CHAPITRE TRENTIÈME
A force de prendre au Congrès des attitudes dramatiques, il avait fini par les apporter en ville. On rapporte que dans une circonstance où on lui présentait un biliet à payer, il répondit comme aurait fait un souverain : « Let it be paid ». Son attachement à l’Union ne fléchit jamais et lui a inspiré un de ses plus beaux mouvements oratoires.
Pour les hommes de son temps, Clay incarnait l'éloquence idéale. On faisait de longues courses pour l'entendre. Le charme de discours devait tenir à la voix, aux gestes, et à l'action de l’orateur, car ils supportent difficilement aujourd’hui la lecture, tandis que l’on trouve encore du plaisir à lire ceux de Webster. Le comble de son ambition aurait été d'arriver à la présidence : mais la déception le guettait à chacun de ses efforts tentés pour enlever le prix. A son nom restera attaché le titre de pacificateur.
Ces trois puissantes personnalités appartenant à des camps ennemis, — Clay était national republican, Calhoun, démocrate esclavagiste, Daniel Webster, protectionniste, — se trouvèrent, un jour, unis contre Jackson. Celui-ci avait voué une haine invétérée à la Banque des États-Unis, prétendant, comme Jefferson, que son existence était une violation de la constitution. En 1837, le Congrès, ayant renouvelé la charte de cette institution, vit la mesure frap;‘e de veto par le chef de l’État. Vers la fin de sa seconde présidence, il prit sur lui de retirer tous les fonds déposés par le gouvernement fédéral dans la caisse de cette institution, pour les répartir entre quatre-vingt-seize banques d'État, dont les directeurs étaient à sa dévotion. Cet acte arbitraire de Jackson le mit aux prises avec le puissant triumvirat. Leur éloquence entraîna le Congrès a passer condamnation sur la conduite de l’autocrate. Celui-ci, au comble de l'irritation, ne se tint pas pour battu et réussit, à force de manœuvres, à faire biffer du journal du Sénat la résolution qui lui infligeait un blâme bien mérité.
Il se présenta, à la fin de sa présidence, une dernière occasion de donner libre essor à son tempérament chicanier et violent. En vertu d’un traité conclu en 1831, entre les États- Unis et la France, celle-ci s'était engagée à indemniser les Américains qui avaient subi des pertes à raison des guerres
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de Napoléon. Comme la France ne s'était pas encore libérée en 1834, Jackson intima, dans son message au Congrès, qu’il allait donner ordre de faire des prises sur le commerce français jusqu’à concurrence des huit millions que Louis- Philippe était tenu de payer. Sans l'intervention de l’Angleterre, la guerre aurait éclaté. La France versa la somme réclamée, tout en trouvant le procédé contraire à la courtoisie internationale.
Le régime de Jackson, malgré les agitations politiques, fut prospè reet le département du trésor annonça, quelque temps avant sa retraite, que toute la dette publique des États- Unis avait été acquittée, et qu’il restait encore en caisse un excédant de trente-sept millions de dollars.