CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME
sa compagne. Il a suffi de cette loi pour changer la situation du territoire et faire passer les quatre-cinquièmes de la propriété entre les mains des étrangers, dont !- nombre est aujourd'hui supérieur à celui des « protégés» du Congrès (1).
Le reste de la population, en dehors du territoire indien et des réserves, est éparpillé dans différents États : 9,000 dans les puéblos du Nouveau-Mexique et de l’Arizona : environ 5,500 sur différents points de l'État de New-York, descendants des Six Nations. La Caroline du Nord en compte un peu plus de 2,000. Les Six Nations démentent l'opinion que le sauvage est absolument réfractaire à tout progrès. Elles vivent aujourd’hui de la vie des blancs. On note un adoucissement même chez les féroces Sioux. Il n'y a que les Apaches, les Utes, les Pieds-Noirs, les Corbeaux, les Commanches, les Cheyennes, et les Arapahoes qui soient restés en dehors de la civilisation. Ils pillent, massacrent, comme au bon vieux temps de leurs ancêtres, chaque fois que l’occasion s’en présente.
Avant de clore ce chapitre, qu’il nous soit permis de faire remarquer, après bien des historiens, la conduite si humaine des Français à l'égard des sauvages de l'Amérique, contrastant avec la ferocité des Espagnols et la politique intéressée, parfois cruelle, des Anglais vis-à-vis les premiers habitants du nouveau monde.
Traiter ces races inférieures avec bonté, gagner leur confiance et leur amitié, les civiliser en faisant pénétrer dans
() In such appropriation, the white man who has become an « Indian », merely by intermarriage, has taken the land until at the present time, it may be said with approximate accuracy that less than five hundred Indian citizens, a large proportion of whom have not a drop of indian blood in their veins, have secured and occupy nine-tenths of the agricultural and grazing land of the country.
Some of ‘he holdings thus secured by white « Indian » citizens excecd 100,000 acres in extent. In the Creek nation, sixty one persons have thus appropriated and hold 1,237,000 acres of land, practically all the valuable arable and grazing land belonging to the nation. :
The share of the common Indian has been as truly stolen from him as if he had been driven off the land by the white man. Problems in the Indian territory, by Senator Orville Piatt, of Connecticut. North American Review, Feb. 1895. Voir aussi sur ce sujet H. Jackson : À century of dishonour,
leur intelligence la lumière du christianisme : telle fut toujours la ligne de conduite des Français. Malgré les fautes commises par les traitants, on n'aperçoit pas dans la Nouvelle-France cette exploitation systématique qui déshonora les spoliateurs du Mexique et du Pérou et les puritains de la Nouvelle-Angleterre.
Malgré la distance qui sépare le blanc du Peau-Rouge, le Français en fait son ami, le compagnon de ses courses, et cette confraternité le conduit jusqu’au mariage avec la femme indigène. Même le hautain Frontenac quitte sa morgue pour prendre part à leur danse nationale (1). Tant de condescendance gagne le cœur de l’aborigène et le prestige du nom français sert de sauf-conduit au coureur de bois, au milieu des peuplades sauvages à travers l'immensité de l'Ouest et du Sud, tandis que le puritain, odieux aux enfants de la forêt, n'ose pas se risquer isolé en dehors de sa demeure.
Que dire du missionnaire qui, malgré d’invincibles répugnances, suit les sauvages dans la solitude, tandis que le seul Bostonnais qui se soit consacré à leur conversion, Éliot, restait tranquillement dans sa maison de Roxbury, faisant du dévouement à distance. Ni Éliot, ni ses aides n’ont partagé comme les Brébœuf, les Jogues, les misères de la vie errante de l’homme des bois, logé dans son wigwam enfumé, repoussant de malpropreté, couru à travers les forêts, affronté la pénible navigation des lacs et des rivières, et subi le contact continuel d’un barbare à l'intelligence bornée (1).
Le regard fixé sur la croix, ils s'imposent ces sacrifices qui font les saints, afin de gagner des âmes au ciel et des amis à la France. Deux pensées les dominent sans cesse : celle des récompenses de la vie future, et celle de la grandeur de
(1) « Je leur mis moy-même la hache à la main Pour m'accomoder à leur façon de faire », dit Frontenac.
(1) «The pageantry of the Roman Catholic Church had, moreover, its charm for native converts ; the French officers thaught them how to fight ; the French priests taught them how to die. These heroic missionnaries could bear torture like Indians, and could forgive their tormentors as Indians could not. This combination of gentleness with Courage was something wholly new to the Indian Philosophy of life. Père Brébeuf wrote to Rome from Canada : « That which » above all things is demanded of laborers in this vineyard is an unfailing sweet- » ness and a patience thoroughly tested ». And when he died by torture, in 1649,
he so conducted himself that the Indians drank his blood, and the chicf devoured his heart, in the hope that they might share his heroism ».