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LA CALIFORNIE

M. Marinier n'a point, croyons-nous, exploré la Californie, mais il a traduit le savant travail fait sur ce pays par M. Ed. Bryant, dernier alcade de San-Francisco. Le chapitre qui termine notre volume est extrait de la préface que M. Marmier a placée en tête de sa traduction.

La Californie fut découverte en 1548 par un navigateur espagnol, visitée en 4578 par Francis Drake, occupée pour la première fois par l'Espagne en 1768 : telle est, dans l'espace de plus de deux siècles, toute son histoire. Les Espagnols, qui s'étaient emparés de cette contrée, où ils eussent pu fonder un nouveau royaume, en formaient tout simplement une province du Mexique. Le Mexique l'entraînait à sa suite dans ses guerres d'indépendance , lui faisait subir le contre-coup de ses luttes anarchiques; puis 1846 la livrait sans défense comme une proie sans valeur aux États-Unis. Cultivée, éclairée, protégée seulement par quelques vertueux et intelligents missionnaires catholiques, ces premiers pionniers de la civilisation moderne, ces courageux apôtres dant on retrouve les traces bienfaisantes dans toutes les régions sauvages , la Californie était oubliée de l'Europe, négligée par les descendants du superbe Charles-Quint; et lorsqu'cn 1846 les Américains prirent possession de la haute Californie, ils n'y entrevoyaient peut-être pas un

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plus grand avantage que de loucher par là à un autre côté do l'Océan.

Soudain un cri s'élève de la rive du Sacramênto; une norrvello se répand de vallée en vallée, de plage en plage, fait tressaillir dans son comptoir le banquier de Boston, l'armateur de New- York, et surprend l'Europe au milieu de ses bouleversements. Dans ces ruisseaux de la haute Californie, dont on connaît à peine le nom, dans ces ravins déserts, on a trouvé de l'or. Ce n'est point une illusion. Ce n'est point un trompeur mirage qui fascine \e> regards avides. C'est de l'or pur qui brille en paillettes à la surface d'un sable noir, de l'or en pépites dans le fond des torrents desséchés, de l'or à pleines mains, de l'or partout. La merveilleuse fable de l'Eldorado, qui occupa tant l'imagination au moyen âge, est réalisée; chaque petit filet d'eau de la haute Californie est un Pactole, chaque canadas ou ravin obscur est une "mine abondante.

Depuis le jour de celte découverte, on sait ce qui est arrivé. La Californie, naguère encore si oubliée, devint l'objet de l'attention universelle. Son nom éclate chaque jour en grosses lettres sur toutes les murailles des grandes villes, en tête de prospectus pompeux, de promesses éblouissantes. Son nom va conduire au delà des mers une armée de nouveaux argonautes. La chevaleresque, la majestueuse, la savante Europe, emportée par le tourbillon révolutionnaire hors de sa noble route, n'a plus que deux pensées pour occuper sa mâle vertu : les théories du socialisme et les mines d'or de la Californie. Ah ! quand nous relirons dans la Bible le chapitre qui raconte de quelle façon les Israélites se prosternaient devant le veau d'or, ne nous raillons pas de cette adoration de la matière, car elle ne fut ni si ardente ni de si longue durée que la nôtre.

Si obscure ([u'elle soit restée, dès le jour ou Cabrillo la découvrit, la Californie ne peut cependant pas être classée au nombre des régions inexplorées. A diverses époques elle a été visitée par des voyageurs qui se sont plu à reconnaître les avantages dont la nature l'avait douée. Vancouver, La Pérouse, Beechey, Langsdorff, Forbes, Dupelil-Thouars, nous ont donné sur cette lointaine région puis

d'une notion intéressante. Le P. Venegas a écrit sur les deux Californies un ouvrage très volumineux'. Le P. Palon a publié, en 1787, l'histoire des missions californiennes. Il n'est pas un de ces écrivains dont les récits n'eussent dû attirer les regards vers cette riante lisière du continent américain.

