‹ Les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 10 sur 28 · LES CINQ NATIONS · texte numérisé non relu

LES CINQ NATIONS

La puissante confédération des cinq nations, composée des Ayniers (ou Mohawks), des Onneyouths, des Onontayus, des Anniéyués, des Tsonnonthonaus, s’étendait sur l'immense territoire des bords de l'Ontario, des rives méridionales dn fleuve Saint-Laurent, du lac Champlain, de la rivière d'Hudson.

Chaque nation était subdivisée en trois espèces de clans désignés sous les noms d'Ours, de Loup et de Tortue. Chaque village formait une république particulière gouvernée par ses propres chefs. Les affaires générales se traitaient dans un grand conseil qui s’assemblait annuellement à Onondéga. On y voyait quelquefois jusqu'à quatre-vingts sachems. On y discutait, comme actuellement au congrès des États-Unis, es questions de paix et de guerre et les intérêts de chaque tribu. Les historiens s'accordent à dire que icut s’y passait avec un grand ordre et une grande solennité. Un des traits remarquables de cette confédération, c'était son esprit de liberté et d'indépendance. Chaque clan qui en faisait partie se regardait comme un souverain, n’admettait aucune espèce de contrôle étranger, et ne reconnaissait d'autre maître que le Grand- Esprit. Par le même principe démocratique, il n’acceptait aucune distinction héréditaire. Le titre de sachem était la récompense du mérite individuel, du courage ou de l’éloquence.

Le sol des États-Unis est-il destiné à n’enfanter que des républiques? Jadis c'était celle des Indiens, maintenant celle des diverses races réunies sous le nom d'Américains. Et qui sait si la nouvelle vaut mieux que l’ancienne, si le congrès d'Onondéga n'était pas plus grave et plus sage que celui de Washington?

Ainsi campée, cette confédération dite des Iroquois barrait de plusieurs côtés le chemin à nos premiers soldats. Champlain, l’intelligent, le courageux Champlain eût peut-être pu les avoir pour alliés. Mais, en arrivant au Canada, il trouva la guerre établie parmi les indigènes, prit parti pour les Hurons , qui réclamaient son secours, et les Iroquois devinrent ses adversaires, les adversaires les plus redoutables qu’il pût trouver dans les vastes régions qu'il était appelé à occuper avre les faibles ressources que la France lui confiait. Car les I: "is, fiers surtout de leur valeur sur le champ de bataille, ne dédaignaient pas de recourir à la ruse pour surprendre leurs cn:ciuis. Ils se vantaient de joindre la force du lion à la férocité du tigre, à la finesse du renard, et ils en vinrent à inspirer une telle terreur dans l'Amérique septentrionale, que, à l'aspect de l’un d’entre eux, ce cri: « Un Iroquois! un Iroquois! » suffisait pour mettre en fuite toute une population.

Vaincus dans les premières batailles que Champlain leur livra, ils reparaissaient bientôt avec une nouvelle audace. Épouvantés d'abord par nos armes à feu, comme les Indiens du Mexique et du Pérou par celles des Espagnols, ils ne tardèrent pas à apprendre l'usage de nos fusils, de nos canons, et s’en servirent «vec habileté. Secondés par les Anglais, par les Hollandais, qui regardaient d’un œil jaloux notre établissement en Amérique, ils finirent par écraser leurs ennemis les Hurons, et furent pour nous une cause perpétuelle d’inquiétudes et de luttes. Puis le jour arriva où, ayant vaincu, dispersé les autres tribus sauvages, ils furent eux-mêmes vaincus et dispersés par les forces toujours croissantes de la colonisation européenne.

