LES CRISES
Entre leur affranchissement et la guerre de la Sécession, qui est d'hier, les États-Unis, au dedans et au dehors, présentent peu de ces événements bruyants et extraordinaires qui attirent l'attention des historiens superficiels. Leur vraie histoire est dans le développement non interrompu de leur territoire, de leur population, de leur richesse, de leur puissance dans le monde. Leurs vrais textes historiques sont huit recensements décennaux.
a1>e:bçu général
emier recenssment, en 1790, dit le Stator Book, il n'y avait que 17 États, dont ind était la Virginie, avec une population I âmes, et le plus petit, le Tennessee, avec Ltion de 33,691. Au second recensement,
y avait 20 Étals ; le plus grand, la Virit 880,200 babitants,' et le plus petit, l'iai\. La Virginie tint encore la tête au re-
de 1810, avec une population de 974,601 1 le plus petit État, le vingt-quatrième, ïhigan, avec 4,762. Mais au quatrième, sur 27 Ktats, New-York avait pris la
,372,111 habitants, le Michigan demeumrs en arrière avec 8,765. Tous les puis cette époque, ont mis New-York ! la liste. Au cinquième recensement, en iltat avait une population de 1,918,6C8
et le vingt- septième et dernier était , avec 30',388. Le sixième recensement, jona 29 États, New- York étant le preï,428,921, et le Wisconsin le dernier avec aque-là, l'Union n'était composée que nf le district neutre de Colombie ; mais le îcensement, celui de 1830, ajouta 2 ter- I Nouveau-Mexique et l'Utah, aux 33 anta, dont le premier, toujours Newt 3,097,394 habitants, et le dernier, le
6,077. Au huitième recensement, 1860, Étals et 6 territoires, New-York conser-
vant le premier rang avec 3,880,735 habitants. » Ces recensements marquent avec exactitude le progrès constant des États-Unis. En 1790. ils renferment 3,929,328 individus, dont 697,697 esclaves. En 1800, 5,305,925 individus, dont 893,041 esclaves, et déjà 108,395 hommes de couleur libres. En 1810,7,239,8i4individus.dont!,194,364esclaves,et i «6,446 noirs libres. En 4820, 9,638,434 individus, dont- 1,538,038 esclaves, et 233,524 noirs libres. En 1830, 12,86.6,020 individus, dont 2,009,043 esclaves, et 319,599 noirs libres. En 1840, 17,069,453 individus, dont 2,487,453 esclaves, et 386,303 noirs libres. En 1850, 23,194 ,876 individus,dont 3,204,313 esclaves, et 434,449 noirs libres. En 1860, la population s'élevait à 26,975,575 blancs, 448,005 hommes de couleur libres, 3,979,741 esclaves : total, 31,443,324 habitants. C'est certes le cas de parler de Téloquence des chiffres, quand ils montrent un peuple qui est arrivé à s'accroître dans les derniers temps de cette période, relativement assez courte, de plus d'un million d'hommes par an! Au moment de la déclaration d'indépendance*, les habitants des treize colonies n'étaient certainement pas plus de trois millions...
Cependant les États-Unis n'ont pas marché pendant quatre-vingt-dix années sans traverser des crises sérieuses. L'une" djelles a attiré les regards du monde, parce qu'elle s'est manifestée par une guerre furieuse, dans laquelle l'Union a failli périr.
ivoir eu moins danger; et la leûple nouveau
les anciennes it fort embard'elles-môraes.
ands sacritices ît par les parait épuisé; de ni pûtlravailler
le de l'oppres- Américains un
ne pouvaient ition nouvelle,
ttNDÎs millions
ncore à croire lème en AmécouGance aux naux.
datait rien qui
rois puissances Tal : le congrès,
re de sa part lendancG, était
depuis assez longtemps réunie pour être devenue en quelque manière distincte de la masse des citoyens. Elle avait maintenant ses pensées à elle, ses habitudes, ses intérêts, qui, du reste, n'étaient pas respectés : Washington avait eu grand^peine à obtenir, en 1780, que les officiers, une fois licenciés, jouiraient d'une demi^solde; le Congrès ne se hâtait point d'exécuter cette promesse ; un arriéré considérable était dû. L'armée, mécontente du gouvernement, devenue distincte de la nation, n'ayant pour le Congrès aucune estime, se trouvait vis-à-vis de lui un peu dans la même situation que celle de Cromwell vis-à-vis du Long-Parlement. Il n'est pas bien étonnant qu'elle ait songé à agir de même, qu'en 1782 quelques officiers eussent insinué à Washington qu'il pourrait parvenir au trône, et que, après la paix faite, le colonel Lewis Nicola soit - venu, au nom des troupes, lui offrir la royauté.
Le Congrès avait été; pendant toute la guerre de rindcpendance, le seul pouvoir fédéral. Mais ses attributions n'étaient pas fixées et son pouvoir était presque nul. Ce pouvoir, il ne le tenait d'aucun acte formel de la nation ; il reposait seulement sur un consentement tacite des divers États et sur l'adhésion passive de chaque citoyen. Le Congrès avait cependant essuyé de régulariser sa situation et celle de TUnion dans son ensemble, et il existait quelque chose qui pouvait passer pour une constitution. La Déclaration d'indépendance et les Articles
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de confédération et union perpétuelle de 1778, acceptés par les divers États de 4778 à 178J, avaient dû créer un état régulier; mais cet état n'était que la confusion légalisée. Le Congrès n'était pas maître de lui-même : chaque État y avait un égal suffrage, quelle que fût sa population, •quelle que fût son importance ; il fallait, sur treize États, que neuf fussent d'accord pour qu'une décision fût prise ; et, le vote fait, il n'existait aucun moyen d'imposer la résolution prise aux États qui ne l'avaient pas votée. Le Congrès, à plus forte raison, n'était pas le maître dans l'Union ; ses attri" butions législatives et administratives étaient tout à fait illusoires : il ne pouvait lever ni taxes ni troupes ; il pouvait seulement les voter ; et, quand il les avait votées, c'était aux États à les lever, s'ils le jugeaient bon, car personne ne pouvait les forcer à le faire. Il était évident pour tout le monde que c'était là l'impuissance organisée, et le Congrès était attaqué de toutes parts.
Washington jouissait d'une popularité personnelle immense. L'armée s'était habituée à voir en lui son représentant, et il avait été pendant huit années son intermédiaire et son défenseur visà-vis du Congrès. Les peuples avaient encore presque universellement pour lui cet enthousiasme, souvent bien court, mais toujours aveugle, qu'ils ont partout pour les hommes sauveurs.
p'pst Washington qui a sauvé la République
américaine naissante : d'abord, en refusant la royauté, que personne peut-être n'aurait pu l'empêcher de prendre ; ensuite, en ménageant une transaction entre le Congrès et l'armée, dont les justes réclamations furent admises et qui se laissa licencier ; enfin, en exhortant ses concitoyens à chercher le remède de leur situation malheureuse dans une .* Constitution nouvelle, par laquelle chacun, sacrifiant quelque chose de sa liberté personnelle ou locale, contribuerait à la création d'un pouvoir cenirai sérieux, capable de maintenir l'unité de la République fédérale et de veiller aux intérêts communs. Dans ses adresses d'adieu à l'armée et au peuple, il exhorta hautement tous ses concitoyens à réformer la Constitution dans ce sens.
