‹ Les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 25 sur 28 · UNE CAFÉIÈRE ET UNE SUCRERIE · texte numérisé non relu

UNE CAFÉIÈRE ET UNE SUCRERIE

Le soleil n'était pas encore levé, et l'aurore qui le précédait, l'aurore qui a vraiment ici des doigts de rose, colorait déjà les façades des maisons et irradiait l’azur de la rade. Les portes des maisons commençaient à s'ouvrir, et dans le champ de manœuvres résonnaient les clairons militaires. On eût dit la musique des Aztèques saluant les premiers rayons de l’astre du jour adoré des Incas.

Nous montons dans une berline du chemin de fer, nous courons rapidement à travers une terre riante qui de loin, avec ses fraîches ondulations, m'apparaît quelquefois comme la terre de France, au temps où tout a reverdi, et où les blés se balancent sous les rameaux d’arbres. Seulement ce ne sont ici ni les mêmes rameaux ni les mêmes arbres. Ce sont des champs de maïs et d'énormes ananas, des haies de tamarins | dont les fruits confits ont une douce saveur, des enclos d'oran- ji gers au bord desquels éclate le calice des cactus. C’est la ceiba, dont le tronc gigantesque, évasé à sa base, présente quelquefois trois ou quatre compartiments pareils a des niches de chapelle ogivale. C'est le cocotier, qui s’élance comme une flèche, portant à sa sommité, ainsi qu'une fontaine aérienne, ses calebasses pleines d’un suc rafraichissant,

De temps à autre, nous nous arrêtons devant des habitalions à demi voilées par les plantes de leurs jardins. Dans l’une de ces habitations est établi un restaurant. Il n'offre au voyageur ni le coriace bifsteck ni le lourd rostbif, mais le chocolat écumant, le gâteau feuilleté, le verre d’orangeade à la glace. Tant pis pour l'Anglo-Saxon qui regretterait là ses repas d’alderman. Le Havanais n'a pas de tels besoins, et la Havanaise vit comme un oiseau.

En trois heures de marche nous avions fait dix-huit lieues. La volante‘ de M. Beguerie, prévenu de notre arrivée, nous attendait à la station. Trois mules attelées de front nous emportent au galop sur une assez belle route : chose rare, il faut le dire, dans ce bienheureux pays. Une barrière s'ouvre. « Voici la plantation, » me dit mon compagnon de voyage. La plantation! Je l'aurais prise pour la résidence d’un prince. Figurez-vous une avenue d'un quart de lieue de longueur, large comme celle du parc de Saint-Cloud, bordée à droite et à gauche d’une ligne de palmiers royaux (palmas reales) pareils à des colonnes de marbre. C’est ainsi qu'on arrive à

l'habitation du planteur. Sa maison est, il est vrai, d'une construction modeste, mais très gracieuse et très commode. C'est un pavillon carré posé sur une terrasse, à quelques pieds au-dessus du sol, entouré d’une large galerie en bois,

1 On appelle ainsi l'équipage havanais; c'est un long timon qui lui donne un agréable balancement, deux roues haules et larges qui, à moins que l’essieu ne se rompe, rendent toute chute impossible. Au milieu de ces deux roues, une caisse comme celle de nos cabriolets, élégamment tapissée à l’intérieur, ombragée à demi sur le devant par un triangle d'étoffe qui suffit pour préserver le visage des rayons du soleil sans obstruer la vue de côté et d'autre. La volante est conduite par un nègre qui s'élance d'un pied agile sur la selle de sa mule, avec sa veste ronde ornée de galons de diverses couleurs, son sombrero, ses bottes à l'ésuyère descendant jusqu'à la cheville, et laissant de là à son soulier briller l’ébène de sa peau noire. Telle est la volante banale qui, dans chaque quartier, offre pour quelques réaux ses services aux passants; et lorsqu'une fois on en a usé, et lorsqu'on a connu la rapidité de sa marche et l'humble soumission de son cocher, on ne peut que prendre en grande pitié nos lourdes citadines et nos misérables fiacres.