Jadis, quand un enfant de cette tribu commençait à se mouvoir, son père lui mettait entre les mains un arc et des flèches pour qu’il s’exerçât à faire la guerre aux animaux en attendant qu’il la fit aux hommes.

les Jadis, quand un Iroquois célébrait les funérailles des guer-

lle riers qui-avaient succombé sur le champ de bataille, il s’écriait:

qui « Os de mes ancêtres qui êtes suspendus au-dessus des

r'ès vivants, apprenez-nous à vivre et à mourir. Vous avez été

de braves, vous n'avez pas craint de piquer vos veines; le maître de la vie vous a ouvert ses bras et vous a donné une heureuse

rait chasse dans l’autre monde.

\m- « La vie est cette couleur brillante du serpent qui paraît,

pu disparaît plus vite que la flèche ne vole; elle est cet arc-en-ciel

uva / que l’on voit à midi sur les flots du torrent; elle est l'ombre

les Û d'un nuage qui passe.

‘ent Bu tre a de uen CS A M SE HT 28 Less

pût | « Os de mes ancêtres, apprenez au guerrier à ouvrir ses

per | veines, à boire le sang de la vengeance. »

les : Jadis, quand un chef iroquois comparaissait devant un de

lle, f nos gouverneurs français pour négocier un traité de paix et

dre réclamer ses prisonniers, il lui disait : « Prête l'oreille. Je suis

n à la voix de mon pays. J'ai passé près du lieu où les Algonquins

rent nous ont massacrés au printemps. J'ai passé vite et j'ai dé-

ale, tourné les yeux pour ne point voir le sang de mes compatriotes,

l'un pour ne point voir leurs corps étendus dans la poussière. Ce

ion. spectacle aurait excité ma colère. J'ai frappé la terre, puis

eur prêté l'oreille, et j'ai entendu la voix de mes ancêtres qui m'a

ace. dit avec tendresse : Calme ta fureur, ne pense plus à nous,

iens car on ne peut plus nous retirer des bras de la mort; pense

tar- | aux vivants; arrache au glaive et au feu ceux qui sont prison-

pns , niers. Un homme vivant vaut mieux que plusieurs qui ne sont

par plus. — Ayant entendu cette voix, je suis venu pour délivrer

plis- ceux que tu tiens dans les fers. »

s les ; Maintenant l’enfant de l'Iroquois, au lieu de s'essayer à

uié- tendre un arc, à lancer des flèches, à brandir le tomahawk,

ersé barbote dans les rues avec les canards. On célèbre les funé-

s et . railles des morts sans invoquer leur courage, et les fils de

tion ceux qui parlaient un si fier langage à nos agents officiels s’inclinent avec respect devant un shériff et devant un officier À

nou- anglais. k

hes RE |

dant Les Indiens vivaient constamment au milieu même de la

nature. Ils ne s'enorgueillissaient point, comme nous le faisons

aujourd'hui, d'en expliquer les phénomènes; mais ils les observaient à tout instant, dans toutes les saisons, et par celte attention continue ils acquéraient les connaissances nécessaires pour régler leurs actions et assurer leur bien-être. Sans horloge et sans aucun instrument astronomique, par l'inspection des astres, ils mesuraient exactement la marche des heures, le cours des nuits et des jours. Sans guide et sans boussole, ils pouvaient entreprendre de longs trajets à travers des plaines désertes, des forêts profondes où l'on ne distinguait pas un sentier, pas un vestige humain, et ils arrivaient en droite ligne à leur but. On a souvent signalé l’habileté avec laquelle ils reconnaissaient à un signe presque invisible, à une branche brisée, à des herbes courbées sur le sol, la trace d’un homme ou d’un animal, d’un ami ou d’un ennemi, Le fait est que, par l'énergie de leur vie active, par la fraicheur de leurs organes, par l'étude perpétuelle de tout ce qui les environnait, ils acquéraient une pénétration de regard, une finesse d’ouïe et d'odorat vraiment prodigieuses. La nature était leur première et leur constante institutrice; selon ses différentes phases, ils combinaient le cours de leurs occupations, de leurs chasses et de leur vie nomade. Selon ses périodes régulières, ils avaient formé leur calendrier. Ils divisaient, comme nous, l’année en quatre saisons et en douze mois; mais ils en fixaient le commencement au printemps, en cette riante saison où tout s’égaye et se ranime.