Ses pouvoirs étant déposés et sa t dernière bénédiction » donnée aux compagnons de ses dangers et aux collaborateurs de son œuvre, Washinejton se retira dans son ma'gnifîque domaine de Mount- Vernon.
Le signal de la réforme que demandait Washington partit de la Virginie, son pays. Aumois de mars 1785, des commissaires nommés par la Virginie et le Maryland pour régler amiablement la navigation de leurs eaux communes, furent naturellement amenés à étendre le débat à toutes sortes d'intérêts communs, puis à faire appel à d'autres États intér ressés dans les questions débattues; ils se réunirent encore en 1786 ; et, au mois de septembre
ai APERÇU GÉNl^lRAL
de cplte année, une Convention de cinq Étals, Virginie, Penaylvanie, New-York, New-Jersey, Delaware, se réunit à Annapolis. Cutle Convention rédigea un rapport adressé aux législatures des États, dans lequel elle demandait la réunion d'une Convention générale, qui s'occuperait de donner aux is une forme constitutionnelle plus solide reclion commune. Rhode-Isiand seul refusa p des députés à la Convention : elle se réuladelphie le 21 février 1787, et c'est de ses Ions qu'est sortie la Constitution des is.
voliition d'Amérique a été souvent invoime exemple pendant la Révolution frandepuis, très-souvent, on les a rapprochées 'autre. Il semble que tout ait concouru à différer le plus possible dans leurs orins leurs causes, dans leurs fagons d'agir, rs actes, dans leurs résultais. On a vu l'œuvre du Congrès de 1774 ressemble ■re Déclaration des Droits de l'Homme; il li peu de ressemblance entre les travaux t des deux Assemblées constituantes qui t, en 1781 à Philadelphie, et en 1789 à î. Ce n'est pas qu'il n'y eût dans la on américaine des esprits systématiques, mes h principes dont les théories, si ^oulu tes mettre en pratique, auraient comme en France, en luttant les unes
DE L'HfSTOlRE DES ÉTATS-UNFS 69
contre les autres , à une succession de despotismes. Mais ils ne furent* pas écoutés; le plan démocratique absolu de Randolph fut rejeté, le plan fédéraliste à outrance de Paterson, dit a plan de New-Jersey, » fut écarté. Le bon sens d'hommes pratiques comme Washington, Franklin, Hamilton, Madison, Gouverneur Mon*is, Dickinson, fit accepter une Constitution qui ne satisfaisait complètement aucun d'eux, mais à laquelle tous se rallièrent, comme assurant l'intérêt général. Ils comprenaient qu'avant tout, il faut avoir un point de départ pour des améliorations futures ; et plusieurs d'entre eux étaient assez sages pour penser qu'il n'y a pas de Constitution qui soit tout à fait mauvaise, quand on cherche à l'appliquer dans le sens des vrais intérêts d'un peuple, et non pas à forcer les conditions de l'existence sociale et politique à se plier aux exigences d'un système.
Chaque point de la Constitution fut l'objet de discussions passionnées, mais le plus souvent soutenues à l'aide* d'arguments tout pratiques.
La souveraineté fut attribuée à l'Union : chaque État n'est souverain que chez lui ; tout ce qui est général, dans l'Union comme au dehors, est du ressort du pouvoir fédéral : c'est lui qui fait les lois d'intérêt commun, la guerre, la paix, les traités ; de lui relèventles finances généraleset le commerce ; personne ne peut rien sur lui.
Ce pouvoir fédéral réside dans le Congrès. Après
discussion, il fut résolu que ce Congrès comprendrait deux Chambres, 'une Chambre de représentants et un Sénat.
La Chambre des représentants fut, de Taveu de tous, destinée à représenter la souveraineté nationale. La Convention, ne voulant pas faire une loi électorale universelle, décida que les représentants seraient élus suivant les règles d'après lesquelles chaque État nommait sa Chambre la plus nombreuse.
Quant au Sénat, G. Morris, Dickinson, Madison le voulaient aristocratique. On décida qu'il serait élu par les législateurs des États, et que ses membres devraient avoir trente ans et neuf ans de nationalité, tandis que vingt- cinq ans et sept ans de nationalité sufQsaient pour la Chambre basse. De plus, pour que les 'petits États ne se trouvassent pas no^és dans une grande masse démocratique et unitaire, on établit que chaque État aurait droit à deux sénateurs. De toute la Constitution, cet article fut le plus disputé ; c'est Franklin qui flt le rapport et qui décida l'Assemblée. Ainsi la Chambre des représentants exprime la volonté du nombre, et sa majorité représente la majorité des citoyens de l'Union ;
le Sénat représente et garantit la souveraineté de
chaque Etat ; l'initiative des lois de flnance appartient aux représentants.
Le pouvoir exécutif fut confié à un Président, commandant en chef des flottes et des armées,
DE L'HISTOIHE des états-unis 71
directeur de tous les services publics. Le Président est élu pour quatre ans par des électeurs élus par les citoyens, suivant les règles posées par la législa" ture de chaque État. Il choisit ses secrétaires d'État, qui ne sont pas responsables ; lui -môme Test en cas de haute trahison, concussion ou crime, comme du reste tous les fonctionnaires. Il ne peut proposer aucune loi. Il ne peut nommer un ambassadeur, un consul, un juge de la Cour suprême, sans la ratification du Sénat. Il signe les actes du Congrès; il peut y opposer son veto ; il faut alors que la loi, pour passer de nouveau; réunisse les deux tiers des voix dans les deux Chambres. Le Président est rééligible. Un vice-président, élu comme lui, préside le Sénat et remplace le magistrat suprême en cas de mort, destitution ou démission.
Mais le trait caractéristique de la Constitution de 1787, c'est la place qu'elle fait dans TÉtat au pouvoir judiciaire fédéral. Tous les États ont leurs juridictions, qu'ils règlent à .leur manière ; les tribunaux fédéraux font partie du gouvernement central. Le pouvoir judiciaire fédéral est exercé par des juges nommés à vie par le Président, et que le Congrès seul peut destituer ou mettre en accusation. Il s'exerce sur tout ce qui ne peut être du ressort de» tribunaux des États, comme les questions résultant des traité?, des actes du pouvoir fédéral, les procès entre les États, ou entre les citoyens d'États différents qui ne veulent pas s'en rapporter au tribuual
naturel de Tun ou de l'autre. Il se compose de cours d district, de cours de cercles (circuit), d'une c C(mrt of daims n qui juge les réclamations et les plaintes élevées contre le gouvernement, et d'une Cour suprême. Dans la Constitution, la Cour suprême n'a pas le droit d'apprécier les actes du Congrès, et elle ne peut les déclarer contraires à la Constitution ou incompatibles avec les droits des États ; mais, sur chaque cas particulier, elle prononce souverainement, et, quoique ne statuant que dans l'espèce, elle peut empêcher en fait complètement l'exécution d'une mesure, qu'elle condamne aiosi d'une mani^ implicite. Le cas s'est produit plus d'une fois, et le pouvoir judiciaire joue ainsi le rôle de conservateur des droits et de gardien de la Constitution, qui est attribué, chez beaucoup de nations, à Tune des deux Chambres.
