‹ Les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 24 sur 28 · RAS · texte numérisé non relu

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un dernier reflet de notre ancienne puissance, la tradition de la France vivant encore dans les villes, sur les côtes que nous avons occupées. C'est de trouver çà et là des masses de populations qui ont gardé pieusement sous un autre régime gouvernemental l'amour de la patrie lointaine d'où sont venus leurs pères. C'est là ce qui me charmait dans le Canada, et ce qui m'a plus doucement encore surpris à la Nouvelle-Orléans. Car je m'attendais à voir les habitants de cette cité vitrifiés déjà par la fournaise américaine. Pour vous faire mieux comprendre mes appréhensions, il faut se rappeler qu'entre loutes les choses qui étonnent l'étranger aux États-Unis, la plus étonnante peut-être est la puissance d'absorption du génie américain. Supposez un habile chimiste jetant dans un de ses creusets cinq ou six ingrédients de différente espèce, les mêlant, les broyant à la fois pour en extraire un seul et même suc, vous aurez une image de la chimie morale et intellectuelle qui sans cesse agit sur ce pays. Ce que nous appelons le peuple américain n'est qu'une agglomération d'émigrants de diverses régions et de diverses races. Les premiers sont venus de l'Angleterre; les autres, de l'Allemagne, de l'Irlande, de la France, des montagnes de la Suisse, des rives de la Baltique, en un mot, de toutes les contrées de l'Europe. D'abord cette agglomération s'est faite lentement, par petits essaims. Maintenant ce sont des armées entières d'artisans, de cultivateurs, des milliers et des milliers de familles qui chaque année viennent s’y joindre. En posant le pied sur le sol des États- Unis, les étrangers y apportent naturellement leurs prédilections particulières, leurs habitudes nationales, sans doute aussi leurs préjugés. Au premier abord, le caractère de l’Américain leur déplaît, ses habitudes les surprennent désagréablement. Ils veulent se séparer de lui, vivre avec leurs compatriotes, conserver sur cette terre lointaine les mœurs de la terre natale, et dans leur langue maternelle ils déclarent énergiquement qu'ils ne seront jamais Américains. Vain projet! inutile protestation! l’atmosphère américaine les enveloppe, et par son action continue attiédit leurs souvenirs, dissout leurs préventions, décompose leur élément primitif. Peu à peu, sans se rendre compte des modifications qui s'opèrent en eux, ils changent de point de vue et de façon d’être, adoptent

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Vue du Mississipi.

les usages et l'idiome des Américains, et finissent par s'absorber dans la nation américaine comme les ruisseaux des vallées dans les grands fleuves qui les portent à l'Océan. 1

Combien d’honnètes Germains qui, après avoir maudit les rudes formes américaines et regretté amèrement leur gute, gemüthliche Allemagne, en sont venus à renverser comme le Yankee le chapeau sur le derrière de la tête, à se raidir comme le Yankee dans leur habit boutonné jusqu'au menton, dédaignant toules les règles de la civilité européenne et ne parlant plus que :: saute langue des effaires!

le craignais d'avoir à constater une pareille transformation au sein de la population de la Nouvelle-Orléans, et heureusement je me trompais. Dès les premiers jours de mon arrivée, fi] je me suis senti le cœur saisi par l'urbanité, par l'esprit, par du les mœurs hospitalières de nos créoles du Sud, comme il l'avait “| été quelques mois auparavant par les fils de nos vieux colons de Québec et de Montréal.

Il est doux de passer des jours, des semaines en pleine campagne, ou sur les flots de la mer, dans l'éloignement du monde, dans le recueillement de soi-même, au milieu des harmoniss de la nature, en face des grandes œuvres de la création, et je plains profondément ceux qui ne sont portés à une telle retraite que par un accès de misanthropie ou par | les noires vapeurs du spleen. Le nuage qui pèse sur leur pensée ne leur permettra peut-être pas de voir le riant azur du ciel. La porte d’or es songes bienfaisants ne s'ouvrira point à leur âme tourmentée. S'ils gardent au fond de leur poitrine un sentiment de haine ou d'envie, ils ne comprendront point les suaves mélodies des eaux, des bois, éternel chant d'amour qui sans cesse s'élève vers Dieu avec le chant du soir et la brise embaumée du matin. Il est doux d'entrer dans cet isolement avec une humble et paisible pensée.

