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CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME

14 février 1898, une explosion se produisit à bord. Cette terrible catastrophe fit perdre la vie à quelques officiers et à deux cent cinquante marins. On imagine facilement l'éclat des colères aux Etats-Unis à la nouvelle de cet accident. Au lieu d’en chercher la cause, la presse déchaînée outre-mesure hurle que le coupable, c'est l'autorité espagnole. En vain le plus simple bon sens répond que le faible gouvernement de l’île, aux prises avec les insurgés toujours invincibles, devait bien plutôt se garder de provoquer son puissant et malcommode voisin.

Ne savait-on pas, du reste, que les Yankees cherchaient un prétexte à intervention ? C’eût été un acte d'extrême folie de le leur fournir. On feignit de croire aux États-Unis qu'une mine avait été placée sous le Maine, car, selon les journaux, l'explosion s'était produite de l'extérieur vers l'intérieur. L’épave de ce croiseur a été relevée au cours de l'été 1911 et ses plaques brisées indiqueraient au contraire que l'explosion s’est produite à l’intérieur du navire. N’eston pas ici en présence d’un de ces extraordinaires phénomènes de déflagation des poudres, comme celui qui au mois de septembre 1911 a tordu en une masse informe le superbe cuirassé français, la Liberté, dans la rade de Toulon ?

Dans nul pays au monde les questions de politique étrangère ne remuent plus profondément les masses qu'aux États- Unis. Au milieu des crises internationales le sens commun du peuple s’obnubile et l'esprit de justice perd ses doits. Sous cette poussée de l'opinion, le gonvernement déclara la guerre à l'Espagne, sans donner l’affa..e du Maine comme casus belli. Cet accident fut cependant la cause déterminante de la rupture des relations entre les deux pays. La République n’avait sur pied qu’une armée de 42,000 hommes, mais l'enthousiasme populaire vient bientôt suppléer à cette pénurie de soldats. Plus de 200,000 volontaires accoururent sous les drapeaux.

Voyant venir l'orage, l'Espagne avait aussitôt protesté en faisant entendre des plaintes bien justifiées. C'étaient là des cris dans le désert, sans écho chez les Yankees.

« Le bélement plaintif du mouton qu’on égorge N'a jamais retenu le geste du boucher ».

Debarquer à l’île de Cuba, s’enrendre maître au pas de course est l’affaire de quelques semaines. Porto Rico succombe comme sa voisine. Les hostilités s'étendent aux îles Philippines où l'Espagne venait d’avoir raison d'une révolte des indigènes. Le chef des insurgés, Aguinaldo, s'était réfugié aux Indes. On le ramène sur le théâtre de sa défaite pour qu'il serve de guide aux soldats américains.

Ici se passe un fait inouï dans les annales des guerres maritimes. L’'amiral Dewey commande une escadre de cuirassés pourvus d’un armement du dernier modèle. Il force la flotte espagnole à livrer combat. Celle-ci ne peut mettre en ligne de bataille que de vieilles frégates. Aussi les cuirassés cannonnent sans courir de risque et coulent à fond comme à plaisir les navires battant pavillon espagnol. Pas une perte de vie du côté des Américains. La marine des États-Unis triomphe sans péril et aussi sans gloire.

L'Espagne subit le sort des vaincus. Par le traité de Paris qui vint clore les hostilicés, elle perdit Cuba, Porto Rico, l'île Guam et les Philipoines. La première de ces îles est devenue une république indépendante, mais gravite forcément dans l'orbite des États-Unis. Ceux-ci gardèrent Porto Rico et les Philippines qui devinrent colonies américaines.

Le malheureux Aguinaldo et ses compagnons qui avaient prêté main forte aux Américains comme à des amis, partisans de leur délivrance, s’aperçurent qu'ils avaient joué, à leurs dépens, un rôle de dupes et n'avaient fait que changer de maître ; le maître cette fois était de taille à décourager toute illusion d'indépendance.

Cette extension de territoire, au loin et dans son voisinage, transformait la République en puissance mondiale. Elle aussi, à l'exemple de la Grande Bretagne, de la France et de l’Allemagne, se laissait emporter par la passion impérialiste, Le drapeau étoilé flottant à Hawaï et aux Philippines ne lui créait-il pas une sorte d’emprise au milieu de l'Océan Pacifique ? N'était-ce pas aussi un défi au Japon qui convoite l'empire des mers en Orient et du côté ouest vers l’Amérique ?

Que devient la doctrine Monroe dans cette poussée d'ambition qui a fait entrer les États-Unis au sein du concert eu-

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