Rédigée par Morris, la Constitution fut votée le 17 septembre 1787. Il fut décidé qu elle serait tenue pour valable quand elle aurait été ratifiée par les législatures de neuf États. En juin 1788, ces neuf ratifications étaient obtenues, mais on attendait toujours celles des deux grands États, la Virginie et le New^-York. Ce ne fut qu'après de longs débats, et malgré l'opposition acharnée de Patrick Henry et de Monroë, que la législature Virginienne accepta cette Constitution, qui plaçait au-dessus d'elle un pouvoir fort, tandis qu'elle avait pu espérer avoir le nrpmier ranor dins l'Union. Les mêmes motifs
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poussaient TÉtat de New- York à la résistance; il ne céda que mis en demeure de quitter l'Union ou d'adhérer. La Caroline du Nord adhéra en 1789, et enfin le Rhode Island en 1790.
Depuis cette époque, la Constitution a été complétée par un certain nombre d'amendements. Ils forment aujourd'hui .quinze articles. Dix furent adoptés par le premier Congrès, en 1789, et ratifiés par les États en 1791 : ils ont pour but de déclarer et d'assurer les droits et libertés des citoyens, liberté de la personne, du domicile, de la presse, de la parole, de la religion, droit de réunion et de pétition, in^itution du jury, etc.... Deux autres furent adoptés depuis, en 1794 et 1803, et ratifiés en 1798 et 1804; et la Constitution n'en reçut plus d'autres jusqu'à la guerre de la Sécession.
La Constitution fut mise en vigueur en 1789; un Congrès fut nommé, un président élu, et ce président fut Washington.
Washington quitta Mount-Vernon, et prit possession du pouvoir au milieu de l'enthousiasme général, mais avec une profonde inquiétude. Le vote de la Constitution avait assuré l'avenir, mais la situation présente n'en était pas moins déplorable. Tirer les États-Unis de l'état de crise où ils étaient encore, leur donner une situation honorable vis-àvis des autres puissances, et permettre à leurs institutions, grâce à quelques années de paix intérieure, de s'asseoir et d'arriver à un fonction -
nement aisé, telle fut l'œuvre qu'il se proposa d'accomplir, et dont il réalisa, à peu de chose près, le programme pendant sa double présidence, de 1789 à 1797.
Pendant ces huit années, il ne se départit jamais de ses idées de conciliation et d'apaisement. Il avait réuni dans son ministère Hamilton, aristocrate autoritaire, d'ailleurs caractère loyal et intelligence élevée, et Jefferson, ardent démocrate, radical et doctrinaire, honnête homme toutefois et sincèrement convaincu. Leur antagonisme lui causa des soucis qui bien souvent le tourmentèrent, mais leur présence auprès de lui était un gage pour les deux partis. Il eut le bonheur de les réunir dans une action commune au sujet de deux questions dont chacune eût pu suffire pour perdre TUnion, la question de la Dette publique, et la question de la répartition des représentants par État.
Les dettes léguées à la situation présente par la guerre de l'Indépendance se composaient : des sommes prêtées par la France, la Hollande et TEspagne, ensemble douze millions de dollars; des frais de solde et d'entretien des troupes, environ douze millions ; enfin des sommes très- considérables avancées par des particuliers ou dépensées par les divers Etats pour taits de guerre. Hamilton. secrétaire de la Trésorerie, proposa de prendre tout à la charge de l'Union ; des impôts généraux seraient établis pour couvrir et amortir cette dette; une
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banque nationale serait créée pour soutenir le crédit public. Washington trouva ce projet juste; et, malgré l'opposition furieuse du parti démocratique, il le soutint énergiquement; mais c'est & peine s'il put obtenir une majorité suffisante, avec l'appui de
Jefferson que Hamilton avait gagné au projet. Rien n'était meilleur que cette mesure, d'ailleurs juste et parfaitement honnête : elle créait entre les États le lien le plus difficile h rompre, le lien financier, que garantissent la masse des intérêts privés et beaucoup d'intérêts étrangers.
Le premier recensement ayant été fait en 1790, il fallut calculer d'après lui le nombre des représentants. Or, il se trouva que ce calcul faillit soulever une question terrible, jusque-làtacileraent réservée, et dont on évitait de parler en Congrès parce qu'on la savait trop brûlante, la question de l'esclavage. Les débats furent acharnés sur la répartition des sièges ; vaincus d'abord au Congrès, les États du Sud durent au veto de Washington une loi nouvelle et définitive (1791), qui, accordant un siège par 33,000 habitants, faisait compter pour un cinquième d'électeur les « personnes autres que les citoyens ». De cette manière, le planteur, outre sa voix, en avait autant d'autres qu'il avait de fois cinq esclaves, et les États du Sud acquéraient seize sièges de plus que dans la première loi, sur un total de i05. Quant au principe même de l'esclavage, on évita de le discuter de nouveau : obligé de le mettre
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en queslion en i789 sur une pétition des quakers^ le Congrès s'était contenté de déclarer son incompétence en ce qui concernait rafTranchissement, d'inviter les législateurs des États à faire c des règlements sages »; et de renvoyer TafTaire à 1808. Le règlement de ces dangereuses afiTaires ne se (it pas sans n\^contenter bien des gens ; et, pendant sa seconde présidence^ Washington eut personnellement à souffrir des dernières convulsions de la crise. Il fut insulté brutalement par la presse, ses ministres furent assaillis, il y eut même des révoltes armées ; mais il triompha de tout par sa fermeté et sa patience. Il maintint Tordre, il signa un traité définitif avec l'Angleterre, qui ne se résignait point à exécuter celui de 1783 ; et quand, se refusant à une troisième réélection, il transmit la présidence à John Adams, du Massachussetts, la République des États-Unis avait assez l'habitude d'une vie régulière pour pouvoir se passer de son fondateur.
Elle le rappela néanmoins lorsque la République française la provoqua grossièrement. En 1798, ayant autorisé la levée d'une armée, le Sénat força Washington d'accepter le titre de « lieutenant-général des armées levées ou à lever. » Mais la paix se rétablit avec la France le 18 février 1799.
Le 14 décembre de la même année, Washington mourut. Sa mort, qui fît prendre le deuil à tous les citoyens de l'Amérique, aux armées de la France, aux flottes de l'Angleterre, est presque une date
dans l'histoire de sod pays. Avec les depi années du dix -huitième siècle commencent à ( rallre ces hommes qui, dans leur &ge mûr, a' finit l'indépendance américaine ; Franklin étai mortenlTîK). A ces gentlemen prudents, sage bus des traditions d'une société pleine de tei de noblesse, vont succéder ceux qui étaient j au moment de la grande guerre ; puis, après ( formeront, avec la rapidité vertigineuse qui ( térise la vie des États-Unis, des générations velles, aussi différentes des héros respeclabl y a cent ans que la Californie de nos jours l't la Virpnie oii vivait Washington.