Mais quand on revient dans les villes, on éprouve le besoin de retrouver le regard bienveillant, la parole affectueuse de l'homme, et, sauf quelques rares exceptions dont je conserve un bon souvenir, c'est ce que j'ai vainement cherché dans les grandes cités des États-Unis. Si j'ai mal cherché, je ne sais: si comme un mineur impatient je me suis trop vite éloigné d'une couche de rocs qui cachait de précieux filons, c'est

possible. Ce qu'il y a de sûr du moins, c’est que dans le Canada et à la Nouvelle-Orléans la veine sympathique m'est apparue du premier coup, que je n'ai eu qu'à tendre cà et là les mains pour ‘y voir tomber aussitôt des mains amicales. Si dans les remarques que j'ai faites sur les relations sociales des Américains, j'ai été injuste envers eux, je leur en demande sincèrement pardon. La vérité pourtant, après avoir parcouru leur pays sur tant de points différents, après avoir séjourné avec les intentions les plus charitables dans la plupart de ses villes, est qu’il m'en reste une singulière idée que je vous exposerai au moyen d’une comparaison. Vous savez que Buffon représente notre planèle comme un globe incandescent qui graduellement se serait refroidi à ses deux pôles, et dont la chaleur se serait concentrée à son milieu. La confédération américaine m'apparaît précisément comme l'opposé de ce phénomène. À ses deux extrémités, c'est-à-dire sur les rives du Saint-Laurent, et près de l'embouchure du Mississipi, elle a conservé toute sa chaleur de cœur; à son centre, elle est froide comme les froids remparts du cap Nord.

Grâce au ciel, j'ai quitté cette zone réfrigérante, et je savoure le plaisir de vivre au milieu d’un cercle de négociants, d'hommes d’études que nulle affaire et nul livre n’empêchent de me donner une partie de leur temps et de me servir de guides dans leur cité.

A mon tour, je puis m'offrir à vous comme cicerone, s’il vous plaît de recevoir quelques notions sur cette métropole des États du Sud. On l'appelle la Crescent City, à cause du Mississipi qui se déroule autour d'elle en demi-cercle, comme un croissant. D’un côté elle s'étend sur un espace de cinq milles le long de ce fleuve magnifique, son canal et son port; de l’autre, elle aboutit à une plaine de plusieurs milles d'étendue qu'elle envahit peu à peu, et par laquelle, dans quelques années, elle touchera au lac Pontchartrain. Du côté du fleuve elle porte une ceinture de pierre de dix à douze pieds de hauteur qu'on appelle la levée. C'est un moyen de défense contre ce puissant Mississipi, qui, en répandant la richesse sur ses bords, y porte aussi la terreur par ses inondations, et c'est un quai garni de boutiques, de magasins de toutes sortes. C’est la vaste artère par laquelle affluent, par

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J'ai vu, sauf celui de Liverpool, les plus grands ports de l’ancien et du nouveau monde; après le merveilleux aspect de la Tamise entre Blackwall et London-Bridge, je ne connais rien de si vivant, de si pittoresque que le croissant de la Nouvelle-Orléans couvert d'une légion de bateaux à vapeur gigantesques, d’une triple rangée de navires, d’une masse de barques et de chaloupes, de radeaux qui, de Pittsbourg, amènent des montagnes .de charbon de terre, de bateaux remorqueurs traînant à leur suite les lourds bâtiments qui viennent des régions lointaines. Et sur la levée, quel bruit! quel mouvement perpétuel! Des files de charrettes attelées de deux ou trois mules conCuites par des nègres, chargées de produits du Nord et du Sud, sautent de cahot en cahot sur le chemin qu'elles creusent sans cesse, à travers les fiacres, les omnibus, les piétons affairés. Coups de fouet, cris de colère du passant qu'une voiture éclabousse, grincement des roues et des essieux, retentissent à la fois sur tous les tons dans cette laborieuse mêlée, tandis qu’à quelques pas de là des mulâtresses ambulantes agitent les castagnettes et font vibrer la guitare devant un groupe d'oisifs, assis nonchalamment sous la tente d’un café.

