‹ Les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 9 sur 28 · VAN · texte numérisé non relu

VAN

Canaqui lui la dit, une temps ait de , nulle ration quelle ant un hograortait.

naines de ses vellee plualogie, à l’idée ser ses

puvées pmméfroids rie. Je qui ne bnt; je int de ditionature ralgré

mon horreur pour cette romantique situation, j’entrais forcément dans la classe des êtres incompris. Tout à coup voilà que je retrouve la vive et =xpressive physionomie de l£ France, le regard animé, les lèvres riantes. Au lieu de ces cohortes de mécaniciens ou de marchands qui naguère me sifflaient comme par grâce ou me cassaient entre leurs dents quelques secs monosyllabes, je rencontre des gens à la figure ouverte, qui, apprenant l’arrivée d’un de leurs compatriotes, viennent eux-mêmes au-devant de moi, me cherchent avant que j'aille les chercher, me tendent la main, m'offrent affectueusement leurs services. Ma pensée se ravive, mon cœur se dilate. Je commençais à me croire à demi mort. Je suis ressuscité.

Je suis ressuscité au 45° degré et demi de latitude et au 73° et quart de longitude. Le fait est assez important pour que je le relate avec soin. En le citant, je doune de plus la position exacte de Montréal, et j'aspire en outre à faire une description de cette cité, quoique en général les descriptions de villes, et notamment celles dont je me suis rendu coupable sur différents points du globe, me semblent bien ennuyeuses. Mais c'est, dit-on, un des devoirs du voyageur, et je tiens à remplir les conditions de mon état.

Pour me faciliter ma tâche, daignez déployer une carte de l'Amérique septentrionale. En suivant ses divers linéaments vous trouverez en partant du lac Champlain, à l'est des États- Unis, une île enlacée par les flots de l'Ottawa, qui serait un fleuve important en Europe, qui n’est qu’une des rivières secondaires de l'Amérique, et par les ondes du Saint-Laurent, qui est tout simplement un des plus grands fleuves du monde. C'est l’île de Montréal, qui a environ onze lieues de longueur sur deux à cinq de largeur. Presque au milieu de cette petite terre s'élève une montagne fendue en deux comme par le sabre d’un Roland. Avec votre poétique imagination, vous fcrez de ces rivières qui se rejoignent deux lames d'argent et d’or, et de ce sol qu’elles embrassent une broche d'éma:i surmontée d’une émeraude. Ajoutez-y des ciselures représentant des maisons élégantes, des couvents, des églises, des jardins et des bois, toutes les gracieuses fantaisies des artistes, et vous aurez un assez fidèle tableau de l’aspect de Montréal.

Voltaire a dit dans je ne sais plus quel livre : « En ce

ÉRSMRÈ RE ice AC utt |

Jus

temps-là, on se "atta't au Canada pour quelques arpents de neige. » En écrivant cette phrase, le roi des railleurs traitait fort impertinemmit v:n pays qui est dix fois plus étendu que la France, et qui offre à ceux qui voudront le cultiver d'immenses ressources.

J'y suis venu malheureusement dans la saison la plus défavorable. Je ne puis faire reverdir par la pensée ces forêts dépouillées par le vent d'automne, colorer ces eaux, remulir de fleurs ces jardins, et de moissons ondulantes ces prairies. Cependant, sous les ombres d’un ciel de novembre, :lans ce deuil gris de la nature, tout ce paysage est encore très riant et très beau, et du haut de la montagne j'ai passé des heurcs à regarder ce nouveau coin de terre, dont je n'avais, en quittant le Favre, qu’une fausse idée, celte large baie du Saint- Laurent, bordée par les deux flots de Saint-Paul et de Sainte- Hélène, et à l'horizon !:£ cim. © vaporeuses des coteaux de Saint-Césaire, Saint-Hilaire, Saint-Thomas (toujours des saints!}), tandis qu'à mes bivds les ‘oits en zinc ou en ferblanc des maisons de la ville ruisselaient au soleil comme des flots d'argent.

