CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME
Une dizaine de citoyens américains, passagers ou matelots de la Caroline, perdirent la vie dans cette affaire qui allait, disait-on, fournir au président un sujet de querelles avec l’Angleterre. Van Buren n’en fit rien: il se contenta d’exprime’ à l'ambassadeur anglais, à Washington, le regret que lui causait cette attaque des milices canadiennes lorsqu'il s’efforçait de maintenir l'ordre à la frontière. Le président fit alors preuve à l'égard de la Grande-Bretagne d’une bienveillance que l’on a rarement vue chez ses successeurs.
Si les auteurs du Missouri Compromise s'étaient flattés d'avoir réglé à jamais la question de l'esclavage, leur illusion fut de bien courte durée. Elle s’imposait dès 1836 à l'attention publique sous un nouvel aspect. Il ne s’agissait plus maintenant de cantonner la servitude dans quelques États et de la repousser des autres. Il se rencontra dans la personne de William Lloyd Garrison, un apôtre qui réclamait son extirpation du sol américain. (C’est la croisade que va dès lors prêcher son journal, au titre significatif : The Liberator, et dans laquelle s’enrôleront ses nombreux partisans, les abolitionnistes. La violence et l'exagération font souvent vivre les partis formés pour le triomphe d’une grande idée, Garrison ne se fit pas faute d'en user, et lorsque, pour l’apaiser, on lui démontrait que l’œuvre des pères de la patrie ne défendait pas l'esclavage, il répliquait que «la Constitution n'était qu’un pacte avec le péché et une convention avec l'enfer ».
De la presse, l'agitation pénétra au Congrès, et un jour qu'un représentant demandait d: déchirer le compromis du Missouri, la députation du Sud quitta la salle des séances pour aller délibérer ailleurs. Lorsqu'elle revint à son poste pour faire part de sa résolution, prise en conciliabule, de demander le démembrement de l’Union si la convention solenqui suit, dans une lettre de L. J- Papineau à M. Christie, en date du 9 octobre 1854. Parlant de la tyrannie du juge en chef Sewell, exercée depuis 1797 jusqu'à 1837 et de l'insurrection, il écrit : « Que de provocations, et combien la vengeance a été cruelle et excessivement disproportionnéeaux fautes ! Celles-ci, en 1837, ont été soudaines, imprévues, et ont mis en danger la domination anglaise plus qu’on ne le croit communément. Or, le plus léger succès à Toronto ou à Montréal aurait entraîné, malgré le président des États-Unis, son gouvernement à l'appuyer.
Dans le cercle de ses intimes, plusieurs voulaient donner cet appui. Ce ne fut pas tant moralité chez lui que circonspection qui l'arrêta ».
nelle de 1821 n'était pas respectée, l’épouvante se répandit au Congrès. Sous le coup de l'émotion, il se produisit une réaction contre les agissements des abolitionnistes, et il fut décrété, à quelques jours de là, qu’à l'avenir la Chambre des représentants ne tiendrait nul compte des nombreuses requêtes réclamant la suppression de l'esclavage.