‹ Les États-Unis et l'exposition de 1878Chapitre 7 sur 19 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Un peu de statistique n'est pas hors de sa place, même dans le domaine de l'art, quand il s'agit du , peuple statisticien par excellence.

Quatre-vingt-sept artistes américains sont représentés par des tableaux à l'huile. De ce nombre, 33 habitent la France, ce qui, pour la plupart, veut dire Paris; 9 n'habitent ni les Étals-Unis, ni la France; 4 sont morts. Or, 33 + 9 = 42 + 4 = 46, et 87 — 46 = 41...!

Il est donc acquis que quarante et un peintres seulement, citoyens Américains et demeurant aux États-Unis, ont envoyé leurs toiles à notre Exposition. II ne faut pas l'oublier.

Ce que nous voyons au Champ de Mars ne peut donc nullement donner une idée suiSsante de l'art coûteinporain aux États-Unis. Beaucoup de noms, que nous avions appris à connaître en 1867, n'y Tigurent plus, sans que les hommes distingués qui les portent aient disparu; pourquoi? Pourquoi

n'avons-nous là, pour une moitié, que l'exposition des peintres américains qui demeurent chez nous ?

Est-ce à cela qu'il faut attribuer la froideur relative du public pour cette exposition si restreinte ? Il est certain qu'il passe dans cette salle, mais qu'il s'y arrête peu. On ne peut pas dire qu'il étudie les collections voisines; mais il y en a cependant quelques-unes près desquelles il séjourne, devant lesquelles il s'installe pour un moment, qu'il contemple. Ici, rien de semblable : le visiteur entre, fait le tour, et s'en va. Il s'est contenté de jeter un regard sur quelques-unes de ces toiles ; aucune ne l'a retenue assez longtemps.

Ce n'est oas qu'il ait raison, loin de là ! Mais on voit qu'il n'est pas saisi par l'impression que produit un ensemble; et, dans le fait, nous ne voyons pas autre chose à faire que d'errer tout simplement avec lui, et, sans chercher à lui montrer le groupement des artistes ou le mouvement des écoles, l'inviter à donner un coup d'oeil moins rapide et plus sérieux à celles de ces toiles qui, individuellement, en valent la peine.

Les sujets français abondent, ce qui n'étonnera pas, puisque la plupart des peintres sont plus ou moins installés chez nous. Nos paysages semblent avoir inspiré ces artistes : voici un Vieux Pont à Grezj une Plage de Ville? s y une Plage de Dinan, et une jolie petite toile brillante et éclairée de

A L'EXPOSITION DE 1818 M. Coman, qui représente un coin d'eau, i arbres, près de Fontainebleau. Mais, pai tout, la Bretagne a vraiment les honneurs d C'est la campagne hretonne que M, Jones sentde dans un bon paysage, le Retour des c'est le costume breton que M. E.-M. Ward h son vieux Saèotier, l'une des toiles que li regarde, — et, certes, aiicune ne le méritf Voir encore, du même M. Ward, la Lessioe tagne. C'est bien le dedans d'une maison di ttre, queVlntériew breton de M. J.-A. We son aspect sombre et tranquille, et son boi assis dans le fond, sur le banc de pierre cheminée noircie. Sous le même titre, M. H — un habitant de Pont-Avcn, au reste une scène dont il est permis de ne pas s dessin et de critiquer la couleur, maïs qui tainement groupée de la manière la plus i autour du paysan, — un sabotier, — qui e avec une expression parfaitement rendue, chant de sa plane.

Tout cela est flatteur pour notre pays; n ce bien une peinture américaine?

