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En devenant maîtres de leur destinée, les Américains n’ont pas modifié la politique de leurs ancêtres à l'égard des Indiens. Ils ont perfectionné les anciennes méthodes d’extermination en se conformant à leur maxime favorite : «The only good Tndians are the dead Indians ».
À mesure que la frontière de la civilisation reculait vers l'Ouest, les aborigènes refoulés tentaient un semblant de résistance, rarement bien sérieuse. La levée de boucliers de Pontiac (1764) qui, après la chute de la puissance frai çaise au Canada, avait réussi à organiser contre les vainqueurs une Coalition formidable des tribus de l'Ouest, fut le supréme effort des Indiens contre l'étranger. Depuis cette époque, il n’y a eu que des soulèvements partiels répétés, suivis de répressions terribles. C’est une besogne toujours à recommencer. Telle a été la situation depuis cent ans; la petite guerre à l’état chronique, au point de rencontre des blancs et des Peaux-Rouges.
L’humanité à rarement eu son mot à dire dans les conseils du cabinet de Washington en ce qui regarde les Indiens, cependant, en 1873, on a semblé leur rendre un commencement de justice. Une vaste contrée a été mise à part pour leur usage exclusif, et dans cet Indian Territory ont été parquées les cinq tribus des Cherokees, Creeks, Séminoles, Choctaws et Chickasas. Cette réserve est située entre le Kansas, le Texas et l’Arkansas. Sa superficie est de 25,000 milles carrés. Il y a, en outre, un certain nombre de colonies du même genre, mais bien moins considérables. En 1901, ce territoire est devenu l'État d'Oklahoma et a été ouvert aux Blancs.
La loi américaine regarde les Indiens comme des mineurs et les place sous la direction d’un bureau, l’Indian Office, qui leur distribue des provisions et des vêtements, par les mains d’un certain nombre d'agents. Ceux-ci ont souvent commis des abus de confiance au dépens des pupilles du gouvernement. Une réserve Sauvage à diriger vaut souvent
plus qu’une mine d’or à exploiter, pour les créatures politiques. On a vu des employés, préposés à la garde des Indiens, retirer durant plusieurs années des provisions pour 3,000 personnes, lorsque la réserve ne contenait en réalité que la moitié de ce nombre (1).
Si l’on en croit les rapports officiels, les habitants de l’Z#dian Territory sont civilisés. L'agriculture est en honnevr chez eux ; les écoles qu’on a fondées dans la réserve sont fréquentées par une foule d'enfants. Selon le dernier recensement des États-Unis, ils seraient comparativement riches.
Mais les apparences sont trompeuses et les dénonciations de quelques Américains sont venues donner un éclatant démenti aux publications officielles. Il paraît que non seulement les «réserves sauvages » servent de prétextes à toutes espèces = concussions, mais que «l’Indian Territory » cache, sous le couvert d’un acte de justice tardive, la plus affreuse perfidie possible, pratiquée au détriment des sauvages. La spéculation s’est glissée au travers des mailles trop larges de la loi, pour dépouiller les aborigènes de leur propriété. Voici comment l'on a opéré. Chaque tribu possède un gouvernement autonome, mais comme le pauvre diable de Peau- Rouge ne sait guère se servir d’un instrument aussi compliqué, il a dû recourir aux lumières — offertes avec complaisance — des blancs qui ont tout arrangé à leur guise. La loi du Congrès déclare que ‘seuls les Indiens auront droit de posséder des terres dans ce territoire. Comment éluder cette volonté précise de l'autorité? Rien de plus simple, comme on va le voir. Il a été décidé par les législatures des Chickasas et des Creeks, contrôlées par de fins Yankees, que dans le cas du mariage d’une femme sauvage avec un blanc, ce dernier deviendrait membre de la tribu à laquelle il doit
(1) Un homme important des États-Unis, qui fut un jour gouverneur de l'État de New-York, s'exprime comme suit r:lativement à la façon dont les Indiens sont traités par les Américains :
« Every human being born upon our continent, or who comes here from any quarter of the world, whether savage or civilized, can go to our courts for protection — except those who belong to the tribes who once owned this country. The cannibals from the islands of the Pacific, the worse criminals from Europe, Asia or Africa, can appeal to the laws and courts for their rights of person and property
— all save our native Indians, who above all, should be protected 10m wrong. — Governor Horatio Seymour ».