La position de New-York, comme ville de commerce, est certes admirable ; celle de la Nouvelle-Orléans est plus avantageuse encore. Par le canal et le chemin de fer, qui la relie au lac Pontchartrain, cette ville communique directement avec la baie de Mobile et da côte de la Floride; par plusieurs bayous!, avec différents districts de la Louisiane ; par l’embouchure de son fleuve, avec le golfe du Mexique, et par le cours supérieur de ce même fleuve elle étend ses relations jusqu'aux extrémités du nord et de l’est de l'Amérique. Vers le Mississipi convergent de tous les côtés des rivières qui, dans leur vaste réseau, forment un rayon de huit mille lieues de navigation.

Si New-York, Boston, Baltimore portent au loin leur activité, la Nouvelle-Orléans est le grand marché de l'Amérique. C'est

1 On appelle bayou un canal naturel par lequel le fleuve se rejoint à la mer.

là que les planteurs envoient leur sucre et leur coton, et c'est là que l'Europe va les chercher.

De la levée on entre de tous côtés dans la ville par de longues rues, coupées à angle droit, mais qui n'ont point la monotone uniformité des carrés de briques des autres villes de l'Amérique. On y trouve à chaque pas des maisons qui rappellent par leur structure celles de France ou d’Espagne : portiques à colonnes, façades peintes en couleurs riantes, élégants et légers balcons. A l'intérieur est le patio, où verdoient les rameaux du magnolia, les larges feuilles du bananier, et la galerie en bois où l’on aime à respirer la fraîcheur du soir. Pas un monument d'art ne décore pourtant cette riche cité, si ce n’est l'église Saint-Patrice, construite sur le modèle de la cathédrale d’York. Les principaux édifices sont des établissements de bienfaisance, la bourse et les presses à coton, remarquables par leurs énormes dimensions. Chacun de ces bâtiments reçoit annuellement de deux cents à deux cent cinquante mille balles de coton, qui sont échelonnées sous des hangars, puis portées successivement sous un cylindre à vapeur qui en diminue d'un tiers ou de moitié le volume. Pour cet emmagasinage et ce travail de compression, l’entrepreneur perçoit une demi-piastre (deux francs cinquante centimes) et quelquefois trois quarts de piastre par balle, ce qui fait, à la fin de l'année, une bonne addition. Je connais un négociant qui donne par année cent mille francs pour le loyer d’une de ces presses, et qui, tous frais payés, encaisse un joli bénéfice.

Au-dessus de ces vastes bâtiments s'élève un dôme supporté, comme celui du Panthéon, par un cercle de colonnes. C'est le panthéon des hommes vivants assez riches pour payer quinze à vingt francs par jour leur chambre et leur dîner; c’est l'hôtel Saint-Charles, dont la construction et l’ameublement ont coûté quelque chose comme quatre Eee ciselures de sa base

en granit et de sa colonnade peuvent bien être des ornements superflus ; mais il faut de larges espaces aux Américains, qui s’en vont toujours campant d'une ville dans uno autre, ou qui parfois s'installent en famille dans une auberge, où les repas servis à heures fixes, les domestiques obéissant au coup de. sonnette, permettent au mari de vaquer librement à ses

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Autour de la Nouvelle-Orléans s'étendent de populeux faubourgs d’un aspect assez agreste. Quelques riches négociants se sont bâti là de charmantes retraites dans des jardins fleuris. Peu à peu la ville s'avancera sur ce terrain à présent rempli d'habitations en bois d'une champêtre simplicité. De ces faubourgs on entre dans une féconde campagne, où tour à tour apparaissent les plantations de sucre avec leurs cabanes de nègres et leurs machines à vapeur, et de splendides enclos où les arbres d'Europe grandissent avec les plantes des tropiques. Le chène vert y marie son éternel feuillage à la fleur du magnolia. La pomme d'or des Hespérides, l'orange douce et l'orange amère y répandent toute l’année leur parfum, et la rose y éclôt sous les sombres rameaux du cyprès, comme une pensée d'espoir sous un voile de deuil.