Les trois présidents qui suivirent John Ai de J801 & 182S, Jefferson, Madison et M< furent fournis par la Virginie et par les génén libératrices. Ces présidences ne furent pas troubles et sans dinfcultés. Le Blocus conti créa aux Etats-Unis une situation impossi tenir entre la France menaçante, et l'Angl qui voulait imposer son commerce par la viol il y eut de tels démêlés que Jefferson eut n au Bill de ■ non intercourse, » par lequel on si mait tout commerce avec les deux nations ; le rend avec la France fut terminé par Madison, avec l'Angleterre, il fallut une guerre : les a américaines battirent les forces anglaises et hirent le Canada, mais la Qotte angliiisï Washington et débarqua des troupes qui l'ina
rent et menacèrent Baltimore ((814); seule, la Noiir velte-Orléans, défendue par Jackson, résista victo* rieusement. La présidence de Jefferson vit cependant deux grands événements, bien féconds pour l'avenir de l'Amérique : Lewis et Glarke (1804-1805)
, traversèrent le continent depuis le Bas-Missouri jusqu'à l'embouchure de la Columbia ; et, au mois d'août 1807, le premier « steam hoat » construit par Fulton remonta et redescendit THudson entre Nev^-
. York et Albany. La môme présidence avait vu les débuts de la marine fédérale dans une gueire vigoureusement menée contre les Barbaresques, en 1803.
En 4nôme temps s'agitaient déjà les questions principales -et apparaissaient les faits généraux qui devaient avoir la plus grande influence sur This* toire subséquente des États-Unis. C'est la lutte renouvelée entre le parti démocratique et le parti ' républicain, la Chambre étant fédéraliste et le président Jefferson démocrate. C'est la bataille presque commencée entre le Nord et le Sud à propos de la question des esclaves, le Nord ne voulant point admettre d'Étals esclavagistes nouveaux, le Sud défendant son ^ institution locale, » et assoupie en 1820 par le ô compromis du Missouri. » C'est l'alliance Russe, essayée par Jefferson et ébauchée par Monroe dans un traité de commerce. C'est la fameuse « doctrine de Monroe, » qui proolame qU6 l'Amérique appartient aux Américains, que nulle
puissance européenne n'a le droit d'en prendre une part, et que rien ne doit s'opposer à l'entrée dans la grande Union de toutes les contrées qui la composent.
La Louisiane avait été cédée par la France en 1803, et la Floride par TEspagne en 4818.
Dans les vingt*cinq années qui suivirent la présidence de Monroe, de 1825 à 1850, l'Union Américaine, grandissante, ne fît qu'une seule guerre ouverte; mais elle ne fut presque jamais en paix parfaite avec tout le monde, ni du reste avec ellemême.
L'Espagne ne pouvait pas considérer comme une nîanifestation amicale Iç» applaudissements qui accueillirent l'émancipation de ses colonies d'Amérique, et renvoi de délégués des États-Unis au Congrès de Panama de i 8^ par le président Quincy
Adams (1825-1829). La France, insolemment traitée par le président Jackson (1829-1837) dans une question d'indemnités qui datait du premier empire, se laissa arracher, non sans honte, 25 millions par le ministère Guizot (1835). L'Angleterre fut toujours en contestation avec l'Union, et un moment presque en guerre ouverte, jusqu'au jour où le traité Asjiburton-Webster, conclu sous la présidence Tyler, en 1842, et complété en 4846, sous la présidence Polk, régla la question des frontières telle qu'elle l'est encore aujourd'hui, et apaisa les difticultés que créait le dt»oit de visite par les croî-
seurs européens chargés d'empêcher la traite des noirs.
A rmtérieur se produisaient aussi toutes les difflcultés cpéées par les iatérêts opposés des États^ par le recrutement tumultueux de la population nouvelle, par le manque d'un passé assez long et d'une vie sociale hi^n assise» par les nécessités de Textension territoriale.
Ce fut d'abord la question des Indiens. Q. Adams les décida à passer tous le Mississipi, et commença à leur appliquer le système des « réserves », dans lesquelles on les enferme et où ils achèvent aujourd'hui de s'éteindre.
Puis, vint la lutte entre la Banque fédérale et le général Jackson, président. Le discrédit jeté sur le « Banking System » par les scandaleux agissements des banques particulières permit à l'impérieux général d'écraser la Banque fédérale; mais, quand son successeur, Van-Buren (1837-Î841), voulut la remplacer par une administration financière complète, on ne voulut pas le lui permettre. L'affaire de la a nullification » faillit être bien autrement grave : quand tous les Étals du Sud, lésés par un tarif de douanes, se déclarèrent prêts à soutenir la Caroline du Sud, qui l'avait déclaré chez elle nul et non avenu, l'Union parut un instant dissoute; et le Congrès, qui d'abord avait donné, par V a £n forcing bill », des pouvoirs étendus à Jackson pour com-
battre un soulèvement presque certain, céda, en 1833, dans une nouvelle loi douanière.
La guerre contre le Mexique eut pour cause rentrée dans rUnion du Texas, qui s'était séparé de la République mexicaine, et auquel le cabiiiet de Washington avait fait annexer toutes les terres situées au nord du Rio del Norte. Attaqué par terre et par mer, le Mexique fut complètement vaincu : le général Scott entra à Mexico le 14 septembre 1847; et, après de longues négociations, un traité céda aux États-Unis les immenses territoires^ presque déserts alors, de la Californie et du Nouveau- Mexique (6 juillet 1848). Cette acquisition était à peine faite que la nouvelle de la découverte des grands gisements d'or de la Californie mettait le monde entier en éveil.