La volante est, du reste, à peu près le seul équipage que l'on trouve à la Havane. Chaque riche marchand, chaque bon bourgeois veut avoir la sienne; celle-ci est couverte d'ornements en argent, tapissée de satin. En beaucoup de maisons, on la remise comme un meuble précieux dans la salle même où la famille se rassemble et reçoit ses visites. Une de ces volantes, attelée de deux mules, avec son postillon noir, portant le chapeau et la veste à galons, est certainement une des voitures les plus jolies et les plus aristocratiques qui existent dans le monde civilisé.

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sur laquelle un couvert de lambris descend comme la toile d'une tente. D'un côté elle s'ouvre sur l'avenue que nous venons de parcourir; de l'autre, sur la cour et les cases des nègres. On en fait le salon habituel. A différentes heure:, on s'installe dans celle de l'ouest ou dans celle de l'est. Ici, en aspirant les brises odorantes du matin, on ‘assiste au mouvement de la vie agreste, des ouvriers qui commencent leur labeur, des mules que l’on conduit à l’abreuvoir, des poules et des poulets qui courent en caquetant après les grains de maïs. Là c’est le silence imposant qui succède aux travaux du jour, c’est le spectacle solennel du soleil qui s'incline sur son lit de pourpre, et, longtemps encore après qu'il a quitté l’horizon, projelte dans le vert réseau des bois ses filets d'or et d'argent,

J'ai trouvé là une de ces franches, honnêtes familles, au milieu desquelles le cœur se dilate, comme les xermes de la terre au souffle du printemps. Au bout de quelques heures, nous nous sentions tous aussi à l'aise l’un avec l’autre que si nous nous étions connus depuis longtemps.

Aussitôt après notre arrivée, le déjeuner fut servi. Par son caractère local il intéressait bien plus ma curiosité que mon appétit. Ici le sol est si fertile, qu'on use de ses productions sans ménagement. La banane apparaît sur la table sous toutes les formes, crue, cuite, rôtie. L'igname est à quelques pas de distance, au pied d’un arbuste; il suffit de gratter la couche de terre qui le revêt pour trouver celte savoureuse racine. Près de là est l’aguakate, qui donne le beurre végétal, l’abricotier de Saint-Domingue, l'arbre à pain des îles du Sud. On coupe une demi-douzaine d’ananas pour y trouver une tranche de choix, on taille avec une hache cinq ou six noix de coco pour remplir quelques verres de son lait onctueux, et pour peu qu'un étranger ignorant ou indiscret voulût goûter le chou palmiste, on abattrait pour lui la majestueuse tige qui le porte, car on ne peut l'avoir qu’à ce prix. M. Beguerie, qui est un agronome très actif et très intelligent, a de plus fait croîtr: dans son jardin les légumes d'Europe : l’épinard, la laitu, les haricots, productions aussi rares dans cette contrée que les plantes des tropiques dans une riche demeure de notre pays.

Après cette séance gastronomique, qui était pour moi comme un cours d'histoire naturclie, nous avons été visiter la plantation. Elle se divise en deux parties : l'une, couverte d'crangers, de bananiers et de diverses autres plantes; l'autre, réservée spécialement à la culture du café, mais parsemée encore de bananiers, car le caféier doit être abrité à l'ombre de leurs larges feuilles. La fève dont l'essence aromatique entretient dans une molle rèverie l'imagination des peuples d'Orient et réveille la verve des poètes, vient sur un modeste arbuste de quatre à cinq pieds de hauteur. Elle est renfermée en double partie dans un fruit rond, pareil à une petite cerise, qui pousse sur une même ligne tout le long des branches, de telle sorte que, quand il est mûr, on n'a qu’à passer la main sur chaque rameau pour l'égrener.

Cette culture est beaucoup moins pénible que celle de la canne à sucre; elle n'exige un long et assidu travail qu’à l’époque de la récolte, qui se fait au mois de novembre ou de décembre. Le reste de l'année, il suffit de sarcler légèrement le sol au pied du caféier, et d'élaguer ses branches parasites. Au temps de la moisson, les nègres doivent quelquefois rester à la tâche seize heures par jour. Aux premiers rayons de l'aube, ils partent pour la caféière avec deux paniers, l’un qu’ils gardent au bras, l’autre, plus grand, qu’ils déposent à terre, et dans lequel ils vont verser leur corbeille portative à mesure qu’elle est remplie.

