LES MISSIONNAIRES FRANÇAIS EN AMÉRIQUE
A l’époque où les premiers missionnaires pénétrèrent parmi les tribus indiennes du Canada et de l'Amérique septentrionale, depuis les bords de l'Atlantique jusqu'à ceux de l'océan Pacifique, depuis les côtes glacées du Salvador jusqu'aux rives tropicales du golfe du Mexique, cette immense région n'offrait aux regards qu’un sombre et effrayant aspect : ici les profondes et ténébreuses forêts ; là les prairies de l'Ouest, pareilles à un océan; ailleurs la plaine sablonneuse et les marécages. Là où s'élèvent aujourd'hui tant de cités populeuses, on ne voyait pas une maison; là où se déroulent les rails des chemins de fer, on ne distinguait pas même un sentier. La charrue n'avait point labouré ce sol; le minerai n’avait point élé arraché aux entrailles de la terre, pour être converti en ustensiles d'agriculture, en instruments de guerre. Les plus simples industries de la vie civilisée étaient ignorées dans cette contrée.
Çà et là erraient les nomades tribus d’Indiens ; çà et là aussi, dans des cabanes en écorce de bouleau, dans des villages défendus par des palissades en bois, on trouvait quelques communautés sédentaires qui, par leurs institutions, par leurs procédés de commerce et d'agriculture, apparaissaient comme les restes d’une ancienne peuplade plus civilisée. Autour de chaque tribu isolée s’étendaient de vastes espaces déserts, où
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ceux qu'on appelait les braves allaient également à la chasse des hommes et des animaux.
Ces tribus ne se composaient que d'un petit cercle d'individus; mais elles étaient disséminées de côté et d'autre en si grand nombre, que chaque rivière, chaque lac portait le nom d’une nation spéciale. Par leur physionomie, leurs vêtements, leurs habitudes, elles avaient une apparence à peu près uniforme ; l'Européen ne les distinguait l’une de l’autre qu’à leur dialecte et à quelques tatouages particuliers.
La grande famille des Algonquins, divisée en plusieurs tribus, occupait tout le bassin du Saint-Laurent, la vallée occidentale du Mississipi et la plage de l'Atlantique jusqu’au cinquante-cinquième degré de latitude. Plus bas, du côté du golfe du Mexique, étaient les Muscogulgues ou Mobiliens. Entre ces deux races considérables se trouvaient deux peuplades destinées à devenir plus célèbres que les autres : les Hurons et les Iroquois, qui, des rives du lac Huron et du lac Ontario, s’étendaient jusqu'à la Caroline du Nord, et touchaient aux Cherokees , les montagnards aborigènes de l’Amérique. Près de ceux-ci étaient les clans des Creeks, des Yamarres, des Apaches, des Natchez. A l'ouest du Mississipi, du côté de l’Arkansas, campaient les Dakotas, les Sioux, les Assiniboins; au sud-ouest, les cohortes du Nouveau- Mexique, et les nombreuses tribus qui existent encore dans la Californie et l'Orégon.
C'est au sein de cette sauvage arène que le missionnaire catholique entreprenait de porter la lumière de l'Évangile, au milieu de ces peuplades primitives, divisées en une quantité de clans séparés l'un de l'autre par la différence de leur dialecte, armés perpétuellement l’un contre l’autre, à peu près tous également barbares, également assujettis à leurs superstitions traditionnelles et à leurs fables mythologiques.
Quels obstacles le missionnaire n’avait-il pas à surmonter pour faire admettre son enseignement par une telle population ! Et il en devait rencontrer d’autres, non moins graves, dans la nature même de la contrée. En s’aventurant dans son dangereux voyage, il était exposé à la rencontre des bêtes fauves ou des guerriers errant avec leurs flèches et leur tomahawk à la recherche d’une nouvelle proie, et s’enorgueillis-
it
sant d'ajouter un nouvedu trophée à leur sanglant cordon de chevelures humaines. Il était exposé aux chaleurs brûlantes de l'été, au froid glacial de l'hiver, aux diverses maladies enfantées par un rigoureux climat, loin de tout abri et de tout secours fraternel; il était exposé à se noyer dans les rivières torrentielles, ou à périr de faim dans les bois.
Mais ni ces dangers, ni les fatigues, ni les privations et les difficultés de toutes sortes ne pouvaient arrêter le zèle de ceux qui voulaient obéir à cetts parole de Dieu : « Allez et enseignez les nations. »
Avec les premiers explorateurs et les premiers colons du Canada apparurent les missionnaires : prêtres séculiers et réguliers, religieux de différents ordres, animés d’une noble ardeur, quittant volontairement le village bâti par leurs compatriotes, les cités naissantes des rives du Saint-Laurent, renonçant aux agréments d’une vie paisible, pour se jeter dans les hasards d’une existence pleine de périls.
Quelquefois une mission était formée par une ordonnance royale. Quelquefois c'étaient les colons qui, par des cotisa-
‘ tions volontaires, subvenaient eux-mêmes aux besoins de ces
vaillants prédicateurs. Quelquefois c’étaient des princes, des nobles qui, par un généreux sentiment de piété, donnaient l'argent nécessaire pour payer les frais de voyage d'un prêtre, pour envoyer au delà de l'Atlantique des croix, des vases sacrés, des vêtements sacerdotaux. Mais souvent le missionnaire s’en allait seul, la croix à la main, sans appui, sans protection. Insensible à toutes les privations et à toutes les injures, sans souci du danger, sans crainte de la mort, il poursuivait son œuvre avec son ardente charité, sa foi en Dieu et sa résignatirn à la volonté de la Providence. Les mêmes actes d’héroïsme, les mêmes vertus de pauvreté et d'abnégation, les mêmes miracles qui, dans d’autres pays, avaient illustré la primitive Église, éclataient à plusieurs siècles de distance dans les contrées septentrionales. En Europe, plus d’une ville florissante doit son origine à quelque humble religieux qui, le premier, pénétra au milieu d’une forêt sombre et y éleva un oratoire. En Amérique, plus d'une province, aujourd'hui animée par une active population, a été, pour la première fois, explorée et signalée aux colons
don de par un missionnaire. Les protestants s'accordent tous à rendre
ûlantes hommage à la vertu de ces prêtres catholiques, et leur nom,
ies en- inscrit dans les annales chrétiennes, doit l'être également dans
de tout l'histoire du développement des connaissances humaines en
ivières Amérique ; car ils ont été les premiers pionniers, et, sur certains points, les premiers géographes de cet immense con-
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