Entre 1850 et 1860, les mots Républicain et Démocrate signifièrent, aux États-Unis, toute autre chose que ce qu'ils signifient en Europe. Les Républicains étaient le parti qui tendait à fortifier le pouvoir central; les Démocrates, celui qui tendait à consolider et garantir les libertés intérieures de chaque État. Or il se trouvait justement que c'étaient les États à organisation démocratique du Nord qui formaient, en grande partie, le parti a républicain », et les États à organisation aristocratique du Sud qui faisaient la force du parti intitulé « démocratique ». C'est que de la solution de la question disputée dépendait celle d'autres ques-
tions, vitales pour les deux groupes d'État». Le trait caractéristique des États du Sud était Tesdavags, qui était la base même de leur organisation : c'était grâce à lui que les planteurs pouvaient faire valoir leurs terres. Or, le « compromis du Missouri w avait établi qu'aucun État à esclaves ne serait établi au nord de 30» 30'. Ainsi circonscrits, et d'ailleurs beaucoup moins accrus par l'émigration européenne, qu'ils n'attiraient pas comme les États du Nord, les États du Sud se voyaient menacés de perdre de plus en plus complètement leur influence, d'abord prépondérante dans l'Union. Un des résultats des progrès du parti républicain avait été de sacrifier les intérêts du Sud agricole à ceux du Nord manufacturier et commerçant : des tarifs protecteurs, toujours maintenus, rendaient les planteurs du Sud tributaires des marchés du Nord, tandis qu'ils auraient trouvé à s'approvisionner à meilleur prix, si un système de libre-échange eût permis de s'adresser à l'Europe. Les États du Sud se trouvaient donc, vis-à-vis des États du Nord, dans une situation analogue à celle qu'avaient eue les Treize Colonies vis-à-vis de l'Angleterre, à la flû du siècle dernier : il n'est pas très-étonnant qu'ils aient fini par recourir au même remède, la séparation. Les États du Nord avaient un moyen de les dompter; c'était de poursuivre l'abolition de l'esclavage, odieux à toutes les nations de l'Europe' et attaqué de tout temps, en Amérique, par des esprite
généreux et des chrétiens sincères : ils hâtaient <ïe tous leurs efforts le jour où le parti républicain, plus nombreux dans TUnion, plus nombreux dans le Congrès, ayant porté au pouvoir suprême an président de son ehoix, serait sûr de la victoire. Les États du Sud n'avaient qu'un moyen de soutenir ki lutte : c'était de maintenir, autant que possible, l'indépendance complète des États, ^u nom de laquelle seule ils pouvaient protester contre les tarife protecteurs établis par le gouvernement central, et défendre l'esclavage comme une « institution domestique », à laquelle le pouvoir fédéral n'avait rien à voir. Voilà pourquoi ils étaient du parti tdémocratique ».
Les présidences Fillmore, Plerce et Buchattan (!850-î86l), quoique assez pleines d'événements, n'en ont pas de plus considérables que les manifestations de cet antagonisme. L'affaire de l'aventurier Lopez, qui essaya d'enlever Cuba à l'Espagne, qui fût pris et mis à mort en 1851 ; les conflits soulevés par les folies du général Pierce, affaire du Hongrois Koszta avec l'Autriche, de Greytown, des enrôle* ments, du triilé Clayton-Bulwer, des frontières, du Nicaragua avec l'Angleterre, projet d'annexion de Saint-Domingue, des Sandvrich, des Galapagos; le rachat du péage du Sund et les avantages corn* merciaux obtenus en Chine sous la présidence Buchanan : tout perd de l'import mce, en regarc} fies préludes de la crise la plus terrible que les
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Étals-Unis eussent eue à subir depuis Washington. La lutte au sujet de l'esclavage était d'autant plus ardente qu'elle était moins désintéressée, et d'autant plus brutalement conduite qu'il s'a^ssait d'une question paraissant intéresser l'humanité. Menacés jusque dsms leur existence, les hommes du Sud
devenaient féroces : les citoyens connus comme abo-
litionnistes qui se hasardaient dans les Etats à esclaves étaient exposés aux plus grands dangers, et en devenaient souvent victimes; des séditions étaient excitées, môme dans les États du Nord; les esclavagistes commençaient à dominer partout par la terreur.
La question se posa encore une fois, d'une manière menaçante, quand il s'agit, en 1850, d'organiser les nouveaux territoires. Le président Polk obtint que leurs législatures décideraient si Tesclavage y serait ou non admis, le Congrès n'étant pas compétent en pareille matière. C'était une afûrmation nouvelle du principe que l'esclavage était une institution a domestique », sur laquelle le pouvoir fédéral ne devait avoir aucun droit; et ce principe était garanti par la composition de la Cour suprême, qu'une suite de présidents favorables au Sud garnissait toujours d'esclavagistes : à la veille de la sécession, elle proclamait encore, dans le procès du nègre Dred Scott, que le Congrès n'avait le droit ni d'abolir l'esclavage là où il existait, ni d'en proscrire l'introduction là où il n'existait pas.
Le compromis du Missouri était menacé de devenir lettre morte.
Le (( compromis Clay » fut proposé pour le remplacer; le Sénat le rejeta, comme tout à fait favorable aux esclavagistes. Mais ceux-ci étaient si puissants qu'il fallut en reprendre successivement les articles, qui devinrent des actes séparés. L'un d'yeux autorisait les maîtres d'esdaves fugitifs à les reprendre, môme en terre libre, ^t confiait aux tribunaux fédéraux le soin de protéger l'application de cette mesure. Partout, dans le Nord, on y résista : de New- York, du Delaw^are, du Massachussets, des protestations s'élevèrent contre le c Fugitive slave» Act »; une émeute éclata à Boston; un agent fédéral fut assassiné à Philadelphie; il se forma des associations pour aider les esclaves à s'enfuir au Canada. Il y avait longtemps que Topinion avait été saisie de la question, non pas en Amérique, mais dans le monde; surexcitée par des pamphlets, des traités, ou des peintures touchantes comme celles d' « Uncle Tom's Cabin », elle se prononçait avec énergie. Les esclaves, bientôt, commencèrent à s'agiter; et, en 1857, on découvrit un complot fait par eux dans le Tennessee, le Eentucky et la Louisiane.
Les territoires et les États nouveaux étaient le champ de bataille que se disputaient avec acharnement les « freesoilers » , ennemis de l'esclavage, et les a fire-eaters)) (mangeurs de feu), ses partisans exaltés.
LaCalifornie^ ense constituant^ ne l'awt pas accepté. Mais, quand il s'agit d'organiser le Nebraska et le Kansas, les représentants du >Sud obtinrent qu'on adopterait le principe formulé par Polk^ et qui était, du reste, Tun de ceux du compromis Clay : le président Pieroe sanctionna le bill, et ce fut alors au Kansas à résoudre pour lui-même le problème.
Alors commença une lutte atroce, que M. Hepwortb Dixon a racontée dans un chapitre de son livre de la Nomelie Amérique, intitulé « Bleeding Kansas » (le Kansas saignant). De beaucoup les moins nombreux, mais soutenus par les Missouriens et par la connivence des présidents Pierce et Bucbanan, les esclavagistes employèrent les dernières ressources de la fraude et de la violence pour imposer une ConMitution esclavagiste, dite Constitution de Lecompton; et le Congrès, dominé par leurs amis^ alla jusqu'à offrir au territoire le titre immédiat d'État et trois millions d'acres de terres publiques, s'il consentait à l'accepter. Mais la majorité refusa, tint bon, et, le 28 février 1860, le Kansas fut admis sans condition. Peu avant d'éprouver cette défaite, les États du Sud avaient été effrayés par la tentative de John Brovv^n, qui s'était rendu un instant maître de l'arsenal de Harper's Ferry : Brow^n fut pendu (décembre 1859), et les lire-eaters dominèrent, à la faveur de la crainte générale.
C'est dans les derniers temps de la présidence Buchf|.n?^n que les mots df3 « sécession p et de cr sépar
tilAL3\
ratiêtes » furent hautement prononcés. Malgré la majorité obtenue pour un moment dans les Chambres, malgré Tappui du président et du pouvoir judiciaire fédéral, le Sud se sentait vaincu sous la masse de ses adversaires : depuis longtemps il n'avait été si fort, et cependant il n'avait pu obtenir que le tarif de 4857, qui, bien qu'il fût un grand pas dans la voie du libre-échange, n'en laissait pas moins subsister le système de la protection! Que serait-ce quand il perdrait tous ses avantages, à la fin de la présidence Buchanan? Il ne restait plus qu'une ressource, la réélection du vieux président ; et, en attendant, les hommes du Sud s'organisaient pour un appel à la force, que beaucoup n'espémient plus éviter.
