être trop satisfaites de Guillaume IIL Le Connecticut et le Rhode- Island se virent rendre leurs chartes ; mais le Massachussetls, plus puissant, ne recouvra la sienne que modifiée, et demeura asservi au roi et à son gouverneur. Le Maryland, les Carolines devinrent provinces royales. L'Église d'État fut établie dansla Virginie, dans le Maryland même. Ce dernier, dont son fondateur avait fait le pays de la liberté religieuse, fut dénoncé comme un foyer de papisme^ comme un repaire de jésuites, et abandonné à k persécution anglicane ; les droits de lord Baltimore
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furent violés, la charte retirée, et il n'y eut plus, du nord au sud des possessions anglaises, un sjeul lieu où le titre de catholique ne désignât un homme à la persécution.
Mais ce qui causa dans les colonies le plus de malaise et d'irritation, ce. fut l'aggravation du système commercial que l'acte de 4650 avait inauguré. En 1696, leurs affaires furent mises entre les mains d'un comité permanent, espèce de ministère, appelé ({ Board of Trade » (bureau du commerce)? qui s'appliqua uniquement à les empêcher de faire concurrence aux maisons anglaises. Dès i699, il ruina leur commerce de laines par un acte qui défendait de les transporter, même manufacturées, non-seulement en Angleterre, mais d'une colonie dans une autre ! L'Angleterre commençait, par l'abus de son autorité, à préparer la ruine de son empire.
Au dix-huitième siècle, c'était un véritable empire qu'elle possédait au delà des mers, c'était un véritable peuple que ces hommes sur lesquels elle voulait faire peser une telle tyrannie. Il y a loin de la Virginie et du Massachussetts du temps de la dynastie de Hanovre aux misérables établissements du capitaine Newport et de John Winthrop I En 4727, le « Board of Trade » recensait dans les colo* nies 502,000 blancs et 78,000 noirs; en 1740, 856,000 blancs et 181,000 noirs; en 1754, 1 ,193,000 blancs et près de 300,000 noirs.
Cette population se partageait entre les treize
DE L'HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS colonies : New-Hampahire, Rhode-Island, Coi ticut, Massaehussetts, New- York, New-Je Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, ( line du Nord, Caroline du Sud, Géorgie.
Une division toute naturelle se faisait entn colonies. Celles du Nord et celles du Sud n'av ni le même climat, ni la même origine, ni la n population, ni les mêmes conditions d'exiatent souvent les mêmes intérêts : la guerre de la S' sion qui les a, de nos jours, armées les unes ci les autres, a son explication lointaine dans la n même des deux pays.
Aucune des treize colonies n'était en pays fi aucune, à proprement parler, en pays tropical climat du New-Hampshire ressemble à celt l'Allemagne; et la Géorgie elle-même ne peut être comparée à sa voisine la Floride. Cepen les différences sont assez grandes pour que ks tupes ne soient pas les mômes et pour qui besoins varient beaucoup. D'autre part, l'élé suédois et l'élément néerlandais, presque absc depuis près d'un siècle, comptaient pour si pe chose que les colonies, on peut le dire, n'étaien réalité peuplées que d'Anglais. Mais ces An n'étaient pas de même origine, de même relig les motifs qui avaient conduit au delà des mers; pères ou leurs ancêtres étaient différents-, mœurs n'étaient pan les aiëmes, non plus que élat social. La Virginie, la Caroline, le Mar;
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différaient à beaucoup d'égards du groupe où dominaient te Massachussetts et le Connectîcut.
Dans le Nord, presque tous les colons étaient de religion presbytérienne ; la constitution de leurs communautés était toute démocratique. Le pays étant fertile, mais froid, le travail était facile à des hommes venus d'Europe : l'agriculture, dans les parties les plus peuplées, était pratiquée avec énergie sur des propriétés d'étendue moyenne ; presque tout le monde était propriétaire ; ta vie d'un paysan du New-York ressemblait beaucoup à celle du fermier ou du gentilhomme des comtés du nord de l'Angleterre, à celle qui avait formé les Cromwell et les Hampden. Sur la côte, des villes déjà grandes et qui grandissaient chaque jour, ne demandaient qu'à ouvrir leurs ports aux vaisseaux de toutes les nations. Dans l'intérieur, une race robuste de bûcherons, de flotteurs, de défricheurs exploitait, ou détruisait pour faire place à la culture, les belles forêts que traversaient l'Hudson, la Susquehannah ou la Delaware. Au delà enfin, de hardis pionniers, des chasseurs, des trappeurs pénétraient dans les dé&lés des Alleghanys.
La PensyWanie, bien qu'elle fût en train de perdre son caractère trop différent de celui du reste du monde, séparait cependant assez complètement la Nouvelle-Angleterre des colonies du sud.
Dans celles-ci, le puritanisme comptait assez peu d'adhérents. Le Maryland était encore en majeure
partie catholique ; les colons de la Virginie, issus de gentilshommes ou d'aventuriers venus en Amérique autrefois, non pour y trouver la liberté, mais pour y chercher la fortune, étaient presque tous anglicans. Dans ces pays, la propriété était grande, les mœurs aristocratiques, la vie différente de celle des fermiers du nord. La Caroline surtout avait un aspect féodal, qu'elle devait à sa condition originelle de grand ûef : là, d'énormes plantations, où le coton devait un jour prendre sa place; là aussi, des troupeaux d'esclaves, cultivant ces pays où le travail commence à devenir pénible aux Européens.
Vesclavage en Amérique était presque aussi ancien que les colonies. Il y avait, depuis 4620, des esclaves en Virginie ; il y en avait toujours eu dans les anciennes colonies hollandaises ; il y en avait au Maryland ; on essaya d'en introduire dans le New- York. Mais c'est surtout dans les États du Sud que l'esclavage se développa : là, le blanc succombe au travail, le noir vit et résiste ; dans le nord, au contraire, l'Africain ne réussit guère, et c'est TEuit)péen qui peut travailler. Les deux Carolines eurent toujours des esclaves. La Géorgie, quand Oglethorpe la créa en 1733, fut comme fondée sur Tesclavage. Aujourd'hui cette triste institution a disparu; mais les États du Sud ont presque péri.