La fève est ensuite dégagée de sa pulpe par un procédé mécanique, puis séchée au soleil sur les tendales et enfermée dans des sais. Trois des grands paniers donnent ordinairement trente livres de café sec. Cent mille arbustes en produisent, terme moyen, environ neuf cents quintaux. Si ce produit n’est pas aussi avantageux que celui de la canne à sucre, il exige en revanche un capital beaucoup moins considérable. Deux fèves enfoncées dans le sol enfantent un arbuste. On les sème sur des lignes parallèles, à une distance égale l’une de l’autre. Un espace carré de cent yards (cent mètres carrés) peut contenir soixante mille tiges de café, et cinquante nègres suffisent à leur culture.

Mais une caféière est parsemée et entourée d’une quantité d'autres végétaux fructueux. Le bananier qui la protège est

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sans cesse chargé de lourdes grappes que les maîtres de la maison, les domestiques et les esclaves ne parviennent pas à consommer, et qu'on expédie au marché. Sur un domaine bien administré, l'oranger, le cocotier, la basse-cour, le potager, les ruches d'abeilles, entrent pour une bonne part dans les revenus du propriétaire : là il n'est pas une plante qui n'ait son utilité, et pas une qui, par sa forme ou la nature de son existence, ne soit pour un étranger un curieux objet d'observation.

Le palmier, l'un des plus beaux arbres que l'on puisse voir, s'élève avec sa tige droite, sa peau lisse et blanche, comme un pilier de marbre, et se couronne d’un panache de verdure. Il porte un fruit dont le goût ressemble à celui du chou-fleur, et ce n'est pas tout ce qu'on en lire. Chaque année, de sa sommité tombent de larges bandes d'écorce imperméable dont on couvre les cases des nègres; ses branches servent aussi parfois au même usage, ou, malgré leur splendeur, sont réduites à servir de balais.

Le cocotier, plus haut, plus élevé, est aminci à ca base et à sa cime, renflé au centre; on dirait un emblème de la vie humaine, pleine de sève et de force à son milieu, affaiblie à ses extrémités.

Le bananier est un assemblage de filaments spongieux, roulés comme un tapis. Il ne porte des fruits qu’une fois. Dès que sa récolte est faite, il s'étiole et succombe; mais aussitôt, sans qu'il soit besoin d'aider à sa reproduction, il est remplacé par un rejeton dont les grappes se développent, tandis que celles du vieillard caduc arrivent à leur maturité.

Une forêt de bananiers présente le plus étonnant spectacle de verdeur et de décrépitude, de débris corrompus et de tiges fécondes, le fond d’un cimetière dans la ville des vivants.

Le caféier doit fleurir deux fois : en avril et en juillet. Il arrive souvent qu'il fleurit encore au mois de janvier, et celte floraison prématurée est pour le propriétaire d’un très mauvais augure. N'est-ce pas une image des génies précoces, impatients de se montrer au grand jour, avant de s’ètre affermis par l'étude, ou des pauvres cœurs qui s’épanouissent gaiement aux illusions de la vie, avant d'être assez forts pour résister à la déception?

Un autre arbuste, l’yuca, qui n'a pas plus de trois à quatre pieds de hauteur, jette en terre une dizaine de longues grosses racines, qui sont mûres quand sa fleur tombe. Ces racines renferment à la fois la vie et la mort. Crues, c’est un poison dangereux; cuites, on en tire un excellent amidon, et une farine dont on fait le pain de cassave qui sert à la nourriture des nègres et des pauvres gens. Il y a aussi l’yuca dulce, qui n'a point ce principe vénéneux.