En effet, les élections nommèrent Abraham Lincoln, de l'Illinois, républicain.
A cette nouvelle, Charleslon se souleva; la Cairoline s'arma, et sa Convention fit appel aux États du Sud (décembre i860). Un immense cri s'éleva : ^( Cotton Ring (le Coton Roi)! Commerce direct avec le monde! » Et l'on ajoutait, par vengeance : « La misère pour le Nord! » Le ministère du président Buchanan avait fait en sorte que l'Union ne fût pas en mesure de se défendre : les soldats étaient dans l'Ouest, la marine dispersée sur les mers, les armes et les munitions dans le Sud. Le président lui-même, dans son message au Congrès, déclarait que ni lui pi le Congrès t pe tenaient de
la Constitution le pouvoir de retenir dans l'Unioa lin État qui en voudrait sortir. » Cependant, les deux Carolines, le Mississipi, la Louisiane, TArkansas, Je Texas, l'Alabama, la Géorgie, la Virginie, la Floride, le Tennessee se soulevaient Tun après l'autre; les forteresses fédérales tombaient aux mains des hommes du Sud, et, le 9 février 1861, des conférences de Mbntgomery était sortie une république nouvelle, qui prenait pour capitale Richmond et pour président Jefferson Davis.
Éuchanan, se ravisant, n'avait pu que mettre Washington à Tabri d'un coup de main immédiat.
Tout a été dit sur cette guerre de quatre ans, qui a fait prendre les armes à quatre ou cinq millions de citoyens, dont six cent mille sont morts, et dont un million et demi ont reçu des blessures; qui a fait dépenser aux États vingt-cinq milliards; qui a ruiné pour longtemps toute une partie du territoire de rUnion, et qui a causé en Europe des crises économiques et financières dont les dernières conséquences ne sont pas encore ef&cées. On ne la racontera pas ici ; on cherchera seulement à faire comprendre comment elle a pu durer, et se terminer comme elle s'est terminée.
Les militaires qui ont pu voir les forces des deux partis au commencement de la guerre, ne doutaient pas que le Sud, quoique moins étendu, moins peuplé et moins riche, ne dût rapidement triompher. Le Nord n'était nullement militaire, et les
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volontaires qui répondirent à Tappel du président, ne pouvaient, du jour au lendemain, davenir de bons soldats. Presque tous les officiers sortis des Écoles fédérales d'Annapolis et de West-Point étaient de familles sudistes; les planteurs, cavaliers et chasseurs, grossis des flibustiers des frontières méridionales, et d'ailleurs dès longtemps organisés, étaient des soldats tout faits. Enfin, presque tout ce que rUnioii possédait d'armes et de munitions de guerre était entassé dans le Sud; il ne lui restait que sa flotte : ce fut elle, peut-être, qui la sauva.
Peut-être ce sentiment de leurs forces fut-il un malheur pour les confédérés; s'ils avaient été moins sûrs de réussir et qu'ils eussent agi plus vite, ils auraient fini la guerre d'un seul coup ; les milices de la Virginie, à elles seules, auraient pu enlever Washington.
Il était évident,, d'autre part, que malgré toutes ces chances d'un succès immédiat, onze États, parmi lesquels beaucoup n'étaient que de secpnd ordre, ne renfermaient pas autiwat de ressources, autant de foi:*ces réelles que les vingt-cinq autres : s'ils ne finissaient pas la guerre d'un coup, ils perdaient tout leur avantage^ Jil^gré les victoires magnifiques de Beauregard, en 1861, les États du Sud se trouvèrent bientôt coupés de la mer par la flotte, et, malgré tous leurs eSbrts, ils ne purent même pas défendre leurs côtes. Ils ne purent entraîner avep eujç les quatre États esclavagistes 4^
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volontaires qui répondirent à l'appel du président, ne pouvaient, du jour au lendemain, d'ïvenir de bons soldais. Presque tous les ofdciers sortis des Écoles fédérales d'Aonapolis et de West-Point étaient de familles sudistes; les planteurs, cavaliers et chasseurs, grossis des flibustiers des frontières méridionales, et d'ailleurs dès longtemps organisés, étaient des soldats tout faits. Enfin, presque tout ce que l'Union possédait d'armes et de munitions de guerre était entassé dans le Sud; il ne lui restait que sa flotte : ce fut elle, peut-être, qui la sauva.
Peut-être ce sentiment de leurs forces fut-il un
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Peut-être ce sentîmeot de leurs forces fut-il un malheur pour les confédérés; s'ils avaient été moins sûrs de réussir et qu'ils eussent agi plus vite, ils auraient fini la guerre d'un seul coup ; les milices de la Virginie, & elles seules, auraient pu enlever Washington.
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évitée. Dès le temps où ils n^étaient tous que des colonies anglaises, les États du Sud et ceux du Nord avaient des intérêts incompatibles; depuis leur affranchissement, ils n'avaient presque pas un ins* tant été véritablement unis. L'unité, même fédé* raie, ne pouvait exister que le jour où l'un des deux groupes, débarrassé de l'autre, la ferait à sa manière; les États-Unis datent vraiment de Tannée
Aucune association humaine n'a jamais vécu aussi vite que le font les États-Unis ; les événements du matin y sont le soir dans le passée comme chez nous après dix années. Et cependant, quoi qu'on ait fait^ la guerre de la Sécession a laissé des traces qui sont encore fraîches, et toutes les questions qu'elle a soulevées, sont encore loin d'être résolues. Une seule paraît l'être, celle de l'Unité.
