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CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME

ropéen ? Concentrée à l'origine dans une formule précise, elle disait au monde: « Nous, Américains, nous ne souffrirons de la part de l'Europe aucune occupation, aucune prise de possession nouvelle de territoireen Amérique ». ‘Par contre, elle ajoutait : « Nous ne sommes pas intervenus et nous n’interviendrons pas dans les colonies ou dépendances actuelles d'aucune puissance européenne». Telle était la pensée américaine en 1823. La fameuse doctrine avait joliment l'air d’un bluff à cette date, qu’on nous passe l'expression. Avec sa population d'alors — neuf millions — la République ne pouvait en imposer à l'Europe. Le Congrès n'était pas de taille à brandir le big stick pour faire reculer l'Allemagne, la France ou l'Angleterre, s’il leur eut pris la fantaisie de jeter leur dévolu sur une des républiques hispano-américaines, ou d'acquérir un territoire quelconque dans l'hémisphère occidental. Est-ce que les États-Unis n’ont pas admis (x859, traité Bulwer-Clayton) la Grande-Bretagne à partager, à droits égaux, une espèce de contrôle sur l’isthme de Panama ?

Aujourd’hui, changement de scène. Les autorités à Washington ont fait savoir au monde que le canal de Panama est possession américaine protégée par des fortifications, et qu’il ne sera pas sous le régime de la neutralité en temps de guerre. Que nous sommes loin des modestes prétentions de 1823! L'appétit de la République s'est aiguisé à mesure que ses dents ont poussé. Elle s’est d’abord contentée de croquer le Texas, une partie du Mexique et de la Californie, sans jeter les yeux hors du Nouveau Monde. Dévorer ses voisins suffisait à son appétit.

Lorsque Napoléon I1I se fut lancé dans la chimérique entreprise de fonder un empire au Mexique, la doctrine Monroe vint lui faire échec et mat. L'occasion lui avait paru excellente de rétablir le trône de Montézuma au profit de l’archiduc Maximilien. Le gouvernement américain n’était-il pas alors aux prises avec la terrible insurrection des États à esclaves? L'intimation vint (1864) cependant à l’empereur des Français d'abandonner sa fantastique aventure au plus vite.

Donc à mesur+ que la population augmentait, l’idée exclusiviste américaine prenait de la fr-ce et de l'élan. On le vit

bien, lors de l'affaire du Vénézuéla ; il suffit de quelques paroles contaminatoires du président Cleveland, à l'adresse de l’Angleterre, pour faire reculer le hautain lord Salisbury et avec lui la fière Angleterre.

Il n’y avait plus à en douter : l'aigle américain entendait couvrir de sa protection belliqueuse toute i Amérique. Cette attitude comportait des obligations. ‘Il lui fallait se porter vis-à-vis de l’Europe garant des républiques rangées sous sa tutelle. On sait que certaines ne se faisaient pas faute de frauder leurs créanciers de Londres, de Paris et de Berlin quand l’occasion s'en présentait. Sans cette garantie, les États-Unis se trouvaient dans la posture fâcheuse de protecteurs de la fraude. Dans le cas de Saint Domingue, débiteur des banquiers allemands, les États-Unis, après avoir arrêté l'épée levée sur la tête de cette petite république, durent endosser ses billets. C’est ainsi que l’hégémonie américaine s’est étendue sur les républiques sœurs, oui, sœurs, mais plus par nécessité que par inclination.

Lorsqu’en 1898, au congrès pan-américain de Rio Janeiro, M. Root, ministre de M. Roosevelt, fit miroueter aux yeux des représentants des autres républiques un reluisant projet d'union commerciale, ceux-ci, au contraire des alouettes de la fable, virent le piège et surent l'éviter. Le Brésil, comme le Chili et l'Argentine subissent plus qu'ils n'aiment la doctrine de Monroe.

En définitive, la formule des, États-Unis : «l'Amérique aux Américains», a singulièrement évolué depuis 1823. Elle a retenu et agrandi, en ce qui regarde le Nouveau Monde, so caractère positif et s’est dépouillée, lors de la guerre d’Espagne, de toute restriction vis-à-vis l'Europe. Celle-ci n’aurait-elle pas été autorisée à dire: Restez chez vous ou bien ne parlez plus de votre doctrine Monroe, qui n’a jamais eu, du reste, un caractère international. Les puissances européennes auraient sans doute exprimé ainsi leur dissentiment, si des ambitions particulières ne les divisaient point. N'ontelles pas du reste accepté l’évolution américaine en admettant les États-TInis à la conférence d’Algésiras, chargée de régler le différend franco-marocain ? -

En définitive, la grande République s’est servie de la fa-

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