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Pont de Brooklyn, à New-York.
à ses affaires. D'un côté, je voyais se dérouler devant mai les , longues perspectives des magasins de Broadway; de l’autre, mes regards s'arrête ent sur les milliers de navires, de bateaux à vapeur qui de leurs larges flancs couvrent la rivière du Nord. Adieu les doux songes de mes anciennes pérégrinations,
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les légendes que j'allais cherchant sur les rives de la Baltique, les souvenirs de gloire semés là-bas en tant de lieux, les monuments mythologiques qui raconent les croyances des siècles passés, les coutumes traditionnelles qui se sont perpétuées au foyer scandinave, les vertus hospiialières qui l’animent, les chants populaireg qui l'égayent.
Jo suis dans la cité des intérêts pécuniaires, des idées positives, dans la cité qui rejette loin d'elle, comme de vaines frivolités, toute chronique chevaleresque, toute rêverie idéale, qui n’admet que le labeur positif et le rigoureux exercice des idées pratiques.
Certes, pour un grand nombre d'hommes distingués, il n’y a peut-être pas un sujet d'étude plus intéressant que celui des incroyables progrès de cette métropole américaine. La nature lui a donné une situation merveilleuse, une île qui s'élève comme un vaisseau à l'ancre entre les îlots de l'Atlantique et la magnifique rivière de l'Hudson. Cette île, de quatorze milles de longueur, est maintenant, sur presque toute son étendue, couverte d'édifices, d'ateliers, de magasins, entourée d’un cercle de quais où l’on négocie avec le monde entier. La grande rue de Broadway va de l’une de ses extrémités à l’autre, et par les rues transversales qui la coupent de distance en distance, vous voyez d’un côté les navires qui se dirigent vers l'océan Pacifique, de l’autre ceux qui pénètrent jusque dans les plus lointains parages du Nord. Par sa mer, par son fleuve, le plateau de terre de Mahattan touche aux quatre points du globe, et des quatre points du globe ie commerce, l'industrie viennent peupler sa rade, allumer ses fournaises, agiter ses comptoirs. D'année en année cette ville s'accroît dans des proportions extraordinaires. Naguère encore, elle avait à lutter contre la puissance de la Nouvelle- Orléans, de Boston, de Philadelphie; à présent elle ne reconnaît plus d'autre rivale que Liverpool. Elle s'appelle la cité de l'Empire (Empire City). Elle mérite ce nom. C’est vraiment la cité capitale d’un nouvel empire dont il est impossible de calculer le développement.
Oui, c'est un beau et noble spectacle que celui d’une telle prospérité, pour l’homme qui est particulièrement porté à l'observer et qui par ses études est en état d'en examiner les
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causes, d'en comprendre l'avenir. Il est beau de voir cette Amérique du Nord abandonnée, il y a moins de deux siècles, à quelques misérables tribus d’Indiens, et maintenant défrichée, habitée par des colonies d'émigrants, qui y arrivent sans cesse des diverses contrées de l’Europe. Il est beau de voir ces majestueuses flottes voguant sur ces ondes, qui jadis n'étaient sillonnées que par de grossières barques d'écorce, d'observer dans ces parages le mouvement continu du travail de l'homme et les magiques succès qui peuvent er résulter.
Pour moi, pauvre tour.ste, qui ignore jusqu'aux premiers principes des sciences mécaniques, qui préfère encore, faut-il l'avouer, le simple air frais du matin au râlement d’une locomotive, et un rustique sentier bordé d'aubépines à un chemin de fer paré de ses deux voies, il est clair que je ne puis pas apprécier le mouvement industriel des États-Unis, les grands travaux qu'ils ont déjà accomplis’ et ceux qu'ils projettent. Puisque j'ai commencé ma confession, autant vaut la finir tout d’une fois, dussé-je, au lieu de l’absolution à laquelle mon humilité me donne peut-être quelque droit, entendre prononcer sur ma tête une sentence qui me bannisse de cet élysée des amants de la fortune comme un profane. Fh bien! je vous le dirai, je m'étais fait une autre image de l'Amérique. Mème après avoir lu les récits de M. Michel Chevalier, le livre de M. de Tocqueville et celui de miss Martineau, il m'’était resté dans l'esprit je ne sais quels fantastiques tableaux des grands fleuves, des grandes forêts, des traditions indiennes et des profondes, silencieuses savanes. En pensant de loin à New-York, je voyais cette ville s'élever comme une île enchantée entre les vagues de l'Océan et les flots azurés de l'Hudson, dans le prestige poétique d'un monde paré des charmes de la jeunesse. Et le prestige a disparu, et ma folle poésie s’est noyée dans des tourbillons de vapeur.
Je ne vois plus à présent ici qu’une vaste métropole qui, par toutes ses portes, par toutes ses fenêtres, annonce une nouvelle ère et proclame un nouveau dogme.
Pendant que Moïse était sur le Sinaï, recueillant la parole de Dieu et lisant ses lois sur les tables de marbre, les Israélites, impatientés de l’attendre, se mirent à fabriquer une idole et adorèrent le veau d'or.
Pendant que la vieille Europe cherchait dans les orages des révolutions les nouvelles lois qui, il est vrai, n'étaient pas toujours celles de Dieu, en dépit de l'axiome : Vox populi, vox Dei, la république des États-Unis a fait comme les Israélites, elle s'est passionnée pour le veau d'or, elle s'est agenouillée devant lui. Bien plus, elle prétend nous démontrer qu’elle seule est dans le droit chemin, et que nous n'avons fait jusqu'à ce jour que marcher dans l'erreur. Elle nous crie : « Adorez ce que vous avez brûlé, et brûlez ce que vous avez adoré. 11 n’y a qu’une religion vraie, la religion du bien-être matériel. La banque est son temple, le registre en partie double sa loi, et l'or son soleil. Ceux qui pratiqueront dignement cette religion auront la joie infinie de contempler face à face la splendeur d’une caisse de dollars, et ceux qui la renieront languiront dans les tortures de la pauvreté. »
En formulant ainsi le dogme des États-Unis et de la moderne Carthage, je ne prétends pas dire que la digne république bannisse de son sol tout autre symbole religieux. Au contraire, elle est à cet égard d'une complaisance sans pareille. Elle enfante des sectes dont l'énumération seule est déjà fort longue, elle paye des prêtres, des missionnaires, elle fonde des églises. À New-York, on ne compte pas moins de deux cent vingt-deux églises, et une vingtaine de communautés différentes, depuis celle des Épiscopaux, qui est la mieux dotée, jusqu’à celle des Swedenborgiens, qui ne possède encore que deux chapelles. Mais les fidèles ne donnent qu’un jour, une heure au prône du pasteur, et le reste de la semaine est du matin au soir dévotement consacré au culte par excelilence, au culte de l'argent. Qui prononce ici ce grand mot d'argent est sûr de tenir les esprits attentifs et les oreilles éveillées. Tout autre langage n’est admis que par occasion, ou ne résonne que comme une parole vide de sens au milieu d'une foule indifférente.
New-York est la Jérusalem de cet Évangile, et toutes les autres cités se conforment à qui mieux mieux à l'enseignement de New-York.
Tout ici doit être chiffré ou pesé au trébuchet de l’orfèvre. Tel capitaine de bâtiment s’est illustré par un voyage de découverte; vous vous plaisez à citer les lieux intéressants qu'il
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