Toutes ces différences donnaient aux colonies assez d'indépendance les unes vis-à-vis des autres pour que chacune dût conserver son existence sépa-
S« ÂPERGD GÉNÉRAL
fée. Mais il existait assez de similitudes pourqu'ime union lût possible. Malgré les différences plus ou moins profondes d'état social et les conditions originelles très- variées, les constitutions des colonies étaient devenues assez semblables dans leurs caractères généraux. Puritains du Nord, Quakers, Luthériens et Catholiques du Centre, Anglicans du Sud, avaient tous ce grand avantage que leurs Églises étaient à peu près libres de tout gouvernement extérieur : pas d'hiérarchie, d'épiscopat, de centralisation, par conséquent peu de moyens pour le roi d'agir sur les consciences. Presque partout le gouvernement présentait l'image de la constitution anglaise : un gouverneur, un conseil, des représentants. Mais, au lieu d'un roi héréditaire, ce n'est qu'un gouverneur temporaire ; au lieu de Lords, de simples conseillers ; au lieu des communes anglaises, si profondément aristocratiques, et d'ailleurs, au dix-huitième siècle, si faciles à mener avec de l'argent, une chambre de représentants librement élus, généralement pour une seule année. Cette assemblée vote et répartit l'impôt, salarie les gouverneurs, les juges, les officiers qui dépendent d'elle. Il y a des milices; mais on n'y voit pas de mercenaires, ce sont les citoyens armés. Partout le jury. Partout la propriété pour tout le monde : car la terre est sans valeur, au moins si Ton s'éloigne de la côte, et personne ne la dispute à celui qui la 4éfeqd contre les Indiens. Peu de fonctionnaires;
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peu d'action, même judiciaire, du pouvoir : chacun se sert, et, le plus souvent, se défend lui-môme. Partout vie et mouvement : on étudie, surtout le droit ; on travaille, on écrit, on imprime ; Franklin est admiré, non seulement en Amérique, mais dans le monde.
Si Ton résume ces caractères communs des colonies anglaises d'Amérique, on voit un ensemble déjà solide, formé de groupes divers, quelques-uns trèsdémocratiques, d'autres vraiment féodaux, mais tous politiquement constitués en républiques.
Mais ce qui contribuait surtout à créer des intérêts communs entre les treize colonies, c'est qu'elles avaient la même situation vis-à-vis de leurs voisins et en face de leur métropole.
Deux espèces de voisins touchaient et gênaient les colons anglais, les Indiens et les Français.
Les Indiens, évidemment assez peu nombreux sur la côte à l'arrivée des Européens, ne les avaient point mal reçus. Mais ceux-ci n'avaient pas partout imité la conduite honnête de Penn ; il est bien difficile à des Anglais de respecter une autre race ; partout ils détruisent celles dans le pays de qui ils ont pris pied. De fort bonne heure la paix, difficile à garder entre des hommes qui regardaient les Indiens comme des bêtes fauves et des êtres aussi défiants, aussi mobiles, aussi fiers que les Indiens, fut rompue, et ne se refit jamais d'une manière sûre et durable. Même quand il n'y av«iit pas de gr£|.nde
APEHÇU GÉNÉEUL
iomme celle que soutint, & partir de 1674, a Philippe de Pokanoketetque Washington si merveilleusement racontée, c'était, sur sre de chaque colonie, la long de ses fleuves, i bois, une lutle de chaque instant : petite B meurtres isolés, de coups ,de fusil et de î couteau échangés chaque jour, à chaque e perfidies et de surprises, dans laquello ssait l'homme blanc et dans laquelle s'usait
rouge. Celui-ci prenait en même temps les l'envahisaeup, ses maladies, ses faiblesses ; lait, la race reoalait, et le jour approchait ancs seraient seuls maîtres et seuls habi- ,re les Alleghanys et la côte.
;haîne, ces « Montagnes Bleues u, les cololaises ne les avaient pas encore dépassées, s regardaient au delà avec intérêt et inquiéicun danger n'y menaçait leur présent ; mais ait quelque chose qui eût pu les priver de air.
là de cette chaîne s'ouvre l'immense plaine, boisée, puis nue^ct verte, le bassin du Misa Prairie. Le Mississipi la traverse du nord ses afQuents de rive droite, ceux qui . des Montagnes Rocheuses, sont de mauivières qui traversent un mauvais pays; hio et tous ceux qu'il recueille, le Tennessee, sb, traversent un pays riche en bois, riche
riche en mines, fertile, giboyeux et sain,
qui tend aujourd'hui de plus en plus à devenir le centre des États-Unis. Or ce pays, limité à Touest par les mauvaises terres de la rive droite, qui appartenaient noarinalement à l'Espagne, limité à l'est par les Alleghanys, qui en séparaient lés treize colonies, n'était séparé, ni au nord ni au sud, des possessions de la France. Le pays des grands lacs canadiens et le bassin nord-est du Mississipi sont une seule région naturetle ; et le « Père des Fleuves » vient finir sur la terre, alors française, de la Louisiane. Le Canada avait toujours été, pour les colonies anglaises, un ennemi craint et détesté ; la Nouvelle-France faisait à la Nouvelle-Angleterre une dangereuse concurrence. Dans les guerres de Louis XIV, on s'était battu sur le Saint-Laurent et THudson comme sur le continent et dans les mers d'Europe. La France, presque toujours, abandonna ses colonies à ellesHUÔmes ou ne les secourut pas assez; néanmoins, conduits par des hommes comme Frontenac, Hertel et Vaudreuil, presque toujours alliés des Indiens qu'ils traitaient du moins comme des hommes, les colons français s'étaient défendus chaque fois avec avantage, et tous les désastres de la guerre de la succession d'Espagne n'avaient ôté à la France que TAcadie (1713). L'établissement de la Louisiane ne menaçait pas directement les Anglais; mais, depuis que Marquette, Jolie t, Cavelier de La Salle avaient exploré le bassin du Mississipi et suivi le cours même du fleuve, des communications
if . -^
étaient établies entre le Canada et la Louisiane : les trappeurs d'abord, puis des pionniers, puis quelques colons et des forœs régulières s*étaient engagés dans le bassin de TOhioetde ses affluents ; des forts s'étaient élevés ; Tun d'eux, le Fort Français, était au confluent de la grande rivière avec le Mississipi ; il ne fallait plus qu'occuper quelques étapes le long du fleuve jusqu'à la Louisiane, pour qu'une chaîne non interrompue reliât les deux colonies françaises.
