‹ Les États-Unis et le CanadaChapitre 25 sur 32 · ET U: CANADA IH.J · texte numérisé non relu

ET U: CANADA IH.J

main en leur disant de hi voix la plus onctueuse : Sir. if you please, icherc is the twentieth sirect? vous regardent comme un animal bizarre et s'éloignent en vous criant brusquement : / dont know (je ne sais pas). Ceux qui ont quelques prétentions à se montrer polis et civilisés condamnent une pareille réponse et vous disent : Farther (plus loin), puis continuent leur chemin, trèfiers sans doute de s'être si bien comportés.

L'emploi du nègre est donc ici de rigueur. A Washington, tous les domestiques des hôtels, les cochers de fiacre, les })ortefaix, sont nègres. Les Etats de la république américaine afTranchissent l'enfant de l'Afrique de l'esclavage ; mais en punition de sa tache originelle, de celte malheureuse couleur noire que rien ne peut effacer, ils le condamnent à l'état de domesticité ; ils le tiennent, comme un paria enchaîné, dans un état d'abjection dont il ne lui est pas permis de sortir.

Ici je ferme la parenthèse, et je monte dans une bonne voiture, dont un brave nègre m'ouvre la portière en me souriant avec une double rangée de dents blanches, plus blanches que les défenses d'un jeune éléphant, et de deux grands yeux plus noirs que le charbon des mines de Ronchampt.

Pendant deux jours, Domingo m'a promené à travers je ne sais combien de larges rues ornées de trois maisons, de squares en expectative, d'avenues désertes, le tout faisant partie de la noble cité de Washington. Et j'éprouvais un grand plaisir à parcourir ces collines, ces plaines qui doivent représenter une longue suite d'édifices, mais qui ne m'ont heureusement présenté que l'aspect d'une belle campagne, coupée çà et là par quelques maisons. Il laut avoir passé quelques semaines dans les cités commerciales du nord des États-Unis pour comprendre le bien-être que l'on peut ressentir à se trouver dans une ville qui n'est pas, comme les autres, encombrée de charrettes, de camions, de tonneaux de marchandises; dans une ville qui, de tout côté, s'ouvre sur un agreste horizon et où souffle le vent frais des Alleghanis, et où il y a de l'espace, du repos.

Du repos! Ai -je écrit ce mot? Effacez-le, je vous prie, et apprenez que ce vilain substantif ne doit point être prononcé en

Amérique. Du repos ! j'oubliais que je suis dans la ville du congrès, dans le temps même où ce congrès vient de s'assembler. C'est l'époque du mouvement, du labeur, de la récolte de Washington, qui vit de son parlement comme Baden de ses joueurs. Tous les hôtels sont remplis de députés et de solliciteurs, attendu que la profession de solliciteur s'exerce aussi largement sous l'austère régime de la démocratie que sous l'indigne système monarchique. Montons au Capitole.

C'est vraiment un noble et majestueux édifice, digne d'une grande nation, le plus bel édifice que j'aie vu aux Etats-Unis. Il est situé sur une colline d'où le regard s'étend sur les forêts du Maryland , de la Virginie, sur les flots du Potomac, sur une charmante campagne. La verte pelouse qui l'environne, les statues qui le décorent, forment, avec sa vaste et haute façade, ses colonnes, ses chapiteaux, un gracieux et imposant point de vue. C'est dommage seulement que, pour l'éclairer par le haut, on l'ait affublé d'un dôme qui ressemble à un saladier renversé.

Le peuple souverain de la confédération s'est traité d'une façon royale dans le palais de ses représentants. La bibliothèque se compose de quarante mille volumes bien classés et richement reliés. Elle s'enorgueillit de montrer quelques beaux ouvrages qui lui ont été donnés par notre gouvernement. J'eusse voulu y en voir un plus grand nombre. Il est de la dignité d'un pays tel que le nôtre de faire libéralement part de ses richesses intellectuelles aux autres nations. Je dirai plus, c'est une sorte de mission qu'il a à remplir.

Dans une des salles attenant à la bibliothèque sont étalés plusieurs larges tableaux destinés à remémorer quelques-unes des principales phases de l'histoire d'Amérique. C'est le débarquement de Colomb sur la plage du nouveau monde, l'arrivée à Plymouth dos puritains anglais qu'on appelle les pères pèlerins, le traité de Guillaume Penn avec les Indiens , le baptême de Pocohonta , la jeune libératrice du vaillant Smith. C'est, d'un autre côté, la déclaration de l'indépendance, serment du jeu de paume de la république naissante, la soumission du général anglais Burgoyne (1777) et celle de lord Cornvvallis (1781).

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Il existe à AVashington une demi- douzaine de grands édifices échelonnés çà et là dans l'espace comme des corps d'état-major attendant les bataillons de maisons qui doivent les rejoindre. Il n'en est pas un qui ne doive être une image exacte de quelque mémorable construction de l'antiquité. Le Trésor représente le temple athénien de Minerve, le Patent office est un nouveau Parthénon. Je ne serais nullement surpris d'entendre les Américains déclarer qu'en copiant les Grecs ils les ont dépassés.

De ces divers édifices consacrés au service de l'administration, le plus intéressant à visiter est le Patent office. Son nom n'annonce point tout ce qu'il renferme. C'est à la fois le musée industriel et le musée historique, ethnographique des États-Unis. On y voit, d'un côté, des modèles de machines auxquelles il a été décerné un brevet d'invention; de l'autre, les collections de zoologie, d'ornithologie, que M. le capitaine Wilkes a recueiUies dans son expédition aux îles de l'Océanie; plus loin, des portraits de chefs sauvages faits par l'ordre du bureau des aflaires indiennes. Enfin, dans quelques compartiments mêlés à cet hétérogène assemblage, on vous montre les reliques nationales : l'original de l'acte d'indépendance, la canne en épine de Franklin, les épaulettes, l'habit, le sabre de Washington, les assiettes et les fourchettes en fer qui lui ont servi dans ses campagnes. Dans la petite ville d'Alexandrie, à quelques lieues d'ici, on conserve la robe d'enfant avec laquelle Washington fut baptisé, un canif que sa mère lui donna lorsqu'il avait douze ans, et un bouton de sa redingote. J'ai une profonde vénération pour tout ce qui se rattache à la mémoire des grands hommes ; une nation se glorifie en glorifiant le nom de ses législateurs et de ses généraux. Mais pourquoi les puritains d'Amérique se raillent-ils des reliques catholiques? Nos saints ont fait un peu plus de bien en ce monde que leurs héros. Si les soldats de la guerre d'indépendance ont affranchi ce pays de la domination britannique, nos saints nous ont sauvés de la barbarie. Si les pères pèlerins furent en Amérique les fondateurs d'une colonie qui devait se développer dans d'immenses proportions, un grand nombre de nos saints furent dans des régions sauvages, pleines de mortels périls, les premiers pionniers de la

civilisation. J'ai regardé avec respect le bâton de Franklin. Que dirait un protestant américain si on lui montrait le rameau d'arbre sur lequel, dans sa longue marche, un saint Golomban s'appuyait en pénétrant au milieu des sombres forets des Gaules pour y ériger une chapelle, pour y étabhr une communauté? Je pense que, pour ne pas faillir à sa doctrine, il rejetterait loin de lui ce signe d'idolâtrie papale.

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