Il est remarquable que, au point de vue politique, l'unité nouvelle ne semble pas prendre pour centre ceux des Etats aujourd'hui vainqueurs qui étaient le plus intéressés dans la lutte. Aux États-Unis, le centre semble toujours porté à suivre le mouvement de l'immigration et de
DE L'HISTOIRE DES ÉT.VJS-UNIS Ôo
la colonisation incessante, sans même attendre que la majorité, au point de vue de la population, soit déplacée. Il semble que le génie des États-Unis soit toujours en quête d'œuvres nouvelles, et qu'il abandonne les États une fois fiaiits pour se porter vers ceux qui sont à faire. Boston était primitivement le centre de la Nouvelle-Angleterre, le Massachussetts a donné à TUnion les deux premiers présidents qui n'aient pas été fournis par le Sud. Mais Boston est une vieille ville, et le Massachussetts, depuis longtemps, n'a plus à désirer grand'chose ; c'est à New York que passa le sceptre. Aujourd'hui, les États Atlantiquas sont vieux, relativement; sur la rive droite du Mississipi sont des États presque dans l'enfance : mais, entre les Alleghanys et le grand fleuve, dans le bassin de rOhio, se trouvent des Etats jeunes, déjà assez formés et assez forts pour avoir une grande importance, et cependant oîi il y a encore ttmt à faire que c'est là que le travail et l'effort de la vie américaine sont maintenant à leur apogée. C'est là que les villes grandissent le plus vite, que les masses humaines se portent le plus : suivant le mouvement de l'activité colonisatrice, l'activité politique s'y est portée. Les trois derniers présidents de l'Union Américaine étaient, l'un de l'Illinois, l'autre du Tennessee, le troisième de TlUinois ; dans la dernière lutte électorale, la victoire, si vivement disputée, est restée à un homme de l'Ohio. Il ne faut pas attribuer aux
élections présidentielles une importance qu'elles n'ont pas. Elles sont cependant, en quelque manière, un symptôme. Il n'est pas indifférent de savoir que, sur les six premières présidences, quatre appartiennent à la Virginie, et les deux autres au Massachussetls; que New-York, qui jusque-là avait fourni quatre vice-présidents, n'arriva qu'à la huitième présidence ; qu'entre 1840 et 1880, tous les présidents vinrent des États du Sud ; qu'ensuite le Nord présida, de 1850 à 1860, mais dans la personne de démocrates; et que, depuis le commencement de la guerre de la Sécession, tous les présidents sont venus du bassin de l'Ohio, et deux vice-présidents sur cinq. S'il est vrai que, depuis ce grand fait, l'origine du président soit encore moins importante, cela prouve, comme on Ta dit plus haut, que l'unité est enfin faite, en même temps que le choix des présidents dans un même groupe d'États surtout miniers et agricoles, prouve que la terre, aux États- Unis, tend à devenir le fondement de la force, ce qui est d'un bon augure pour l'avenir d'une nation. Quand Abraham Lincoln a Honest Ahe », fut tué, la présidence passa naturellement au vice-président, Andrew^ Johnson, du Tennessee. A lui incombait la tâche de conclure le drame terrible de la guerre, en achevant d'une manière régulière la solution des questions pour lesquelles elle avait été engagée. Johnson était un homme violent, plein de lui-même, et dont les habitudes d'intempérance étaient cho-
ti
quantes, môme aux Étals-Unis. Le Congrès était bien décidé à profiter de la victoire pour en assurer à jamais les résultats, et un quatorzième amendement à la Constitution fut fait en ce sens : Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis est citoyen, et aucun État ne peut faire une loi pour Tempêcher de l'être ; le nombre de députés au Congrès sera calculé d'après celui des citoyens investis du droit de vote ; tous ceux qui ont pris part à la rébellion volontairement, ne pourront être admis aux emplois publies que sur un vote du Congrès. Johnson, au lieu de servir d'intermédiaire entre les vainqueurs et les vaincus, se mit ouvertement en lutte contre le Congrès républicain. Dans une tournée à travers les États, il s'appliqua à les empêcher de ratifier l'amendement ; il tint des discours étranges, il suscita ou laissa faire des émeutes ; il en vint au point qu'un scandale, jusqu'alors inouï, fut donné. La Chambre, conformément à l'article P', section 3, de la Constitution, mit en accusation devant le Sénat le président des États-Unis ! Johnson fut acquitté, mais dompté,'et sa présidence s'acheva à peu près sans encombre. Une majorité républicaine radicale avait été envoyée au Congrès, en 1866, et c'est contre elle que Johnson avait en vain voulu lutter. Depuis, même dans le Sud, les républicains triomphèrent encore : à la fin de la présidence Johnson, la Virginie, le Mississipi, le Texas
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rettisaient seuls encore de se soumellre, et reslaienl en dehors de l'Union.
La présidence double du général Grant (1869-1 877) n'appartient pas encore à l'histoire. Il est probable que, dans quelques années, quand les tiraillements et les craintes qui en ont signalé les derniers temps, seront tout à t'ait dans l'oubli, on se rappellera surtout qu'elle a vu rentrer dans l'Union, dès 1870, la Virginie, le Mississipi, le Te\as, et que d'elle datent des États nouveaux destinés à un grand avenir, comme le Nevada et le Cslorado. Il restera d'elle deux grands faits : le souvenir durable de l'Exposition universelle qui solennisa, à Philadelphie, le centenaire de la nmsancp des ÉtaU-UnU ', et le quinzième amendement à la Conslitution fédérale, le plus grand acte qui ait été lait depuis la déclaration d'indépendance, qui proclame que nul ne peut être exclut du corps électoral « pour cause de race, de eow/eur ou d'ancienne condition servile.»
Pour se rendre compte de ce qu'est la vie publique des États-Unis, et savoir quelles sont les questions qui s'y sont agitées pendant les dernières présidences et qui s'y agitent aujourd'hui, il suffit de jeter les yeux sur les travaux du Congrès et des législatures particulières. On peut prendre au hasard quelques mois de la présidence Orant pour servir de type, ceux, par exemple^ qui ont vu les préparatifs de l'Exposition et précédé son ouverture. Le 8 octobre JS7 5, la Cour suprême se prononce contre le
droit des femmes au vole. Le 7 décembre, le prési* dent, dans son message annuel, donne au Congrès un véritable programme : création de bonnes écoles populaires, indépendantes de toute religion; instruction obligatoire; état séparé des Églises; prohibition de l'immoralité, notamment de la polygamie des Mormons et de l'introduction des prostituées chinoises ; mesures devant assurer une bonne circulation fiduciaire. En 1876, le 22 et le 25 janvier, le 24 mars, l'affaire de Cuba au Congrès. Le 14 février, la Chambre rejette une proposition tendant à autoriser le secrétaire du Trésor à reprendre les paiements en espèces dans un délai donné. Le 27 mars, le Sénat du Massachussetts rejette un bill proposant le droit de vote et l'accession aux emplois publics pour les femmes. Le 8, le Sénat de la Louisiane refuse de recevoir dans son sein le nègre Linchbark, élu sénateur. Le 9 mai, le Sénat déclare l'immigration chinoise contraire aux intérêts des États-Unis, et charge une commission de proposer des mesures pour la restreindre ; le 9 juin, la Chambre invite le Président à négocier dans ce sensavec la Chine. Dans l'intervalle, l'Exposition s'est ouverte le 10 mai ; et, le 17, une expédition est partie contre les Sioux...
Ainsi, tous les jours, à chaque moment, un certain nombre de questions, toujours les mêmes, se posent aux États-Unis, attendant leur solution, les unes, du temps et de la force des choses, les autres,
de la lutte des intérêts ou de la sagesse des gouvernants.