De cette caféière que je ne me lassais point de parcourir, nous avons été visiter une vaste sucrerie appartenant à M. ie comte d’Ib..., et sans être attendus, sans y avoir été conviés d'avance, nous avons dû y prendre part à un diner splendide. L'isolement dans lequel se trouvent les planteurs, loin de toute ville et souvent de tout village, les porte naturellement à se rechercher l'un l’autre, à entretenir entre eux des rapports de bienveillance. On se fait, à quatre à cinq lieues de distance, des visites’'de bon voisinage, et l'on arrive sans façon pour dîner ou déjeuner.

M. le comte d'Ib... est un riche seigneur espagnol qui, au lieu de dépenser ses revenus dans l'indolent farniente d'une grande ville, dirige lui-même ses entreprises agricoles et industrielles. Grâce à sa fortune, il s’est fait sur ses domaines une demeure qui ne lui permet pas de regretter le séjour de la Havane. Élégante maison, objets d'art, parc et jardin, salle de bains, chevaux et voiture, tout ce qui peut contribuer au bien-être et aux agréments de la vie se trouve là réuni avec autant de luxe que de bon goût. Un précepteur français, homme instruit et aimable, donne des leçons à ses enfants. Un prêtre dit la messe dans une chapelle ornée d’un précieux tableau de Murillo, et un médecin : ste à poste fixe dans son habitation.

Il possède environ trois cents nègres, dont les cases construites en charpente s’étendent à quelque distance de son château, rangées sur une même ligne comme un village de serfs russes. Une vaste cuisine est affectée à leur service. Chacun d'eux reçoit deux fois par jour, outre une distribution de bananes et d'autres fruits, une ration de tasajo bouilli et de maïs, et deux fois par an un vêtement, Au temps de la récolte et de la molienda on leur dcnne ordinairement une

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gratification en argent. A cette rente annuelle ils ajoutent celle du produit des poules, des porcs qu'ils élèvent autour de leurs cabanes et vendent à un bon prix. Il n'y a peut-être pas un de ces nègres qui n'amasse un pécule. Aussi, quand il va travailler aux champs, sa porte est-elle toujours soigneusement verrouillée, cadenassée, comme si elle renfermait un des portefeuilles de la Banque.

Le maître n'agit directement sur eux que dans certains cas exceptionnels. Le mayoral blanc les gouverne, le contramayoral noir les suit de plus près dans leurs travaux.

Nous étions là au temps de la récolte et du moulinage, et une sucrerie considérable comme celle-ci présente alors un curieux spectacle. Les nègres sont divisés en plusieurs compagnies. Tandis que les uns coupent les cannes avec un sabre, d’autres les chargent sur des charrettes, et viennent les verser près de la fabrique, où bientôt elles s'élèvent comme un amas de rameaux que les bûcherons abattent dans les bois. D'autres les prennent là et les transportent près de la mécanique, où des bras vigoureux sont sans cesse occupés à jeter les faisceaux de cannes sous les cylindres à vapeur, qui les broient et en expriment le suc jusqu’à la dernière goutte. La canne ainsi brisée, pilée, est ce qu’on appelle à la Nouvelle- Orléans la bagasse. Elle ne peut plus servir que de combustible ou de litière. Le suc qui en est extrait tombe dans un bassin, et de là se répand dans des chaudières, où il passe par quatre cuissons successives. Des nègres à moilié nus, armés de longues cuillers de fer, écument à tout instant la vaste cuve en ébullition. Quand cette opération est finie, le jus de la canne est encore noir. On le met, avec un mélange de divers. ingrédients, dans des vases en terre d’une forme conique, percés à leur extrémité. Par ces trous découle dans des tuyaux la mélasse dont il est resté imprégné; puis, lorsqu’il est complètement épuré, on le retire du vase, et on le divise en morceaux de diverses qualités. D'un côté, la partie blanche, qui ordinairement se trouve au fond du cône; de l’autre, la partie noire ou la cassonade, qui a moins de valeur. Ce que nous appelons le sucre candi est le jus de la canne cristallisé après la première épuration. De la mélasse et du sirop non raffiné on fait, en ÿ joignant un tiers d'eau, je

rhum ou aguardiente, qui se vend ici cent francs la pipe de cent vingt-cinq gallons (environ trois cent soixante-quinze litres).