L'histoire de cette ville n'est pas longue, mais elle l’est plus pourtant que celle des reines commerciales des États-Unis, qui date de leur fortune d'hier, et a plus d'intérêt pour un esprit animé d'un noble sentiment national.

En 1535, Jacques Cartier, le vaillant capitaine de Saint- Malo, rerionta dans son second voyage le Saint-Laurent jusqu’à l’île de Hochelaga (l’île actuelle de Montréal). I a luimême écrit avec la naïveté qui fait le charme des anciens récits de voyage son arrivée en ce lieu et les relations avec les sauvages. « Et nous, dit-il, étant arrivés audit Hochelaga, se rendirent au-devant de nous plus de mille personnes, tant hommes, femmes qu'’enfants, lesquels nous firent aussi bon accueil que jamais père fist à enfants, menans une joie merveilleuse: car les hommes en une bande dansoient, et les femmes ue leur part, et leurs enfants d'autre, lesquels nous apportèreut force poisson, et de leur pain fait de gros mil, lequel ils jetoient dedans nos petites barques, en sorte qu'il sembloit qu’il tombast de l'air. Voyant ce, le capitaine descendit à terre, accompagné de pi”. urs de ses gens, et sitos.

nts de raitait u que

d'im-

défaforêts mulir airies.

ns ce riant leur és L quit- Sainijainteux de s des n fer-

Vue de Montré

Ci eu PT 2 us DS LT ab LR NH Pt SMS LA

ET LE CANADA 75 qu'il fut descendu, s’assemblèrent tous sur lui, et sur les autres, en faisant une chère inestimable, et apportoient les femmes leurs enfants à brassées pour les faire toucher audit capitaine, et aux autres qui estoient en sa compagnie, en faisant une feste qui dura plus d'une demi-heure. Et voyant ledit capitaine leur largesse et bon vouloir, fit asseoir et ranger toutes les femmes, et leur donna certaines patenostres d'étain, et autres menues besongnes, et à partie des hommes des couteaux; puis se retira à bord desdites barques pour souper et passer la nuit, durant laquelle demeura icelui peuple sur le bord dudit fleuve, au plus près desdites barques, faisant toute la nuit plusieurs feux et danses, en disant à toute heure Aguiazé, qui est leur dire de salut et joye. »

A son retour en France, Cartier eut plusieurs audiences du roi, et lui dépeignit les ressources qu'on pourrait tirer des vastes terres du Canada. Vous croyez peut-être qu'après cette seconde exploration, des cohortes de colons vont s'embarquer pour ces nouvelles régions, comme les Espagnols pour les montagnes du Pérou et du Mexique. Non, Cartier avait été obligé de reconnaître qu’il n'y avait sur les rives du Saint- Laurent point de mines d'or ni d'argent. Le sol de la France n'était pas assez cultivé pour que ses habitants éprouvassent la nécessité d'aller au loin chercher d’autres champs à défricher. Puis les guerres de François I‘ et son amour pour les arts détournèrent sa pensée des conquêtes que lui livrait le brave marin de Saint-Malo.

Plus d’un siècle se passe pendant lequel des hommes investis du titre de gouverneur, ou d’un privilège de commerce exclusif dans le Canada, naviguent vers cette contrée, s'y arrêtent sans y former aucun établissement sérieux et en rapportent des pelleteries.

L'œuvre que n'avaient pu faire Roberval avec les deux bâtiments qu’il équipa à ses propres frais, le marquis de la Roche avec son emploi de lieutenant général, Chauvin avec son monopole, le valeureux et intelligent Champlain l'entreprit, et 1 religion l’acheva.

Champlain construisit des forts sur plusieurs points, posa les bases de la colonie, c1':t, par l'entremise du duc de Ventadour Henri de Lévi, c-«.ques prêtres qui devaient aider

au progrès de cette entreprise, en convertissant et pacifiant les Indiens.

En 1627, Richelieu révoqua les privilèges de la compagnie industrielle, qui n'avait fait qu'exploiter les produits du Canada sans rien fonder dans ce n:: °‘ «: Sanisa une société de cent membres qui se prescrivait uns plus belle mission.