L'une des moins graves n'est pas la question ethnographique. Ce n'est pas seulement par le croît naturel que la population des États-Unis s'augmente .datisdes proportions si énormes, c'est aussi par l'immigration d'un nombre immense d'étrangers. Entre 1851 et 4875, 6.829.738 individus sont passés aux États-Unis. Dans ce nombre, la moitié environ venaient d'Europe ; parmi ces Européens, près de moitié provenaient des Iles Britanniques ; et parmi ces sujets de la reine Victoria, trois septièmes étaient Anglais, trois autres Irlandais. Dans le reste des Européens, les Allemands sont pour plus d'une moitié ; il y a aussi beaucoup de Scandinaves. Parmi les immigrants non Européens, l'Amérique Anglaise fournit 500,000 personnes, et la Chine 200,000. Il y a de plus dans l'Union* cinq millions de nègres aujourd'hui libres. Cet immense afQux d'étrangers ne date, dans les États-Unis, que du milieu de notre siècle; à peine un million s'y étaientils rendus avant 1841. Il a eu pour premier résultat de noyer et de faire disparaître l'ancien type Yankee qui s'était créé dans le Nord avec ses mœurs et sa vie propre ; l'issue de la glierre de la sécession l'a aidé à entamer le type Créole, que représentaient le Français de la Louisiane, l'Espagnol de la Floride, l'Anglais de la Virginie. L'Allemand et rir^ndais trc^nsformeront TAméricain. Le
pouvoir fédéral et les pouvoirs locaux ne peuvent rien contre cette action rapide ; et du reste n ont aUiCUDe raisçi\ de vouloir s'y opposer. Mais ils se préoccupent tous i&a jours de la place que tiennent chez euK les races qui ne sont européennes ni de nationalité ni d'origine. Si l'Irlandais dégradé par la midëre cause souvent du troubla dans les villes du Nord» que ne font pa3. dans le Sud les nègres ? L^ liberté ne leur a donné jii les moyens ni le désir de travailler ; ignorants, paresseux, n'ayant ni les , sentiments ni l'intelligence qui pourraient les élever, la plupart des anciens esclaves n'ont vu dans leur affranchissement que le moyen d'entamer une liEtte contre leurs anciens maîtres. Quand on a eu
fait d'eux des citoyens, ils ont voulu être électeurs, et la loi du 24 mai 1876 a protégé leur droit de
vote. Dès lors ils ont entrepris la conquête des États du Sud ; ils veulent y être législateurs, sénateurs, gouverneurs même, et par la force ils y réussissent. Avec tout cela le Blanc du Nord, qui les soutient dans le Sud, les méprise et les tient à récart de toute société!.... Dans l'Ouest, le Chinois, industrieux, souple, patient, habile, qui vit de rien, gagne toujours et multiplie avec une fécondité incroyable, est regardé maintenant comme un danger public : haïe, battue, tuée par centaines, sa race de
fourmis revient toujours, se défendant et triomphant par la persistance laborieuse et le renouvellement infini de l'insecte. Quant à l'Indien, quoi qu'il
-far 'i. . AMI
102 APRRÇU GÉNÉRAL
aîf fitit, i! metrrf : céDfâ de isef nafions (^i soiït rt»-
t^es erranteâ, seront défruttes par la forée ; crffcn
*; 4^1, comme les Cher^kees et les Creeks, ôvaiéffift
* adopté la civilisation dé l'Europe, n'en ont pas
moins été dépossédées : ceBés ^i sont acrjotrpd'feoi . TJôtrtomréég danâ les d réserves» et dans le ten*loire indien, achèvent misérablement de s^y éteiadfte. Encore quelques années, et i! n'y aura pltos é& type' américain, jusqu'atr jonr oh l'influence dii pays aura transformé les fifs de FEuftype, ce qui - ^ coiùmence, paraît-iï, â se fftîre pbur cetixqfd àoM Hi
depuis demt oti trois siècles.
Il n'est pas fort étonnant qu'une masâe d'hommes ainsi composée n'ait pas encore partout des mœurs publiques et privées bien assises. Les étrangetés que présentent pour un Européen les tmeâ et les autres, sont faciles â expliquer. 8i dans le Fht- Weât chacun se fait justice soi-même, c'est qtt'il n'y a pàâ d'autre justice. Si, h Denver, à l'origine, il y avait un mauvais lieu sur dix maisons, d'est qu*ii n'y avait peut-être qu'une femme sur vingtcinq hommes, et qu'il était difficile en ce casi que chacun eût son ménage. Si les femmes, aux Êtatspnis, ont Une importance îiîimense et utie pi^lssahce de plus en plus grande, on peut en trouver les raisons : d'abord l'homme travaille sans cesse, îa femme seule a le temps de petiser, de s'instruire, dé s'afflner par la culture ; ensuite, quelques États fort anciens du Nord-Est soi^t les s§uls où les l^onime^
DE L'HfSTOrRE DÉS ÉTATS-UNIS 103
ne soient pas les plus nombreux, et les femÉfies bénéficient de leur rareté. De là vient qu'elles prennent dans la société une grande place, qu'elles commencent à forcer l'entrée de la vie publique ; au Wyoming, elles votent, il en sera, de même duns quelques États. De là vient aussi que le gouvernement est hostile aux polygames, Mormons ou autres. Il y a cependant, dans les mœurs actuelles d'un grand nombre de citoyens des États-Unis, beaucoup de choses peu excusables : ils n'ont pas ericore appris à l'Europe à trouver en eux le modèle de l'honnêteté en affaires, du souci du droit du voisin, de la régularité financière scrupuleuse ; et des affaires encore récentes ont montré que les hommes publics, pas plus que les particuliers, ne sont exempts de ces reproches. Mais il faut reconnaître que le gouvernement fédéral s'efforce de toutes manières d'apporter à tout le remède, et avouer qu^il n'est pas possible d'imaginer une situation plus difficile que celle où il s'est trompé et se trouve encore dans beaucoup de questions financières. L'Européen qui voit les États-Unis est comme un homme bien portant et reposé qui en regarderait un autre obligé de travailler dans la fièvre : pour être juste il ne faut pas l'oublier.
Dans l'avenir de l'Union Américaine, une question vient au premier rang, celle du développement territorial. Absorbera-t-elle de nouveaux pays, ou sp PQntei:^lera-t-plle de ^emplir c^liji, dé^à si grand^
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qu'elle possède? Jadis, elle a voulu arracher le Canada à l'Angleterre; mais le Canada, QiujtJUrcIfhMif est un État libre, lui aussi, sous la souverainete.de la couronne. Les États du Sud cherchaient à acquérir, dans Cuba, Un nouvel État à esclaves ; mais les États du Sud ont été vaincus, Cuba a changé de régime, et Tinsurrection qui s'y perpétuait, vient de poser pour toujours les armes. Est-ce le Mexique qui sera menacé? Est-ce la Colombie Anglaise? L'alliance Russe, dont on parle tant, permetlra-telle à rUnion quelque entreprise de conquête ? Pour le moment, des dangers réels appellent ses forces à 'intérieur.
Que sera la présidence de M. Rutherford Burchard Hayes, de l'Ohio? Sa première année voit surgir des difficultés bien graves : la lutte entre républicains et démocrates est dans une période aiguë ; nous voyons des grèves qui sont dés guerres; et, d^ns le Sud, la lutte entre blancs et noirs se poursuit les armes à la main. Mais n'exa^rons rien : le pays qui a traversé des crises comme celles que l'on a vues, ne sera pas même ébranlé par celles qui l'attendent encore.
zrOSlTïON 13
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