Un grand nombre d’Indiens ont conservé les noms imagés par lsquels leurs ancêtres désignaient les différents mois, selon leur action distinctive : janvier, le mois des écureuils et des souris, parce qu'’alors ces animaux commencent à sortir de leurs trous; mai, le mois des semailles; juin, le mois des faons; août, le mois des épis rôtis; décembre, le mois de la chasse. Les révolutionnaires de France, en composant leur calendrier républicain, n'avaient pas même le mérite de l'invention, l’ignorante race indienne de l'Amérique leur offrait le modèle d'une nomenclature plus précise et plus pittoresque que celle qu’ils ont imaginée. :

Par cette même observation des divers phénomènes de la nature, les Indiens faisaient leur chronique individuelle ; ils calculaient leur âge d'après quelque événement mémorable,

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par rche sans vers stinaient ileté ible, 1, la emi.

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comme, par exemple, un hiver rigoureux ou un débordement extraordinaire : « En ce temps-là, disaient-ils, je commençais à marcher, et j'étais de taille à tuer les oiseaux avec des flèches. » Ils avaient une autre habitude que je ne puis omettre de citer: ils ne comptaient point la du::+ de leur vie par jours, mais par nuits, ni par étés, mais par hivers, comme si les jours lumineux et les belles saisons passaient trop rapidement pour laisser quelque impression dans leur esprit! Et n'est-ce pas ainsi que souvent nous-mêmes nous fixons notre pensée à nos heures de deuil ou d'angoisse, tandis que dans notre ingrate mémoire s'effacent les moments de joie?

La nature était l'élément vital des Indiens; ils l’aimaient de telle sorte, qu'ils se considéraient comme incarnés en elle : « Ami, disait un de leurs chefs au colonel Harrison, je te remercie du siège que &1 m'offres. Le soleil est mon père, la terre est ma mère. Je n. assoirai sur le sein de ma mère. »

Et il s’assit sur le sol nu.

Cette phrase, prononcée d’un ton solennel, n’était point une vaine métaphore.

Les Indiens regardaient réellement la terre comme leur mère universelle; ils croyaient qu'ils avaient été engendrés dans ses entrailles, et qu'ils y étaient restés longtemps avant de monter à sa surface. ‘

Les Delawares ont une tradition qui rapporte qu'au commencement du monde ils habitaient sous un lac, dans les profondeurs de la terre. Un d’eux déccuvrit un jour une c:wvité par laquelle il monta à la surface «au globe, et s'empare c'ua daim qu’il rapporta dans sa retraite soutrraine. Ses compagnons, ayant mangé la chair de cet animal, y prirent tant de goût, qu'ils voulurent tous quitter leur sombre demeure pour s'établir sur le sol où l’on voyait la lumière du ciel, et où l'on trouvait un succulent gibier.

D'autres traditions disent. que, primitivement, les Iadiens vivaient dans l’intérieur de la terre, à l’état d'animaux ; de là leur respect pour certains animaux inoffensifs ou carnassiers, tels que le lapin, la tortue, le loup, le renard, le serrent, dont plusieurs tribus s’honorent de porter le nom. La chasse et la pèche ont été, pour tous les peuples primitifs, les éléments essentiels d'alimentation; mais, ici, plus complètement et plus

