CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
des fédéralistes, qui ne comptaient plus comme organisation politique et dont l'héritage était pas-é aux nationaux républicains, aux whigs, comme on les appelait parfois. A la faction adverse commandait le général Jackson, le chef des démocrates, qui prétendait s'inspirer des idées 4e Jefferson, L'attachement à l'union, le respect aux droits des États, la soumission aveugle aux volontés populaires, tel était le programme des démocrates, qui puisaient leur force surtout dans le Sud et prenaient l'esclavage sous leur protection. Pendant de longues années, ce parti fournira des présidents à la République.
Il y eut, sous le régime d'Adams, un remaniement sérieux du tarif dans le sens des idées protectionnistes. Les premiers droits à l'importation sur les marchandises étrangères dataient de l’année 1816, et, chose qui parait singulière de prime abord, au regard de l'opposition acharnée que le Sud fit, en 1824, à cette politique — c'était Calhoun, qui avait alors réclamé un relèvement du tarif comme mesure de représailles
* contre l’Angleterre, car celle-ci génait l'importation chez elle du coton américain. A cette époque, Calhoun scutenait, ainsi que tous les États à esclaves, que le protectionnisme favoriserait l'établissement de nombreuse manufactures auxquelles le Sud fournirait la matière première. Sa prédiction se réalisa ; mais, par malheur, on négligea de fonder la filature à côté du champ de coton et la Nouvelle-Angleterre, qui avait d’abord vu le nouveau tarif avec un mauvais œil, comprit bientôt tout le parti qu’elle en pourrait tirer. Des manufactures s'élevèrent partout au Nord et, en 1824, ses représentants, mis en appétit par leurs succès, réclamèrent un relèvement de droits qui frapperaient une foule d'articles nécessaires à l’agriculture et aux plantations du Sud. L’opposition à cette augmentation d'impôts se fit violente et ses adversaires la dénoncèrent comme une mesure arbitraire et tyrannique.
La lutte entre les deux grandes sections du pays, sur le terrain économique, commencée à cette époque, se continuera jusqu’à nos jours. On verra, sous la présidence de Jackson, le Sud agriculteur, exaspéré, prêt à résister, manu militari, à ce qu'il appelait les exactions de l’industrie de la Nouvelle-Angleterre.