Toute cette partie de la Louisiane qu'on appelle la Côle est d'une fertilité merveilleuse. Assez de rayons de soleil l'échauffent, assez de rosée l'humecte pour que sa végétation se développe dans toutes les saisons. En hiver elle m'est apparue comme dans nos îles d'Hyères aux beaux jours de mai.

La population de la Nouvelle-Orléans se compose de plusieurs éléments distincts. D'abord les créoles français, espagnols, américains, c’est-à-dire tous ceux qui sont nés dans le pays‘; puis les émigrants de diverses contrées, puis les hommes de couleur et les nègres, et enfin une masse flottante de marins, de négociants, qui inonde les grands et les petits hôtels et sans cesse se renouvelle.

Une grende large rue, bordée d'arbres, qui formerait une jolie promenade si elle était mieux entretenue, la rue du Canal, coupe la ville en deux parties, l’une occupée par les Français, l’autre par les Américains, L'antagonisme héréditaire du Gaulois et de l'Anglo-Saxon a fait cette division. Réunis sur le même sol par les mêmes lois et les mêmes intérêts, les deux

1 Ce nom de créole constitue, à l'égard des nouveaux venus, un titre d’indigénat, une sorte d'aristocratie que l'on se plaît à faire valoir. Non seulement on l’applique aux hommes, mais aux animaux, « Voici un cheval créle, » dit le maquignon; « un poulet créole, » dit la marchande de volailles ; et le cheval et le poulet ont une valeur particulière.

races n'ont pourtant pu se mêler l’une à l'autre. Comme les Européens et les Asiatiques, elles gardent leur nationalité sur chaque rive de leur Bosphore, et quand on va d'un des côtés à l’autre de la rue du Canal, il semble qu'on entre dans un pays tout différent.

Sur l’un de ces côtés, on n'entend guère que le sifflement de l'Anglais ; sur l’autre, le cher idiome de France ou la sonore langue de Castille. Le quartier américain, plus riant, a des rues plus larges, des constructions plus régulières. Le quartier européen offre aux regards de l'étranger plus de variété et de mouvement. Le caractère distinctif de ces deux moitiés de la ville se retrouve dans les mœurs de leurs habitants et dans leurs produits industriels. Le quartier américain garde comme un fidèle enfant des États-Unis ses barrooms avec ses flacons de whiskey; le quartier français a ses joyeux cafés et ses reslaurateurs à la carte. Si vous désirez acheter une bonne carte marine ou un livre de voyage anglais, franchissez le Sund et pénétrez dans le golfe américain; s’il vous faut un objet de luxe ou de fantaisie, revenez à la sphère française.

Malgré cette séparation, les deux peuples n'ont pu cependant vivre dans un rapprochement si immédiat, dans un contact si fréquent, sans agir quelque peu l’un sur l’autre. La hardiesse commerciale des Américains a donné un plus vif élan à leurs voisins, et ceux-ci ont à leur tour adouci, animé les habitudes des froids colons du Nord.

La Nouvelle-Orléans n’a point le morne aspect des autres villes de la république. On ne pense pas que, du premier de l’an à la Saint-Silvestre, tous les jours doivent s'écouler sous le vitrage du comptoir, comme les grains de sable dans le sablier. On ose se livrer à d'agréables loisirs, passer des heures en de gais dîners. On entend, chose inouïe à New- York et à Philadelphie, les guitares d’une troupe de musiciens ambulants résonner dans les rues, dans l’enceinte des cafés, et l'on va le soir en grande toilette applaudir la musique de Rossini.