L'aventure financière de Law attira l'attention sur ces territoires, et, si les brouillards du Mississipi ne purent être résolus en pluie d'or, du moins s'habitua-t-on à regarder vers la Nouvelle-France. Il est certain que le gouvernement de Louis XV a perdu, par son incurie, l'empire colonial de la France, en Amérique comme aux Indes ; mais le gouvernement actif de Louis XIV n'avait pas beaucoup réussi : Colbert lui-môme y a perdu sa peine. Les Français n'ont su rien faire [alors : très-peu essayaient de coloniser, très-peu réussissaient à le faire ; et cependant, comment oser dire encore qu'ils ne savent pas vivre en colonies, quand on voit ce que sont devenus ceux d'entre eux qui, au Canada, subissent depuis cent ans la domination anglaise ? Jamais champ plus beau n'a été ouvert h l'activité d'hommes hardis, et dans des conditions meilleures, que l'Amérique du Nord pour les Français : s'ils eussent occupé, défendu et surtout peuplé sérieuse-
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ment ce magnifique bassin du Mississipij que les colons anglais n'atteignaient pas encore, ils eussent enfermé entre FAlleghany et la mer les treize colonies encore faibles, ils les eussent étouffées, et, au besoin, jetées à la mer ; c'eût été à eux, ensuite, dô poursuivre la marche vers l'ouest, et sans doute qu'aujourd'hui notre langue et notre race, peutêtre même notre drapeau, régneraient à San-Francisco, à Saint-Louis et à Nev^-Yorkl II semble que les colons anglais aient vu combien leurs ennemis avaient la partie belle s'ils portaient assez de forces là où elle devait se jouer. Aussi luttèrentils contre eux avec un acharnement implacable ; rien ne leur coûtait; pendant la guerre delasuccession d'Autriche, ils firent de grands efforts ; soutenus par une .flotte anglaise, ils prirent Louisbourg dans l'île du Cap Breton. Il fallut la rendre, en 1748, à* la paix d'Aix-la-Chapelle; mais, tandis que cette paix faisait poser les armes à toute l'Europe, elle ne mit fin qu'en apparence à la lutte en Amérique. Depuis assez longtemps déjà, la colonisation anglaise franchissait les AUeghany s, chaîne très-aisée à passer et qui ne forme pas une barrière : elle rencontrait sur le Tennessee et l'Ohio les pionniers et les soldats de la France, et des coups de fusil furent plus d'une fois tirés. C'est par ces hostilités mal définies que commença la guerre de sept ans, bien avant que les armées fussent mises en mouvement en Europe ; à ces luttes obscures se rattache le triste souvenir
de Villiers de Jumonville, lieutenant-colonel dans Tarmée française, qui fut tué, quoique parlementaire ; George Washington, major dans les milices virginiennes, commanda le feu ! Sur mer, il en était de même : longtemps avant que l'Angleterre, remplaçant par une grande piraterie la déclaration de guerre qu'échangent d^ordinaire les peuples civilisés, eût enlevé une escadre française et trois cents bâtiments marchands, ses colons couraient sus aux bateaux de commerce et de pêche.
Cette lutte contre un ennemi commun rapprochait les colonies ; mais elles avaient un autre ennemi contre lequel Tunion et la résistance étaient encore plus nécessaires. La dynastie de Hanovre n'avait pas, sur la question coloniale, d'autres idées que celles des Stuarts, et le peuple anglais, souvent mal d'accord avec le gouvernement, était, sur cette question, d'un avis tout à fait semblable. L'Angleterre ne considérait pas ses colonies comme des membres de son propre corps ; elle n'y voyait qu'un grand marché, d*où elle tirait des matières premières et où elle écoulait ses produits. Elle s'y réservait le monopole du commerce et de l'industrie, comme aux premiers temps. Ne pensant pas que l'accroissement de leur population et de leur territoire pût leur donner des droits nouveaux, elle gardait pour elle celui de régler leurs affaires économiques, et, ce droit, elle l'exerçait avec une rigueur extrême, sans aucun souci de leurs intérêts, s'efforçant même de
les gêner, afin qu'elles ne lui fissent pas concurrence. Pas de manufactures, pas de forges, pis de trafic avec le dehors. En 1719, défense de transporter les chapeaux de castor, non pas seulement à l'étranger, mais de plantation à plantation ! En 1732, la défense est aggravée : on ne pourra pas charger des chapeaux sur un chariot, sur un cheval, sur un bateau ; un chapelier ne pourra avoir plus de deux apprentis. Pour tout le reste, c'était de même ! Il ne restait qu'un pas à faire, taxer directement les Américains; et plus d'un y songeait en Angleterre, afin de faire disparaître ce que les colonies avaient d'indépendance en les privant du droit fondamental du citoyen anglais, qui est de ne payer aucune taxe sans l'avoir votée à l'avance par lui-même ou par ses représentants. iMais le gouvernement de Waïpole ne voulait pas de cet acte si grave : non qu'il crût devoir respecter dans leurs droits les colonies d'Amérique, mais parce qu'il ne voulait pas, en les troublant profondément, gâter pour longtemps un si bon marché. Pitt, quoique son adversaire, pensait là-dessus à peu près comme lui : il ne voulait pas non plus que l'on taxât les colonies ; mais, ajoutait-il, « si l'Amérique s'avisait de fabriquer un bas ou un clou de fer à cheval, je voudrais lui faire sentir tout le poids de la puissance anglaise! » L'acte de navigation était toujours le fondement de la politique de l'Angleterre ; les gouverneurs coloniaux devaient jurer de le faire observer, à peine d'être privés de leur
unis d'une amende énorme; Pitt le u le Palladium du commerce anglais ».
î treize colonies, organisées, peuplées, es entre elles, sentant leurs forces et ira droits, ayant déjà derrière elles un ît honorable, se trouvent en présence de e au milieu du dix-huitième siècle, îontre les Indiens ne peut plus arrêter blanche ; la lutle contre les Frangais va .erminée par la chule du Canada : les .uront plus rien à craindre, et cepen- 5lropole, loin de respecter mieux leurs rétendre les assujettir à une domination njuste. Dès lors, la lulle éclatera; l'An- 'dra son empire, non pour l'avoir abanne la France, mais pour avoir voulu le lu : les États-Unis vont naître.