On chercherait du resté en vain un o commun entrc.toas ces artistes, quelque cl les fit difTércr casentiollcmcnt de ceux de to pays, et parliculièrcmcnl du nOtrc. Cela empêchera pas de signaler le Faueonn

M. Beckwith, quoique nous n^aimions pas beaucoup reflet produit, à dessein^ par la tapisserie verdâtre à personnages sur laquelle se découpe le jeune homme en noir.

ly a toujours un sourire pour les gamins de M. Brown, dont chacun, pris à part, est excellent d^expression spirituelle et de posej seulement, c'est cinq fois le même, ou du moins, ce sont les cinq frères : leurs frimousses se ressemblent trop 1

Un très-beau portrait de M. Healy, riche peinture, vigoureuse. — Deux tableaux de M. Inness, mais qui ne nous semblent pas faits pour lui conquérir ici la réputation dont il jouit en Amérique. — Une charmante tête , voilée de noir, que Mrs Odenheimer appelle Marie/ — Encore un portrait, de M. Poster ; nous l'aimerions, mieux si l'espèce de brutalité assez énergique, déployée dans les accessoires, avait préservé l'artiste d'une tendance à TafTéterie que l'on croit reconnaître dans la tôte. — Un autre, une tête de vieillard, frappe par l'expression vigoureuse et sévère que M. Shonborn a bien rendu. — Un autre, au contraire, de M. Van Schaick, semble d'un faire un peu sec. Les portraits sont nombreux, relativement, dans la section américaine, et ils sont, pour la plupart, des meilleurs.

Quelques toiles généralement remarquées :

D'abord la Tonte des Moulons dans les montagnes de la Bavière, de M. Shirlaw, un pcubroussall-

A L'KXPOSITION DE 1818 ieuse, sans doute, mais d'une couleur vive largement jetée et heureusement.

Puis le Braconnier du quinzième siècle, de mis, que l'on va revoir avec plaisir, et poi spirituel de la composition et pour la val table de la couleur et du dessin.

Les deux tableaux de miss Tompkins Jiosa la Fileuse : mais que c'est parisien e cela, les Italiens de la rue Linné !

Cerise, de M, Harailton î... Ah ! non, no des amateurs, maïs, tout de même, cela pas!...

Un peu la même chose pour les Moissoi Repos, de M. Eaton.

Mais, par exemple, le public devrait bie der un peu la jolie Danse, de miss Dodson.

peu œuvre de métier, un peu trop facile tion, peut-être un peu commun d'idées. U frais, élégant, aérien. Qiie veut-on dema vantage ?

Pas d'exposition de peinture où l'Ori sa large part ; l'exposition américaine point exception à cette règle. Il y a un Baz de M. Moore ; il y a deux scènes prises t dont l'une, le Bazcr aux Tapis, est, trÈ négligée du public, parce qu'elle est cac un coin ; il y a... Mais toutes ces œuvres apprennent rien de nouveau, il semble <l'i

m LES ÉTATS-UNIS

SOUS les yeux les travaux de certains de nos peintres; qui font l'Orient avec une persistance approchant tant soit peu du métier. Il faut faire exception cependant en faveur de M. Bridgman, dont les Funérailles (Tune Momie, sur le Nil, sont pleines de détails remarquables. Allah, Allah^ Akbahl du même, a un personnage saisissant : l'homme déjà vieux, qui prie, les mains étendues et les yeux levés.

Parmi les marines, aucune n'attire la curiosité autant que celle de M. Dana, intitulée Solitude : la lune, qui est très-blanche, semble prête à tomber dans de Tencre. La Bourrasque, du même auteur, est une œuvre vigoureuse, quoique d'une couleur un peu sale. D'une couleur assez peu nette est aussi le fietourdu Bateau sauveteur, de M. Moran.

Venise est, comme l'Orient, tout à fait privilégiée. Une Matinée à Venise, de M. Dubois; un Saint- George de Venise, de M. GifTord ; une Entrée de Venise, de M. Bunce ; une Vieille et nouvelle Venise de M. Coleman. Tout cela pour le plaisir de faire des effets de lumière blanche I

Les paysages sont peut-être la partie de cette exposition la plus intéressante. Là, on trouve plusieurs œuvres remarquables, quelques-unes môme de premier ordre ; là surtout on peut saisir quelque chose d'original, de particulier aux peintres américains, de commun entre eux, quelque chose enOn

qui ressemble, sinon à une école, du moins à une tradition, à une habitude. Le plus grand nombre de ces tableaux est exécuté dans une manière dont s'écartent de plus en plus nos paysagistes français, mais qui n'a pas cessé d'être celle de beaucoup de paysagistes anglais. La composition générale est souvent un peu lâche, mais le soin du détail est poussé à l'extrême : chaque feuille est un petit tableau ; il y a des intentions cachées sous chaque brin d'herbe ; chaque pierre du chemin, bien distincte, est chargée d'un petit effet. Le ton général est clair, tantôt terne, tantôt lumineux, rarement chaud; brillant, soutenu, comme dans Tancienne peinture hollandaise, par exemple. Il n'y a pas la moitié des paysages exposés qui représentent des points de vue d'Amérique ; mais cela n'y fait rien, car l'inspiration semble être la même, quelle que soit la nature qu'on ait eue sous les yeux.