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longtemps que dans d’autres régions. L'Indien du Nord, ne sachant point labourer son sol, et n'étant point, comme les peuplades des régions tropical: «, doté de ces beaux arbres qui croissent sans culture et se chargent de fruits savoureux, ne pouvait compter pour vivre que sur son adresse à lancer une flèche ou à tendre un filet. Dans cette occupation journalière, il était à tout instant surpris de l'instinct, de l’agilité ou de la force des animaux qu'il poursuivait dans les bois ou dans les eaux. Ainsi, il en est venu à éprouver pour chacune de leurs espèces une estime particulière. Tous les êtres de la création, les arbres même et les plantes se présentent à sa pensée comme une grande société dont l'homme est le chef, mais certains animaux lui semblent apparentés avec l'homme par leurs facultés; l'ours lui apparaît comme un des combattants d'une tribu hostile. « Lève-toi, disait un Indien à un ours qu'il venait de blesser mortellement; tu es un lâche et non un guerrier, comme tu le prétends. Si tu étais un guerrier, tu le prouverais par ta fermeté, au lieu de gémir comme une vieille femme. Tu sais que nos tribus sont ennemies l’une de l'autre,

et tu as été l’agresseur ; si tu m'avais vaincu, je me serais

soumis à mon sort avec courage; je serais mort comme un brave, et toi, tu restes là, étendu par terre, et tu déshonores ta tribu par ta lâcheté. ;

L'Indien fait des h:rangues du même genre au serpent à sonneltes. Quant aux castors, il éprouve pour eux une telle admiration, qu'il prétend que c'est une race d'hommes qui, en punition d'un grave méfait, a été condamnée à l’état où nous la voyons, en conservant dans sa dégradation sa primitive intelligence. C'est ainsi que le nègre croit aussi que les singes sont des hommes rusés, qui, par paresse, dissimulent ‘sur faculté d’élocution.

« Petit peuple, dit-il dans son jargon, qui pale pas, pou pas lavailler. »

Quant au culte de ces peuplades, une opinion généralement répandue nous montre leur religion comme étant un grossier fétichisme. Ce fétichisme tortefois ne ressemble en rien à celui des nègres de la côte de Guinée, qui adorent des pierres et des oiseaux; ni même à celui des anciens Égyptiens, qui, en idolâtrant des légumes, avaient, selon l’expres-

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sion «. Juvénal, la joie de voir naître des divinités dans leurs jardins.

O sanctas gentes, quibus hæc nascuntur in hortis Numina !.…

Il est vrai que si on fouille dans une de ces poches en peau que l’Indien non converti par le christianisme ou la civilisation appelle son sac de médecine, et porte avec ur se ent de vénération, on est étonné de n'y trouver que qu misérables objets matériels, tels qu'une patte d'aie, d'ours, une pépite de cuivre, ou même un morceai Mais cette grossière amulelte n’est pour lui que le sig pable, le symbole du manitou qui doit l'accompagner dan: vie, le guider el le protéger. Chaque tribu a des symboles de même nature; dans les camps, c'est son palladium; dans les cabanes, ses dieux lares. Chaque individu a son manitou particulier qui lui sera révélé en une heure solennelle. Quand le temps est venu où il espère pouvoir obtenir cette précieuse révélation, à l'âge de quatorze ou quinze ans, le jeune Indien quitte la demeure paternelle, se retire à l'écart et reste là, seul, astreint à la plus rigoureuse abstinence pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que, dans les rèves enfantés dans son oisiveté, surexcité par ses jeûnes, il reconnaisse la manifestation de son manitou.

Lorsque, dans sa retraite solitaire, l'Indien a vu se dessiner dans ses songes le symbole de son manitou, il rentre tout joyeux au logis, où sa mère a le soin de lui tenir en réserve des aliments solides pour restaurer ses forces après son abstinence. Quand il a apaisé sa faim et sa soif, il prend ses flèches et va à la recherche de l'animal dont les plumes ou la peau doivent servir à former son sac de médecine. La prise de possession de ce talisman c'est le signe de son entrée dans la vie, comme le don de la robe virile chez les Romains.

Cette amulette, dont lui seul connaît le mystère, il la portera constamment sur son corps, et la gardera toute sa vie, et il sera enseveli avec elle, pour qu’elle le protège encore dans les terrains de chasse de l’autre monde.

Si, par malheur, il vient à la perdre dans un combat, il

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