L AFFEIANCHISSEMENT.
! de l'affranchissement des colonies i l'Amérique du Nord comprend deux si pleines d'intérêt, aussi fécondes en nts l'une que l'autre. La première est ^«Heymrfijue entre les opprimés et les lutte curieuse , dans laquelle les
Américains épuisèrent toutes les ressources du droit et de la raison, et se défendirent avec, logique, énergie, et aussi avec un sang-froid peut-être plus admirable encore. La seconde période, qui commence en 1775, comprend la Guerre de P Indépendance : menacées, les colonies repoussent la force par la force, et, soutenues par la France, sont victorieuses. C'est dans cette seconde partie, qu'après avoir vainement épuisé tous les moyens légaux pour concilier avec leurs droits les plus nécessaires la fidélité au souverain-, les colons renoncent enfin à cette tâche impossible, et proclament leur indépendance que le monde entier reconnaît.
Lorsque éclata la guerre de sept ans, les colonies s'y jetèrent avec ardeur : elles n'avaient qu'un but, qu'une pensée, chasser les Français de la vallée de l'Ohio, et atteindre les Grands Lacs, pour couper le Canada de la Louisiane, avant de l'attaquer luimême. Mais elles n'entendaient pas travailler pour rien ; Franklin, qui représente à ce moment, dans ce qu'il eut de plus sensé et de plus ferme, l'esprit du peuple américain, proposait d'élablir une union plus intime que jamais entre les colonies et l'Angleterre ; seulement, ce qu'il demandait parut monstrueux dans la mère-patrie : représentation des. colonies dans le Parlement, abolition du monopole, suppression des privilèges commerciaux, égalité complète entre les Anglais de l'Amérique et les
AfEBÇU UÉNUBAL lais de • l'OId Englandl » Du moins, il eût lu que les colonies s'unissent entre elles, et un j;rès se réunit à cet effet à Albany. Là, Franklin ■nit aux représentants un projet de confédéra-
; mais ils t'accueillirent assez mal, trouvant i accordait trop à la prérogative royale, tandis . Londres on trouvait qu'il était trop démocrae. Cela se passait au mois de juin 1754. La ■re qui commença alors fit plus pour l'union des nies que les plans des hommes d'État : leurs ces servirent ensemble; elles concoururent ; Abcrcrombie et Loudoun à ces premières cam- 3es du Canada si désastreuses, puis, sous les es de Wolfe, à la bataille de Québec, et enfin, ; Amberat, aux dernières opérations de la cone de la Nouvelle-France. Elles y prirent l'habi- : de la guerre et l'habitude d'être ensemble, ranklin avait passé une partie du temps de la •re en Angleterre, où la Pensylvanie l'avait )yé pour soutenir ses intérÉls. Il n'avait cessé citer les Anglais à chasser les Français d'Amée, voulant ouvrir un champ libre sur tout le inent h ses compatriotes, et réfléchissant peut-
aussi que, délivrés de l'ennemi étranger, ils ient plus forts contre l'oppression de la Wétro- , qui ne pourrait plus couvrir sa tyrannie du
de protection. Or, en 1760, la chute delà Nou- -France arriva comme à souhait, itte date de 1760 est une date capitale dans
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l'histoire des États-Unis. C'est alors que la question se pose entre le Métropole et les colonies ; l'itt, qui a refusé d'attenter aux droits de celles-ci, tombe, et lord Bute le remplace. Les Américains, débarrassés des Français, commencent à sentir clairement qu'ils n'ont plus besoin de l'Angleterre ; l'Angleterre, qui voit la guerre finie dans l'Amérique du Nord et tournant bien pour elle sur toutes les mers du monde, croit n'avoir plus besoin du bon vouloir des colonies, L'Angleterre a besoin d'argent, la guerre a porté sa dette à 146 millions de livres sterling, et elle va vouloir tirer un revenu direct des colonies. Les Américains commencent à se demander « de quel droit le Parlement anglais prélève des impôts sur le pays, puisque le peuple américain n'a aucune part à la représentation nationale. »
La lutte commença dès l'arrivée de lord Bute aux affaires. Cet ancien précepteur du roi, homme têtu et à idées étroites, fit expédier en Amérique un ordre du conseil prescrivant de faire exécuter les actes du commerce avec la plus grande rigueur : ordre était donné d'entrer, même par force, dans toute maison ou boutique pour y rechercher les marchandises étrangères ou qui n'auraient pas acquitté les droits. Un avocat de Boston, James Otis, osa déclarer l'ordre illégal, comme attentant à la liberté du home, la plus précieuse pour un Anglais; puis, dans le même pamphlet, passant au
fond de la question même, il trouva la formule de la situation dans un mot à la Sieyès : « Impôt sans représentation, c'est tyrannie ! » Beaucoup de juges ayant résisté, la Couronne déclara révocable le Chief-justice de New-York, voulant atteindre les colonies dans leur garantie la plus nécessaire, Tina-, movibilité du pouvoir judiciaire suprême.
Toutes ces mesures se rattachaient à un plan d'ensemble qu'avait conçu Charles Townshend, le président du bureau de commerce, et qu'il déclara au grand jour après la paix de 1763. Il proposait de tirer des colonies un revenu direct^ dont la quotité serait fixée par la Chambre des communes d'Angleterre, et dont les fonds serviraient à payer les gouverneurs, les officiers royaux, et tous les juges et fonctionnaires, qui dépendraient ainsi du roi ; une partie serait affectée au paiement d'une part de la dette nationale, cette dette ayant surtout été accrue, disait-on, par les nécessités d'une guerre faite pour les colonies. C'était déchirer d'un seul coup toutes les chartes coloniales, et en même temps violer tous les principes sur lesquels repose l'état social et politique de l'Angleterre, au détriment de sujets trèsfidèles, qui n'avaient d'autre tort que de résider à quinze cents lieues de Londres. Nais on comptait réussir facilement : vingt régiments eussent été cantonnés dans les colonies d'Amérique, payés et entretenus par elles, avec mission de leur imposer le nouvel état de choses et de faire exécuter sévère-
meiat F Acte de navigation. En exécution de ces projets étaient préparées un certain nombre de taxes. Les colons avaient reçu avis que le gouvernement voulait en flnir avec la « vieille désobéissance aux volontés royales. »
C'est contre l'exécution de ce plan, poursuivie avec persistance par presque tous les ministères, que les Américains se défendirent pendant plus de quinze années, sans passer un seul instant de la défensive à Tattaque, sans sortir de la légalité, sans cesser d'être des sujets loyaux, jusqu'au jour où un droit nouveau sortit, pour les opprimés, de l'emploi de la force ouverte par un pouvoir oppresseur.