Deux paysages de M. Richards, la Forêt et dans les Bois, peuvent être pris comme types du genre : c'est d'un détail!... Mais, comme l'artiste ne s'y perd pas, l'effet d'ensemble est des plus agréables. Un Printemps y du même auteur : clair, léger, un vrai rêve vert. Tout à fait dans le même genre, le Ruisseau dans la Forêt, de M. Whittredge ; mais, à côté, la Marne, de M. Williams, — un Parisien, — tout à fait dans le goût de nos paysagistes français, des masses justes traitées sommairement, un excellent effet d'ensemble.

Même caractère, dessin soigneux, travail patient, détail cherché, dans les toiles qui représentent la nature américaine; seulement il y a là quelque chose qui nous intéresse un peu plus. Par exemple, ce paysage aride, brûlé par le soleil, ce désert nu etrougeâtre, oîi serpente un pauvre cours d'eau que traversent avec leurs chariots les E migrants, de M. Colman; les Rapides au-dessus de Niagara, de M. de Haas, oîi s'agite une belle eau brillante ; le Mont Renier, de M. Gifford, qui produit d'abord Tefiet du soleil voi de face, mais où, avec des lunettes fumées, on distingue ensuite un tableau ; VÉté indien, de M. Hart ; Y Automne, de M. Dubois; le Papage dans la Nouvelle-Angleterre, de M. Wyant, sont toujours de jolies toiles dans la manière consciencieuse dont nous parlions plus haut. Elle nous paraît arriver à-Texcès dans le Lac Champlùin, de M. Bristol. Au contraire, les Chênes de Creednoor, de M. Miller, et les Cèdres, de M. R.- S. Gifford, semblent avoir quelque chose de plus spontané, de plus large ; tandis que le Gué de la Vallée, de M. Howland, est un vrai petit bijou de finesse et d'élégance gracieuse.

Le tableau de M. Johnson, le Vannage, un des meilleurs sans contredit, plein d'animation, de vérité, de couleur , fait songer à une belle scène du Prédicateur Ambulant, d'Eggles ton « ....La lutte continue, ardente, énergique, sans interruption.

A L'EaPOSmON DE 1818 La montagne de grain non vanné a dimî dérablement, et une vague immense d gonfle derrière les deux camps. » M.

jeté là-dessus un vigoureux coup de solei

Enfin, n'oublions pas deux morts, qui point oubliés des amateurs de belles œuvi Wylie, dont 'e Chef vendéen mourant a i par la maison Goupil, et J.-B. Irving Connaisseurs ressemblent à du bon Gérom

Un mot seulement sur les aquarelles. '.

comme les paysages, généralement trèS' ajoutons vite bien faites! On en remai autres, une de M. Bellows ; une auti terne, de M. Richards; une remarquai Golfe de Saint -Laurent, de M. NicoU; drale de Quimper, par M. Colman, qui un peu trop l'air d'un beau dessin ture; et, de M. R.-S. Gitïord, une Venise, juste de dessin et de couleur, i dam le Sahara, qui n'a qu'un seul défau s'adresser à un public rassasié de désert et de coups de soleil. Du reste, dans l'at faudrait citer presque tout.

Les dessins et les gravures sont h vo celle de M, Marsh. Quant à la statuain exposant, M. H&ndley, avec de jolies sfa grande œuvre, c'est la tête colossale de

ÉTATS-UNIS A L'EXPOSITrON DE 1813

? monde, de Bartholdi, que l'on admire rdins ; mais clic ne sera qu'amCricaine , quand elle aura pris possession de son 5c do la rade de New-York.

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