Elle s'engageait à transporter au Canada seize mille ouvriers et laboureurs, tous catholiques, à les loger, à pourvoir à leur subsistance pendant trois ans, à leur donner des terres et du blé pour faire leurs semailles. Elle leur adjoignait trois rrâtres, dont elle assurait les moyens d'existence penüuut quinze ans.

Le roi accordait à cette société le droit de nommer des juges, de construire des forteresses, de fondre des canons, de décerner des titres. il lui donnait en outre le privilège exclusif du commerce des nelleteries, le droit d'importer et d'exporter toutes sortes de marchandises sans rien payer au fisc.

Cette compagnie, dont le vénérable Charlevoix se plaît à louer la constitution, allait se mettre à l'œuvre, quand, par suite de la guerre qui, en 1628, éclata entre la France et l'Angleterre, les Anglais envahirent le Canada et s'emparèrent de Québec, qui en était alors le point le plus important. Mais ils ne comprenaient point encore la valeur de cette conquête, et ils la rendirent sans difficulté, en 1632, à la paix de Saint- Germain. Champlain, qui était retourné en France, revint deux ans après au Canada, y reprit le cours de ses ravaux, et mourut en 1635, laissant un nom que les Canadiens vénèrent à juste titre et que la France doit horcrer.

Dans l'été de 1641, deux petits bâtiments mettaient à la voile dans le port de la Rochelle. Sur :'un de «es bâtiments était un gentilhomme champenois, M. de Maisonneuve, qui, à la suggestion de M. Olier, fondateur de Saint-Sulpice, avait lui-même, avec quelques associés, organisé dans un but religieux une expédition pour le Canada. Il était accompagné d'un prêtre et de vingt-cinq hommes, ouvriers ou : 'dats. Sur l’autre navire était une saintefille, M" M: : de Langres, qui renonçait aux avantages d'une belie posit, :. dass le monde pour porter l’ardeur de sa charité chrétienne parmi les sauvages.

Cette émigration, composée en tout de trente personnes,

Here

cifant

pagnie lu Casociété ission, yriers à leur et du vâtres, e ans.

juges, de déxclusif porter

plaît à d, par t l'Anent de ais ils ête, et Saintrevint vaux, g vé-

à la ments , qui,

avait

relipagné s. Sur gres, onde s SaU-

nes,

arriva à Québec au mois d'août. La petite colonie naissante de cette ville essaya de retenir les pieux voyageurs, qui eussent été pour elle un utile renfort; car elle ne se composait pas de plus de deux à trois cents âmes. Mais M. de Maisonneuve s'était engagé à aller à Montréal et voulait aller à Montréal. En vain lui représenta-t-on les dangers auxquels il s'exposait en abordant avec si peu de forces sur cette île occupée par une nombreuse tribu d'Indiens. Il répondait en vaillant gentilhomme : « Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour exécuter. Y eût-il à Montréal autant d'Iroquois que d'arbres, il est de mon devoir et de mon honneur d'aller y établir une colonie. »

Il partit, et arriva le 14 octobre sur la côte de Hochelaga. Il éleva des cabanes, construisit une chapelle en bois. Sur le même lieu, M'"° Mance fonda un hôpital ; la sœur Bourgeois, une autre sainte fille de Troyes, établit sa communauté de la congrégation de Notre-Dame, qui se consacre à l'éducation gratuite des jeunes filles.

Quelques tentes dressées en face des sauvages, au milieu des bois, une chapelle près de laquelle un arbre servait de clocher, une maison de refuge pour les malades, une maison d'éducation pr les pauvres, tels furent les éléments de la ville de Mont al, qui d'abord porta le nom de Ville-Marie.

Bientôt la petite cité française fut contrainte de se fortifier contre les attaques des sauvages. Elle s’entoura d'abord d’une palissade en bois, puis d'un mur de quinze pieds de hauteur. Ainsi protégée, elle se développa et grandit quelque peu. Elle organisa un commerce d'échange avec les Indiens, elle eut ses jours de grande foire et ses jours de marché. En 1657, M. l’abbé Quélus, de l’ordre de Saint-Sulpice, érigea dans cette ville un séminaire. L'ile entière devint la propriété de cet établissement. Il en est resté le seigneur. D’autres terres du Canada furent concédées, avec le même titre seigneurial, à des officiers, à des gentilshommes.