Tov^nshend avait préparé un bill pour établir le droit du timbre en Amérique; il n'eut pas le temps de le porter aux Chambres, lord Bute ayant quitté le ministère le 7 avril 1763.
George Grenville, successeur de lord Bute, reprit le même projet. Franklin et trois autres délégués vinrent alors en Angleterre : ils obtinrent que le bill du timbre ne serait pas présenté en 1764, mais ils n'obtinrent rien de plus. Les colonies reconnaissaient, disaient-ils, que l'Angleterre avait fait des frais pour les défendre dans la dernière guerre et pour les délivrer d'un ennemi dangereux : aussi offraient-elles de lui venir en aide de leurs deniers, si on leur demandait de le faire; mais quant à se laisser taxer, elles ne le pouvaient en aucune manière. Grenville répondait qu'il ne tenait pas à l'acte
APERÇU GICNKKAL ; que, si les colonies voulaient payer de lire manière, il proposerait volontiers au les taxes qu'elles auraient imaginées, t faire tourner la question dans un cercle 'une part, en effet, les Anglais tenaient moins à l'argent qu'auraient pu donner s, et que d'ailleurs elles offraient, qu'à
droit du Parlement de voter l'impôt des et, d'autre part, les Américains s'inquié-
du nom et de la forme de la taxe, tenant ifBrmer leur droit de n'être iaxés en auière par un Parlement dans lequel ils DBS de représenlants.
irt ces sentiments n'apparaissent mieux le célèbre traité d'Otis, a Les Droits des iglaises. » Ce n'est pas seulement contre
deTowDshend et l'établissement, par un
anglais, d'un impôt direct en Amérique, ■e; c'est aussi contre les taxes intérieures, entre les taxes extérieures, que l'on avait que-l& : la distinction, disait-il, n'a pas ent; le Parlement n'a pas plus le droit de nmmerce américain au dedans qu'au is plus que d'établir un impôt direct, le tout acte de lui « contraire aux prinimentaux de ia Constitution anglaise est in droit. »
lu timbre, a Stamp Act, n provoqua, aux }, une vigoureuse apostrophe d'un homme
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qui connaissait les colonies, le colonel Barré, qui avait servi avec Wolfe ; rien n'y fît : il passa le 27 février, et, le 8 mars, fut adopté par les lords.
Ce fut avec une profonde émotion, une grande colère, et une volonté ferme de résister à tout ce qui serait contraire aux lois, que la majorité des Américains accueillit l'acte des Communes anglaises. La plus ancienne des colonies, la plus semblable à l'Angleterre, la plus riche en gentilshommes, la plus anglicane de toutes, la Virginie elle-même, r « Old dominioriy » comme on l'appelait, donna l'exemple à ses cadettes. Entraînée par un jeune avocat, Patrick Henry, sbn Assemblée vola cinq propositions qui affirmaient toutes les franchises coloniales, et particulièrement le droit de la Virginie à n'être taxée que par elle-même, suivant les deux Charles accordées par Jacques !*-'. La législature du Massachussètts, qui avait déclaré que jamais elle ne reconnaîtrait a au Parlement de la Grande-Bretagne le droit d'imposer un peuple non représenté dans la Chambre des Communes » , refusa au gouverneur Barnard une promesse de soumission. Le 6 juin, Otis lui proposa la réunion d'un Congrès américain. L'idée, d'abord peu accueillie, fit bientôt son chemin dans la presse, et surtout dans l'opinion; et, malgré les hésitations d'un grand nombre de colonies, quand la Caroline du Sud eut donné le signal, toutes se décidèrent, sauf la Caroline du Nord, et, le 7 octobre 1765, le Con-
APERÇU GÉNÉRAL Sunit dans la ville de New- York. Oadsden par un mot qui marqua, pour ainsi dire, ent d'un nouveau peuple, quand il dit, :;alnie que lui donnaient des convictions et une grande fermeté d'esprit : « Il ne )lus y avoir parmi nous d'hommes de la -Anglelerre ou de New-York, mais des us seulement. »
□duite de ce Congrès fut d'une sagesse ible. Le 19 octobre, il vota une « Déclaradroits et des griefs des colonies, » déclau'on a souvent, sans la bien connaître, ée de la Déclaration desDroitsde l'Homme faite, en France, vingt-quatre ans après, ie ce document est tout différent: rien de rien d'absolu: il ne s'agit pas de proclamer 1 de l'homme, être métaphysique et absles fondant sur des idées et sur des raisonmétaphysiques ; il s'agit de réclamer pour i les droits qu'ils possèdent comme Anglais, herchant la solution de quelques diflicultés !. Dans deux mémoires adressés aux Lords )mmunes, ie Congrès revendique pour ses ires tous les droits du sujet anglais, dont Técieux est de n'être taxé que de son aveu ; iolons ne sont pas représentés dans la des Communes. Mais, d'autre part, dans le, ils ne peuvent pas y être représentés :
résentanis naturels, ce sont les législateurs
qu'ils élisent, et qui seuls, constitutionnellement, ont qualité pour les imposer.
En même temps, partout surgissaient des associations patriotiques, dont le but était de cesser d'importer et de consommer les marchandises anglaises, aussi longtemps que le Slamp Act serait maintenu.
Au milieu de ces difficultés, Grenville fut remplacé au ministère par lord Rockingham ; la question du Stamp Act fut portée de nouveau aux Communes, et Pitt parla contre lui : Tacte fut rappelé, à.grand'peine,le5 mars 1766 ; mais, en même temps, fut votée une déclaration par laquelle le Parlement affirmait son droit de régler le commerce des colonies et d'exercer sur elles tout pouvoir. Franklin, interrogé h la barre des Communes, avait déclaré que ses compatriotes ne céderaient pas, et sauraient se passer, aussi longtemps qu'il le faudrait, des importations de l'Angleterre .