M. de Humbold parle en ces termes de la haute Californie :

«r Autant le sol de la vieille Californie est aride et pierreux, autant celui de la nouvelle est arrosé et fertile. C'est un des pays les plus pittoresques que l'on puisse voir. Le climat y est beaucoup plus doux que sur les côtes orientales du nouveau continent situées à la même latitude. Le ciel est brumeux; mais les brouillards fréquents qui rendent difficiles l'atterrage sur les côtes de Monterey et de San- Francisco, donnent de la vigueur à la végétation et fertilisent le sol, qui est couvert d'un terrain noir et spongieux ^ »

La Pérouse dit que le climat de la Californie diffère peu de celui de la France méridionale. Le froid n'y est jamais plus vif, et les chaleurs de l'été y sont plus modérées.

a Tous les voyageurs, dit AL Forbes, qui ont vu la Californie, ont été frappés de sa beauté et surtout de sa fertilité. Cependant, sur quelques points de la côte, les vents de mer et les brumes flétrissent le feuillage des arbres. Mais, en pénétrant dans l'intérieur du pays, on ne voit qu'une suite de charmants tableaux, d

Vancouver raconte ainsi son excursion de Monterey à Santa- Clara :

« Nous suivîmes le long d'une chaîne de montagnes un chemin parallèle à la côte. A mesure que nous avançons, nous voyons se dérouler devant nous une vaste et charmante perspective : des collines fertiles, des forêts superbes, des taillis de diverses formes et de diverses dimensions, et de vertes prairies parsemées d'arbres à fruit.

<r Vers midi, nous traversâmes un délicieux vallon ombragé par de frais arbustes, arrosé par une eau limpide. A quelque distance de là, nous vîmes un magnifique paysage. Qu'on se figure, sur

' Noticia de la California. Madrid, 17.')7; 3 vol. in -4". * Essai sur la Nouvelle - Espagne.

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un espace de vingt milles, un parc anglais planté de beaux chênes qui étendent leurs larges rameaux sur un riche gazon : çà et là de riantes vallées, des collines ondulantes, et à l'horizon une chaîne de montagnes escarpées. Il ne manquait là que le mouve-

Drake prend possession de la Californie.

ment et l'animation de nos pays industrieux pour faire de ce lieu un des plus beaux points de vue que la fantaisie de l'artiste put imaginer', d

1 Voyage round the ivorld.

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Mais il n€ faut pas chercher dans le mouvement de migration qui, depuis un siècle, entraîne tant de familles vers les parages américains, le caractère épique des anciennes migrations qui apparaissent en traits gigantesques dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est plus cette sublime ardeur d'entreprises aventureuses qui, au xvic siècle , entraînait à la suite de Christophe Colomb les marins de l'Europe à la découverte d'un nouyeau monde. Ce n'est plus cet héroïque sentiment de religion et de chevalerie qui, à l'appel des papes, à la voix de Pierre l'Ermite, poussait, au moyen âge, les légions de l'Occident vers celles de l'Orient. Ce n'est plus l'action providentielle qui conduisait aux portes de Rome les hordes du Nord, pour achever la ruine d'un empire qui avait assez vécu, et régénérer par sa sève vigoureuse une race décrépite. Mais c'est sans doute encore un bienfait de la Providence. L'Amérique est une jeune sœur qui tend ses bras à ses vieux frères d'Europe, et qui, en échange de leurs travaux, de leur expérience, ne demande qu'à lui faire part de ses immenses richesses.

Ces richesses, on ira les chercher avec ardeur dans les veines métalliques des Andes, dans les flots brésiliens qui roulent des diamants, dans les sables éblouissants du Sacramento. Il y en a d'autres plus sûrs et plus solides au sein de ces plaines revêtues d'un éternel gazon, de ces vallées désertes qu'il suffit de cultiver pour en tirer d'abondantes moissons.

Le travail des mines d'or a été partout funeste à ceux qui l'entretenaient et souvent inutile à ceux qui en reliraient les produits. Les mines du Mexique et du Pérou ont été un fléau pour des millions d'individus et n'ont point enrichi l'Espagne. L'or que l'on acquiert si aisément se dissipe aisément. Cet or, qui éclate en longs filons dans une veine de rocs, ou brille en poudre fine à la surface du sol, a la propriété fatale des rouleaux qu'un coup de râteau amasse sur une table de jeu. Il brùlc la main de celui qui le touche, il lui donne toutes les angoisses, toutes les joies désordonnées et toutes les passions fiévreuses du joueur.

Le travail agricole, au contraire, moralise l'ouvrier, tient son esprit et ses sens dans un juste écjuilibre, et le réjouit honnêtement par une récompense qui n'est point le résultat étourdissant

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d'un coup de dé, mais le l'ruit régulier de son intellit:ence et de sa patience.

Je plaindrais la riche Californie, si elle ne devait être envahie que par des chercheurs d'or. Mais il est à croire que, parmi ceux qui, au nord et au sud, s'embarquent pour courir aux précieux gisements, il y en a qui, se laissant tenter par le fécond aspect d'un vallon solitaire, voudront s'établir là, construire un rancho, défricher des champs, élever des bestiaux; et la fortune de ceuxlà, pour être moins rapide, ne sera que meilleure et plus durable.

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