La révolution de 1789 a renversé parmi nous toutes ces possessions nobiliaires. L’Angleterre les a respectées en conquérant le Canada. C’est un fait qui doit nous paraître singulier quand nous posons le pied sur cet ancien domaine de France que d'entendre à tout instant parler de fiefs et de seigneurs.

Voici, à cet égard, quelques mots d'explication. Cette distribution de terres fut une des sages mesures de Colbert, une mesure qui pourrait être, avec quelques modifications, utilement appliquée à l'Algérie. En acceptant la concession de tant de milliers d'’arpents, le seigneur s'engageait à les répartir entre un certain nombre d'individus qui devaient les défricher, y fixer leur demeure, et qui devenaient possesseurs du sol qu'ils occupaient, à la condition de payer en proportion de son étendue une modique redevance annuelle à celui de qui ils l'avaient reçu. Si les seigneurs subsistent au Canada, ils n'ont, comme vous le voyez, ni serfs ni vassaux. Le seigneur t'ansmet à son fils aîné ses titres et ses droits. IL a un banc réservé à l’église ; le prêtre lui présente l'eau bénite, et le recommande, ainsi que sa famille, aux prières des fidèles, selon les vieilles coutumes de France. Il perçoit ses redevances, qui, étant restées fixées au même taux qu’au xvn‘ siècle, n'ont plus qu'une faible valeur. Il perçoit, en outre, un droit

de vente ou de mutation sur chaque lot de terrain dépendant.

de son domaine. Voilà tous ses privilèges. Quand le prix d’un terrain nu s'accroît par la culture, par la construction d’une maison ou d'un établissement industriel, il est clair que si ce terrain passe par un contrat de vente en d'autres mains, les droits attribués dans ce cas au seigneur deviendraient considérables; mais alors il les règle avec les intéressés, à l'amiable. Ainsi le séminaire, seigneur de l'île de Montréal, dont le droit primitif est de douze pour cent sur le prix de chaque vente, l’a successivement réduit, et fait encore chaque jour de nouvelles concessions. Sauf ce tribut que l’on paye ici au seigneur comme nous à notre enregistrement, le paysan est libre et n’a rien à envier à la constitution civile des paysans de la France. S'il lui plaît de racheter, au moyen d’une somme une fois payée, ses redevances annuelles, d'affranchir à perpétuité son domaine du droit de mutation, le seigneur ne peut s’y refuser.

Cependant, comme ce droit n’a point été réglé par une loi générale, plusieurs seigneurs n'ont point voulu l’abaisser équitablement selon les circonstances. Autrelois, en cas de conflit entre eux et leurs censitaires, la cause était portée devant l’intendant, qui la tranchait par un arrêt souverain.

Maintenan la coutume nouvelles contre part faits du Ca prennent la de fond en ont déjà re parviendro accomplir bonne justi leur en don

J'en revie sement va Î y touche pa furent emp4 possessions Hollande e trariés d'av avait la ha leteries, et se mirent a impertinente Iroquois, dc colère en no

Ameutés, des cinq na!

colons, et q jusqu'aux p puissances l'autre, et d gleterre, el Nord. Vieu:

de l'Océan, forêts du n même beso s’armer con tait leur org Malgré le

ET LE CANADA ui)

Maintenant on en appelle aux tribunaux, qui s'en réfèrent à la coutume de Paris, laquelle coutume n'avait point prévu les nouvelles questions litigieuses. Les gens parfaits (on en rencontre partout en ce temps d'heureuse lumière), les gens parfaits du Canada, pour obvier à ces difficultés accidentelles, prennent la pioche et le marteau et demandent à renverser de fond en comble tout l'édifice seigneurial. Leurs clameurs ont déjà retenti plus d’une fois au sein du parlement. Ils ne parviendront sans doute pas, ou du moins pas de sitôt à

accomplir leur acte de démolition; car on ne pourrait, en fn | {

bonne justice, ‘dépouiller les seigneurs de leurs droits sans leur en donner une indemnité, et ce n'est pas une petite affaire.