L'Amérique fit éclater un enthousiasme immense au moment du rappel de l'acte, mais cet enthousiasme dura peu. L'Angleterre, en effet, conservait un droit qui n'avait pas plus de raison d'être que celui auquel elle renonçait : pourquoi, pensaient les Américains, les marchands accepteraient- ils d'elle des charges qui frappent leur commerce? Leurs propriétés ne doivent-elles pas être respectées comme celles d'une autre nature que possèdent les autres pitoyeiîs? La-question n'était pas cbe^ngée, puisque
APERÇU GÉNÉRAL -t de droit fondamental n'était pas, une fois >utes, résolu.
, devenu lord Chatham , succéda h lord igham en juillet 1166. Si les Américains : pu prévoir ce que serait pour eux son minis- L Caroline du Sud ne lui aurait pas voté une après le rappel du Slamp Act ! Pilt, en effet, )ngé de goutte, et sa maladie laissait libre e aux ennemis les plus irréfléchis des Amé- . Townshend, chancelier de l'Échiquier, 3on plan; il prépara, pour les colonies, toute rie de taxes, sur le verre à vitre, le papier, leurs, le thé : l'ensemble fut appelé Loi de '.Ces taxes étaient misérables : à elles toutes, l'eussent rapporté qu'un million; mais leur ition eût suffi pour établir le droit du Parle- . 'Angle terre.
t à peine besoin de dire que l'acte du timbre guère été plus mal reçu qu'elles ne le furent. mphlels célèbres parurent. Dickinson, avocat iranien, publia ses «Lettres d'un Fermier de mnie aux habitants de l'Amérique du Nord. »
mblée du Massachussetts, prenant décidé- 1 tête du mouvement de résistance, fit rédiger muel Adams une Pétition au Roi, oîi elle int encore une fois la Constitution anglaise et rtes, contrats entre la royauté et les colonies, t-ce pas, ajoutait- elle, une taxe déjà assez que celte obligation des colonies de n'acheter
que des marchandises anglaises, alors que, sur un marché libre, les planteurs achèteraient 20 0/0 mcans cher? C'est une véritable taxe, quoique indirecte, et qu'i>n peut évaluer à 400,000 livres sterling sur les 2 millions sterling de marchandises anglaises consommées dans les plantations. On en peut dire autant des articles que les colons ne peuvent vendre qu'aux Anglais. » L'Assemblée adressa à toutes les colonies un appel qui fui entendu (1768).
■^ Mais le gouvernement anglais était résolu à ne pas céder. Le général Gage, commandant en chef de l'Amérique du Nord, reçut Tordre d'envoyer de Halifax à Boston deux régiments et quatre vaisseaux de guerre : nouvelle violation des chartes ! L'irritation fut à son comble; les magistrats civils refusèrent des billets de logement, et quand, insultés, les soldats firent usage de leurs armes, il fallut les confiner au château. Mais le Parlement s'obstinait : on ressuscita contre les rebelles un vieux statut du temps d'Henri VHI, en vertu duquel on pouvait transporter les prévenue en Angleterre et les soustraire au jury. Des persécutions furent dirigées contre de zélés patriotes : Franklin se vit enlever sa charge de post-mas ter- gênerai.
Contre toutes ces violences, les Américains n'usaient que d'une arine : ils n'achetaient plus d'articles anglais. C'était un rude sacrifice dans un pays qui n'avait pas une manufacture, et ohe? une race
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d'hommes pour qui le thé est un aliment de chaque jour. Imaginer que le peuple français se prive de i-ninnnadeet de vinl
gouvernement anglais recula, Lord North, 1 premier ministre en 1770, proposa le rappel i les droits ; mais il y avait une limite au î laquelle l'Angleterre ne voulait pas reculer : t sur le thé fut maintenu, pour que la supédu Parlement demeurât affirmée. Les coloeprirent alors leur commerce avec l'Anglele thé excepté. Leur résistance sur ce point ilnait plus une privation insupportable ; car, le étendue de côles de 2,000 milles, la contre- , regardée comme une œuvre patriotique, tiquait dans d'immenses proportions, gouvernement imagina alors de faire transpar la Compagnie des Indes en Amérique es exempts de droits, et, en 1773, trois naviisi chargés arrivèrent à Bosfon. Mais là était d Adams et le principal foyer de résistance, décembre, après plusieurs semaines de foris et de difficultés, cinquante hommes, dégui- Mohicans, aboi-dèrent les navires, et jetèrent dans la mer en présence de sept mille per-
îtte nouvelle, l'irritation fut à son comble en terre; le 7 mars, Georges I" signala dans nessage aux Chambres « les violences et ces commis à Boston pour empêcher le ooui-
DE L'HISTOfRE DES ÉTATS-UNIS 51
merce du thé ». Le i 4, lord North 3t passer un bill qui était presque une déclaration de guerre, le Bill du port de Boston : la charte du J/assachussetts était abolie, le port interdit, la ville bloquée, et le général Gage, nommé gouverneur civil de la province.
Les Bostoniens, malgré la garnison anglaise, résolurent de résister, et toujours par le môme moyen : ils invitèrent toutes les colonies à s'abstenir comme eux de commercer avec la Métropole jusqu'à ce que le bill fût rappelé. Les sentiments les plus tumultueux agitaient les populations américaines : les uns, comme Samuel Adams, déclaraient rompus les liens qui unissaient les colonies à TAngleterre ; les autres, comme Washington, songeaient seulement à redresser les griefs, mais par tous les moyens possibles : Washington offrait de lever à ses frais un régiment de mille hommes. En attendant, ridée d'un congrès renaissait partout : une nouvelle assemblée se réunit à Philadelphie, le 5 septembre 4774.
Le 14 octobre, le Congrès vota une déclaration solennelle des droits. Il y faisait appel au droit naturel, à la Constitution anglaise et aux chartes coloniales, ne demandant au reste rien de plus que ce qu'on réclamait jusque-là; dans des adresses multipliées il protestait de sa fidélité au roi, de son dévouement à la patrie anglaise, mais en même temps et toujours de son attachement ^ux droits
des colons. Franklin fut de nouveau envoyé en Angleterre. Dans ce congrès, les partisans de Tindépendance n'étaient qu'une minorité impuissante. Quand Henry s'écriait : « Je ne suis plus un Virginien, je suis un Américain ! » il ne persuadait pas tout le monde ; et quand Samuel Adams demandait ^a séparation, il n'était pas suivi par ses collègues. Pendant ce temps, en Angleterre, la question des Ctolonies d'Amérique passionnait de plus en plus les débats du Parlement, et elle y prenait la physionomie qu'elle devait garder jusqu'à la fin. Les élections de 1774 s'étaient faites dans un esprit trèshostile aux Américains ; lord North, sûr de la majorité, put agir contre eux à sa guise ; Fox, Burke, dans la Chambre des communes, lord Chatham, dans la Chambre des pairs, firent entendre en vain leur éloquence. Quand le Parlement se réunit en janvier 1775, Franklin, menacé, avait déjà quitté l'Angleterre ; des troupes furent enibarquées et dirigées vers T Amérique.