Ainsi subsistent l’une en face de l'autre, dans une rivalité pacifique et dans un assez juste équilibre de forces, ces deux populations. Les bassins de la balance où elles pèsent encore

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à peu près d'un égal poids resteront-ils d'un même niveau ? Je n'ose le croire, et celui qui m'inquiète n'est pas celui des Américains. Chaque année leur nombre s'accroît avec leur fortune. Ils ont à leur disposition plus de capitaux que les Français, et ils sont plus audacieux dans leurs entreprises. Déjà ils obligent l'Européen avec lequel ils sont en relation à apprendre leur langue, ‘andis qu’eux-mêmes ne daignent pas prononcer un mot de la nôtre. Je crains que peu à peu, avec l'appui que leur donnent les grandes cités des États-Unis, avec le génie de la spéculation qui les distingue, avec cette résolution de caractère qui ne doute de rien, ils n’en viennent à conquérir la domination de la ville, à se placer à la tête des affaires, refoulant leurs rivaux dans les landes du petit commerce.

Après avoir essayé de vous décrire les deux grands quartiers de la Nouvelle-Orléans, je n’ai sans doute pas besoin de vous

dire sur quelle rive de la rue du Canal j'ai été m'établir. L'hôtel Te

Saint-Louis, que l'on m'avait recommandé, n'existe malheureusement plus, et il a fallu me résigner à chercher un gîte ‘dans une sombre e auberge qui fait un singulier contraste avec

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pais aux rudes expéditions des tables d'hôtes américaines, aux bifstecks coriaces, et j'ai eu toutes les joies gastronomiques d'un Grimod de la Reynière, en retrouvant l'honnête potage bourgeois et le simple morceau de bœuf bouilli avec des légumes.

Si l'auberge où je viens de m'installer ressemble par sa noire entrée à une prison, si dans la chambre que l’on m'a donnée comme la meilleure du logis, il n’y a que deux chaises boiteuses et une table qui a besoin d'être étayée comme celle de la bonne Baucis, si la moustiquaire qui doit protéger mon sommeil est percée de toute part, comme pour ouvrir les avenues de la place au dard des moucherons altérés de sang, je suis là du moins au centre de notre ancienne ville, entre son présent et son passé, entre la maison où vécut Bienville et le cimetière où reposent plusieurs de ses successeurs.

Ce cimetière, situé en pleine cité, comme ceux de Constantinople, au milieu de la rue Saint-Louis, non loin de la bourse

et du Merchants exchange où fourmillent les gens d'affaires, est tellement rempli, qu'il faudra bientôt en creuser un autre. Cette demeure des morts est entretenue avec soin, parsemée de verts arbustes, et souvent en plusieurs endroits décorée de guirlandes de fleurs. On y voit des tombes construites avec un goût sévère, et on y lit de touchantes inscriptions. Deux, entre autres, m'ont frappé; la première est le cri de deuil d’une mère : Ma pauvre fille! Rien de plus, et il n’y a rien de plus à ajouter à cette douloureuse exclamation. La seconde est un monument d'une fatale coutume qui a jeté le deuil dans un grand nombre de familles : À. N., viclime de l'honneur à 21 ans. Il n'y a pas longtemps que les duels éclataient sans cesse à la Nouvelle-Orléans. Et quels duels! Comme, d’après les usages du pays, l'offenseur avait le choix des armes, pour profiter de cet avantage, au premier mot malsonnant que l'on entendait prononcer, on répondait par un soufflet, et l'on allait se battre, non point avec des pistolets, mais avec des carabines, à trente, quarante pas de distance.

Tel est le mauvais côté de la nature créole, forte et loyale, ardente dans ses haines comme dans ses amours, hardie jusqu'à l'excès et généreuse jusqu’à la prodigalité, belle et mâle nature, qui au tendre élément de son origine européenne et aux enseignements de la civilisation allie l’impétueuse énergie du sang méridional.

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