J'en reviens à mon histoire de Montréal, qui malheureusement va bientôt tomber dans celle de l'Angleterre, qui déjà y touche par un fâcheux côté. Lorsqu’en 1664 les Anglais se furent emparés de la province de New-York et des autres possessions néerlandaises, désignées sous le nom de Nouvelle- Hollande et de Nouvelle-Belgique, ils se sentirent fort contrariés d'avoir dans leur voisinage une colonie française qui avait la hardiesse de faire comme eux le commerce des pelleteries, et de leur enlever une partie de leurs bénéfices. Ils se mirent aussitôt en devoir d’entraver les progrès de cette impertinente rivale, et suscitèrent contre elle les bell‘queux Iroquois, dont nous avions déjà suffisamment enflammé la colère en nous alliant à leurs ennemis les Hurons.

Ameutés, protégés, armés par les Anglais, les confédérés des cinq nations entrèrent sur nos domaines, harcelèrent nos colons, et quelquefois firent entendre leurs cris sanguinaires jusqu'aux portes de Montréal. En cet orageux xvu° siècle, les puissances européennes élaient souvent en lutte l’une contre l'autre, et dès que la guerre éclatait entre la France et l'Angleterre, elle éclatait par contre-coup dans l'Amérique du Nord. Vieux Guelfes et vieux Gibelins combattaient au delà de l'Océan, et les fils luttaient avec la même ardeur dans les forêts du nouveau monde. Mais les Anglais n'avaient pes même besoin du prétexte des événements européens pour s’armer contre nous : le Canada blessait leurs intérêts, irritait leur orgueil, et le delenda Carthago était leur devise.

Malgré leurs efforts, leurs cabales artificieuses, la colonie:

française, qui, en y comprenant les Indiens convertis, ne se composait pas alors de plus de huit mille âmes, se soutenait bravement. Tantôt elle faisait, dans l'enceinte de ses fortifications, une vaillante défense; tantôt elle allait elle-même attaquer ses adversaires, et elle finit par les obliger à souhaiter la paix.

Les Anglais étaient las de leurs tentatives infructueuses, les Iroquois humiliés de scalper si peu de têtes. La fière république des cinq nations s’inclinait devant l'épée de la France, et envoyait des ambassadeurs à Montréal. La perfidie d’un de nos alliés anéantit ces heureux projets. Un chef de Hurons, décoré d’un petit nom indigène que vous n'êtes pas tenu de prononcer, du nom de Michillimakina, mais plus généralement appelé le Rat, ne voulait point que nous fissions un traité d'alliance avec ses ennemis les Iroquois. Pour en prévenir la conclusion, il se mit en embuscade au bord du chemin par où devaient passer leurs envoyés, en tua quelques-uns, en fit quelques autres prisonniers, et déclara qu’en agissant ainsi il ne faisait qu'obéir aux ordres du gouverneur. Bien entendu qu'après ce guet-apens il n’y eut plus de proposition de paix possible. Les Iroquois rentrèrent en campagne avec fureur, et il s'ensuivit de part et d'autre d'horribles scènes de carnage.

De 1690 à 1709, sauf un court intervalle de repos commandé en 1697 par le traité de Ryswick, la colonie canadienne fut sans cesse sous les armes. Dix année: ue paix réparèrent enfin les désastres de cette longue suite d’agitations et de combats. En 1720, la popu'ation française de Québec était de sept mille âmes, celle de Montréal de trois mille. Les progrès du commerce sont constatés à la même époque par le mouvement des navires. En 1733, dix-neuf bâtiments sortirent de la rade de Québec, et il en fut construit huit dans ies chantiers de la colonie.