Bientôt, en effet, s'y produisit l'événement désiré par les uns, redouté par les autres, attendu par tous avec une anxiété émouvante, le premier acte d'hostilité ouverte entre Anglais et Américains. Ce ne fut pas une bataille, ce ne fut même pas un combat : Gage envoya 800 hommes détruire un magasin de munitions qu'on lui signalait à Concord : ils furent harcelés dans leur retraite par les milices dû pays, perdirent du monde, et reculèrent poursuivis
jusque sous les canons de Boston. Ce fut tout ; noais cette échauffourée eut un immense résultat moral : on formait donc deux peuples ; les soldats avaient osé tirer sur les gens de Lexington assemblés à rentrée de leur bourg ; les milices avaient osé marcher contre la troupe royale, et l'avaient vu battre en retraite devant elles ; il y avait désormais du sang versé sur le champ de bataille entre Anglais et Américains !
Avec l'affaire de Lexington commence la guerre. De tous côtés les milices s'assemblent, en quelques jours Boston est bloqué. Le 10 mai 4775, un congrès se réunit à Philadelphie, lève une armée, nomme Washington généralissime, mais en même temps rédige une adresse au roi et au peuple anglais : Penn, descendant du légilasteur de la Pensylvanie, va la porter à Georges III. Mais le ministère anglais, sous le coup de la nouvelle de la capitulation de Boston, qui ne tarde pas à se rendre, enrôle et dirige sur l'Amérique 17,000 mercenaires alle^ mands avec 38,000 hommes de troupes anglaises.
Ce fut le dernier coup qui brisa le lien entre les cojonies et l'Angleterre : en appelant des étrangers dans la lutte, celle-ci traitait les colons en étrangers, ils résolurent d'accepter la situation qui leur était faite. Déjà, dans une brochure intitulée le Bon Sens y et qui fut tirée à 100,000 exemplaires, Thos. Paine montrait tous les liens déjà depuis longtemps rompus, den^andait que le mot suivît la
*PERÇU GÉNÉRAL 136 ; o Anglais, disait-il, vous êtes esclaves ; fez Américains, citoyeDS libres d'un état indéadant! » Déjà le Congrès avait ordonné de îltre sur les drapeaux des milices treize bandes ernativemeni rouges et blanches. Après des disîsions orageuses, il nomma enfin, sur la propoion de Henry Lee, un comité chargé de rédiger edrclaralion solennelle d'indépendance : Franklin, Terson, John Adams, Roger Sherman, Philip ^ingstone composèrent le comité.
C'est JefTerson qui presque seul rédigea cet acte èbre. Le Congrès le revit, l'amenda, en retira un ,icle relatif h. l'abolition future del'esclavage poilr pas effrayer les États du Sud, et le publia le 4 llet 1776. Les treize colonies, après y avoir énu- ;ré leurs griefs et rappelé l'histoire de leurs derires années, déclarent renoncer « à toute allémce envers la couronne d'Angleterre, n Bientôt 33 se constituèrent en république fédérative. Elles iQent des pouvoirs étendus à un congrès central; 13 se garantissent les unes aux autres leur liberté érieure et. le droit de se donner un gouvernent, pourvu qu'il ne soit pas une monarchie héréaire. Tandis que le Congrès complétait, de 1"I76 778, par cette ébauche de constitution, la déclaion d'indépendance, lord Howe arrivait d'Anglere avec la mission de tout concilier ; mais il était p tard, malgré la défaite de Washington à 3oklyn et la perte de New- York, le Congrès,
décidé à tout, investit Washington de la dictature militaire et continue la guerre avec ardeur.
Cette guerre, devenue la Guerre de l'Indépendance, est restée dans les souvenirs du peuple américain comme la période héroïque de son histoire ; et, grâce à la part que la France y a prise, elle n'est guère moins connue chez nous. Les noms de Lafayette et de Washington demeurent associés pour toujours dans une union légendaire.
Washington y fut très-grand. Chef d'une armée composée de gens dont pas un n'était soldat, investi la plupart du temps d'une autorité insufQsante, sans moyens de payer et bien souvent de nourrir ses troupes, il ne perdit jamais courage. Et cependant, quand Franklin partit pour la France, la situation élait bien fâcheuse. Après la prise de Boston, on avait voulu tout faire à la fois : mais le corps qui devait conquérir le Canada, avait été repoussé avec perte; Washington était vaincu, et le Congrès obligé de se retirer à Baltimore (décembre 4776).
Lorsque Franklin arriva à Versailles, il y avait déjà longtemps que la France avait les yeux fixés sur les États-Unis. Par haine pour l'Angleterre, par enthousiasme pour les idées de liberté et de révolution qui fermentaient alors en Europe, tout le monde souhaitait leur succès. La noblesse même, qui, dans le même temps, s'associait aux philosophes dans une lutte bien imprudente contre Vordre
de choses établi, se sentait attirée vers leur cause par générosité et par mode. Franklin excita à Paris un véritable enthousiasme. Le jeune marquis de La Fayette frète un vaisseau et s'échappe pour aller combattre en Amérique; Beaumarchais, publiquement, y envoie des cargaisons d'armes; une foule de volontaires passent l'Océan. Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères, sympathique dès le commencement à la cause des ennemis de l'Angleterre, envoie en Amérique un agent, M. de Bonvouloir.
