CHAPITRE SEIZIÈME
amis. Après avoir protesté de la loyauté inaltérable des colons, — mensonge officiel souvent renouvelé, — il s’indigne à l'idée qu’on rendrait le Canada à la France et tourne en ridicule le plan suggéré par son antagoniste, de placer quelques forts sur les frontières afin d’opposer une barrière aux incursions des Français. L'ignorance de la topographie du pays peut seul inspirer un tel projet. Il faudrait une muraille comme celle de la Chine pour mettre les colons à l'abri. «Une longue expérience a appris à nos planteurs, ajoute-t-il, qu’ils pourraient autant compter sur la protection de ces forts que les citoyens placés en dehors de Londres (à Hackney par exemple), sur celle de la tour de Londres pour se défendre contre les entreprises des voleurs de grand chemins». Mais ce qui l’exaspère le plus, c’est la proposition de laisser les Français au nord de la Nouvelle-Angleterre comme frein à l'ambition des puritains. «Voilà une jolie expression, dit-il, massacrer hommes, femmes et enfants, vous appelez cela exercer un contrôle sur les planteurs ? Si le Canada doit être remis à la France d’après ce principe, c’est dire aux Français, en termes non équivoques, que l'odieuse barbarie qu'ils n'ont cessé de commettre avec l’aide des :1.diens, nous est agréable et qu'ils n'auront plus à redouter le déplaisir d’un gouvernement dont les vues s'accordent si bien avec les leurs ».
Nous ne citons Franklin que pour appuyer notre prétention que rien n’a tant contribué à pousser les Anglo-Américains à la conquête du Canada que ces expéditions marquées par tant de cruauté. Leur « delenda Carthago », leur cri de guerre, devient de plus en plus violent, à mesure que les incursions se font plus nombreuses. La politique de Frontenac qui avait inauguré ce mode de guerre pour immobiliser nos voisins chez eux, au moyen de la terreur, n’atteignit qu’une partie de son but ; elle jeta, il est vrai, l’'épouvante dans la Nouvelle-Angleterre, mais lui inspira aussi l’idée d’en faire disparaître la cause.
En fin de compte, il ne revenait à la Nouvelle-Angleterre qu'un seul avantage de toutes ses conquêtes : la paix sur la frontière. La part du lion était échue à la métropole qui constituait le Canada scus un régime nouveau, différent de
celui des colonies voisines et relevant directement de la couronne, régime qu'elles condamnaient parce que le Parlement de Westminster tolérait au Canada l'exercice de la religion catholique.
Nous allons voir maintenant la réalisation de la prédiction de Burke: les colonies anglaises, débarrassées de leurs voisins dangereux, vont se quereller avec l'Angleterre dont ils se délivreront grâce à l’aide de la France. Les deux métropoles, privées l’une et l’œutre de leurs colonies, se trouveront à avoir mis en action au profit des seuls Américains la fable de l'Huître et des Plaideurs.