Deux ans après, la guerre recommença sous le gouverncment du marquis de Beauharnais, dont le caractère hautain froissa les Anglais. Elle se continua sous l'administration de son successeur, M. du Quesnes de Menneville, sons celle du marquis de Vaudreuil de Cavagnal, qui fut dans le Canada notre dernier gouverneur.

ne se tenait ortifimème sou-

s, les répuance, un de Iron, nu de éralens un n préu che- S-UnS, issant , Bien sition avec scènes

comcanaix réations uébec e. Les par le tirent s ies

erncutain on de le du inada

Pendant deux ans encore, l’armée française remporta la victoire. C'était la dernière faveur du destin changeant, la dernière auréole de notre pouvoir dans le Canada.

En 1759, Québec fut pris par les Anglais. Quand j’en viendrai à vous parler de cette belle ville de Québec, je vous dirai plus en détail la fatale catastrophe qui nous l’a enlevée. Le valeureux chevalier de Lévi et le marquis de Vaudreuil se retirèrent à Montréal. Ils furent cernés par une telle masse d’ennemis, qu’en réalité toute résistance était à peu près impossible. Le 7 septembre 1760, ils capitulèrent.

Le traité de capitulation démontre que les Anglais ne se croyaient pas assez forts pour prononcer sur notre tête le væ victis de Brennus, pour nous imposer les conditions arbitraires d’une armée conquérante. Ce traité se compose de cinquanie-cinq articles. J'en note seulement les principaux.

« Les Français s'engagent à déposer les armes et à ne plus les reprendre dans le cours de la guerre. Mais ils doivent recevoir à Québec, où ils s'embarqueront, les honneurs mililaires. Le marquis de Vaudreuil restera librement dans sa demeure iusqu'à ce qu'on trouve un navire convenable pour le ramener en France. Les catholiques conserveront le libre exercice de leur culte. Les prêtres, les missionnaires ne seront point inquiétés dans leurs fonctions ; les privilèges des communautés religieuses seront strictement maintenus ; les biens du clergé, les droits des seigneurs seront respectés. Les particuliers garderont la libre possession de leurs propriétés mobilières et immobilières ; les archives du conseil et des triburaux resteront dans la colonie. »

11 faut dire à l'honneur de l'Angleterre qu'elle a fidèlement observé ces conditions. Le clergé catholique du Canada est aussi puissant sous le régime protestant de l'Angleterre qu'il l'était sous la domination française, les cérémonies de l'Église aussi libres et aussi splendides. Les processions religieuses se font dans toutes les paroisses avec la même pompe qu'autrefois en France. Dans les villes de garnison, elles sont escortées par des détachements de soldats anglais en grand uniforme. Que les descendants des vieux puritains, que les sociétés bibliques crient et tonnent parfois contre un tel scan-

dale, c’est ce qu’il est aisé de concevoir. Mais le gouvernement

Lo

anglais n’e: est pas moins resté sourd à leurs pieuses vociférations, et n’en a pas moins respecté les anciennes coutumes civiles et ecclésiastiques du Canada. Après la conquête, il avait seulement mis sous le séquestre les biens des jésuites : sur les représentations de la colonie, il les a rendus en 1834, avec les revenus qu'il avait perçus. Le produit de ces biens est affecté aux établissements d'instruction publique.

Il faut reconnaître que l'Angleterre a plus aidé aux progrès matériels de cette contrée que nous ne l’avons fait. De nombreux colons de la Grande-Bretagne, de l'Irlande surtout et de l'Écosse viennent encore chaque année augmenter la population des villes, défricher les champs, planter les piquets de leurs rustiques cabanes sur un sol autrefois désert. L'industrie anglaise a donné l'essor aux Canadiens, et les capitaux anglais ont vivifié le commerce.

