CHAPITRE TREIZIÈME
tir à les accorder que pour une année et le gouverneur n’osa plus s'opposer à la volonté du peuple.
Lorsque Frontenac eût résolu, lors de la première guerre intercoloniale (1680), de prévenir les attaques des Anglo- Américains en portant les hostilités chez eux, les premiers coups des Français du Canada tombèrent sur la colorie de New-York. Tous nos lecteurs, au courant de l’histoire de la Nouvelle-France, connaissent la fameuse et sanglante expédition de d’Aïlleboust de Mantet et de Lemoine de Saint- Hélène, qui eut comme but et résultat la prise de Schenectady et le massacre de ses habitants. A la nouvelle de cette meurtrière affaire, la terreur se répandit par toute la Nouvelle- Angleterre, où, affolés par la terreur, les femmes et les enfants passaient les nuits dans les angoisses attendant leur heure dernière.
Un auteur américain nous retrace l'impression qu'avait laissée cette expédition et rapporte un couplet d’une complainte composée à l’occasion de ce massacre.
« Frontenac, dit-il, lance trois partis de guerriers — des soldats français et des sauvages — l’un d'eux se porte contre Schenectady et le récit de cette expédition va nous donner une idée des attaques dirigées contre nous à cette époque. Cela se passa durant l'hiver de 1690 ; les Français et les Indiens, marchant à la raquette, endurèrent des souffrances incroyables : :
« They marched for two and twenty daies «Alle through the deepest snow
“And on a dismal winter night « They strucke the cruel blow.
« Ainsi raconte une vieille ballade composée par nos ancêtres pour perpétuer le souvenir de ces scènes sanglantes.
» La ville de Schenectady était défendue par une palissade percée de deux portes. Mais, les habitants se croyaient en sûreté, protégés, comme ils le pensaient, par des centaines de milles couvertsde neige. Les portes restaient ouvertes et toute la ville dormait chaque soir sans appréhension. Avertis de se tenir sur leurs gardes, les citadins prirent la chose en riant, et pour bien marquer leur indifférence, posèrent aux portes des bonshommes de neige en guise de sentinelles, Les Fran-
ais et les Indiens se répandirent dans la ville, se postant, Par petits groupes, devant chaque porte pour prévenir toute fuite des colons. Puis, le cri de &uerre retentit et le meurtre commence. Hommes, femmes, tombent indistinctement sous les balles ou le tomahawk. On ne gaspille pas de poudre sur les nouveaux-nés : on les assomme sur le cadre des portes, ou on les lance dans le feu. On fit grâce aux Iroquois trouvés dans la ville, afin de les détacher, par cette générosité, de l'alliance anglaise, Soixante Personnes trouvèrent la mort dans cette tuerie. Ceux qui échappèrent s’enfuirent vers Albany, la plupart, partis sans vêtement, périrent de froid. Un certain nombre d'habitants furent amenés en captivité au Canada (r)».
La colonie de New-York se Peuplait d’Anglais, mais un fort contingent de huguenots vint se mêler à ceux-ci et aux Hollandais. Les réformés de France s’attendaient à trouver au milieu des protestants la jouissance entière des droits de citoyen. Mais ils avaient compté sans l'égoïsme et la jalousie de gens décidés à leur marchander l'hospitalité.
En dépit de l'hostilité et de la jalousie des autorités, les huguenots se firent une place considérable au cœur de la colonie. Dès 1702, leur nombre s'était assez acc-u pour leur permettre d’avoir un temple à eux appelé : l’Éghse du Saint- Esprit. Ils jouèrent là, comme à Boston, un rôle important et les familles de protestants français conservèrent longtemps un cachet distinctif. Puis, cet élément étranger finit par se fondre dans la masse de la population. Mais, encore aujourd’hui, les Jay, les Bayard, célèbres dans la diplomatie, les Guion, les Delancey (de Lancy) font remonter leur origine à ces calvinistes que la révocation de l'édit de Nantes avait forcés de quitter leur patrie.
Il vint de ces émigrés Français dans presque toutes les colonies anglaises où plusieurs amassèrert d'immenses fortunes. Un nommé Faneuil, l’homme le plus riche de son temps, dans la Nouvelle-Angleterre, fit cadeau à la ville de Boston du Faneuil Hall, édifice immense encore debout, et qui vit dans sa grande salle bien des assemblées animées durant la période révolutionnaire.
(1) Eggleston, Household History of the U. S.