Le sucre est livré au commerce par bocaux de dix-sept arrobes (l'arrobe est de vingt-cinq livres); le prix du bocal de sucre brun (quatre cent vingt-cinq livres) s'élève ordinai- d rement à quatre-vingt-six francs, celui du sucre blanc à cent| 2 vingt-cinq ou cent trente francs. En mettant le tout au termê moyen de cent francs, nous calculons que cette année M. d'Ib... devait retirer de sa récolte six cent mille francs ; car il ne fera pas moins de six mille bocaux de sucre, et il est des plantations qui en font le double.

Quand on a déduit de ce demi-million les frais d’exploitation, l'intérêt du capital employé à l'achat des esclaves, à la construction et à l'entretien des machines à vapeur, il reste encore une somme énorme; car il est à remarquer que la culture de la canne à sucre n'exige pas, à beaucoup près, dans cette région autant de travail ni de dépenses qu'à la Nouvelie-. Orléans, où la plante doit être renouvelée chaque année. ci, au temps de la moisson, elle a dix à douze pieds de hauteur; de son tronc qui reste en terre sortent cinq ou six rejetons; elle peut se reproduire ainsi d'elle-même pendant vingt ans!

Tout compte fait, une plantation de sucre bien administrée ne donne pas moins de quinze à dix-huit pour cent de sa valeur.

Si le vrai bonheur existe quelque part sur le globe, n'estce pas, me disais-je, dans une de ces retraites éloignées du tumulte orageux des hommes et dotée de tous les dons de la nature? Les mauvaises pensées peuvent-elles naître au milieu de ces riantes images qui de toutes parts ici attirent et reposent les regards? Un songe pénible peut-il descendre dans le cœur à travers cette incessante clarté du ciel?

Une demeure ainsi abritée, sous les rameaux de la ceiba et le vert feuillage du palmier, quelques êtres aimés pour la remplir, et l'oubli de toutes les vaines ambitions, ne serait-ce pas le paradis reconquis en ce monde?

Non, il n'y a pas là plus de calme assuré que dans les régions septentrionales, dont j'ai vu avec tristesse le sol aride et les

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sombres horizons. Une mauvaise récolte suffit pour troubler pendant plusieurs années ces belles haciendas. Comme pour arrêter l’orgueil de l’homme dans les présents qu'elle lui a faits, la Providence livre ses biens aux ravages des animaux les plus chétifs. Un insecte s'attache aux feuilles de l’oranger, en arrête la sève, et anéantit en quelques mois tous ses bourgeons. Une fourmi qui se creuse des galeries souterraines, communiquant l’une avec l'autre comme celles du roc de Gibraltar, ronge les racines du caféier et le fait périr.

Une mouche attaque la canne à sucre et la paralyse dans sa croissance.

Un autre insecte, la nigua, se loge dans l’épiderme de

l'homme, y dépose ses œufs; si dans les vingt-quatre heures la vessie qui les contient n’est pas complètement enlevée, il peut en résulter une lésion qui oblige celui qui porte cette funeste engeance à se laisser couper un membre. Il y a encore une araignée dont la douloureuse piqûre donne la fièvre; un serpent de douze pieds de longueur, la maja, qui séjourne près des habitations; un autre, la juba, plus petit et plus dangereux; puis le scorpion, dont la morsure doit être, sous peine d’un grave péril, immédiatement cautérisée, et dans les grandes solennelles forêts s'élève le juao, redouté des chasseurs, car son ombre est fatale comme celle du mancenillier.

Non, le repos complet n’est nulle part. En quelque lieu qu'on aille, la joie de l’homme n'est qu'un rayon fugitif, et son espérance une fleur éphémère. Sous la voûte limpide des tropiques, comme sous le manteau de nuages du cercle polaire, tout rappelle au voyageur terrestre que, s’il lui est accordé de tremper ses lèvres à l'onde vivifiante jaillissant du rocher, il doit bientôt se remettre en marche dans le sentier stérile, et porter le poids du jour dans les sables du désert.

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