En peu de temps la pauvre petite bourgade de Montréal est devenue une grande cité animée et élégante, trop élégante même pour celui qui préfère les capricieuses arabesques, les romantiques fantaisies des anciennes villes à la règle du cordeau, à la systématique uniformité des constructions nouvelles. Ses rues sont, pour la plupart, tracées en droite ligne, remplies de maisons édifiées en belle pierre grise, avec le perron haussé de quelques gradins, la porte vernissée, le marteau en cuivre poli, les persiennes peintes en vert. Elles ressembient, sauf la grandeur des bâtiments, aux rues récentes de Londres et de Bruxelles. Elles s'étendent sur une plaine de deux milles de largeur, qui, de la base de la montagne, descend jusqu'aux bords du fleuve. Cette cité, dont les premiers édifices furent une chapelle et un hôpital, n’a point failli à son origine. Dans tous ses quartiers il y a des établissements de bienfaisance et d'éducation, et de tout côté on y voit briller des flèches de clochers. Au-dessus de ces diverses fondations de l'Église catholique, du culte épiscopal, presbytérien, s'élèvent les deux tours de la nouvelle église paroissiale, magnifique vaisseau construit sur un plan d'architecture gothique. 11 me semble que ses proportions n’ont pas été assez habilement mesurées, que ses tours sont trop massives pour. sa façade. Mais, tel qu'il est, c'est le plus vaste et le plus beau

AM

== fn put th = =

CD an ne ee D un

vocicoucon- 8 des ndus it de | pu-

ogrès nomout et popuets de lustrie xx an-

éal est égante es, les lu cors nouligne, avec le sée, le . Elles es réur une a monont les 3 point établisé on Y iverses , presparoistecture 6 assez bg pour s beau

NA

monument catholique qu'il y ait dans l'Amérique septentrionale.

En dehors de la ville même, il y a toute une autre ville dispersée dans la longueur du vallon, nichée sur les flancs des collines, suspendue aux plis de la montagne: maisons agrestes de laboureurs, maisons superbes de négociants, cottages solitaires de rentiers. Il y en a, à la côte, qui portent le nom poétique de Notre-Dame-des-Neiges, sur la terre plate de Griffin, en face du Saint-Laurent, et en face de l'Ottawa. Il y en a qui vous étonnent par le luxe de leur colonnade et de leurs galeries ; d’autres qui attirent doucement votre imagination sous leur toit modeste, sous leurs rameaux d'arbres, qui vous font rêver le bonheur d’être là pour finir en paix la vie, comme dit Burns, au milieu des amis de nos premiers jours.

Les deux races rivales, séparées en Europe par le détroit, se trouvent ici face à face en contact journalier sur le même sol, et conservent les mêmes instincts particuliers, les mêmes défiances, les mêmes antipathies. L'une a pour elle l'autorité de son drapeau, de son gouvernement; l’autre, la force numéirique et ses anciens droits de possession. La race anglaise est plus active, plus entreprenante; la race française mieux ancrée dans le sol. Toutes deux vivent à la fois sans se confondre, comme deux fleuves qui se rejoignent sans perdre la couleur distincte de leurs eaux. A les voir marcher en silence sous la même bannière, et régler d'un ton amical leurs affaires, on pourrait les croire sincèrement unies. Mais d'un côté subsiste l'orgueil du torysme, et de l’autre le foyer de l’inquièt: et ardente nature française. Tout à coup le foyer se railume, ou l'orgueil éclate comme un ressort longtemps comprimé; ei il s'ensuit des collisions qui anéantissent en un instant le souvenir de plusieurs années de paix.

Au milieu de ces divisions de partis, sous le poids de ces coups de vent politiques qui prennent un caractère grave, beaucoup de Canadiens sont restés fidèles au pacifique autel des Muses. J’en ai connu plusieurs qui se consacrent avec une religieuse patience à l'étude de leurs anciennes annales, qui s'estiment heureux quand, après une longue et consciencieuse

investigation, ils arrivent à corriger l'erreur d'un historien, à

rectifier une date, à reconstituer un fait. J'en ai connu d'autres qui se livrent avec une innocente candeur aux douces joies de la poésie. Comme ils n'ont point de théâtres, et point de lecteurs assez nombreux pour encourager les grands travaux, ils ne se hasardent ni dans les orageux défilés de la tragédie, ni dans les vastes espaces de l'épopée. Humbles jardiniers du Parnasse, ils cultivent à l'écart l’aiguillon de l'épigramme, la fleur du madrigal, les rameaux éplorés de l'élégie. |

ge ee QO 4 M

tres Dies oint tra- » la bles | de , de

Page 1