Mais la marche de la guerre n'était pas faite pour décider à une alliance un gouvernement qui avait tant de motifs d'agir avec prudence. Washington, souvent vainqueur, ne pouvait profiter de ses succès avec une armée comme la sienne, qu'il n'avait aucun moyen de retenir sous les drapeaux. Si, par sa victoire de Trenton, il ramenait le Congrès à Philadelphie, il perdait de nouveau cette ville par sa défaite sur la Brandy v^'ine, et se faisait battre à Germantown en essayant de la reprendre (1777). Heureusement pour la cause américaine, le corps d'armée qui venait du Canada, pour faire sa jonction avec Howe ainsi victorieux, était conduit par Burgoyne, général vaniteux et imprudent, qui se laissa cerner à Saratoga par le général américain Gates, et fut forcé de mettre bas les armes.
La capitulation de Saratoga décida, non seulepnent de la campagne de 4777, mais de la fortune
de la guerre; car elle amena la France à inlervenir. Louis XVL malgré les scrupules qu'il éprouvait à secourir des rebelles, laissa Vergennes signer avec Franklin un traité d'alliance et de commerce, le 6 février 4778. L'Angleterre fut épouvantée; Pilt vint une dernière fois faire entendre sa voix à la Chambre des Pairs, et mourut brisé par refforL Lord North offrit aux Américains d admettre leurs députés dans la Chambre des communes; mais encore une fois il s'y prenait trop tard, et le Congrès ne voulut pas du Bill de Conciliation voté par les Chambres. La France avait déjà mis en mer la marine que Choiseul avait léguée au nouveau règne, les premiers coups de canon avaient été tirés par VArethusa et \di. Belle-Poule, la déclaration de guerre arriva au mois de mars.
Dès lors, d'autres inlérêts furent en jeu en môme temps que Tindépendance des colonies anglaises d'Amérique. La France, non contente de soutenir seule la glorieuse lutte maritime où les d'Orvilliers, les d'Estaing, les La Motte- Picquet s'illustrèrent, groupa contre l'Angleterre toutes les marines opprimées par ses prétentions despotiques. L'Espagne se déclara en 4779. En 1780, ce furent les puissances du Nord, Russie, Danemark, Suède, puis le Portugal, puis la Prusse, qui formèrent la ligue de la Neutralité armée pour résister aux tyrans des mers. La France, l'Espagne adhérèrent à la ligue, et, quand l'Angleterre eut déclaré la
guerre à la Hollande, il n'y eut plus une marine sérieuse dans le monde qui ne se trouvât en armes contre elle.
Menacée dans ce qu'elle a de plus cher, dans son empire colonial et dans sa domination sur les mers, l'Angleterre se défendit avec courage. Ses flottes, tantôt vaincues, tantôt victorieuses, ne cessèrent pas un instant de combattre sur toutes les mers, et, jusqu'en 1781, balancèrent à peu près la fortune.
Mais, cette année-là, de grands faits militaires décidèrent en faveur de ses ennemis l'un des points les plus importants, la question américaine. Malgré le secours de la flotte française et une victoire sur Howe à Montmouth, Washington n'avait reconquis, en trois ans, que Philadelphie : Long- Island et Savannah avaient été en vain attaqués, et les Anglais se fortifiaient dans les provinces méridionales, toujours plus royalistes que les autres. La flotte française s'étant momentanément retirée, Clinton quitta New- York, s'empara de Charlestown, puis de toute la Caroline du Sud, qu'il donna à garder à lord Cornwallis. Les Américains avaient alors deux armées : Tune, au nord, sous Washington ; l'autre, au sud, sous Gates. Celui-ci fut battu par Cornwallis à Campden : la campagne de 1780 tournait complètement en faveur des Anglais. Ils voulurent en profiter pour frapper un coup décisif; un corps de troupes partit de New-York, et, par la rivière James, pénétra au cœur de la Virginie,
fe
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tandis que Cornwallis se mettait en marche pour le joindre avec toutes ses forces et écraser ensuite séparément Tune ou Fautre des deux armées américaines. Mais celles-ci venaient de recevoir un renfort qui les mettait en état de soutenir la lutte : le comte de Rochambeau leur avait amené cinq mille hommes de troupes françaises et des officiers choisis. La Fayette, chargé par Washington de défendre la Virginie, montra ce qu'il avait appris dans deux années de commandement : il arrêta par d'habiles manœuvres la marche de Cornwallis, qui se retrancha dans Yorktown. Passant de la défensive à l'attaque, Rochambeau et Washington quittent THudson, joignent La Fayette sous Yorktown, et appellent le comte de Grasse, qui vient fermer avec sa flotte l'entrée de la Chesapeake : le 19 oc-
tobre 4781, Cornwallis, complètement cerné, capitule avec sept mille hommes.
Ce coup heureux termina la guerre. Green, successeur de Gates à Tarmée du Sud, avait reconquis la Caroline; Charlestown et Savannah furent bientôt évacuées, et il ne resta plus aux Anglais que la seule ville de New-York : Washington, posté sur THudson, les empêcha d'en sortir jusqu'au jour où la paix fut signée.
A partir de ce moment, la lutte est toute maritime, mais ce sont d'autres intérêts que ceux des États-Unis d'Amérique qui se débattent sur les mers. Ils essaient néanmoins leur marine naissante
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: Indes, vaincue dans les Anirtes les plus considérables, iccès consolaient, au moins îur-propre national : Rodney e Grasse aux Saintes, et le aqué depuis près de quatre jrs imprenable. Ces succès ouvernemcnt de George III i traiter sans s'avouer vaincu lie. Lord North n'était plus Tiars 1782, et le monde en inglelerre avait dépensé près îmi dans la lutle, l'Amérique e avait fait des sacrifices que ;3 finances lui rendait encore î et l'Empereur offraient leur
is ont reproché vivement aux icains, Adams, Gay, Laurens, l'avoir abandonné la France ir leur pairie, et traité b. part ique de permettre à celui-ci î forces contre les alliés de ont accusé M. de Verpennes laissé duper. Vergennes ne
pouvait ni prévoir, ni empêcher, ni même connaître une démarche diplomatique qui consistait à négocier ouvertement d'accord avec le gouvernement de France, et à signer en même temps, en cachette, des préliminaires séparés.
Ces préliminaires, consacrés le 3 septembre 4783
par la paix générale de Versailles, reconnaissaient hvmellement Vindépendance des États-Unis. L'Angleterre retirait ses troupes de New-York. Quinze ans de résistance légale et sept ans de guerre, vingt années de patience, d'efforts et de sacrifices avaient conquis aux populations américaines le droit d'être une puissance, comme elles étaient déjà une nation.