CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME
ba aux élections de 1888. Son concurrent, le général Harrison, l’emporta sur lui par une immense majorité.
Les agriculteurs avaient donné leurs suffrages au candidat démocratique, mais les Knights of Labour (Chevaliers du travail), sur lesquels comptait Cleveland, s'étaient dérobés. Cette puissante organisation ouvrière englobée vers le même temps par l'American Federation of Labour, vaste armée du travail dont les cadres couvrent aujourd’hui toute l’Amérique du Nord, dépendait de l'industrie. Or, celle-ci exigeait le relèvement des impôts douaniers. Toute réduction du tarif signifiait, disait-elle aux ouvriers, un abaissement des salaires. La main d'œuvre payerait les fantaisies libre-échangistes. En vain répondait-on, d'autre part, que la réduction des droits c'était la vie moins chère, grâce à la concurrence étrangère. Le travail se trouvait en présence d’un dilemme dont il ne sortit qu'en acceptant le maintien du tarif républicain.
Le renchérissement des denrées alimentaires commençait . alors à se faire sentir. Phénomène singulier, plus on élevait les salaires, plus le prix de la vie augmentait. Il ya là apparemment une pétition de principes qui s'explique plus ou moins clairement. L'ouvrier, voyant son travail mieux retribué, se nourrit mieux, dépense davantage pour augmenter son bien-être. A ce moment, entre en jeu la loi de l’économie politique de l'offre et de la demande qui veut que plus une chose est recherchée, plus on la fait payer cher. Depuis vingt ans, on a observé que la marche ascendante des salaires a été suivie d’une surélévation du prix des denrées. D’aucuns ont longtemps cru que ce phénomène se produirait en sens inverse. Voilà une des causes du haut prix actuel de la vie, mais ce n’est pas la seule. Il y en a plusieurs autres : comme par exemple la désertion des habitants des campagnes avec une diminution proportionnelle de la production agricole pendant que la population augmente dans les villes ; et enfin l’industrialisme poussé à outrance, ce qui entraîne des crises économiques.
Souvent, les présidents des États-Unis cherchent à imprimer une direction personnelle à la politique américaine. On a vu Cleveland la pousser vers le libre-échange. M. Roo-
sevelt, pour son compte, s’est attaqué aux trusts ; la tentative de conclure un traité de réciprocité entre les États-Unis et le Canada appartient, du côté américain, à M. Taft. Harrison lui se tint éloigné de la mêlée. Homme d’une haute distinction, froid et compassé, il se trouva isolé au milieu des chefs républicains. Il ne fut qu'un chef décoratif sans action sur les affaires de son pays. On ne doit donc pas lui imputer la resoonsabilité de la réaction vers le protectionisme qui se pr duisit durant son séjour à la Maison Blanche. Harrison resta aussi étranger à la tentative qui se fit sous son administration de régler la crise monétaire dont se plaignaient l'Orest et le Sud. Trompés par les discours de politiciens sans scrupules, les habitants de ces deux parties du pays prétendaient que’ si le gouvernement établissait deux étalons de mesure de la valeur, ceux de l'or et de l'argent avec, en plus, une forte émission de papier-monnaie, il faciliterait beaucoup la marche des affaires alors très gênée. D'après le plan des réformateurs, il fallait fixer la valeur relative de l'or à l'argent dans la proportion de 16 à 1, c’est-à-dire qu’une once du premier de ces métaux vaudrait 16 onces d'argent ; acheter du minerai argentifère, le monnayer et le mettre en circulation sans restriction.
Le Congrès ne voulut pas allèr aussi loin que les réformateurs. Il se rappelait que pendant la guerre de la Sécession, les greenba ks — papier-monnaie du temps — avaient subi une telle dépréciation que l'or était monté à 240 au regard de ces valeurs fiduciaires. La loi Sherman, sans faire droit aux réclamations des bi-métalistes, leur fit d'importantes concessions. C’est ainsi qu'elle décrétait que l'or et l'argent marcheraient de pair dans le cours monétaire avec l'écart de 16 à 1, et que le gouvernement achèterait quatre millions d'onces d'argent par mois pour les monnayer et payer les dettes de l’État.
Comme réponse à la politique de protectionisme modéré, préconisée par Cleveland, les républicains dirigés par Mackinley relevèrent les droits à l'importation sur des marchandises. Le nouveau tarif dans son ensemble était rehaussé de 48 à 50%.
C'est sous le régime Harrison que se forma un tiers parti,